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Hémisphérisme

Publié le 19/01/2026
Auteur(s) : Vincent Capdepuy, docteur en géographie, professeur d'histoire-géographie - académie de La Réunion

L’hémisphérisme désigne une forme particulière de régionalisme géopolitique fondée sur la référence à un hémisphère, mobilisé comme cadre d’appartenance, de solidarité ou de domination. À la différence du continentalisme, qui s’appuie sur une continuité terrestre, l’hémisphérisme repose sur une construction géométrique du globe, investie d’une forte charge politique.

La notion, inventée aux États-Unis au début des années 1940, n’a cependant de sens et d’usage que par rapport à l’« hémisphère occidental ». L’hémisphérisme poursuit l’idée formulée dès 1823 par le président James Monroe, selon laquelle toute intervention européenne sur le continent américain serait considérée comme une menace (« doctrine Monroe »). Cette représentation a durablement structuré la politique étrangère des États-Unis, en transformant une moitié du globe en espace de responsabilité et d’influence privilégiée, voire d’intervention armée selon le président Theodore Roosevelt en 1904. Mais cette idée d’« hémisphère occidental » a pu prendre des formes différentes (Whitaker, 1954). Ainsi, l’hémisphérisme peut aussi désigner « la tentative active des nations de l’hémisphère occidental de former des régimes de coopération entre elles » (Corrales & Feinberg, 1999).

L’hémisphérisme ne relève toutefois pas d’un héritage figé. Il connaît des réactivations contemporaines, notamment dans le contexte de la rivalité stratégique entre grandes puissances et de la volonté américaine de limiter l’influence d’acteurs extérieurs dans les Amériques. L’invocation récurrente de l’« hémisphère occidental » dans les discours diplomatiques récents, voire à « notre hémisphère » (Capdepuy, 2026), montre que cette métagéographie continue de produire des effets politiques. Dans le cas de l’« hémisphère occidental », l’hémisphérisme peut se confondre avec le panaméricanisme, tout en en différant par son ancrage géométrique plutôt que continental.

Cet hémisphérisme, dans sa logique impérialiste, n’est pas sans susciter des contestations de la part des pays du « Sud », et des pays d’Europe lorsqu’il concerne le Groenland.

Vincent Capdepuy, janvier 2026.


Références citées
  • Capdepuy Vincent (2026), « “Notre hémisphère” : pour une mise en perspective du corollaire Trump à la doctrine Monroe », VisionsCarto, 17 janvier 2026.
  • Corrales Javier & Feinberg Richard E. (1999), « Regimes of Cooperation in the Western Hemisphere: Power, Interests, and Intellectual Traditions », International Studies Quarterly, vol. 43, n° 1, mars 1999, pp. 1–36.
  • Whitaker Arthur P. (1954), The Western Hemisphere Idea: Its Rise and Decline, Ithaca, Cornell University Press, 1954.
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