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Ethnies, ethnicité et nations

Publié le 05/10/2021

Ethnies, ethnicité aux États-Unis | Ethnies, ethnicité et nations en Afrique subsaharienne

Une ethnie est un groupe humain de taille intermédiaire entre le clan et la nation, relativement homogène sur le plan culturel. Aucun critère distinctif objectif de permet de différencier nettement une tribu d'une ethnie, d'un peuple ou d'une nation, et le terme a été surtout employé de l'extérieur pour nommer des groupes humains n'appartenant pas au groupe dominant, notamment les indigènes, ou peuples autochtones, par opposition aux nations coloniales. La distinction entre un groupe ethnique et un groupe national peut se fonder sur l'usage d'une langue vernaculaire pour le premier et d'une langue véhiculaire pour le second mais ce critère n'est pas toujours opérant. 

L'ethnicité, ou appartenance ethnique, est aujourd'hui une assignation sociale et une représentation attribuées à un individu, ou à un groupe humain, en fonction de critères culturels ou de leur apparence physique (couleur de peau notamment). Comme la notion de « race », elle est sujette à caution tant elle dépend de considérations subjectives, bien plus que de critères objectifs. Comme l'indique Gavan Tredoux « l’identité ethnique n’est pas affaire de choix, mais elle est prescrite par d’autres, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’ethnie » (traduit par François Durand-Dastès, 2006). 

(JBB) octobre 2021.

Pour compléter
  • Durand-Dastès François, « Ethnie », Hypergéo, 2006.
  • Tredoux Gavan, Ethnicity and ideology. Stalking the wild taboo1990.

 


Ethnies, ethnicité aux États-Unis (2015)

À la classification selon la race, le recensement de la population aux États-Unis ajoute une différenciation selon l'origine ethnique. Il y a deux catégories minimum d'ethnies selon l'U.S. Office of Management and Budget’s (OMB) : les Hispaniques et Latinos et les non-Hispaniques et Latinos.

Dans le recensement de 2010, les origines hispaniques, latinos (terme ajouté en 2010) ou espagnoles, et la race, font l'objet d'une question à part : « S’il vous plaît, répondez à la fois à la question sur l’origine hispanique et à la question sur la race », la modalité « hispanic » ne figurant pas dans les modalités de réponse à la question sur la race. Les Hispaniques et Latinos peuvent être de n'importe quelle race. Près de 20 millions de Latinos ont coché la case « autre race » en 2010 (15 millions en 2000) arguant du fait qu'ils ne se reconnaissent pas dans les catégories de race proposées dans le questionnaire.

(MCD) 2015.

Pour compléter

Ethnies, ethnicité et nations en Afrique subsaharienne (2006)

L’Afrique subsaharienne se caractérise par une extraordinaire diversité ethnique. Par exemple, dans la seule République démocratique du Congo, les ethnologues ne répertorient pas moins de 250 groupes différents. Sans fétichiser l’ethnie ni chercher dans le "tribalisme" le deus ex machina des affrontements, guerres civiles, violences au quotidien, comme ont tendance à le faire les médias, on se gardera de minimiser l’importance des facteurs ethniques dans les dynamiques socio-politiques contemporaines en Afrique (Pourtier, 1991).

En termes d’analyse géopolitique, des questions en découlent : la diversité ethnique est-elle un obstacle à la formation de l’unité nationale ? la présence de groupes ethniques en position transfrontalière est-elle un facteur d’instabilité régionale ? Des exemples passés peuvent alimenter la réflexion.

Le Rwanda a connu l'expérience absolue des ravages de l'ethnisme lors du génocide des Tutsis par les Hutus en 1994. Le pouvoir actuel du Paul Kagamé (tutsi, ayant accédé à la présidence en 2000) s'efforce d'appliquer une politique volontariste consistant à nier le fait ethnique afin de tenter de bâtir une nation rwandaise qui ne comporterait plus ni Hutus, ni Tutsis. Une telle politique n'est-elle qu'un leurre ? Les modalités de la réconciliation entreprise peuvent laisser perplexe.

Autre exemple, au Burundi voisin où, depuis les massacres de 1972, les conflits entre Tutsis et Hutus avaient fait environ 300 000 victimes. Pour tenter de mettre fin à la spirale des sanglants affrontements, à base ethnique, un accord de paix, inspiré par Nelson Mandela, a été signé à Arusha, en Tanzanie, en août 2000. Au lieu de nier la question ethnique, l'esprit de cet accord l'assume et en fait un point de départ. Il s'agit alors d'assurer une représentativité équitable des composantes de la population (composée à 15 % de Tutsis, à 85 % Hutus). D'une manière générale, la réactivation du concept d'ethnie en Afrique subsaharienne est également venue de la mise en place du processus démocratique qui a fréquemment entraîné la résurgence de l'appartenance ethnique pour fonder le multipartisme.

Il apparaît que la multiplicité des ethnies n’est pas en soi un obstacle au fonctionnement de l’État dans la mesure où l'appartenance ethnique ne constituerait qu’un cadre de référence identitaire parmi d’autres, à une échelle située entre le groupe familial de proximité et l’État. Ethnie et État peuvent alors cesser d’apparaître comme des catégories antagonistes dès lors qu’on raisonne en termes d’emboîtements et non d’exclusion (Pourtier, 1991). Les appartenances ethniques participent alors aux dynamiques linguistiques et culturelles qui transcendent les groupes et les frontières et constituent ainsi autant de strates pouvant favoriser les processus d’intégration.

(ST) 2006.

Pour compléter

 

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