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Dossier : Les mondes arctiques, espaces, milieux, sociétés

Fronts et frontières en Arctique, quelle singularité ?

Publié le 13/12/2021
Auteur(s) : Yvette Vaguet, maître de conférences HDR en géographie - Université de Rouen
L'article examine la façon dont la notion de frontière peut s'appliquer aux espaces arctiques. La frontière est entendue ici à la fois comme limite au sens large et dans le sens plus strict d'une limite de souveraineté interétatique, y compris maritime. Un développement est consacré plus particulièrement à la notion de front pionnier, pour montrer qu'en Arctique, elle prend une forme particulière, en archipel plutôt qu'en ligne continue.

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Le changement climatique semble offrir de nouveaux potentiels de développement en Arctique et raviver la représentation de cette zone en tant que front pionnier. L’espace circumpolaire n’en finit plus d’être conceptualisé comme tel par (et pour) le Sud (Burnasheva 2019). Sur le plan étymologique, le front pionnier, comme la frontière, rend compte d’une zone de contact, front à front (du latin confrontatio), dans l’espace, d’un groupe humain face à son altérité, avec un dedans et un dehors. Ce contact est source de tensions, comme l’indiquent les termes liés tels « affrontement », « confrontation », avec toute la gamme d’intensité, de très forte à apaisée, avec des formes de coopération.

Ce texte aborde les tensions sur les lignes de « front » aux hautes latitudes, à la période contemporaine. Il ne s’agit pas de réaliser ici la géohistoire des frontières des États polaires mais d’interroger la singularité, réelle ou fantasmée, des fronts et frontières dans la zone circumpolaire. Nous proposons de présenter tout d’abord le concept de front selon l’acception première de Frederick Jackson Turner, appliqué à l'ensemble de la zone circumpolaire, puis dans les espaces nationaux terrestres. Ensuite, les espaces maritimes constitueront l’espace d’articulation du front et de la frontière. Enfin, ce sont les frontières des États contemporains qui seront examinées.

 

1. L’Arctique rêvé comme frontier

On constate un regain d’intérêt pour le terme anglophone de « frontier » lequel se traduit en français par « front pionnier » et non par « frontière » (« boundary » en anglais), laquelle désigne une limite entre deux États westphaliens.

Pourtant, dans le langage courant, les deux termes semblent parfois interchangeables. Récemment, en Arctique, les références se sont multipliées à « la dernière frontière » ((Par exemple dans le programme de terminale, spécialité histoire, géographie, géopolitique et sciences politiques, applicable depuis 2020 : où espaces et océans sont à étudier comme « les dernières frontières ? »)), « la nouvelle frontière », « l’ultime frontière »..., pour désigner en fait la compétition planétaire féroce contre un milieu hostile pour l’appropriation des ressources (Bloomfield 1981, Foucher 2014, Pilyasov 2016).

L’historien Frederick J. Turner (1893) qui a forgé ce concept l’appliquait à la conquête de l’Ouest américain et à sa progressive intégration à l’espace national. Tandis que la frontière peut être stabilisée et donc exister sans affrontement, le front n’existe pas sans l’idée d’une nécessaire hardiesse pour conduire une lutte afin de faire reculer l’altérité. Il est intrinsèquement mobile et dynamique. Il convoque l’imaginaire exaltant la figure masculine, la conquête d’un espace pensé vierge, la confrontation à une nature vue comme hostile, sauvage et impitoyable. Albert Demangeon (1932) a souligné les épreuves endurées par les pionniers de l’humanité, leur combat opiniâtre pour progresser (document 1). En Arctique, la longue histoire de l’exploration a assurément participé à l’élaboration du mythe d’un espace d’aventures aux confins de l’œcoumène.

Document 1. La nostalgie du mythe du pionnier

the path to the pole

Source de l'image : Hayes D. (éd.)., 2003, Historical atlas of the Arctic. Vancouver, Douglas & McIntyre.

 

Or, l'Arctique présente des limites encore discutées (Vaguet 2019). À la myriade de limites monocritères (isotherme, végétation...), s’ajoute celle de l’indice de nordicité, plus complexe parce qu’il tient compte à la fois des données physiques et des dimensions humaines (accessibilité, peuplement...) (document 2).

>>> Lire aussi : Yvette Vaguet, « Où commence le nord ? Mise à l’épreuve d'un concept par le cas d’une ville "post-arctique" : Noïabrsk en Russie », Géoconfluences, octobre 2019.
Document 2. Pluralité des limites de l’Arctique

Limites de l'Arctique carte

Carte : Yvette Vaguet, 2021. Pour voir en plus grand, cliquez ici.

 

Conséquence du changement climatique, ces limites bougent puisqu’elles s’appuient majoritairement sur les dimensions physiques de l’environnement. De même, l’introduction, ou le recul, de la société moderne et sédentaire, affecte l’indice de nordicité, lequel demeure actuellement le seul outil qui permette de mesurer l’intensité des processus complexes de dénordification, ou renordification.

Les enjeux de l’expansion d’un front pionnier sont nombreux : consolidation de l’identité et du territoire national, appropriation de nouvelles ressources, développement du commerce et redistribution de la population. Tous les États polaires ont conduit des politiques d’incitation au développement de leur partie septentrionale (coefficient multiplicateur du salaire, nombre supérieur de jours de congés, aide aux acteurs économiques...). Il en va de même pour les acteurs privés, au premier chef, les compagnies extractives telles Gazprom en Russie, pour attirer leurs salariés. Par voie de conséquence, les principaux acteurs ont tous délimité la zone d’application de ces mesures et chaque fois, ils ont préféré une limite multicritère à l’instar de l’indice de nordicité de Louis-Edmond Hamelin (Simard 2017, Burkhanov 1970).

Frederick J. Turner (1893) notait que l’épaisseur d’un front pionnier se caractérise par une rapide croissance démographique, de nature à faire reculer les limites de l’œcoumène, et que l’intégration d’une marge est réalisée lorsque la densité d’occupation humaine y atteint le seuil de 0,6 hab/km2. D’autres auteurs, pour le front pionnier amazonien, ont aussi intégré les pôles urbains ou encore les routes (Dubreuil et al. 2008, Tourneau 2002).

La base de données Arcticapolis permet aisément de calculer la densité en faisant varier la limite de la zone (document 3). Dans l’ensemble, la densité de la région boréale n’atteint jamais le seuil de 0,6 hab/km2. En cela la conquête de la région dans son ensemble demeure inachevée et a fortiori davantage dans les limites les plus septentrionales (Vaguet et al. 2021). D’ailleurs, on n’observe toujours pas, globalement, de rapide croissance démographique.

Document 3. Population et densités selon les délimitations de l’Arctique 2000-2010

population densité arctique selon définition selon délimitation

NB. Les données 2020 ne sont pas encore disponible à ce jour.

 

Ainsi, la frontier dans son acception "turnerienne", s’applique-t-elle mal aux hautes latitudes. Cependant, elle demeure d’actualité pour ses liens intrinsèques avec les ressources et plus largement avec la sphère économique (Pilyasov 2016). À ce titre, il faudrait préférer le pluriel car il y a d’abord des fronts pionniers domestiques.

 

2. Fronts ou archipels nationaux ?

Avant de devenir une périphérie globale en voie d’intégration, la zone boréale s’est d’abord présentée comme le siège de conquêtes pionnières domestiques, une juxtaposition de périphéries nationales (document 4). De la même manière que les autres fronts pionniers de l’humanité (Hacquebord & Avango 2009, Monbeig 1952, De Koninck 2000, Waechter 2019), cette appropriation des terres et des richesses circumpolaires a surtout servi les espaces centraux nationaux.

Néanmoins, l’Arctique n’est pas l’Amazonie ou le Congo, ou la prairie américaine ; les terres arctiques offrent peu d’intérêt pour l’agriculture. Il en découle que la « mise en valeur » des hautes latitudes, en l’absence d’agriculture, est au départ, discontinue, s’effectuant en archipel, au gré des découvertes et exploitations des ressources, plutôt qu’en frange contigüe. Certains espaces boréaux régionaux demeurent à l’état d’archipel, avec des villes-isolats telles Norilsk. La conquête apparaît dès lors spatialement inachevée. À l’inverse, d’autres régions polaires ont connu le développement de semis de villes aujourd’hui bien reliées entre elles et en voie de hiérarchisation, formant un front, à l’instar du bassin pétrolifère de l’Ob (Vaguet-Marchand 2005).

Malgré leurs richesses, les régions septentrionales présentent souvent un profil économique de régions dominées. Jean Malaurie (1985) avait ainsi dénoncé un « tiers-monde boréal ». Les populations locales peinent encore aujourd’hui à acquérir un pouvoir décisionnel par rapport à un sud colonisateur (Canobbio 2021). De fait, la zone circumpolaire constitue, vue de l’extérieur, un réservoir de ressources acheminées hors de la zone pour être transformées et consommées dans le Sud (document 4).

Document 4. Le Nord, un réservoir de richesses pour le Sud

4.a. Les fourrures. Un marchand de la Compagnie de la baie d'Hudson à Fort Chipewyan, Alberta, 1890. Bibliothèque et archives Canada, domaine public (source).

4.b. L'or. La rue vers l'or du Klondike (Yukon, 1896-1899) illustrée par Charlie Chaplin dans La Ruée vers l'or (1925). Domaine public.

4.c. Les poissons. Un navire terre-neuvas en 1820. Auteur inconnu, domaine public (source).

4.d. Les baleines. Ici en Gaspésie au XIXe siècle. Source : Musée de la Gaspésie (source).

Si le commerce des fourrures (XV-XVIIe siècle) a décliné, l’exploitation du bois se poursuit dans le pré-Nord (Desjardins & Monderie 2007). Les richesses du sous-sol arctique couvrent une large gamme et sont partout exploitées (document 5). Malgré des coûts bien plus élevés que dans d’autres régions du monde, les hautes latitudes offrent plusieurs intérêts : la stabilité politique, la proximité relative des centres de consommation et parfois des gisements particulièrement riches. Par exemple, Norilsk Nickel (Russie) détient un quasi-monopole mondial dans le domaine du palladium et du nickel grâce au site d'extraction de Norilsk, en Sibérie centrale, à 69°N. Autre exemple, le pétrole et le gaz de la plaine de Sibérie occidentale représentent respectivement 58 % et 86 % des productions nationales, et 8 % et 16 % des productions mondiales.

Document 5. Les ressources arctiques

↑ Ci-dessus : carte de Bortnikov et al. (2015), page 435 (source).
→ Ci-contre : carte d'Eeva Turunen pour Nordregio, 2019 (source | voir en plus grand).

Les industries extractives constituent les activités les plus traumatisantes pour l’environnement et les sociétés autochtones. Ce point nous conduit à aborder les implicites de ces fronts pionniers, à commencer par l’introduction de la société moderne, salariale et sédentaire. Dans la Russie arctique, ce développement économique s’est largement reposé sur le couplage de l’industrie et de la ville avec d’abord l’économie du goulag tels Norilsk avec Norillag, Vorkouta avec Vorkoutlag... (Brunet 1981). Cependant, ce choix de développement par une installation humaine permanente s’est prolongé au-delà de l’ère du goulag. La plaine de l’Ob (Russie) en constitue un cas emblématique avec plus de 20 villes nouvelles dont cinq comptent plus plus de 100 000 habitants aujourd'hui. Son peuplement et son intégration aux réseaux de transport nationaux en ont fait un exemple du processus de dénordification régionale (Vaguet 2019). Ce couple ville/industrie extractrice se retrouve aussi ailleurs : Kiruna/Fer (Suède), Fermont/Fer (Canada), Yellowknife/or puis diamant (Canada), Fairbanks/Or (Alaska)... (Vaguet 2016).

Ces villes-isolats connaissent des destins différents mais elles demeurent toutes vulnérables en raison de leur profil mono-activité parfois mono-compagnie. Leur devenir suit les cycles économiques : la ruée vers l’or a laissé de nombreuses villes fantômes (ex : Forty Mile au Canada, et autour de Dawson city laquelle parvient à maintenir une petite population notamment grâce au tourisme), celles de l’ère soviétique sont aujourd’hui en décroissance (Gunko et al. 2021).

Enfin, paradoxalement, alors même que le froid se trouve menacé par le changement climatique, il devient une ressource pour le refroidissement des data centers (ex : Facebook installé à Lulea), la conservation (Réserve mondiale de semences au Sptizberg) et le tourisme.

Par ailleurs, les fronts sont intrinsèquement liés aux infrastructures de transport lesquels permettent l’avancée de la société moderne sur l’érème, à l’instar de la transamazonienne. Dans le domaine terrestre boréal, elles sont rares. En Russie, les pénétrantes Sud-Nord sont certes favorisées par l’orientation méridienne des grands fleuves sibériens mais surtout elles sont dictées par les besoins du centre national. La desserte des passagers du transsibérien jusqu’à Iakoutsk, pourtant capitale régionale (République de Sakha), en constitue l’illustration ; elle n’a ouvert qu’en 2019, et encore, la gare se trouve sur la rive opposée du fleuve Lena, sans pont ! La ligne la plus achevée se trouve en Sibérie occidentale, pour la desserte des villes pétrolières et gazières. Il faut dire que les milieux sont extrêmement difficiles comme l’illustre tristement la voie ferrée 501 (cartographiée par Memorial). Celle-ci avait été imaginée comme une magistrale transpolaire pour désenclaver la Sibérie orientale, une sorte de parallèle nordique du transsibérien. Le chantier (1949-1953), jamais achevé, a coûté la vie à des milliers de prisonniers, ce qui lui valut le surnom de la voie ferrée de la mort... Cependant, cette idée ancienne d’un « transsibérien panarctique » continue à inspirer le pouvoir central. Au Canada, c’est le fédéralisme qui a encouragé les pénétrantes Sud-Nord – les provinces étant peu enclines à faire migrer les ressources de leur partie nordique vers la province voisine. Le projet du corridor longitudinal qui relierait par route, voie ferrée, conduite et ligne électrique, les trois océans, demeure en discussion (Sulzenko & Fellows 2016). Au final, on le voit, le front reste d’actualité et ceci nous conduit à poursuivre la discussion avec les ressources du domaine maritime et des voies navigables.

 

3. Frontières et Fronts maritimes : de la coopération à... la coopération

Les populations Pomors, habitants du pourtour de la mer Blanche, parcouraient les mers alentours du temps de la République de Novgorod (XIIe-XVe siècle), jusqu’à ceux de la révolution russe. Ils attestent de coopérations anciennes, parfois tendues, le long des côtes européennes de la région. De même, les revendications sur des espaces maritimes sont aussi anciennes aux hautes latitudes qu’ailleurs, ravivées aussi par les possibilités d’extension des ZEE dans le cadre de la convention de Montego Bay (document 6). Le dépôt d’un drapeau russe en 2007, à 4 261 mètres de profondeur dans les eaux boréales, a largement contribué à la médiatisation de l’idée d’un océan arctique en tant que « nouvel eldorado disputé ». En fait, contrairement à une idée reçue, les États collaborent activement à la résolution des litiges et actuellement, ceux-ci ont tous été réglés à l’exception de celui, entre le Canada et le Danemark, concernant l’îlot rocheux inhabité de Hans (< 2 km2). Le dernier différend qui put faire craindre un conflit fut celui qui opposa la Norvège et la Russie en mer de Barents (document 6). Il trouva une issue en 2010. Actuellement, 95 % des ressources maritimes sont localisés dans les ZEE non contestées et les discussions portent plutôt sur le statut juridique des détroits (Lasserre 2019).

>>> Lire aussi : Frédéric Lasserre, « La course à l’appropriation des plateaux continentaux arctiques, un mythe à déconstruire », Géoconfluences, septembre 2019.
Document 6. Frontières maritimes et limites de ZEE en Arctique

Sources : compilation des revendications officielles ou des projets de revendication, Frédéric Lasserre, 2019 ; Nations Unies, Submissions to the CLCS, in Lasserre, Géoconfluences, 2019.

 

Ainsi, la situation semble globalement stable et pourtant, le diable se cache dans les détails. Par exemple, si les eaux norvégiennes de l’archipel du Svalbard font consensus depuis le traité du Spitzberg (1920), son interprétation donne lieu à des litiges. Les États signataires européens peuvent exploiter les ressources naturelles dans les eaux de l’archipel avec un permis délivré par l’UE (Østhagen & Raspotnik 2018, Papin et al. 2019). Cependant la Norvège a arraisonné le bateau letton Senator, au motif qu’il capturait hors des eaux concernées par le traité, le crabe des neiges - nouvelle espèce introduite par la Russie au large de la péninsule de Kola. En effet, selon les interprétations, le permis de pêche se limite aux eaux territoriales, soit à 12 milles où il n’y a ni crabe, ni pétrole, soit aux eaux de la ZEE, créée après 1920 et large de 200 milles où l’animal et le pétrole sont présents. Or, le crustacé constitue une espèce sédentaire, ce qui l’apparente aux ressources minières au même titre que les hydrocarbures. Autrement dit, celui qui le pêche pourrait bien profiter aussi du pétrole... (De Pooter 2019). Cet affrontement entre la Norvège et l’Union européenne trouve un rebondissement avec le Brexit quant aux quotas alloués pour et par l’UE post-Brexit. En effet, la Norvège, estimant que l’allocation relève de son droit exclusif, a diminué d’un quart le montant des prises autorisées pour la morue (source), estimant prendre ainsi en compte la sortie du Royaume-Uni .

Les routes maritimes cristallisent assurément davantage la représentation d’une course effrénée pour s’accaparer une opportunité économique ouverte par le changement climatique. Celle du Nord-Ouest (NO) qui longe le Canada est toutefois infiniment dangereuse et des croisiéristes ont plusieurs fois dû être secourus. Celle du Nord-Est (NE) le long de la Russie, constitue la seule option envisageable actuellement car elle comporte moins d’obstacles, elle fut d’ailleurs pensée dès le XVIIIe siècle. L’argument majeur avancé pour la favoriser est le potentiel gain de temps lié à la réduction des distances. Ainsi, entre Shanghai (1er port mondial) et Rotterdam (1er port européen), la distance serait réduite de 40 % comparativement à la route qui passe par le détroit de Panama (Lasserre 2019). L’appétit de la Chine, avec les projets d’une route de la soie arctique, participe à l’élaboration de cette représentation. Par exemple, la China National Petroleum Corporation a acquis 29,9 % des parts de la société extractrice de gaz liquéfié Yamal LNG, assurant par là son approvisionnement. Cependant, l’extrême complexité, les coûts prohibitifs et les risques de navigation dans ces mers dépourvues de grands hubs et de véritable hinterland, calment les ambitions ; la plupart des entreprises de transport maritime n’envisagent pas d’y développer leur activité. Ainsi, le trafic de desserte locale prime sur celui de transit entre l’Europe et l’Asie (ibid.). Là encore les enjeux économiques semblent aujourd’hui trop faibles pour créer un affrontement qui ne puisse trouver une issue par la coopération.

L’image prestigieuse de la conquête et de la maîtrise d’une nature implacable a joué aussi pour les acteurs économiques. L’idée de puissance se trouve ainsi exaltée dans certaines publicités telle celle de la compagnie pétrolière Humble (1962) se targuant de fournir assez d’énergie pour faire fondre la glace au rythme de 80 tonnes par seconde (document 7). Toutefois, les représentations changent ; les scientifiques multiplient les dénonciations des atteintes environnementales et les artistes leur font écho tel Ludovico Einaudi (“Elegy for the Arctic”). Ainsi, se forge une conscience collective d’une nature à protéger et une pression s’exerce sur les acteurs politiques et économiques. Du côté des entreprises, les symboles de puissance, dans les discours tout au moins, se sont estompés à la faveur de la tentation du greenwashing. Christophe de Margerie, le PDG de Total, avait lui-même déclaré « Du pétrole sur le Groenland, ce serait un désastre. Une fuite causerait trop de dommages à l'image de la compagnie » (2012). Shell avait renoncé en 2015 à forer en mer des Tchouktches (source), jugeant le risque trop élevé... pour son image. Il y avait néanmoins d’autres arguments de poids : les résultats des forages étaient décevants et les cours mondiaux du pétrole avaient été divisés par deux en un an (98 $ le baril de Brent en septembre 2014, 45 $ en septembre 2015). Certaines banques se targuent d’avoir renoncer à prêter de l’argent pour des projets de forages dans l’Arctique (Bank of America, Morgan Satnley, MorganChase, Goldman Sacks, GroupCiti...). Toutefois, au-delà du discours écologique de façade, les firmes omettent de spécifier leur définition de la zone, laquelle est toujours bien plus étroite que celle de l’AMAP. Par exemple, celle de l’extension maximale de la banquise permet de financer des projets dans 83 % des champs d’hydrocarbures arctiques (Can Iler, Her, Mazounie, Pinson, 2021). En Alaska, les ventes de concessions dans l’Arctic National Wildlife Refuge, ouvertes par le président D. Trump (source) ont été suspendues par son successeur, Joe Biden. Cependant, ce dernier défend, bien plus discrètement, les permis d’exploitation octroyés à l’ouest, dans la réserve nationale pétrolière de l’Alaska, à la firme pétrolière ConocoPhillips.

Document 7. Dans les années 1960, la capacité à faire fondre la glace arctique utilisée comme argument promotionnel

Source : Life Magazine, 1962. Traduction libre : « Chaque jour, Humble fournit suffisamment d’énergie pour faire fondre 7 millions de tonnes de glacier ». NB. Humble Oil & Refining Co est devenue en partie Exxon en 1973

 

La course aux ressources arctiques ne semble pas si effrénée, au risque de ne pas correspondre à l’imaginaire largement entretenu par certains discours des médias. D’autant que la demande mondiale connaît un brutal coup de frein avec la crise sanitaire de la covid-19 et que les acteurs économiques ont partiellement intégré le coût environnemental à leur stratégie de communication. Reste que la zone suscite un intérêt planétaire justement pour son rôle majeur dans le système climatique mondial et que tous les pays semblent vouloir participer à sa gouvernance.

 

4. Frontières terrestres des États westphaliens : de la brutalité à la coopération élargie

Sans faire la géohistoire des frontières, il est nécessaire de rappeler que les pays arctiques dans leurs frontières actuelles constituent des entités récentes. Le Canada, bien qu’indépendant depuis 1867, ne fixe ses frontières actuelles qu’en 1949 avec le rattachement du dominion britannique de Terre-Neuve-et-Labrador. En Europe septentrionale, les pays actuels partagent une longue histoire commune depuis l’épopée viking. Au XVe siècle, à son apogée, l’Union de Kalmar réunissait les royaumes de Danemark, de Suède, et de Norvège, avec le Groenland, l’Islande et les îles Féroé. La Finlande a relevé successivement du Royaume de Suède, puis de la Russie (Grand-duché de Finlande), avant d’accéder à son indépendance en 1917.

Document 8. Une fixation relativement tardive des dyades frontalières arctiques

carte date de fixation des frontières arctiques

 

En dépit de ces histoires plus ou moins singulières, la seconde guerre mondiale figure souvent comme le point pivot de l’histoire commune de la zone circumpolaire. En effet, cette période a révélé la zone boréale en tant qu’espace stratégique sur le plan diplomatique et militaire, souvent aux dépends des populations locales qui subirent des combats meurtriers (document 9).

Document 9. Combats meurtriers pendant la Seconde Guerre mondiale en Arctique

bombardement japonais

Bâtiments en flammes à Dutch Harbor, dans les îles aléoutiennes, suite à une attaque japonaise, le 3 juin 1942. Département des archives et manuscrits, Université d’Anchorage, Alaska. Source : World War II in Alaska.

renne yasha

Le renne Yasha, adopté par un régiment soviétique pendant les bombardements allemands, Péninsule de Kola, 1941. Source : Rare Historical Photos.

Par la suite, la guerre froide a vu naître une frontière « dure » entre l’Est et l’Ouest, avec des bases militaires de part et d’autre du bassin arctique. La Distant Early Warning line, composée de stations radar, en constitue une illustration le long du 69° parallèle Nord, en Alaska, Groenland et Islande (document 10). Née dans les années 1950, elle a été abandonnée à la fin des années 1980. De l’autre côté du pôle, le premier brise-glace à propulsion nucléaire, le Lénine, lancé en 1957, a opéré le long des côtes septentrionales soviétiques jusqu’en 1989. Dès 1958, les deux puissances rivales détenaient un sous-marin nucléaire dans les eaux polaires (l’USS Nautilus et le K-3).

Document 10. La Distant Early Warning line

DEW line

U.S. Air Force, domaine public (source | voir en plus grand).

 

Néanmoins, cette militarisation de l’Arctique ne doit pas occulter des coopérations transnationales. Les pays nordiques, restreints aux espaces nord-européens, forts de leur passé commun, ont créé le Conseil Nordique (lien) en 1952, organe de coopération entre le Danemark, l’Islande, la Norvège, la Suède et la Finlande, incluant le Groenland et les îles Féroé et les îles d’Åland. Ce conseil, avec le Conseil nordique des ministres (lien) fondé en 1971, travaille sur des thèmes variés (environnement, culture, emploi...). Il a œuvré pour une coopération dans la région de la mer de Barents, élaborant des relations avec la Russie post-soviétique, notamment en soutenant la création du Conseil euro-arctique de Barents en 1993 (Vidal 2016). La frontière russo-norvégienne est actuellement la seule de l’espace Schengen ouverte à la libre circulation pour les résidents à moins de 30 km de part et d’autre. Elle était d’ailleurs devenue subitement la route du nord des réfugiés syriens (2 800 en septembre 2015, source). Le maire de Kirkenes (extrême nord-est de la Norvège), ville la plus proche de la Russie, caresse le projet d’un élargissement de cette distance à 200 km, ce qui mettrait sa ville (où les écriteaux sont déjà en russe, comme en chinois), à la portée des 300 000 habitants de Mourmansk (entretien personnel au printemps 2019).

Pour assurer leur souveraineté dans ces espaces reculés, tous les États arctiques se sont appuyés sur les populations autochtones. Au Canada, certaines communautés ont été relocalisées à proximité de la DEW line, sans égard pour les risques que cette position très septentrionale faisait peser sur leur survie (Weetaltuk et al. 2009). Les troupes des rangers canadiens, corps de l’armée créés dans les années 1940, demeurent principalement fournies par les peuples des Premières Nations du Nord.

Des politiques brutales d’assimilation, notamment avec sédentarisation, évangélisation et scolarisation ont été conduites dans le passé. Les pensionnats furent l’outil largement partagé d’une acculturation forcée (Desjardins & Monderie 2007). Au Canada, le dernier pensionnat autochtone a été fermé en 1997 et le pays fait actuellement face à des découvertes de sépultures d’enfants de communautés ((Voir ces deux articles parus sur Radio Canada : « Les pensionnats autochtones en 7 questions » et « 182 sépultures non marquées découvertes près d'un pensionnat en Colombie-Britannique ».)). Le film émouvant SameBlod (Norvège, 2016), récit de Sami, une jeunesse en Laponie dans les années 1930, témoigne pour l’Europe du Nord, des traumatismes encore vifs dans la mémoire collective du peuple Sami. La russification des « petits peuples » du Nord a été tout aussi dramatique.

Document 11. Installations militaires aujourd’hui en Arctique

Carte bases militaires arctique USA Canada Groenland Russie Norvège Danemark Etats-Unis

 

La fin de la guerre froide n’a pas interrompu la présence militaire en Arctique, loin s’en faut (document 11), néanmoins elle a laissé la primauté à la voie de la négociation. Le Conseil de l’Arctique, officialisé en 1996 (lien), se veut rassembleur. Pour ce faire sans heurter, ses prérogatives relèvent surtout de l’environnement, comme en attestent les sujets des groupes de travail (document 2). Du reste, il s’agit d’un forum intergouvernemental, autrement dit une instance de discussion, dont l’objectif est de promouvoir la coopération et la coordination. Le Conseil de l'Arctique n’a aucune capacité à contraindre les États (Lasserre 2014). Les huit États arctiques sont membres permanents ; le Danemark siège pour le Groenland et les îles Féroé. À ceux-ci s’ajoutent les participants permanents, composés de six associations de peuples autochtones. Enfin, un groupe de membres observateurs a grossi au fil des ans (document 12). Néanmoins, si le club semble s’élargir, ce n’est qu’à sa marge, les observateurs n’ayant plus le droit de parole et les associations permanentes ne pouvant pas voter. Seul le cœur constitué des États arctiques reste décisionnel (Escudé 2017, Knecht 2017).

Document 12. Un nombre croissant d’observateurs du Conseil de l’Arctique

ACOPS : Advisory Committee on Protection of the Sea  AISSA : Association internationale des sciences sociales dans l'Arctique (IASSA) AWRH : Association mondiale des éleveurs de rennes CICR : Comité international de la Croix-Rouge CCU : Circumpolar Conservation Union CEE-ONU : Commission Economique des Nations Unies pour l’Europe (UNECE) CMMAN : Commission pour les mammifères marins de l'Atlantique Nord (NAMMCO) CPPRA : Comité Permanent des Parlemen-taires de la Région Arctique (SCPAR) IASC : Comité international pour les sciences arctiques ICCH : Union internationale pour la santé circumpolaire PNUD : Programme des Nations unies pour le développement (UNDP) PNUE : Programme des Nations Unies pour l'environnement (UNEP) RAIPON : Association des peuples autochtones du Nord (Russie) UICN : Union internationale pour la conservation de la nature WWF : Fonds mondial pour la nature

D’après Knecht S. (2017), complété d'après Conseil de l'Arctique pour les années 2017 et 2019. Traduit et adapté par Géoconfluences, 2021. Voir en plus grand : cliquez ici.

 

Conclusion

L’Arctique présente une multitude de limites qui rappellent toutes un milieu hostile, difficile à « conquérir » pour la société moderne. Le changement climatique semble dès lors offrir de nouveaux potentiels de développement de la région et impulse un renouveau aux nostalgiques de la « frontier » dans le sens de front pionnier. Pouvons-nous pour autant parler de l’Arctique comme d’un nouvel eldorado ? Rien n’est moins sûr, et la pandémie de la covid-19 a, sinon éteint l’enthousiasme des investisseurs, au moins reporté une partie des intentions d’investissement, alors que d’autres avaient déjà pu, comme pour les hydrocarbures off-shore, être abandonnées. Ainsi, Gazprom se concentre sur son méga-projet onshore LNG en Iamalie et a suspendu l’exploitation du champ gazier offshore super géant Chtokman dans l’attente de technologies moins onéreuses et des prix du marché plus favorables.

L’analyse des fronts et frontières de la région arctique nous montre que la zone boréale a été le théâtre d’une course pour ses richesses depuis les explorateurs du XVIe siècle. Néanmoins, aucune ressource n’offre actuellement des perspectives économiques qui vaille une confrontation ou un affrontement et la région a souvent fait émerger des formes de coopération originales. La zone arctique devient chaque jour plus accessible et mieux reliée au reste du monde. Elle attire l’attention des médias et des lanceurs d’alerte puisqu’elle constitue un sous-système clef de l’environnement planétaire et un bon indicateur de la dégradation de celui-ci. De fait, son exploitation n’est-elle pas aujourd’hui trop tardive, anachronique parce que trop chère, trop risquée, pas ‘environmentally friendly’... ? Les réserves d’hydrocarbures sont pour la plupart, déjà en exploitation (surtout en Russie). L’évaluation des réserves, selon l’USGS, est toujours revue à la baisse. À cela s’ajoute que la demande mondiale n’explosera peut-être pas ; après la crise de 2008, celle de la covid-19 a fait chuter le prix du pétrole. Reste que personne ne veut laisser ‘sa’ place vide d’autant que le prestige d’être en Arctique demeure vivace ; la plateforme pétrolière russe résistante à la glace Prirazlomnaya et le pétrolier brise-glace The Mikhail Ulyanov, n’illustrent-ils pas les timbres russes ?

Y a-t-il finalement quelque chose de singulier dans les fronts et frontières de l’Arctique ? Comme pour la zone tropicale, l’aborder comme un tout comporte implicitement le fait que la géographie physique constitue un déterminant fort. Pourtant, la mise en place du Conseil de l’Arctique fait la démonstration que si celui-ci est bien faible et pourrait bien se trouver diminué par le changement climatique, il resterait toutefois cette volonté de se rassembler. Avec le Conseil de l’Arctique, les pays circumpolaires ont mis en place une forme de gouvernance originale, qui permet aux États et institutions non-arctiques d’être présents. L’État demeure assurément un échelon incontournable. Ainsi, de nombreux pays ont élaboré une « feuille de route pour l’Arctique » qui mentionne notamment la recherche, un outil d’une politique de soft power. La Chine s’est ainsi autoproclamée « État quasi-arctique » dans la sienne publiée en 2018 (source), non sans déclencher la colère d’autres États. Actuellement, la moitié de la population mondiale se trouve représentée au Conseil de l’Arctique ! Plus le cercle des intéressés s’élargit, plus le cœur se raffermit face à cet en-dehors qui veut entrer, au point de paraître un « club de co-propriétaires » ((Propos de Michel Rocard, ambassadeur des pôles, à propos du Conseil Arctique. Février 2013.)). En somme, au-delà de la diversité des sociétés arctiques et de leurs passés, l’unité de la zone réside grandement dans le modèle de gouvernance original, de la rudesse du milieu et de la colonisation par le Sud.

 


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Mots-clés

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Yvette VAGUET
Maîtresse de conférences HDR en géographie, université de Rouen - UMR IDEES 6266

 

 

Mise en web : Jean-Benoît Bouron

Pour citer cet article :

Yvette Vaguet, « Fronts et frontières en Arctique, quelle singularité ? », Géoconfluences, décembre 2021.
URL : https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/arctique/articles-scientifiques/fronts-et-frontieres-en-arctique

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