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Exploitation
des hydrocarbures et environnement en Sibérie
occidentale. L'exemple de l'Arrondissement autonome
de Khanty-Mansisk (Nijnevartovsk)
(Yvan Carlot)
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L'Arrondissement autonome de Khanty-Mansisk (AAKh-M), à
deux fuseaux horaires de Moscou et d'une
superficie presque équivalente à
celle de la France (523 000 km2), fait partie
administrativement de l'oblast de Tioumen.
À partir des années 1970 et
1980 arrivent russes, ukrainiens et tatars,
en grande partie attirés par les
incitations du pouvoir pour la mise en valeur
des gisements de pétrole et de gaz.
En 1995, la population de l'AAKh-M est évaluée
à 1,340 millions d'habitants, les
russes étant majoritaires (66%). |
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"Arbre
de Noël" du premier puits productif
près du lac Samotlor transformé
en "monument du souvenir"

Un échafaudage de protection
portant la plaque commémorative
recouvre les vannes du premier puits maintenant
non productif ; il sert de lieu de présentation
de l'épopée pétrolière
pour les visiteurs et de tour d'observation
de la zone proche.
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Un gisement pionnier
de la plaine
de Sibérie occidentale
Avec le premier puits productif du gisement
de Samotlor (mars 1965), commence la geste
du "troisième Bakou".
Actuellement, un peu plus de 50% du pétrole
extrait de la Fédération
de Russie provient de l'AAKh-M. En trente
ans de mise en valeur, 6 milliards de
tonnes de pétrole ont été
extraites et 500 milliards de m3 de gaz.
Mais, depuis 1987, la production diminue,
non à cause d'un épuisement
des champs pétrolifères
mais à cause de problèmes
techniques et économiques. En effet,
les investissements, déjà
insuffisants, ont chuté de façon
spectaculaire à la fin de la période
soviétique.
Par ailleurs, les conditions climatiques
sévères réduisent
les périodes favorables pour les
chantiers qui sont menés sans précaution
pour l'environnement (voir diaporama ci-dessous).
Les sites sont constitués de batterie
de puits ("buissons"). Leur
multiplication répond à
leur faible productivité : 1/3
de ceux-ci seraient inefficaces par entrée
d'eau ou pression insuffisante.
Le degré de vulnérabilité
du milieu naturel de ces régions
de Sibérie est varié mais,
d'une manière générale,
les différents géosystèmes
ont une mauvaise aptitude d'autoépuration.
Les sols podzoliques sableux ne retiennent
que 10 à 15% des polluants pendant
une année, ce qui augmente la dispersion
des hydrocarbures par migration. Au contraire,
les sols hydromorphes des zones marécageuses
ont une bonne capacité de rétention,
mais l'auto-épuration y est très
lente. Lors de la débâcle
printanière, les inondations dispersent
les hydrocarbures, créant une pollution
diffuse sur de grands espaces, mais cette
dilution favorise aussi sa résorption.
L'immensité,
l'isolement et la faible densité
de population de cette région incitent
à relativiser l'importance de ces
impacts. Les principaux responsables administratifs
ou des entreprises impliquées dans
la mise en valeur des ressources pétrolières
font confiance aux capacités naturelles
d'auto-épuration du milieu.
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| L'exploitation
pétrolière en images
Ces
photographies ont été prises
à l'occasion
d'un voyage d'étude de membres
du Groupe européen d'éducation
à l'environnement (financement
DG XI) organisé
par Nisamy
Mamedov, académicien
de Moscou, spécialiste
des sciences sociales et de l'environnement,
et les scientifiques de l'Université
de Nijnevartovsk, en
mai 1998. Elles concernent
le gisement d'hydrocarbures du lac Samotlor
dans la plaine de l'Ob moyen. Elles ont
pour objectif de montrer quelques éléments
caractéristiques de l'organisation
et des modes d'exploitation du gisement
situé dans les hautes latitudes
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Commentaires
des photos du diaporama
1 - Les moyens d'extraction
et le réseau de collecte sont à
l'origine de la faible productivité et
de la dangerosité de l'industrie pétrolière
de l'arrondissement. C'est un exemple caractéristique
d'un site d'extraction pionnier en Sibérie
occidentale. Comme observable sur la photographie,
trop d'entre eux n'ont pas, soit de bassins
de rétention, soit leurs digues de confinement
sont fissurées.
2 - Un "buisson"
de puits en bordure du lac Samotlor. Le site
a été partiellement nettoyé
(débarassé des déchets
visibles) mais pas dépollué (des
polluants restent dans les sols).
3 - La photographie est représentative
de la structuration des aires d'extraction :
un buisson, avec, pour certains, un système
de pompage ; les lignes électriques d'alimentation
; les pontages de tubes de raccordements aux
pipelines de transfert ; à l'arrière,
l'unité d'épuration située
au milieu du lac Samotlor ; au premier plan,
les rives du lac qui ne gèle pas du fait
d'une nappe de pollution permanente.
4 - Au milieu du lac Samotlor,
une unité d'épuration est à
l'origine d'une pollution importante : les hydrocarbures
ressortent à travers la couche de glace
qui recouvre le plan d'eau.
On voit aussi une de ces torchères qui
constituent la principale source de pollution
atmosphérique. La couverture neigeuse,
grise sur de vastes étendues, en témoigne.
Mais elles sont aussi à l'origine des
principaux incendies : de 1991 à 1996
près de 85% d'entre eux étaient
apparus à moins de 500 m d'un site.
5 - Les affaissements de terrains
au-dessus des gisements épuisés
sont aussi à l'origine de plans d'eau
récents désorganisant le réseau
hydrographique. Ce phénomène est
particulièrement net dans le secteur
du lac Samotlor. Les tubes sont posés
sur des flotteurs constitués de portions
de tubes bouchés pour le franchissement
de ces nouveaux plans d'eau.
6 - Pour accéder aux
sites ou pour poser des tubes, les pistes d'exploitation
sont réalisées selon un procédé
peu coûteux et efficace à court
terme : une chaussée faite de troncs
de pins recouverts d'une couche de sable rapportés
depuis les ballastières ouvertes dans
le lit majeur des fleuves.
7 - Sur les 67 000 km du réseau
de collecte de l'AAKh-M (60 km linéaires
par km2), 1/3 seulement est en état de
fonctionner et de nombreux tubes présentent
des avaries. Les aciers, de qualité inégale,
sont par ailleurs soumis à de fortes
variations de température. On voit ici
à la fois : les raccordements sur les
pipe-lines de transfert des tubes provenant
des têtes d'extraction ; les pontages
liés à des réparations
d'urgence de pipe-lines anciens ; l'installation
d'un pipe-line en meilleur état.
8 - L'ensemble des perturbations
du système hydrographique de surface
entrave le drainage naturel en cloisonnant les
sites : l'écoulement des eaux ne s'effectue
plus et ces marais gorgés d'hydrocarbures
asphyxient les lambeaux forestiers résiduels.
9 - Les déversements
en surface d'hydrocarbures proviennent essentiellement
de la rupture de canalisations, secondairement
de fuites des têtes de puits et des opérations
de forage.
10 - La faune aquatique est
particulièrement touchée par les
activités liées à l'exploitation
pétrolière. La baisse des prises
est de grande ampleur car, outre la raréfaction
des individus (esturgeon, brochet, etc.), leur
écotoxicité est élevée.
Ainsi, pour l'ensemble du bassin hydrographique
de l'AAKh-M, les prises d'esturgeon sont passées
de 250 tonnes en moyenne annuelle sur la période
1951 - 1960 à 55 tonnes sur la période
1989 - 1996. Pour les mêmes périodes,
les prises de brochet sont passées de
4 652 à 750 tonnes. Cette raréfaction
des ressources affecte particulièrement
les populations de nomades autochtones (les
Khanty-Mansisk qui ont donné leur nom
au territoire). Malgré l'interdiction
administrative les habitants continuent, par
nécessité, de pêcher.
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Nijnevartovsk
: l'urbanisme des fronts pionniers en Sibérie
- Diaporama
 |
Ces photographies ont été
prises à
l'occasion d'un voyage d'étude
de membres du Groupe européen
d'éducation à l'environnement
(financement DG XI) organisé
par Nisamy
Mamedov, académicien
de Moscou, spécialiste
des sciences sociales et de l'environnement,
et les scientifiques de l'Université
de Nijnevartovsk, en
mai 1998.
Elles concernent la ville de Nijnevartovsk
et ont pour objectif de montrer
quelques éléments
caractéristiques de l'organisation
d'une ville pionnière de
l'exploitation pétrolière
en Sibérie occidentale.
Accéder
au diaporama (pop-up)
|
Commentaires
des photos du diaporama
1 - Un urbanisme rationnel en "chemin
de grue" le long de grands axes routiers
: de grandes barres d'habitations en préfabriqué
lourd ; paysage de fin d'hiver avec fonte
de la neige et dégel partiel du sol.
2 - Les villes de l'AAKh-M, construites
de toutes pièces selon le modèle
urbain soviétique, concentrent 91,7%
de la population totale. Les principales
agglomérations s'égrènent
le long de l'Ob. La ville est organisée
en grands ilôts séparés
par de larges avenues à circulation
séparée. Notons que les réseaux
électriques et de télécommunications
restent en aérien.
3 - Le noyau originel de la ville est constitué
de petits collectifs datant d'avant la ruée
pionnière.
4 - Juxtaposition de trois époques
du développement de la ville. Les
petits immeubles de l'époque tsariste,
au premier plan. Au second plan, les immeubles
collectifs de la période stalinienne.
En arrière plan, la ville de la ruée
pionnière. La viabilisation des rues
témoigne d'un urbanisme inachevé.
5 - Un bloc de logements des ouvriers du
pétrole organisé autour d'une
cour dont la viabilité (absence de
système d'évacuation des eaux
de surface par exemple) reste incertaine.
6 - Les cours des blocs de logements sont,
à présent, rapidement colonisées
par les véhicules privés.
Le parc automobile s'est développé
rapidement grâce aux revenus du pétrole.
À noter les deux générations
d'immeubles.
7 - Nijnevartovsk est installée sur
la rive concave d'un méandre de l'Ob.
Les rives ont été aménagées
pour servir de port fonctionnant uniquement
pendant la saison estivale.
8 - Nijnevartovsk reste un symbole de la
ruée vers l'or noir sibérien.
À l'entrée de la ville, se
dresse un monument à la gloire des
pionniers.
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L'appréciation
générale des risques environnementaux
et sanitaires, par les habitants et les autorités,
est encore limitée. Cette industrie
extractive, s'insèrant dans un système
économique et social, hérité
du système soviétique, qui fait
vivre les populations. Au-delà d'une
minorité qui commence à manifester
ses inquiétudes, la majorité des
habitants considère que les risques sanitaires
font partie intégrante du contexte pionnier
de mise en valeur des gisements d'hydrocarbures
: ils sont venus et sont payés pour cela.
La situation sanitaire dans l'arrondissement
est préoccupante lorsque l'on
compare les principaux indicateurs aux indicateurs
moyens de la Fédération de Russie,
eux-mêmes déjà mal placés
selon les comparaisons internationales. Selon
l'organisme d'État "Environnement - Santé",
la situation de la population du district de
Nijnévartovsk est considérée
comme critique :
par exemple, les maladies endocriniennes, les
troubles digestifs ou du métabolisme
sont supérieurs de 45 à 200% aux
moyennes russes pour la période 1990
- 1996, le nombre de tuberculoses est trois
fois supérieur à la moyenne fédérale,
etc..
Les maladies sont liées à un contexte
complexe où interviennent, non seulement
la situation du territoire dans les hautes latitudes
continentales, mais aussi des conditions extrêmes
de travail sur les sites et les conditions de
vie qui restent difficiles dans les cités
ouvrières. Les accidents professionnels
sont fréquents et il faut rappeler qu'un
nombre important de chantiers se déroule
l'hiver, donc souvent de nuit, lorsque le gel
permet une circulation aisée sur les
marécages. Le déficit d'encadrement
médico-social, très important
du fait de l'isolement et des carences notables
des administrations, aggrave la situation.
On voit se perpétuer une tradition
bien établie dès la période
soviétique : l'essentiel des revenus
tirés de l'exploitation pétrolière
alimente les cercles restreints du pouvoir ou,
à présent, des oligarques qui
ont saisi les opportunités des privatisations.
L'opacité sur les données environnementales
ou sur les résultats de l'exploitation
est de règle et les rares chiffres disponibles
n'autorisent guère les comparaisons.
Si, face à la faiblesse de la culture
"écologique" des compagnies
pétrolières, l'arsenal juridique
et réglementaire s'est renforcé,
il est peu respecté, les moyens de pression
restent insignifiants. Les fausses déclarations
concernant les accidents technologiques ne sont
pas sanctionnées. L'espoir de transferts
de technologie et de financements par une entrée
de sociétés étrangères
dans le cadre de joint-ventures est différé
: la plupart des projets restent en suspens
du fait des incertitudes politico-économiques
sur l'avenir de la filière pétrolière
et gazière.
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À partir de 1995 cependant,
les autorités régionales
ont mis en place un "monitoring
écologique" (expression
adoptée par les scientiques russes
pour désigner le suivi de la qualité
de l'air, des eaux de surface et souterraines,
le bilan radiatif, les écosystèmes
forestiers, ...) qui semble avoir eu quelques
effets. On constate une diminution de
la pollution atmosphérique liée
aux torchères : une taxation pousse
les sociétés à retraiter
et à valoriser plus systèmatiquement
les gaz dissous pour les commercialiser.
Des efforts sont faits pour limiter la
pollution des eaux liée aux déversements.
En effet, la plupart des avaries de pipe-lines
sont évitables : 92% seraient dues
à des problèmes de corrosion.
Une des tâches prioritaires de ce
monitoring est aussi le rétablissement
ou le maintien du drainage de surface.
Mais le défaut d'investissement,
une gestion à court terme de la
ressource, risquent de limiter l'effet
des bonnes intentions. |
L'environnement
des secteurs pétroliers en
plaine de Sibérie occidentale
(Cliquer
pour agrandir)
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En conclusion,
l'état environnemental de la plaine de
Sibérie occidentale au cours des dernières
décennies présente tous les traits
d'une situation de transition. On est passé
d'une exploitation extensive de type pionnier
dans le cadre d'une économie planifiée
ne se souciant pas des problèmes d'environnement
et des risques encourus par les populations
à une exploitation à court terme
dans un cadre ultra-libéral, tout aussi
peu soucieux des pollutions et des dégâts
causés. L'"opinion publique",
même si elle commence à manifester
ses inquiétudes, n'est pas dans un rapport
de forces favorable, le système environnemental
sibérien est encore loin d'être
entré dans le cercle vertueux d'un développement
durable.
Sources
et compléments :
- Voyage d'étude
de membres du Groupe européen d'éducation
à l'environnement (financement
DG XI) organisé
par Nisamy
Mamedov, académicien
de Moscou, spécialiste
des sciences sociales et de l'environnement,
et les scientifiques de l'Université
de Nijnevartovsk, en
mai 1998.
- Yvan Carlot - Exploitation pétrolière,
pollutions et risques en Sibérie Occidentale
: l'urgence face à la complexité.
Arrondissement autonome de Khanty-Mansik - LA
RGL - Géocarrefour, vol. 74, n°3
(1999) - Industrie et environnement
- En rubrique scientifique, les articles de
Julien Vercueil :
> Les
hydrocarbures en Russie, entre promesses
et blocages
> Politique
et géopolitique du pétrole russe
Présentation, documents : Yvan Carlot,
agrégé de géographie, formateur
à l'IUFM de Lyon
Mise en page web : Sylviane Tabarly

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| Mise
à jour : 15-02-2005
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