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De villes en métropoles

Culture et régénération urbaine : le cas de Glasgow

Publié le 15/09/2008
Auteur(s) : Fabien Jeannier, doctorant à l'Université de Lyon, sous la direction de Keith Dixon, laboratoire Triangle à l'ENS de Lyon, UMR 5206

1. Glasgow à la fin des années 1970 : une ville industrielle sinistrée

2. Des manifestations culturelles emblématiques

3. Une métamorphose réussie ?

Au début des années 1980, Glasgow a fait le choix de placer les arts et la culture au cœur de sa politique de régénération urbaine, économique et sociale. Ils sont devenus le vecteur privilégié de la municipalité pour relancer l'activité économique et procéder à la reconversion des friches industrielles en zones industrielles, commerciales et résidentielles. Cette orientation s'inscrivait dans un cadre encore plus large dont l'objectif était de reconstruire une image claire et positive de la ville et de lui rendre l'attractivité qu'elle avait perdue depuis bien longtemps pour attirer les investisseurs et de nouvelles populations. La culture et les arts devaient donc faire renaître la ville post-industrielle déchue de son statut de capitale industrielle [2], la faire accéder au rang de capitale culturelle au rayonnement international et lui faire franchir le cap de la reconversion vers une économie de services.

Ce choix a conduit la ville à organiser des manifestations culturelles d'ampleur nationale ou internationale. Ainsi, Glasgow a d'abord été l'hôte du National Garden Festival en 1988, une première étape pour le changement de son image. Puis, la ville a porté le titre de Ville européenne de la culture en 1990 et celui de Ville britannique de l'architecture et du design (UK City of Architecture and Design) en 1999. Quantité de manifestations culturelles, organisées à ces circonstances, ont été pour la ville l'occasion de se doter d'infrastructures à usage culturel et touristique, dans le but avoué de devenir une destination dans le domaine du tourisme de loisirs ou d'affaires.

Pour les villes qui cherchent à se régénérer à travers l'organisation d'événements culturels, la principale difficulté est de trouver le bon équilibre entre les dimensions économique, sociale et culturelle (García, 2004, 313). À Glasgow, des évaluations de l'impact de cette politique ont été menées à intervalles réguliers [3]depuis sa désignation comme Ville européenne de la culture en 1990 [4]. Ainsi, alors qu'en 2008 Liverpool est Capitale européenne de la culture [5] , il est possible de proposer une analyse de l'impact à plus long terme de l'organisation d'événements festifs dans la transformation physique et la régénération économique et sociale d'une ville en s'appuyant sur l'exemple de Glasgow.

Glasgow à la fin des années 1970 : une ville industrielle sinistrée

Un double déclin industriel et démographique

Le déclin industriel et économique de la ville s'est accéléré après la Seconde guerre mondiale qui, en restaurant le plein emploi sur les chantiers navals, avait réussi à dissimuler pour un temps encore les faiblesses structurelles de l'industrie lourde et des chantiers navals et à éluder les questions de stratégie industrielle. Après la guerre, la ville ne résiste plus à la concurrence de pays extra-européens. Glasgow subit alors une désindustrialisation vaste et très rapide. Les nouvelles industries ne parviennent pas à compenser les pertes d'emplois dans les usines de sidérurgie, de la construction mécanique et dans les chantiers navals qui ferment les uns après les autres. Elles préfèrent s'installer en périphérie, ou quitter la région, loin de l'emplacement de l'industrie lourde traditionnelle.

Ce sont les hommes peu qualifiés qui exercent des métiers manuels qui sont les plus touchés. Entre 1961 et 1991, les effectifs employés dans l'industrie dans la conurbation passent de 387 000 à 121 000 (Gómez, 1998, 107-108). À titre d'exemple : en 1961, 38 416 personnes sont employées dans les chantiers navals. Vingt ans après, elles ne sont plus que 12 750 et il n'y a plus que deux chantiers navals en activité dans la ville. Le nombre d'employés dans la métallurgie passe de 39 195 à 16 246 au cours de la même période. Dans l'industrie mécanique, la chute est tout aussi dramatique : il n'y a plus que 33 086 employés dans ce secteur en 1981, contre 86 467 en 1961 [6].

Parallèlement, l'emploi dans les services augmente peu, sauf pour les femmes. Il en résulte que les créations d'emplois dans le secteur des services sont loin d'être suffisantes pour absorber la perte d'emplois dans le secteur industriel. En valeur relative pourtant, on assiste à un renversement spectaculaire de la nature des emplois en vingt ans. La part des emplois dans les services passe de 42% en 1961 à 52% en 1971 et 63% en 1981. En vingt ans, Glasgow est devenue un centre de services [7] et a tourné le dos à son passé industriel. Les pertes d'emplois considérables des années 1960 et 1970 se poursuivent pendant la décennie 1981 – 1991 qui voit la ville perdre encore 11% de ses emplois (44% dans l'industrie). Globalement, Glasgow perd un quart de ses emplois dans la période entre 1952 et 1987 (Paddison, 1993, 344) pour atteindre un seuil historique de 358 000 emplois en 1996.

La saignée de population a largement dépassé les prévisions, Glasgow s'est littéralement vidée au cours des années 1960. À cette période, 25 000 personnes quittent la ville chaque année, pour la plupart des ouvriers qualifiés et des professions libérales. De plus, ces personnes ne vont pas s'installer en périphérie mais elles quittent une région où il est devenu très difficile de (re)trouver un emploi.

Évolution de la population de Glasgow, 1901 à 2006

Année

Population

1901

761 712

1926

1 090 380

1938

1 127 825

1946

1 050 000

1951

1 089 555

1961

1 055 017

1971

897 485

1981

774 068

1991

688 600

2001

586 710

2003

585 090

2006

580 690

Projection 2011

575 000

Source : Glasgow City Councilwww.glasgow.gov.uk/.../Factsheets/Glasgow

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Les politiques d'aménagement urbain en question

Au début des années 1970, la ville entreprend de revoir sa stratégie d'aménagement sous l'influence du Scottish Office [8] et d'une nouvelle génération de responsables. En 1972, à l'occasion de la deuxième révision du Plan de développement de la ville [9], l'utilisation d'indicateurs plus complets qu'auparavant [10], intégrant davantage de critères sociaux, aboutit au classement de la moitié de la ville dans les trois plus mauvais niveaux. Cela prouve que le problème des quartiers défavorisés s'étend bien au-delà des vieilles zones de taudis traditionnellement étiquetées comme telles, c'est-à-dire les vieux quartiers du centre-ville, pour concerner aussi un grand nombre des zones de logements sociaux construits et gérés par la municipalité après la guerre.

En fait, c'est toute la politique d'aménagement de la municipalité travailliste [11] au cours des années 1950 et 1960 qui montre ses limites et qui est stigmatisée : c'est un échec social, environnemental et politique. Les grands ensembles en périphérie de la ville, quasiment uniquement des logements sociaux, se sont considérablement dégradés et leurs populations ne s'y sont pas adaptées. Il faut dire que la construction des écoles, des magasins et des équipements publics n'est intervenue que bien après et qu'il s'agissait de lieux à très forte densité de population. Ils poseront d'importants problèmes économiques, sociaux et environnementaux dans les années 1980.

Friches industrielles le long de la Clyde

  Pointeur sur l'image Google Earth ci-contre (fichier .kmz). 55°52'8.70"N / 4°19'17.17"O

En haut à gauche, cliché de F. Jeannier (2000)

Cet ancien bâtiment industriel est situé à quelques encablures du centre-ville. Des voitures en stationnement montrent une zone encore en activité. En arrière plan, on distingue des immeubles (multi-storey flats) emblématiques de la politique de construction en périphérie de la ville d'immeubles des années 1960 et 1970 pour y loger les populations déplacées des taudis du centre ville. Beaucoup ont été démolis au cours des années 1990 parce qu'ils s'étaient vidés et considérablement dégradés, de même que leur environnement immédiat.

En haut à droite, image Google Earth (2008)

L'image montre le même bâtiment industriel, en 2008 : il n'y a plus d'activité visible et il s'est considérablement dégradé.

Clichés du bas (F. Jeannier, 2000).

De nombreux docks en friche et bâtiments désaffectés peuvent encore être observés le long de la Clyde. En 2006, il reste encore 1 300 hectares de friches industrielles en attente de requalification à Glasgow répartis sur 850 sites, soit 8% de la superficie de la ville et 12% de la superficie totale des friches industrielles en Écosse. Presque 60%  des habitants de la ville vivent à moins de 500 mètres d'une friche industrielle.

La politique de déplacement de population et de création de villes nouvelles (East Kilbride, Livingstone, Glenrothes et Cumbernauld) des années 1950 et 1960 est mise en cause [12]. Elle avait été largement édulcorée dans la pratique et n'était finalement à l'origine que de 6 500 départs annuels, contre une prévision de 10 000, alors que les départs spontanés s'élevaient à 18 500. De même, l'activité industrielle implantée dans ces villes nouvelles provenait d'ailleurs, alors qu'il était prévu que s'y réimplantatent l'activité industrielle et la population de Glasgow. Ainsi, entre 1958 et 1968, seuls 20,1% des emplois qui quittent Glasgow se relocalisent dans une ville nouvelle [13]. Finalement, le West Central Scotland Plan [14] recommande, en 1974, la suspension des travaux pour la ville nouvelle de Stonehouse et une réflexion du Conseil régional de Strathclyde [15] sur la nécessité de poursuivre la politique de déplacement de la population. Dans la pratique, cette politique de déplacement des populations de Glasgow vers les villes nouvelles était enterrée.

Au début des années 1970, les quartiers dégradés (17 000 logements sont en attente de destruction en 1971), aux populations défavorisées sont situés à la fois en centre ville et en périphérie de Glasgow. Prenant conscience de l'important délabrement de l'habitat, les autorités de la ville commencent alors à privilégier un travail de réhabilitation et d'amélioration de vieux quartiers centraux. Le redéveloppement [16] reste tout de même considéré comme la meilleure option et la construction de logements neufs au centre ville par le secteur privé, est présenté comme une solution d'avenir. La municipalité a toutefois enclenché une réflexion qui va l'amener à tourner définitivement le dos à son passé industriel et à progressivement utiliser la culture sous toutes ses formes comme vecteur de sa régénération économique à partir du début des années 1980.

En pop-up : La politique du logement et de l'habitat à Glasgow des années 1980 aux années 2000

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Des manifestations culturelles emblématiques

Les prémices du marketing urbain et de la régénération économique

Avec l'ouverture du Greater Glasgow Tourist Board and Convention Bureau en 1983 (devenu le Glasgow City Marketing Bureau depuis le 1er avril 2005), Glasgow parie sur le tourisme de loisirs et d'affaires et sur les services qui l'accompagnent pour le développement économique de la ville. Ce qui suppose que son image change radicalement pour "rendre la ville plus attirante pour venir y travailler, y vivre et s'y divertir ; pour rétablir l'esprit d'entreprise de Glasgow, faire connaître aux citoyens de la ville et au monde entier son nouveau visage."[17]. Les trois éléments de cette déclaration d'intention vont alors orienter la politique de régénération de la ville dans sa globalité, aidés en cela par des campagnes de promotion déterminées.

La toute première manifestation visant à améliorer l'image de la ville, le festival "Mayfest" qui a eu lieu tous les ans jusqu'en 1997, date de 1983. C'est aussi l'année du lancement de la campagne "Glasgow's Miles Better", la première véritable campagne de marketing urbain d'ampleur à Glasgow qui marque le début du lent processus de régénération de la ville (Paddison, 1993, 346). C'est aussi l'année d'ouverture de la Burrell Collection [18]. Pour la première fois depuis longtemps, Glasgow attire l'attention des médias pour des raisons culturelles et non à cause de la violence, du déclin des industries traditionnelles, du chômage, de la pauvreté et de l'alcoolisme.

L'année précédente, la municipalité avait engagé le premier programme de rénovation d'un quartier du centre-ville, Merchant City, dans l'objectif de convertir d'anciens bâtiments industriels désaffectés en zone commerciale et résidentielle. C'est un programme emblématique et fondateur. Dans leur étude sur l'impact de ce programme, Rosenburg et Watkins (2000, 1977) notent que ce fut un élément important de la renaissance de Glasgow à cause de la confiance et de l'expérience que la ville en a tiré et qu'elle a pu réinvestir dans l'organisation du National Garden Festival de 1988 et dans la candidature victorieuse au titre de Ville européenne de la culture en 1990. Cette réhabilitation fut un catalyseur et le symbole de la politique de régénération urbaine de Glasgow.

1988 : le Garden Festival de Glasgow

En pop-up : Les Garden Festivals

Un plan du Garden Festival Glasgow, 1988

Source : www.theglasgowstory.com,

accès le 22 mars 2008. (Mitchell Library, GC f607.3441443 GLA). Ce plan du festival montre clairement que les trois bassins ont été comblés et que le bassin de manœuvre à l'entrée du dock est devenu une marina. Ce sont les sédiments issus de la drague de la Clyde qui ont permis de créer les jardins du Garden Festival.

Source : Yottanesia, Wikipedia, cliché de 1988

    Pointeur sur l'image Google Earth ci-contre (fichier .kmz).

Bell's bridge : 55°51'30.99"N / 4°17'20.76"O

City Centre, Central Station et site du Garden Festival

Source : Google Earth, accès le 24 mars 2008. A l'ouest, au nord de la Clyde, on distingue clairement le centre ville de Glasgow et sa grande gare Central Station. A l'ouest, le site du Garden Festival, sur la rive sud de la Clyde (anciennement Prince's dock). En face, le Scottish Exhibition and Conference Centre (anciennement Queen's dock). Les deux sites sont reliés par Bell's Bridge.

Glasgow, Ville européenne de la culture en 1990

En 1990, Glasgow porte le titre de Ville européenne de la culture, ce qui en fait une pionnière : elle est en effet la première ville de ce programme européen [ibid, 5] à être désignée après une compétition nationale ouverte, à disposer de trois années pour préparer la manifestation, à mobiliser des fonds privés et publics pour financer des initiatives propres à l'événement et à comprendre le potentiel de cette nomination comme un outil de régénération économique par le recours à la culture. Le titre de Ville européenne de la culture est accompagné du slogan "There's a lot Glasgowing on in 1990." [19] Le Centre de recherche en politique culturelle de l'Université de Glasgow (2002, 4) note que 32,7 millions de livres d'argent public ont été investies dans la manifestation, provenant principalement des deux organismes publics qui étaient à l'époque le Glasgow District Council et le Strathclyde Regional Council [20].

Le secteur privé a aussi contribué au financement des manifestations à hauteur de 6,1 millions de livres. Une étude entreprise par John Myerscough en 1991 montre que l'affluence dans les théâtres, les musées, les galeries d'art et les salles de concert a augmenté de 40% entre 1989 et 1990, passant de 4,7 millions d'entrées à 6,6 millions. Des manifestations en plein air ont enregistré 1,7 millions d'entrées. Un soin particulier fut donné à la programmation des événements qui faisaient référence à l'identité de Glasgow dans les domaines de l'histoire, du design, de l'architecture, de la construction navale, de la religion et du sport. Les manifestations culturelles au sens large firent appel aux communautés vivant à Glasgow en même temps qu'aux artistes écossais et étrangers. L'ampleur des manifestations (700 organisations culturelles concernées, 22 000 personnes impliquées dans l'organisation de presque 3 500 manifestations) fut à cette époque à la hauteur de la volonté des autorités municipales de faire de la culture au sens large le moteur de la régénération économique de Glasgow et de lancer un mouvement dont l'effet devait perdurer bien au delà de la seule décennie 1990 (CCPR, 2002, 5).

Un héritage majeur de 1990 réside dans la dynamique de festivals et campagnes promotionnelles qui s'est développée par la suite, sans pour autant atteindre l'ampleur des manifestations de 1990, malgré le recours à des campagnes de marketing agressives, dont voici quelques uns des exemples les plus significatifs. Les manifestations de 1990 ont été d'abord suivies par la campagne "Glasgow Alive", lancée en 1991. D'autres événements d'envergure nationale ont ensuite vu le jour. En 1996, ce sont les arts visuels qui sont à l'honneur (Year of Visual Arts). En 1995 et 1999, Glasgow est National City of Sport. En 1997, la municipalité lance la campagne "Glasgow, The Friendly City" pour faire sa promotion pendant les conventions qu'elle héberge cette année-là [21]. La campagne était programmée pour durer jusqu'aux manifestations de Glasgow 1999 Ville britannique d'architecture et du design. En 2003, Glasgow s'affiche comme la Ville européenne du sport. La campagne promotionnelle suivante, intitulée "Glasgow : Scotland with Style" est lancée en mars 2004. Selon le Glasgow City Council (2006, 12), elle a attiré 228 000 visiteurs supplémentaires à Glasgow depuis son lancement et a généré 26,5 millions de livres de recettes pour l'économie locale.

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Une métamorphose réussie ?

Des infrastructures culturelles de rang international

La désignation de Glasgow Ville européenne de la culture en 1990 a été l'occasion d'investissements importants en termes d'infrastructure culturelle. Ainsi, 5,8 millions de livres ont été investies dans les galeries McLellan. L'investissement le plus important fut la construction du Glasgow Royal Concert Hall (dessiné par Sir Leslie Martin) qui coûta 29,4 millions de livres en remplacement du St Andrews Hall détruit par les flammes en 1962. D'autres infrastructures d'importance, telles que le Scottish Exhibition and Conference Centre (SECC), étaient déjà opérationnelles avant les manifestations de 1990.

De même que pour l'organisation de nombreux festivals, les manifestations de 1990 ont impulsé une forte dynamique de mise à disposition d'infrastructures culturelles (musées, salles de spectacles) pour les visiteurs qui s'est concrétisée au fil du temps. Le Kelvingrove Art Gallery and Museum est de loin l'infrastructure culturelle la plus fréquentée à Glasgow avec plus d'un million de visiteurs en 2002. Il a été entièrement restructuré entre 2003 et 2006 pour contribuer à la reconnaissance de la ville comme métropole culturelle internationale. Le musée abrite une des plus grandes collections d'art d'Europe. Il existe d'autres musées et d'autres galeries d'importance tels Pollok House, Glasgow's Museum of Transport, The People's Palace, St Mungo Museum of Religious Life and Art et le Scotland Street School Museum qui rend hommage à Charles Rennie Mackintosh, architecte et designer pourtant largement boudé par sa ville de son vivant. La Gallery of Modern Art a ouvert en 1996 et propose des œuvres d'art contemporain provenant d'artistes de Glasgow et du reste du monde. Elle est la deuxième galerie d'art contemporain britannique la plus visitée en dehors de Londres.

En 1997 a été inauguré le Glasgow Auditorium [22] dessiné par Sir Norman Foster et adjacent au SECC [23]. Sa construction a coûté 38 millions de livres. Il est (modestement) présenté comme la réponse glaswégienne à l'opéra de Sydney et peut accueillir 3 000 spectateurs et toutes sortes de spectacles.

L'héritage principal de 1999 (Ville britannique de l'architecture et du design) est The Lighthouse, le Centre écossais de l'architecture, du design et de la ville [24]. The Lighthouse est la conversion d'un élément du patrimoine architectural de la ville, la première commande publique réalisée par Charles Rennie Mackintosh, qui abritait les presses et les bureaux du Glasgow Herald et qui a été convertie en un espace d'exposition, avec des ressources éducatives, des bureaux, des salles de conférence et le Mackintosh Interpretation Center [25]. C'est un bâtiment symbolique car il fait le lien entre le passé de la ville et ses aspirations de modernité.

Enfin, la ville a investi pour se doter de lieux de spectacle de dimension internationale. Ainsi le Tramway, ancien espace industriel reconverti, a réouvert ses portes en juin 2000 comme salle de spectacle multi-fonctionnelle. Il est devenu un lieu de spectacle et d'arts visuels de première importance. Les City Halls, beaucoup plus anciens, peuvent aussi accueillir toutes sortes de représentations (Mitchell Theatre, The Old Fruitmarket, The King's Theatre). La ville est donc dotée d'infrastructures suffisantes pour proposer une programmation variée et de qualité internationale. Glasgow a su se donner au cours du temps les moyens de ses ambitions en termes d'infrastructures culturelles et nul doute que ces différentes réalisations sont à mettre au crédit de la dynamique engendrée par la désignation de Glasgow comme Ville européenne de la culture en 1990.

La Clyde au cœur de la régénération de Glasgow

En pop-up : La Clyde au cœur de la régénération de Glasgow

   Pointeur sur l'image Google Earth ci-contre (fichier .kmz).

Bell's bridge : 55°51'30.99"N / 4°17'20.76"O

Source : Google Earth, accès le 24 mars 2008. On distingue plus clairement les infrastructures phares de la requalification de Prince's dock après la tenue du Festival Garden : le Scottish Exhibition and Conference Centre, the Armadillo, Finnieston Crane (à droite), le cinéma Imax et le Science Centre ainsi que la Clydesdale Bank Anniversary Tower. On remarque aussi que des espaces restent en attente de requalification.

Repères : 1) Bell's bridge ; 2) The Armadillo (Clyde Auditorium) ; 3) le Scottish Exhibition and Conference Center (SECC) ; 4) Finnieston Crane


Sur Youtube :

River Clyde, vue depuis Bell's Bridge qui relie anciennement Queen's dock à Prince's dock (2000). À gauche (Price's dock), le Science Center et la Clydesdale Bank Anniversary Tower en construction.

Elle a été remplacée par la Glasgow Millenium Tower à l'issue des manifestations de l'an 2000.

The Armadillo. 2000. Vue depuis Prince's Dock toujours en travaux douze ans après la tenue du Garden Festival.

Ci-contre à gauche :

  • en haut, de droite à gauche : The Armadillo, le cinéma Imax et le Scottish Exhibitionand Conference Centre (SECC).
  • en bas : Finnieston Crane.

 

Un vestige du passé industriel de la Clyde, symbole de son excellence passée dans le domaine des chantiers navals. Initialement, cette grue se trouvait plus en aval de la Clyde. Elle a été déplacée pour être située symboliquement à proximité de The Armadillo, aux portes du centre-ville.

Toutes ces installations représentent les importantes infrastructures destinées à faire de la ville une destination du tourisme cultuel et d'affaires. Elles témoignent aussi du rôle central de la Clyde dans le changement d'image de la ville.

Elles sont localisées sur le site où s'est tenu le Garden Festival en 1988 (Prince's Dock) ou sur le dock situé sur la rive droite de la Clyde, au nord (Queen's Dock). Les deux rives sont reliées par un pont pour piétons uniquement. Cette partie de la Clyde a fait l'objet de l'attention toute particulière de la municipalité en raison de sa proximité avec le centre-ville. C'est donc un lieu stratégique en termes d'image donnée aux visiteurs.

Dans ce même dossier, on pourra comparer ces aménagements de requalification d'espaces industriels et portuaires autour de la Clyde à ceux de la ville de Nantes autour de la Loire :

Des territoires métropolitains à l'heure de l'économie de la connaissance : Nantes à la croisée des chemins (J. Fache)

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L'héritage des événements festifs en question

Les évaluations menées aux lendemains immédiats des manifestations de 1990 (Myerscough, 1991, 1994) montrent que la ville et la région en ont nettement bénéficié au niveau économique. Il est estimé que l'économie régionale a gagné entre 10,3 et 14,1 millions de livres grâce à l'ensemble des manifestations. L'activité de l'industrie culturelle a augmenté de 3,9% entre 1986 et 1990. Glasgow est devenue une destination touristique en 1990. Le nombre de visiteurs s'élevait à 700 000 en 1982. Il est passé à 3 millions en 1990, dont 600 000 sont directement à porter au crédit de la désignation de la ville comme Ville européenne de la culture car ils se sont spécialement déplacés pour assister à une manifestation culturelle dans le cadre de Glasgow 1990 (Paddison, 1993, 348). 38% des visiteurs venaient de l'étranger et 71% des touristes étrangers venus à Glasgow en 1990 y venaient pour la première fois. Les manifestations ont aussi contribué à changer l'image de la ville auprès des Anglais de Londres et du sud-est de l'Angleterre. Ils étaient en effet 15% de plus à penser que l'image de Glasgow évoluait positivement après les manifestations de 1990. Par la suite, pratiquement tous les habitants de Glasgow affirmaient que les manifestations de 1990 ont contribué à améliorer l'image publique de leur ville et 61% pensaient qu'elles contribuèrent à rendre la ville plus agréable à vivre (Myerscough, cité dans CCPR, 2002, 6).

À plus long terme, il apparaît que l'activité du tourisme d'affaire a augmenté de 200% depuis 1997, ce qui a nécessairement été rendu possible par la qualité et la quantité des infrastructures et de l'hébergement. L'activité des aéroports ne cesse d'augmenter, de même que le nombre de visites dans les attractions de la ville (+21% entre 2000 et 2001 ; GCC, 2007, 11). Il en est de même pour les emplois dans le tourisme (GCC, 2002, 7).

Tous les effets de ces manifestations ne sont pas quantifiables. Ainsi, de nouveaux partenariats se sont créés entre les collectivités locales et la communauté culturelle et artistique, des liens internationaux se sont tissés, de nouvelles initiatives incluant les arts, l'éducation et le travail social ont vu le jour et Glasgow est devenue une ville populaire auprès des artistes pour y travailler et y vivre. C'est aussi à cette période qu'ont commencé à se développer les partenariats entres acteurs privés et publics sous la forme de Sociétés locales de développement pour œuvrer à la régénération économique et sociale des zones très défavorisées de la ville, qu'elles se situent immédiatement autour du centre ville ou en périphérie plus lointaine (Jeannier, 2006).

Les Sociétés locales de développement

À la fin des années 1980 et au cours des années 1990, huit sociétés locales de développement ont vu le jour : East End Partnership, Castlemilk Economic Development Agency, Drumchapel Opportunities, The Initiative, Greater Easterhouse Development Company, Govan Initiative, Glasgow North Limited et Greater Pollok Development Company. Elles correspondent aux zones de la ville les plus défavorisées et les plus gravement touchées par le déclin économique qui ont été reconnues "zones prioritaires de régénération" par la Glasgow Regeneration Alliance en 1993.

Voir la suite en pop-up :

Les Sociétés locales de développement (Local Development Agencies)

De tels changements n'ont cependant pas fait l'unanimité. Le groupe Workers City, regroupant des écrivains et des artistes locaux, s'est élevé contre le trop d'attention donné au centre-ville au détriment du reste de la ville et contre l'approche commerciale des manifestations culturelles au détriment des racines ouvrières de la ville (CCPR , 2002, 6). Ils se sont opposés à la marginalisation d'un pan entier de l'histoire de la ville, qui fut un lieu d'agitation socialiste radicale d'ampleur dans la première partie du XXe siècle. Ils ont aussi critiqué l'image lisse et propre de la ville qui est à mille lieux de la réalité de la vie dans les quartiers de logements publics (Mooney, 331), critiquant de fait fortement le déséquilibre croissant entre le centre et la périphérie qui abrite désormais la majorité des Glaswégiens.

En ce qui concerne l'héritage culturel à long terme de Glasgow 1990, il existe un décalage entre le discours des élites et le vécu des communautés artistiques pour qui les manifestations de 1990 ne sont pas le point de départ du bouillonnement culturel de la ville dont elles affirment qu'il existait déjà bien avant. Selon elles, les manifestations de 1990 n'ont fait que lui donner une visibilité au niveau européen (García, 2005, 860). Elles critiquent aussi vivement l'omniprésence de l'aspect marketing au détriment du développement de stratégies de création artistique (García, 2005, 861). García souligne la forte divergence de point de vue entre les représentants du secteur économique et des loisirs et tous les groupes créatifs à propos de l'héritage culturel. Ces derniers estiment que le potentiel créatif de la ville n'a perduré que grâce à la vitalité des réseaux informels de la communauté artistique. Ils épinglent le manque de leadership et de soutien institutionnel dans la période post-1990, ainsi que les baisses régulières des subventions. Ils considèrent que la réorganisation des autorités locales en 1996 a entraîné un changement radical dans la politique culturelle [20]. Enfin, ils récusent le traitement globalement très positif véhiculé par la presse écrite en particulier (García, 2005, 856-861).

De l'analyse de 5 700 articles de journaux [26], principalement britanniques, publiés entre 1986 et 2003, il apparaît d'abord que le discours entretenu à propos de Glasgow 1990 est très positif et qu'il met en avant trois aspects : Glasgow 1990 est un événement qui a réussi à créer une dynamique aussi bien au centre-ville que dans les quartiers périphériques et qui a intégré toutes les populations, l'image de la ville s'est transformée positivement et la campagne "Glasgow's Miles Better" fut un véritable succès (García, 2005, 854). Les références négatives mentionnent l'agressivité de la campagne marketing de la ville et le choix du slogan "There's a lot Glasgowing on" qui donnait une image aseptisée de la ville et s'adressait à un public anglais (García, 2005, 854).

Dans la période 1992-2003, les thèmes les plus fréquemment abordés par la presse sont l'image de la ville, l'économie et le tourisme et, dans une moindre mesure, la qualité de vie à Glasgow. L'accélération de la régénération de la ville et sa capacité à drainer un important tourisme de loisirs et d'affaire sont présentés comme les deux preuves les plus évidentes du succès à long terme de Glasgow 1990. À l'opposé, le domaine culturel (accès et participation aux manifestations culturelles, financement, infrastructures et dimension internationale de la scène culturelle à Glasgow) est l'objet d'une couverture médiatique de moins en moins importante, ce qui tend à montrer que l'héritage à long terme des manifestations de 1990 ne se situe pas au niveau culturel mais plutôt économique (García, 2005, 855-856). Enfin, au cours de cette même période, le nombre de références négatives augmente légèrement. Les principaux reproches concernent l'attitude des élites qui sont accusées de "protectionnisme culturel" excessif et d'esprit de chapelle par des journalistes, des artistes, des entrepreneurs et des responsables d'organisations artistiques (García, 2005, 856). Dans un article publié dans le Sunday Herald du 12 mars 2000 (p. 9), Georges Kerevan (journaliste, éditorialiste) remarque avec beaucoup d'acidité et de lucidité qu'aucune entreprise de classe mondiale n'a émergé de Glasgow malgré les 3 milliards de livres de subventions publiques. Selon lui, la ville serait victime de sa propre propagande et de ses responsables politiques et planificateurs. Il identifie les manifestations du déclin de la ville : le départ des classes moyennes, le déplacement de la moitié la population de la ville-centre vers les villes nouvelles en périphérie. Il déplore le manque de pluralité politique (Glasgow est traditionnellement une ville avec une très forte représentation travailliste [ibid, 11) ainsi que l'introversion, le corporatisme, l'arrogance, l'esprit de chapelle d'élites incapables selon lui d'exister en dehors de leurs propres bases [27].

Buchanan street en travaux : la rénovation des rues commerçantes du centre-ville

Dix ans après les manifestations culturelles liées à Glasgow Ville européenne de la culture, l'embellissement du centre-ville bat son plein.

La réfection de Buchanan Street, une des rues les plus commerçantes du centre de Glasgow est un exemple significatif de la volonté des autorités de faire du centre-ville un lieu attractif et complètement rénové, quasi-exclusivement dévoué au tourisme. Buchanan Street est  "encadrée" par des centres commerciaux.

Cliché : F. Jeannier, 2000

Les acteurs de la production culturelle (film, télévision, music, design) soulignent que 1990 fut une initiative qui a régénéré l'économie de la ville mais qu'elle a eu un faible impact sur sa production culturelle. Selon eux, Glasgow 1990 a davantage mis l'accent sur la consommation, au détriment de la production, ce qui les amène à se poser la question de son héritage à long terme. Ils émettent donc des doutes sur la fonction de Glasgow 1990 comme catalyseur de l'industrie culturelle de la ville et estiment que ces manifestations n'ont pas eu d'impact direct sur leur travail (García, 2005, 859), ce qui va à l'encontre du discours officiel.

Considérant qu'il y ait peu de chances qu'un autre événement du type de Glasgow 1990 fasse mieux en terme d'impact sur la production culturelle, alors que Glasgow 1990 a été généreusement subventionné et a reçu un succès auprès du public, ils penchent pour un soutien plus direct aux artistes afin de privilégier un travail de développement de fond face à l'obsession d'un carnaval de manifestations grandioses générant peut-être une valorisation importante en terme d'image mais en complet décalage avec la réalité de la ville et de son esprit créatif [28] (rapporté par García, 2005, 860).

Au niveau culturel, l'héritage de Glasgow 1990 semble donc davantage se situer en termes d'infrastructures plutôt que dans la pérennité de partenariats et de réseaux de création culturelle qui puissent agir en dehors d'un processus événementiel de grande ampleur orchestré par la municipalité (García, 2004, 319). L'investissement de 43 millions de livres des autorités locales pour Glasgow 1990 a permis la création ou la rénovation de structures qui permettent aujourd'hui à Glasgow d'héberger des manifestations de dimension internationale.

L'impact économique est bien plus limité et il est largement remis en question par les acteurs de l'industrie culturelle de la ville et la recherche universitaire. Les emplois créés par Glasgow 1990 n'ont pas toujours été pérennes et il s'agissait d'emplois peu qualifiés qui ne permettaient pas d'obtenir les compétences transférables nécessaires au maintien sur le marché du travail à long terme (García, 2005, 861). Enfin, il est difficile de faire clairement la distinction entre ce qui relève exclusivement de Glasgow 1990 et ce qui est à mettre au crédit des autres manifestations et politiques développées pendant la décennie suivante.

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Conclusion : un autre équilibre à imaginer

Glasgow a adopté une démarche qui vise à concilier loisirs et croissance économique ainsi que besoins et aspirations des résidents dans un environnement global concurrentiel entre villes. (García, 2004, 316) La ville est devenue une image qu'elle s'emploie à vendre pour attirer les touristes et les investisseurs. L'organisation d'événements festifs, porteurs de projets culturels ambitieux et catalyseurs de la régénération physique de la ville, sont un moyen privilégié et dans une certaine mesure efficace, pour réaliser cet objectif.

Le National Cultural Strategy for Scotland (Scottish Executive, 2000) souligne la contribution que la culture peut apporter à des chantiers plus larges tels que la justice sociale, le développement économique, la régénération et l'égalité et suggère que le développement culturel contribue à créer l'image d'une société écossaise moderne et dynamique.

Pourtant, de même qu'à Birmingham (Miles, 2005, 897), les emplois créés à l'occasion des événements promotionnels sont temporaires, mal payés et souvent à temps partiel. L'identité ouvrière de la ville est restée en marge. C'est le tourisme culturel qui est valorisé plutôt que le soutien aux acteurs culturels locaux (Miles, 2005, 895 ; García, 2005). La réhabilitation des zones centrales qui accompagnent l'organisation d'événements favorisent la gentrification et posent problème dans la durée (J-K Seo, 2002).

Au bout du compte, le centre-ville a été nettoyé, réhabilité et aseptisé mais les problèmes persistent à la périphérie. La particularité de Glasgow est d'avoir mis en place des sociétés locales de développement pour la régénération économique et sociale des zones périphériques défavorisées. Leur efficacité est toute relative malgré les bonnes intentions affichées par la municipalité. Elles disposent de budgets infiniment réduits par rapports aux investissements massifs réalisés au centre-ville. Glasgow reste une ville où l'espérance de vie dans certains quartiers régresse, où le chômage persiste à un niveau bien supérieur à la moyenne nationale, où la qualité du logement pour les catégories les plus fragiles économiquement progresse très lentement, et où 41% des ménages vivent dans la pauvreté. Les zones les plus défavorisées d'Écosse sont toujours à Glasgow (Mooney, 2004 ; Jeannier, 2006).

L'instrumentalisation de la culture au service de la régénération économique est loin d'avoir résolu les problèmes sociaux aigus auxquels Glasgow reste confrontée (Mooney, 2004, García, 2005). Glasgow s'est construite une superbe vitrine [29] et il est indéniable qu'il est très agréable de flâner au centre-ville et le long de la Clyde et profiter de l'offre commerciale ou de fréquenter les hauts lieux culturels de la ville. Il est cependant nécessaire de satisfaire à une condition importante : posséder un pouvoir d'achat substantiel. Une question reste donc en suspend : combien de temps la ville pourra-t-elle encore s'appuyer sur cette politique si une partie importante de ses résidents n'a pas les moyens d'en profiter ? À l'heure de la concurrence globale, quand d'autres villes britanniques s'engagent dans cette voie (Liverpool a été désignée Ville européenne de la culture en 2008), et que d'autres l'ont déjà fait depuis longtemps partout dans le monde, il est à prévoir que l'offre culturelle finisse par dépasser la demande. Il faut toujours en faire plus pour rester en haut de l'affiche. Cependant, l'organisation de grands événements urbains reste au centre des préoccupations de la ville qui, après avoir fait acte de candidature pour accueillir les Jeux du Commonwealth (Commonwealth Games) de 2014, a été retenue comme ville organisatrice.

En complément, sur le site Cle des langues - Anglais (ENS de Lyon / Dgesco), voir : "Régénération urbaine et événements festifs à Glasgow : quelques perspectives sur les Jeux du Commonwealth de 2014

L'étude du cas de Glasgow montre qu'il existe une vraie différence entre la mise en place d'une politique urbaine culturelle et l'instrumentalisation d'événements culturels et festifs d'ampleur au service de la régénération économique. Glasgow se situe clairement dans cette deuxième catégorie et n'a semble-t-il pas encore trouvé le bon équilibre entre les dimensions économique, sociale et culturelle de sa politique de régénération urbaine.

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Notes

[1] Fabien Jeannier prépare un doctorat d'études anglophones à l'Université de Lyon sous la direction de Keith Dixon du laboratoire Triangle à l'ENS de Lyon. Ce doctorat porte sur l'articulation entre rénovation urbaine et politique culturelle à Glasgow.

[2] Glasgow fut longtemps la deuxième ville de l'Empire britannique et était surnommée "l'atelier du monde" ("the world's workshop"). Sur Youtube, Clyde Waterfront in 1939 :
http://fr.youtube.com/watch?v=zV1-1CKak9o&feature=related

[3] Il s'agit de Mayfest, lancée en 1982.

[4] Myerscough 1991, Gómez 1998, García 2004 et 2005, Mooney 2004, Union Européenne 2000, OCDE 2002.

[5] La manifestation annuelle Capitale européenne de la culture, organisée pour la première fois à Athènes en 1985, connaît un franc succès et le titre est aujourd'hui très convoité. De 1985 à 1998 la manifestation s'est tout d'abord dénommée "Ville européenne de la culture". À partir de l'année 2011, deux villes de deux différents États membres seront Capitales européennes de la culture. Une nouvelle procédure a été mise en place pour désigner les futures Capitales européennes de la culture à partir de l'édition 2013. 
En corpus documentaire de ce dossier : Des villes en compétition : quelle place pour la culture ? L'exemple des Villes / Capitales européennes de la culture

[6] Keating M. - The City that Refused to Die - Aberdeen University Press, 1988, pp.168-9.

[7] Lever W. et Chris Moore C.- The City in Transition: Policies and Agencies for the Economic Regeneration of Clydeside - Clarendon Press – 1986 - pp. 2-3.

[8] Le Scottish Office est un département du gouvernement britannique créé en 1885. Jusqu'en 1999, il était placé sous la responsabilité du Ministre pour l'Écosse (Secretary of State for Scotland) et avait la charge de la politique du gouvernement en Écosse. Depuis la Dévolution des pouvoirs et le rétablissement du Parlement écossais (1er juillet 1999), la plupart de ses attributions ont été transférées au gouvernement écossais. Les attributions qui restent de la responsabilité du gouvernement central britannique sont désormais gérées par le Scotland Office.

[9] Glasgow, Second Review of the Development Plan. Areas in Need in Glasgow, R. D. Mansley, Director of Planning, 1972.

[10] Les indicateurs pris en compte ont évolué. Bien que toujours fortement préoccupées par la problématique physique, les élites commencent à intégrer la dimension sociale, dont les causes sont multiples, des quartiers pauvres. Les critères du Plan de développement de 1960 avaient conduit les autorités à identifier 4 000 acres de logements surpeuplés et insalubres qui nécessitaient une rénovation complète ( comprehensive redevelopment). Pour le Plan de dévelopment de 1972 ces critères de définition des zones défavorisées (multiple deprivation areas) ont été étendus prenant en compte : la composition des ménages, le chômage, les catégories sociales des résidents, le nombre de personnes retraitées, les conditions de logement, le taux d'occupation des logements et la taille des ménages qui y résident. L'analyse des données a alors permis un classement des quartiers au niveau national selon six niveaux.

[11] La vie politique à Glasgow fut marquée, jusque dans les années 1920, par une alternance entre conservateurs et libéraux. En 1922, la ville a envoyé pour la première fois une majorité de députés travaillistes à Westminster. Depuis, à l'exception de l'élection générale de 1931, le vote travailliste a toujours été supérieur au vote conservateur aux élections parlementaires et Glasgow a toujours envoyé un majorité de députés travaillistes à Westminster. S'il faut attendre 1933 pour que les travaillistes prennent le contrôle de la gestion de la ville leur hégémonie à Glasgow n'a pas connu d'interruption depuis, à deux courtes exceptions près : entre 1949 et 1951 puis entre 1969 et 1971.

[12] Elle avait été mise en place par le Clyde Valley Regional Plan de 1949.

[13] Keating, p. 28.

[14] West Central Scotland Plan Steering Committee - West Central Scotland Plan – a programme for action, Glasgow, 1974.

[15] Le Conseil régional de Strathclyde (Strathclyde Regional Council) a été créé par le Local Government (Scotland) Act de 1973 qui a procédé à un redécoupage administratif de l'Écosse.  Un système de régions et districts a été organisé en créant trois niveaux de gestion dont la gestion centralisée du Scottish Office. La loi a pris effet en 1975. Strathclyde, devenue l'une des 9 régions écossaises (auxquelles il faut ajouter les Iles Orcades, Shetland et les Iles Hébrides), est elle-même divisée en 6 sous-régions regroupant 19 districts (sur un total de 56). Avec plus de 2,9 millions d'habitants, Strathclyde était la plus peuplée et la plus grande des régions écossaises et avait Glasgow pour capitale administative. Cet échelon de gestion régional a été supprimé au 1er avril 1996 au profit de 32 unités locales (unitary council areas). Glasgow est alors devenue une entité administrative locale sous le nom de Glasgow City Council.

[16] En anglais, les termes d'urban redevelopment et d'urban regeneration peuvent être ainsi définis :
- Urban redevelopment : Revitalization of an older urban area by means of new construction, building rehabilitation, adaptive re-use of buildings, neighbourhood conservation, historic preservation, infrastructure upgrading. May lead to economic and social rehabilitation.
- Urban regeneration (or renewal) : Process through which deteriorated neighbourhoods ar ameliorated through upgrading of existing buildings, infrastructure and public amenities. Planned renewal of deteriorated and underutilized areas of the city, and improvement of urban environments through public and private initiative.

En français, on distingue habituellement rénovation et réhabilitation urbaines. Il s'agit, dans le premier cas, de démolir, de raser pour reconstruire. C'est une opération lourde qui nécessite une intervention massive des pouvoirs publics. Les rénovations "au bulldozer" ont parfois laissé la place à des interventions plus douces et plus respectueuses du passé sous la forme de reconversion ou de remodelage d'un ou plusieurs îlots. De son côté, la réhabilitation consiste à rénover sans détruire, sans raser.

[17] Cité dans Maria V. Gomez, 1998, p. 111.

[18] La Burrell Collection est une collection d'art privée que l'armateur Sir William Burrell a légué à la ville en 1944. C'est une des plus importante de Grande-Bretagne. Elle est donc exposée depuis 1983 dans un bâtiment construit à cet effet dans le Pollok Country Park.

[19] Ses détracteurs le changeront en "There's a lot of con gowing on in 1990". Du jeu de mot avec le nom de la ville et le verbe going "Glasgowing on" (il se passe un tas de choses à Glasgow), les détracteurs de l'événement passent au jeu de mot avec "con", c'est-à-dire "arnaque" (on se fait bien arnaquer à Glasgow) (Mooney, 2004, 331).

[20] En 1996 les Glasgow District Council et Strathclyde Regional Council ont fusionné au profit d'un seul niveau de compétence, le Glasgow City Council.

[21] Rotary International (23 500 délégués) et American Society of Travel Agents (4 000 délégués)

[22] Il est surnommé The Armadillo, à cause de sa forme en coquille d'argent.

[23] Il a donc été construit sur l'ancien Queen's dock, en face du site du Garden Festival.

[24] Scotland's Centre for Architecture, Design and the City.

[25] The Lighthouse Scotland's Centre for Architecture, Design and the City : www.thelighthouse.co.uk

[26] 5 700 articles publiés principalement dans des journaux britanniques, entre 1986 et 2003 ont été analysés. Deux périodes ont été identifiées : 1986-1991 et 1992-2003. Les articles de la première période avaient été conservés par le service de presse de Glasgow 1990 puis déposés à la Mitchell Library à Glasgow. Les articles de la période suivante ont été rassemblés en interrogeant par mots-clés la base de données Lexis-Nexis. L'ensemble des article a ensuite été classé et analysé selon des critères qualitatifs (thèmes abordés et attitude du journal face à ces thèmes) et leur profil (date de publication, titre du journal, couverture géographique, type de presse, type d'article et longueur). Pour la période 1986-1991, les thèmes retenus étaient les suivants : la représentation de la ville, l'activité économique à Glasgow, les infrastructures culturelles, l'origine des artistes et des représentations, les événements majeurs, le financement et le budget, l'implication et la participation des habitants de Glasgow, l'organisation et la politique culturelle. Pour la seconde période, les thèmes étaient : l'héritage en termes d'image, l'héritage économique, l'héritage culturel, l'héritage en termes de gouvernance et de politique (sociale, culturelle).

[27] Il n'est peut-être pas inutile de proposer l'intégralité du passage en anglais : "Glasgow is a victim of its own propaganda. It believed it was a world-class city with a world-class economy. But in over a quarter of a century and after perhaps three billion pounds of public subsidy, not one world-beating company has emerged from the second city. […] The culprits in Glasgow's long decline are threefold. The dispirited middle classes who fled the city. The Pol Pot planners whose social engineering halved the city's population. And one-party city government—introverted, sectional, arrogant, parochial and incapable of appealing outside its own narrow constituency."

[28] "an obsession" with a "carnival of grandiose schemes" generating "massive advertising kudos" perhaps but divorced from the reality of the city and its "creative soul".

[29] Mooney (2004, 328) la qualifie de "cosmetic gloss".

 

Sélection bibliographique

  • Centre for Cultural Policy Research - Media Pack : Glasgow 1990 European City of Culture, CCPR, 2002
  • García B. – "Urban Regeneration, Arts Programming and Major Events : Glasgow 1990, Sydney 2000 and Barcelona 2004", International Journal of Cultural Policy, Vol. 10, n°1, pp. 103-116, 2004
  • García B. - "Cultural Policy and Urban Regeneration in Western European Cities: Lessons from Experience, Prospects for the Future", Local Economy, Vol. 19, n°4, pp. 312-326, 2004
  • García B. - "Deconstructing the City of Culture : The Long-Term Legacies of Glasgow 1990", Urban Studies, Vol. 42, n°5-6, pp. 841-868, 2005
  • Glasgow City Council - Glasgow Tourism Action Plan, GCC, 2002
  • Glasgow City Council - Glasgow Economic Review, GCC, 2006
  • Jeannier F. – "La régénération des quartiers industriels sinistrés: le rôle des sociétés locales de développement", Géocarrefour, Vol 81, n°2, pp. 127-133, 2006
  • J-K S. "Re-urbanisation in Regenerated Areas of Manchester and Glasgow: New Residents and the Problems of Sustainability", Cities, Vol. 19, n° 2, pp. 113-121, 2002
  • Keating M. - The City that Refused to Die, Aberdeen University Press, 1988
  • Lever W., Moore C. - The City in Transition: Policies and Agencies for the Economic Regeneration of Clydeside, Clarendon Press, 1986
  • Gomez M. - "Reflective Images: the Case of Urban Regeneration on Glasgow and Bilbao", International Journal of Urban and Regional Research, Vol. 22, n°1, pp. 106-121, 1996
  • Mooney G. – "Cultural Policy as Urban Transformation ? Critical Reflections on Glasgow, European City of Culture 1990", Local Economy, Vol. 19, n°4, pp. 327-340, 2004
  • Myerscough J. - Monitoring Glasgow 1990 - Glasgow City Council, Strathclyde Regional Council and Scottish Enterprise, 1991
  • OCDE - Urban Renaissance. Glasgow : Lessons for Innovation and Implementation, OCDE, 2002
  • Paddison R. - "City Marketing, Image Reconstruction and Urban Regeneration", Urban Studies, Vol. 30, n° 2, pp. 339-349, 1993
  • Palmer-Rae Associates – European Cities Capitals of Culture, Study Prepared for the European Union Part 1- Palmer-Rae Associates, 2004
  • Ryan M. -  "Culture win gave Glasgow boost"  http://news.bbc.co.uk/1/hi/uk/2375339.stm, 2002
  • Rosenburg L., Watkins, C. – "Longitudinal Monitoring of Housing Renewal in the Urban Core : Reflections on the Experience of Glasgow's Merchant City", Urban Studies, Vol. 36, No. 11, pp. 1973-1996, 1999
  • Union Européenne - Inclusive Cities : Building Local Capacity for Development, Office for Official Publications of the European Communities, 2000

Webographie pour compléter et prolonger

Travaux de recherche et d'expertise
Autour des territoires
Divers lieux et organismes
Action culturelle et villes en Europe


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Fabien Jeannier, doctorant à l'Université de Lyon

sous la direction de Keith Dixon, laboratoire Triangle à l'ENS de Lyon, UMR 5206

pour Géoconfluences le 15 septembre 2008

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Mise à jour :   15-09-2008

 


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