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Balkans

Publié le 27/02/2013

En 1991 la Fédération yougoslave se disloque ; Serbes, Croates et Bosniaques s'affrontent alors au cours de la guerre de Bosnie. Conquêtes territoriales, massacres et "épurations" sur des bases ethniques et religieuses se succèdent, certaines villes en sont les symboles : Sarajevo, Srebrenica, Mostar... L'Europe seule fut longtemps impuissante et c'est l'implication de l'OTAN et des États-Unis qui mit fin au conflit : les accords de Dayton (1995) aboutissent au partage de la Bosnie-Herzégovine en deux entités, serbe (République serbe de Bosnie ou Republika Srpska) et croato-musulmane (Fédération croato-musulmane), d'abord placées sous tutelle de l'ONU et d'une force spéciale, la SFOR.
Nouveau rebondissement en 1999 : les Serbes entreprennent de chasser les musulmans albanais du Kosovo (ou Kosovo-Metohija ou Kosovo-et-Métochie). La détresse des populations poussées à l'exode légitime alors une réaction militaire multinationale en faisant fi du risque de veto russe au Conseil de sécurité. Le Kosovo devient à son tour un territoire géré par les Nations unies. En 2000, la République Fédérale de Yougoslavie (RFY), composée de la Serbie (dont le Kosovo) et du Monténégro, est admise aux Nations unies sous cette dénomination provisoire.
Ces événements ont révélé les vulnérabilités diplomatiques et militaires des européens qui, depuis, s'efforcent de prouver leur capacité à gérer des crises internationales dans leur propre espace : l'Eufor, force terrestre multinationale (Espagne, France, Italie et Portugal) a été engagée en Albanie en 2001 et en Macédoine en 2003 ; l'opération Althéa a permis de prendre le relais de la SFOR en Bosnie-Herzégovine en 2004.

La guerre au Kosovo s’était terminée en 1999 par la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies et avec un "accord militaro-technique", sans solution à long terme. En février 2007, le médiateur de l'ONU, Martti Ahtisaari, a présenté un plan prévoyant d'accorder au Kosovo une forme de souveraineté sous contrôle d'une mission internationale dirigée par l'UE, avec une C
onstitution, un drapeau, un hymne et la possibilité d'adhérer à des organisations internationales, ... sans toutefois parler d'indépendance ! Mais c'est pourtant une indépendance que le Kosovo proclame, unilatéralement, le 17 février 2008 à Pristina. Le 9 avril, une Constitution est adoptée. Conforme aux principes du plan Ahtisaari, elle offre de larges garanties aux minorités du Kosovo, en particulier à la minorité serbe. La République du Kosovo est un État laïque et neutre en matière de convictions religieuses ", stipule ce texte. L’indépendance du Kosovo n’est, début 2011, reconnue que par 72 États dans le monde dont les États-Unis et 22 États de l’UE sur 27 : l’Espagne, la Grèce, la Roumanie, le Slovaquie et Chypre y sont toujours opposées mais font preuve de pragmatisme au niveau communautaire sur cette question. Le dernier né des États européens reste sous perfusion internationale, la KFOR (mission de l’OTAN) y compte 2 800 hommes, appuyés par la MINUK (mission des Nations-Unies) et une mission civile de l’Union européenne (EULEX) soutenant la mise en place d’institutions démocratiques et l’État de droit. Des tensions entre Kosovars et Serbes sont toujours palpables dans le nord du pays (Mitrovica) où les Serbes sont majoritaires et où l’idée d’une partition a toujours ses adeptes.

Ces années de guerre en ex-Yougoslavie ont réactivé les termes "Balkans" et "balkanisation". Michel Foucher observe ainsi que 30% du linéaire des frontières politiques du continent européen a été établi depuis 1989 : avec les États baltes, les Balkans y contribuent fortement. Qu'en est-il des configurations géopolitiques de la région ? Dès 1991 la Slovénie et la Macédoine ont déclaré leur indépendance à la suite de référendums. En 1995 c'est au tour de la Croatie puis, en juin 2006, du Monténégro (650 000 habitants) de prendre son indépendance à la suite d'un référendum à plus de 55% (seuil exigé par l'UE) en faveur de la séparation de la Serbie. Désormais, aux yeux de la plupart des experts internationaux, l'indépendance – fût-elle "limitée", "conditionnelle" ou "encadrée" du Kosovo – paraît inévitable : au nom de quoi refuserait-on aux Albanais peuplant à 90% cette province de Serbie ce qui a été accordé aux Monténégrins ? La Serbie avait saisi la Cour internationale de justice (CIJ), au sujet de la proclamation de l’indépendance en 2008 du Kosovo, son ancienne province qu’elle refuse de reconnaître. La Cour a estimé dans un avis consultatif rendu en juillet 2010 que cette indépendance n’avait pas violé le droit international. La Serbie a depuis accepté de renouer le dialogue avec les autorités de Pristina, premier pas vers une normalisation des relations bilatérales et facteur de stabilité régionale. La RFY serait donc alors réduite à la seule Serbie ce qui pourrait relancer le débat sur le rattachement de l'entité serbe de Bosnie-Herzégovine à la Serbie.

C'est donc bel et bien à un morcellement des Balkans que nous assistons depuis bientôt vingt ans. Parallèlement, les processus d'intégration de ces nouveaux "États-nations" au sein de l'UE ont atteint des stades variables. La Slovénie est devenue membre en 2004. La Croatie est entrée dans la dernière phase de ses négociations d'adhésion : sur les 35 chapitres de discussion, 25 ont été bouclés et la conclusion des négociations avec la Croatie dans la première moitié de 2011 est théoriquement possible, ce qui devrait lui permettre de devenir membre de l'UE en 2012. Ces avancées ont été rendues possibles par la résolution du différend frontalier, la délimitation de la frontière maritime entre les deux pays, empoisonnant les relations entre la Croatie et la Slovénie depuis longtemps.
La Serbie a déposé sa candidature le 22 décembre 2009 voyant ses efforts de rapprochement avec l’UE porter leurs fruits. C'est désormais à la Commission européenne de lui accorder – ou non – le statut de candidat officiel, procédure qui peut prendre une année. Avec ses 7,5 millions d’habitants, la Serbie est le "poids lourd" démographique et économique des Balkans occidentaux, région ayant vocation à adhérer à terme à l’UE. L’adhésion du pays reste suspendue à l’arrestation du général Ratko Mladic recherché pour ses crimes de guerre dans les guerres de Bosnie dans les années 1990 par le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye.
Dans son rapport annuel 2010 sur les projets d'élargissement, l'exécutif européen a recommandé l'attribution du statut de candidat au Monténégro, autre État balkanique ayant déposé sa candidature en décembre 2008 mais la Commission ne prône pas en revanche l'attribution du statut de candidat à l'Albanie, candidate depuis avril 2009, en raison de problèmes de corruption et d'atteintes à la liberté de la presse. Les négociations avec la Macédoine, candidate depuis 2004, n’ont toujours pas démarré, car elles se heurtent au veto de la Grèce, en raison du différend qui oppose les deux États à propos de la dénomination officielle du pays.
La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo n’ont pas encore déposé de candidature mais sont considérés comme ayant vocation à adhérer à l’UE dès qu’ils répondront aux critères et fonctionneront réellement comme des États (voir supra).
Ces perspectives d'adhésion à une maison commune européenne suffiront-elles à éviter que les risques géopolitiques toujours latents dans la région ne dégénèrent en nouveaux conflits armés ? La voie menant à la stabilisation et à l’intégration de la région est encore jonchée d’obstacles hérités d’un passé plus ou moins proche.

Pour compléter
- L’élargissement de l’Union européenne à l'Est, Bruxelles au défi des relations transfrontalières (Emmanuel Bioteau et de Bénédicte Michalon) pour le dossier "La frontière, discontinuités et dynamiques" :
- En corpus documentaire, l'état des lieux des élargissements par Pascal Orcier

- La Serbie et le Monténégro dans les Balkans en recomposition : cartes et documents sur la région dans ce dossier de la Documentation française :
www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/serbie-montenegro/index.shtml
- Regards sur l'Est : www.regard-est.com/home/pays.php?pays=2
- Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) : www.icty.org
- Souverainetés mouvantes et frontières dans les Balkans, approche anthropologique de Mariella Pandolfi (Université de Montréal) : www.erudit.org/revue/as/2002/v26/n1/000701ar.html

Mise à jour : décembre 2010

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