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La frontière, discontinuités et dynamiques

Du "tourisme" frontalier à l'émergence d'une coopération eurorégionale entre Hongrie, Roumanie et Serbie

Publié le 16/10/2008

La description des relations entre Hongrie, Roumanie et Serbie est intéressant à plusieurs points de vue. D'une part, il s'agit actuellement d'une frontière extérieure de l'Union européenne. D'autre part, le tracé de la frontière entre ces deux pays, au sein des plaines du Banat et au cœur du territoire historique de cette province, montre combien l'apparition et le renforcement d'une frontière rompt des liens socioculturels et commerciaux ancestraux. Ce qui est observable le long de cette frontière l'est dans l'ensemble du pourtour frontalier de l'UE. Prenons toutefois le temps de revenir sur les raisons de l'émergence d'un tourisme frontalier, avant de penser le développement d'une coopération régionale transfrontalière entre ces trois pays.

L'une des principales difficultés pour l'étude des franchissements de frontières liés au tourisme résulte de l'absence d'un outil statistique fiable. Sont enregistrés comme "touristes" l'ensemble des résidents étrangers entrant dans le pays sans raison professionnelle apparente. Le cas se présente entre Hongrie et Roumanie notamment dès la sortie du communisme, renforçant des mouvements jamais tout à fait interrompus par le contrôle accru des frontières avant 1989-1990. Pour les citoyens hongrois, l'offre d'un tourisme de montagne et l'équipement en stations thermales de la Roumanie complètent des motivations de voyage dans ce pays pour raisons familiales et/ou culturelles. Inversement, des citoyens roumains se rendent en Hongrie pour profiter de prix plus attractifs sur les produits alimentaires, les équipements électroménagers, les soins, etc. Ces mouvements d'échanges se poursuivent et se renforcent aujourd'hui grâce à de meilleurs équipements de transports, à l'amélioration des offres d'hébergements, aux nouveaux centres commerciaux, etc.

Des processus similaires ont vu le jour entre la Serbie et ces deux pays. Pourtant le déplacement est, dans ce cas précis, complexifié par l'exclusion de la Serbie des frontières de l'UE. Deux périodes doivent être prises en compte. La première est antérieure à l'adhésion de la Hongrie (1er mai 2004), puis de la Roumanie (1er janvier 2007) à l'UE. La seconde lui est postérieure.

Durant la première phase, les transits frontaliers s'accroissant, des équipements nouveaux ont fait leur apparition dans les principales villes frontalières (hôtels, restaurants, points d'accueil et d'information des touristes). Dans le cadre de l'association eurorégionale DKMT, la petite ville roumaine Jimbolia, a organisé un circuit touristique transfrontalier à partir d'un réseau pédestre et cyclable. Des chemins et des axes routiers de faible gabarit reliant les villages frontaliers aux frontières délimitant les trois pays existaient déjà et, restructurés, ils ont permis de tracer une boucle chevauchant les trois frontières. Ce projet a bénéficié d'une aide européenne dans le cadre du volet culturel du programme PHARE et sa promotion est passée par l'organisation de camps de vacances pour adolescents associant des jeunes issus des trois pays, en particulier des communes frontalières.

L'impact de cette démarche sur la mobilité touristique est trop modeste pour pérenniser ce projet. Celui-ci, sans être abandonné aujourd'hui, n'a pas atteint les objectifs escomptés. L'attrait touristique de la région est extrêmement réduit, en l'absence de sites remarquables ou d'équipements culturels. La contrainte des contrôles douaniers entre Serbie et UE (Hongrie et Roumanie) s'ajoute à cette première limite au projet. Peu utilisés, hormis pour les activités agricoles (accès aux parcelles), les chemins sont en friches (les "chemins" dont il est ici question prolongent le réseau routier bitumé afin de relier entre eux les villages). Le réseau routier rural souffre d'investissements insuffisants d'où l'état de dégradation avancée des portions bitumées. Ces raisons expliquent le devenir en pointillé du projet. Toutefois, il a eu l'avantage de faire émerger une réflexion sur l'offre touristique au sein de l'eurorégion. L'objectif initial recherchait moins l'élaboration d'un parcours appelé à durer qu'un renforcement de l'interconnaissance : créer une habitude de vivre ensemble, permettant d'outrepasser les clivages identitaires (entre Hongrois et Serbes notamment) et offrant de reconstruire une "identité territoriale banatéenne", peu à peu disparue depuis le tracé, en 1920, des frontières dans cette région du Banat. Cette démarche se couple avec d'autres projets, engagés à l'échelle de l'eurorégion par des collectifs culturels (Institut interculturel de Timisoara notamment) ou des églises. La promotion d'une offre touristique eurorégionale permet indirectement la promotion du territoire et du cadre institutionnel de coopération transfrontalière, une coopération qui dans ce cas précis s'appuie sur le territoire historique du Banat, chevauchant lui-même les trois frontières. Seul bémol : la situation politique de la Serbie oblige au maintien d'un contrôle douanier strict aux frontières de ce pays.

Depuis l'adhésion de la Hongrie et de la Roumanie à l'UE, le contrôle aux frontières s'est accentué et une politique de visas a été réactivée dès le début des années 2000. Depuis le 1er janvier 2008, la Hongrie est de surcroît membre à part entière de l'espace Schengen alors que la Roumanie reste pour le moment un État coopérant dans ce système. La tentative de valorisation touristique de l'espace eurorégional révèle un fonctionnement à deux vitesses : une ouverture réelle et un accroissement de la mobilité entre Roumanie et Hongrie dans le cadre d'une continuité territoriale au sein de l'UE d'une part, et un isolement relatif des citoyens serbes d'autre part. Avant même l'entrée dans cette seconde phase, le projet eurorégional souffrait de cette dichotomie interne.

Depuis lors, la coopération eurorégionale se contente d'aménagements ponctuels aux frontières des trois États : l'Agence de développement économique mise en place au sein de cette association répond exclusivement à des besoins constatés en Roumanie et en Hongrie. Seul un projet associant la Serbie est actuellement discuté : il s'agit d'octroyer un droit de transit sur le territoire roumain pour des ouvriers serbes employés dans les industries des villes frontalières roumaines, en réponse à leur besoin de main d'œuvre... avec obligation de retour dans la journée dès la fin de leur service.

Jimbocicleta, un concours fédérateur

Ce concours réunit des amateurs de cyclisme de Roumanie, de Hongrie et de Serbie, mais aussi d'Allemagne dont les liens avec la petite ville roumaine de Jimbolia sont forts. Les populations allemandes y ont représenté jusqu'à 90% de la population locale en 1920, alors qu'à la suite des différentes vagues d'émigration en direction de l'Allemagne au cours du XXe siècle, elles ne sont que moins de 5% aujourd'hui.

L'affiche, ci-dessous, annonçant l'événement est proposée en trois langues (par colonnes), respectivement en Roumain, en Hongrois et en Serbe (ici en ayant recours à l'alphabet latin).

Le concours a pour objectifs (inscriptions sur l'affiche ci-dessus) :

  • de rapprocher les hommes de peuples différents
  • de promouvoir le cyclotourisme et la culture du cyclisme, un hobby sain
  • d'encourager les administrateurs locaux à la construction de pistes dédiées aux bicyclettes et achever celles qui existent
  • de promouvoir les événements sportifs et culturels dans la région
  • une meilleure entente entre générations
  • un préambule à de futures autres activités transfrontalières
  • un événement appelé à se renouveler tous les ans ...

 

Traduction libre de l'auteur (E.Bioteau)

Source documentaire : site de la mairie de Jimbolia : www.jimbolia.ro (en accès libre, visité le 12 mai 2007)

Emmanuel Bioteau, Université d'Angers, CARTA (UMR n°6590)

et Bénédicte Michalon, CNRS, ADES (UMR n°5185),

pour Géoconfluences le 16 octobre 2008

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