Dossier : Les relations nature-sociétés face au changement global

Introduction

Publié le 15/10/2018
Auteur(s) : Jean-Benoît Bouron, Agrégé de géographie, responsable éditorial de Géoconfluences - Dgesco, Université de Lyon, ENS de Lyon.
Nathalie Reveyaz, Agrégée de géographie, IA-IPR d'histoire-géographie - Académie de Grenoble

Citer cette introduction

La géographie contemporaine questionne les interactions entre nature et société au regard de l'évolution de la connaissance des changements environnementaux.   Cette connaissance, de plus en plus précise à différentes échelles, permet de mieux comprendre la dimension systémique des changements, ce qui autorise à les regrouper dans un changement global multiforme. Par exemple, il est devenu impossible de dissocier les changements climatiques, la déforestation, la transition alimentaire et la surpêche, les émissions de gaz à effet de serre, l’urbanisation et la croissance démographique, car ces phénomènes s’influencent entre eux. C’est pour insister sur cette interdépendance qu’on parle de changement global.

À l'échelle mondiale, les menaces pressantes pesant sur la biosphère et l'atmosphère sont une réalité, mais toutes les autres échelles permettent d'affiner le raisonnement et de montrer le rôle ambivalent des sociétés humaines dans leur environnement. Raisonner sur le changement global permet d’intégrer tant la temporalité des systèmes et de leurs mutations que leurs dynamiques et leurs interactions. Ainsi, par le changement global, la géographie tend à envisager différentes formes de transitions inhérentes aux phénomènes environnementaux. Si nous avons fait le choix du singulier dans le titre du dossier pour rester fidèle à la formulation employée dans le programme scolaire de cycle 4 de 2015, il serait tout aussi pertinent d’aborder le pluriel et d’envisager « des changements globaux » tant chaque situation locale et régionale est différente et met en jeu un large éventail de modalités et de facteurs.

L'article d'Étienne Cossart « Le changement global : un champ scientifique fécond pour le géographe » peut être lu comme une bonne introduction épistémologique à la notion de changement global, remise en perspective avec les autres termes désignant la transcription scientifique des préoccupations environnementales, du développement durable aux Anthropocene studies. L'auteur y rappelle le rôle que les géographes et la géographie peuvent jouer dans l'appréhension du changement global, notamment par leur familiarité avec l'approche systémique et la dimension temporelle des phénomènes spatiaux.

Localement, les effets du changement global sont rarement monofactoriels. Ainsi, dans le cas de la crise agricole en Casamance, des troubles politiques sont responsables, au moins autant que le déficit hydrique, des difficultés des agriculteurs qui les obligent à se tourner vers la cueillette (Mohamed Lamine NDAO, « Cueillir pour survivre, un exemple d’adaptation à la crise agricole et sociale dans la commune de Niaguis (Ziguinchor, Sénégal) »). 

Deux articles s'intéressent au Brésil pour tenter de sortir des clichés sur un État irresponsable destructeur du « poumon vert de la planète ». Marion Daugeard et François-Michel Le Tourneau, dans « Le Brésil, de la déforestation à la reforestation ? », montrent que la reforestation est une priorité pour l'État brésilien, et pas uniquement pour des raisons environnementales, mais aussi pour une question de stature internationale et même de productivité économique. L'environnement est donc à la croisée d'autres enjeux. Lucie Morère, à travers l'exemple des mosaïques d'aires protégées, étudie les modèles de protection environnementale proposés par le Brésil dans Lucie Morère, « Les mosaïques d’aires protégées au Brésil, entre protection et développement ». Les thématiques abordées au Brésil peuvent être transposées au cas de la production d’huile de palme sur l’île de Bornéo, avec cette ressource, dans la rubrique savoir-faire : Étudier les relations environnement-sociétés à partir du cas de l'huile de palme à Bornéo

Les sociétés, à l'échelle locale, sont aussi à prendre en compte lors de l'application de solutions imaginées aux autres échelles : c'est ainsi que la mise en œuvre de la production éolienne, incontournable dans tout scénario de transition énergétique, peut se heurter localement à des oppositions très affirmées, comme l'a analysé Annaig Oiry « Développer les énergies marines renouvelables sur la façade atlantique française : entre contestation et planification ».

>>> Voir la bibliographie consacrée à la question « La nature, objet géographique »

 


Ce dossier a été ouvert en octobre 2018 et sera régulièrement complété.

Tous les articles de ce dossier ont fait l'objet d'une double relecture, éditoriale et scientifique.

L'image de couverture est extraite de l'article de M. Daugeard et F.-M. Le Tourneau « Le Brésil, de la déforestation à la reforestation ? » (figure 12).

Dernière mise à jour : janvier 2019.

 

Jean-Benoît BOURON
Professeur agrégé de géographie, responsable éditorial de Géoconfluences

Nathalie REVEYAZ
IA-IPR histoire et géographie – Académie de Grenoble

Mise en web : Jean-Benoît Bouron, 15 octobre 2018. Dernière mise à jour : 14 janvier 2019.

 

Pour citer cet article :

Jean-Benoît Bouron et Nathalie Reveyaz, introduction du dossier « Les relations nature-sociétés face au changement global », Géoconfluences, octobre 2018-janvier 2019.
URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/changement-global/introduction/

 

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