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Quel bilan pour la COP 28 ?

Publié le 18/12/2023
Auteur(s) : Clara Loïzzo, professeure en classes préparatoires aux grandes écoles - lycée Masséna, Nice
La 28e conférence des parties sur les changements climatiques (COP 28) s’est tenue à Doubaï du 30 novembre au 12 décembre 2023. Temps fort dans la lutte contre le dérèglement climatique, marquée par de nombreuses controverses liées à son organisation par une pétromonarchie et par le poids des lobbies des hydrocarbures, elle s’est achevée après des négociations difficiles. Qualifié d’« historique » par les uns, jugé « décevant » par les autres, que retenir de l’accord final ?

Bibliographie | citer cette brève

Depuis la première d’entre elles organisée à Berlin en 1995, les conférences des parties (COP) de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) sont devenues au fil des années des évènements diplomatiques majeurs. Depuis la COP3 et la mise en place du protocole de Kyoto (1997-2015), les négociations entre les « parties » (les États) réunis annuellement sont plus ou moins fructueuses : à l’échec de la COP 15 de Copenhague qui avait vu notamment la Chine faire obstruction à des objectifs climatiques ambitieux en 2009 est fréquemment opposée la réussite de la COP 21, dont l’organisation en 2015 avait débouché sur l’Accord de Paris, premier accord universel sur le climat, visant à limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale à + 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, et si possible à + 1,5°C maximum. Depuis lors, les COP successives s’efforcent de déterminer les moyens de parvenir à ces objectifs.

Document 1. Émissions de CO2 dans le monde en 2018 (y compris importées)

Carte émissions de CO2 y compris émissions importées

Source des données : OCDE Stat, 2023.

 

Comme toute négociation multilatérale, les COP sont fondées sur la recherche de compromis, et leur bilan peut donc paraître mitigé et mêler avancées et limites, comme le montre un bref passage en revue des points-clefs de l’accord final, aussi dénommé « consensus des Émirats arabes unis » puisqu’il a été obtenu sous la présidence de Sultan Al-Jaber, ministre de l'Industrie et des technologies avancées des Émirats arabes unis, PDG de la compagnie pétrolière nationale d'Abu Dhabi, et fondateur de Masdar, grande entreprise émiratie des énergies renouvelables. Le texte final, au sein duquel chaque mot est pesé, reflète des jeux d’acteurs délicats entre grandes puissances économiques et diplomatiques comme les États-Unis, l’Union européenne ou la Chine, pays producteurs d’énergies fossiles, gros consommateurs d’énergie (au premier rang desquels la Chine et les pays du Nord global), pays ambitieux en matière climatique (High Ambition Coalition), pays des Suds dont certains sont regroupés au sein du G77, pays des Suds les plus pauvres parmi lesquels les PMA ou encore les petits États insulaires – ces différentes catégories pouvant d’ailleurs se recouper – mais aussi organisations internationales comme l’OPEP, groupes de pression (ONG, lobbies, société civile).

 
Document 2. Avancées et limites de la COP 28
 

 

Domaine

Avancées Limites
Énergie
  • Pour la première fois, l’accord mentionne toutes les énergies fossiles, responsables de 80 % des émissions de GES
  • Accord de principe sur « transition hors des énergies fossiles » (plus de 80 % de la consommation primaire d’énergie en 2020 [source])
  • Réduction de l’utilisation du charbon, la source d’énergie la plus polluante
  • Réduction des subventions publiques aux énergies fossiles (sauf aide aux ménages modestes)
  • Triplement des capacités de production d’énergies renouvelables d’ici 2030 (13,8 % de la consommation primaire d’énergie en 2020 [source])
  • Le gaz est considéré comme une énergie de transition : « les carburants de transition peuvent jouer un rôle en facilitant la transition énergétique tout en assurant la sécurité énergétique », alors que c’est une énergie fossile émettrice de GES.
  • La production d’énergie nucléaire et d’hydrogène vert (c’est-à-dire produit à partir d’énergies renouvelables) sont encouragées dans le cadre de cette transition car ce sont des énergies bas carbone, mais la mise en place de ces filières va contribuer à la consommation de ressources et d’espace.
  • Pas de calendrier ni d’objectifs chiffrés fixés, pas de mention d’une sortie (« phase out ») pour satisfaire les pays producteurs d’énergies fossiles
Émissions de gaz à effet de serre
  • « Nécessité de réductions profondes, rapides et durables des émissions de gaz à effet de serre » alors que celles-ci ont atteint un niveau record en 2023. NB. Le GIEC recommande une réduction de 43 % des émissions en 2030 par rapport au niveau de 2019
  • Doublement des taux d’efficacité énergétique d’ici 2030
  • Importance des technologies de capture / stockage du carbone mais elles sont encore coûteuses et insuffisantes.
  • Pas d’objectifs fixés pour la baisse des émissions de méthane, autre gaz à puissant effet de serre, lié à la riziculture et à l’élevage 
Inégalités
  • Adoption du fonds de compensation pour les pertes et dommages, qui était un point clef resté en suspens à l’issue de la COP 27
  • C’est un pas significatif en faveur de la justice climatique, les pays les plus pauvres étant le moins responsable des émissions tout en étant les premières victimes
  • Le fonds sera hébergé par la Banque Mondiale (choix critiqué par les pays du Sud global)
  • Montants annoncés assez faibles au regard des défis (moins d’un milliard de dollars [source] ) là où des pays des Suds réclamaient 100 milliards par an, pour égaler le « Fonds vert pour le climat » destiné à financer l’adaptation des pays les plus pauvres (même s’il est lui-même loin d’avoir atteint ses objectifs [source])
  • Contribution des pays émergents (les plus riches du Sud global) considérée comme insuffisante : la Chine par exemple, encore considérée comme « en développement », n’y contribue pas.
Agriculture
  • 152 pays sur 197 participants ont signé un engagement à inclure l’agriculture et l’alimentation dans leurs plans climat d’ici à 2025 (le secteur est responsable de près d’1/4 des émissions de GES [FAO]) dans la cadre de la déclaration « on sustainable agriculture, resilient food system, and climate action »
  • C’est une avancée car ces questions ont longtemps été négligées dans les négociations climatiques
  • Des modèles d’élevage extensif comme celui du Sahel, qui fait vivre 20 millions de personnes, ont été mis en avant [CIRAD].
  • Difficulté à concilier les enjeux de lutte contre les changements globaux et de sécurité alimentaire alors que 9,2 % de la population mondiale est sous-alimentée [FAO] et alors que les systèmes agricoles sont de plus en plus éprouvés par les effets des changements globaux
  • financements insuffisants (1,5% des engagements financiers de la COP [CIRAD])
  • Pas d’engagement à réduire la consommation de viande et l’élevage industriel, responsable de la majorité des émissions liées à l’élevage (lesquelles représentent 12 % des émissions mondiales de GES [CIRAD])
Modalités d’application
  • Fixe des objectifs : atteindre la neutralité carbone (zéro émission nette) en 2050
  • Pas d’agenda précis concernant la mise en œuvre de l’accord
  • Le seuil de +1,5°C a une chance sur deux d’être franchi d’ici sept ans [source]. 
 

Le texte final contient ainsi des avancées majeures, même si certaines demeurent symboliques. Le caractère inédit de la mention de la sortie des énergies fossiles est sans conteste une avancée considérable, même si nombre de propositions sont encore très insuffisantes. Reste que l’accord est non-contraignant et repose sur la bonne volonté des États. Ceux-ci doivent maintenant présenter des engagements (contributions déterminées au niveau national) en accord avec les objectifs fixés, et les mettre en œuvre à l’échelon national. Il est donc encore trop tôt pour dire si la COP 28 représente un tournant, d’autant que l’épineuse question du financement des politiques d’atténuation (c’est-à-dire de réduction des émissions de gaz à effet de serre) et d’adaptation se reposera avec acuité lors de la prochaine COP, organisée en 2024 à Bakou en Azerbaïdjan.

 


Ressources bibliographiques

Pour aller plus loin
Pour compléter avec Géoconfluences

 

Clara LOÏZZO

Professeure en classes préparatoires aux grandes écoles, lycée Masséna, Nice

 

 

Édition et mise en web : Jean-Benoît Bouron

Pour citer cette brève :

Clara Loïzzo, « Quel bilan pour la COP 28 ? », Géoconfluences, décembre 2023.
URL : https://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/veille/breves/quel-bilan-pour-la-cop-28