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La frontière, discontinuités et dynamiques

Frontière et ressources partagées : les aménagements hydroélectriques sur le Rhin (France, Suisse, Allemagne)

Publié le 11/03/2008
Auteur(s) : Antoine Beyer, Professeur des universités - Université de Cergy-Pontoise

Dans son cours supérieur, le Rhin a été tuteuré par la frontière, c'est-à-dire que son tracé naturel a été guidé, corrigé, puis rectifié par des aménagements successifs. Il s'agissait aussi bien de réduire les risques d'inondation que de régulariser des limites d'États que les caprices du fleuve rendaient inconstantes. Les formes d'anthropisation du Rhin ne sont pas étrangères aux rivalités politiques et à l'enjeu économique que le fleuve n'a cessé de représenter pour les États riverains. Se profile alors la question du partage de la ressource frontalière et de ses modalités. Moins que la construction politique d'une limite (fonction de séparation), notre réflexion s'intéresse davantage  aux modalités juridiques et techniques du partage qu'opère la frontière pour la ressource hydroélectrique (fonction de répartition), dans la mesure où elles engendrent des configurations spatiales originales à cheval sur le fleuve frontalier. Le propos général est alors de comprendre comment s'est organisé, dans un contexte frontalier, l'exploitation de la ressource hydroélectrique. Quelles formes d'aménagement et quelles stratégies territoriales résultent d'un équilibre politique qui a été perturbé à plusieurs reprises par l'histoire ?

Le propos tente de mettre en évidence une forme spécifique de construction d'un espace partagé. Ce qualificatif est particulièrement approprié ici comme une des dimensions importante de la frontière : au sens premier que lui attribue le dictionnaire qui est divisé, mais simultanément aussi ce qui est commun à l'un et à l'autre, un peu comme la notion de mitoyenneté dans le droit civil. Ce basculement d'un sens d'opposition à celui de rapprochement semble désormais s'affirmer à de nombreux espaces frontaliers en Europe. Il met en avant la co-responsabilité, la jouissance et des charges communes, sans que la séparation elle-même ne soit abolie. C'est au fond l'idée d'un voisinage apaisé qui s'applique à bien des frontières intérieures de l'Union. Loin d'une délimitation conçue comme un vide qui départage, le partage mitoyen se propose comme le plein d'un élément partagé et un exercice d'un droit commun reconnu mutuellement. Il permet aussi de nuancer l'idée commune d'émergence systématique d'espaces transfrontaliers, ces derniers s'orientant dans une voie d'unification territoriale et institutionnelle entre deux espaces nationaux.

Depuis plus d'un siècle, l'électricité est devenue une ressource importante du Rhin. Elle n'a pu en revanche se développer que dans le cours supérieur du fleuve, par l'importance suffisante des dénivelés. Le secteur proprement alpin du Rhin ne sera pas abordé ici, car se situant sur le seul territoire helvétique. Les projets de barrages entre Suisse et Autriche ont certes été évoqués, mais n'ont jamais dépassé le stade des études. C'est donc les deux segments équipés à ce jour, le Haut Rhin (Hochrhein), entre Constance et Bâle, et le Rhin supérieur (Oberrhein), entre Bâle et Karlsruhe, qui retiendront notre attention. Les modalités d'exploitation seront d'autant plus variables que les espaces considérés sont marqués par des divergences de gestion et d'héritages historiques. Ils individualisent ainsi différents systèmes techniques et territoriaux où le Rhin entre Constance et Lauterbourg constitue l'interface entre trois systèmes électriques nationaux différents, suisse, allemand et français. L'équilibre qui avait pu se constituer entre acteurs nationaux est aujourd'hui en rapide évolution avec l'ouverture à la concurrence du marché de l'électricité. Les installations et les opérateurs frontaliers sont particulièrement sensibles à la recomposition du marché électrique européen.

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Frontières et types d'aménagements hydroélectriques

Entre les 145 km qui séparent le lac de Constance de Karlsruhe, le cours du Rhin présente un caractère international très marqué, puisque le fleuve marque depuis près de trois siècles des frontières étatiques. Les installations hydroélectriques qui sont venues s'y greffer ont dû en tenir compte. Aussi, les modalités de constitution historique des frontières sur les rives du Rhin n'ont pas été sans effet sur le partage de la ressource que peut offrir le fleuve. En principe la frontière internationale suit le thalweg du fleuve, mais à plusieurs reprises, la Confédération helvétique s'étend sur la berge voisine : à Stein am Rhein, Schaffhouse, à Eglisau, et à Bâle, alors que l'Allemagne n'en fait autant qu'une fois à Constance, où la ville archi-épiscopale qui s'étend sur la rive sud du Rhin vient à peine de quitter le lac.

La singularité du tracé germano-suisse fossilise les héritages de découpages pré-modernes, bien que ceux-ci aient été partiellement simplifiés par Bonaparte en 1803 avec le partage des quatre villes forestières d'Autriche antérieure (die Vier Waldstädten), entre la Suisse et le Grand duché de Bade [2] (Acte de Médiation).

Le cours du Rhin entre le lac de Constance et Karlsruhe

(cliquer pour agrandir)

C'est ici que l'exploitation de l'hydroélectricité européenne à grande échelle est née dans le dernier tiers du XIXe siècle, ouvrant la voie à une importante industrialisation qui a touché indifféremment les deux rives du Rhin. D'ailleurs une partie des nouvelles installations étaient financées par les entrepreneurs issus du monde de la chimie notamment.

L'évolution du Rhin à hauteur de Marckolsheim (Alsace centrale)

Source : Julliard, 1977

Voir aussi : L'évolution du Rhin au cours des siècles (Programme Rhin Vivant, Région Alsace / DAFTE) : www.rhinvivant.com/html/fr_flash/histoiredurhin.htm

Entre l'Alsace et le Bade-Wurtemberg, la frontière suit le chenal principal (selon les principes du traité de Ryswick de 1697). Ce dernier est devenu unique avec la rectification du fleuve entreprise entre 1817 et 1878 selon les plans du colonel badois Tulla. Ses travaux visaient à délimiter un nouveau tracé du lit du Rhin, d'une largeur de 300 m environ, en éliminant les principaux méandres et comblant les bras morts. Le projet sera mené sur une distance de 266 kilomètres, de Bâle jusqu'à la frontière du grand duché de Hesse. L'endiguement d'un cours en tresse et le recoupement des méandres a accentué la vitesse du courant et sa capacité d'incision linéaire, réduisant de près de 30 km la longueur de son cours. La navigation à la remontée puis à la descente est arrêtée en 1860, victime à la fois des courants plus rapides à la remonte et du chemin de fer. En s'encaissant de plus de 8m, le Rhin a dénudé la barre rocheuse d'Istein, en aval de Bâle. Après 1906, la régularisation du fleuve est néanmoins parvenue à stabiliser l'érosion du lit majeur par la pose d'épis transversaux et la navigation a de nouveau été possible jusqu'à Strasbourg [3].

Dans ce découpage territorial, le principe de souveraineté territoriale des États impose le partage de la ressource électrique entre riverains sans présomption de la propriété des installations techniques. Apparue à la fin du XIXe siècle, l'hydroélectricité s'impose comme un élément important de recomposition des paysages frontaliers rhénans. L'implantation des équipements conduit à une interprétation juridique qui met en jeu la dimension frontalière et les prérogatives nationales. Ainsi, quand bien même les deux rives du fleuve se trouvent dans un même pays, la retenue d'eau peut empiéter en amont sur le territoire voisin, la ressource est alors partagée au prorata des volumes d'eau mobilisés dans chacun des pays. Ainsi, la convention du 26 août 1926 entre la Suisse et la France fixe à 20% l'énergie produite par la centrale de Kembs revenant à la Suisse ; cette valeur correspond au volume d'eau retenu en territoire helvétique [4].

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Les aménagements hydroélectriques du Rhin : expression de l'évolution de la frontière franco-allemande

Sur la frontière franco-allemande, les grands aménagements fluviaux ont été profondément marqués par l'évolution politique de la frontière tout au long du XXe siècle. Réalisés d'amont en aval, ils constituent un marqueur territorial fidèle de la construction de la frontière à travers les tensions, puis le rapprochement franco-allemand. La succession des réalisations hydroélectriques se lit de fait comme une progressive suture frontalière. Les aménagements successifs matérialisent dans le paysage d'amont en aval l'apaisement des anciens conflits de souveraineté [Tümmers 1999].

- La période du Rhin confisqué (1871-1918) résulte de l'annexion de l'Alsace en 1871, qui interdit l'accès à la France d'un cours d'eau, d'ailleurs rendu plus difficile à la navigation fluviale en amont de Mannheim, puis de Strasbourg, suite aux corrections préconisées par l'ingénieur Tulla.

- Le Rhin détourné (1919-1956), le Grand canal d'Alsace de Kembs à Brisach (A).

Dès la fin du XIXe, l'ingénieur mulhousien René Koechlin [5] avait, avec d'autres, fait des propositions dans le sens  d'une mise en place d'un canal parallèle au fleuve (le Grand canal d'Alsace), qui servirait aussi au transport et à la production de l'électricité. C'est au lendemain de la Première guerre mondiale que les Français vont en rependre l'idée, alors que la France cherche à s'affirmer comme puissance rhénane. En 1919, le traité de Versailles, dans son article 358, accorde à la France le droit exclusif d'aménagement du fleuve à des fins énergétiques, à condition d'en préserver la navigabilité. La Commission Centrale de Navigation Rhénane approuve le projet français de canalisation du Rhin en 1925, ouvrant ainsi le projet d'un aménagement hydroélectrique du fleuve sur la totalité de son parcours franco-allemand.

La succession des aménagements fluviaux à la frontière franco-allemande comme expression du rapprochement politique

D'après Tümmers 1999

Sur 50 km entre Bâle et Breisach, le Grand canal d'Alsace détourne l'essentiel du débit du fleuve. Dans le lit du Rhin ne devaient plus couler que les eaux qui n'étaient plus nécessaires, ni à la navigation, ni à la production  hydroélectrique, ce qui le met presque à sec lors des mois d'hiver. L'imperméabilisation de l'écoulement artificiel renforce l'abaissement de la nappe phréatique déjà affectée par l'encaissement du fleuve, réduisant la végétation à des formations quasi-steppiques par endroits. L'entreprise titanesque pour l'époque s'apparente d'autant plus à l'affirmation d'une domination que les besoins électriques régionaux étaient très faibles. Des huit chutes initialement prévues entre Bâle et Strasbourg, quatre seront effectivement réalisées sur le Grand canal d'Alsace, flanquées chacune d'une écluse à deux sas qui permet le franchissement d'une chute variant entre 10 et 16 m de hauteur : Kembs (1932), Ottmarsheim (1952), Fessenheim (1956), Vogelgrun (1957). Les aménagements et l'emprise foncière se font essentiellement sur la rive gauche, surtout au détriment de la forêt rhénane alsacienne. La région pouvait espérer en contrepartie une industrialisation liée à une meilleure navigabilité et à une énergie abondante. Mais, interdits par la proximité d'une frontière menacée, les investissements industriels ne se sont véritablement développés qu'au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Le contraste est fort avec la rive allemande qui, sans perspective de développement, est restée très naturelle.

Parmi divers documents des archives de l'INA :

  • Les travaux de barrage sur le Rhin et le Rhône. Les Actualités Françaises (AF - 23/06/1949 - 00h01m15s)
  • Le Rhin à vol d'oiseau. Les Actualités Françaises (AF - 17/04/1963 - 00h02m31s)
  • Déviation du Rhin. Les Actualités Françaises (AF - 30/11/1950 - 00h01m00s)
  • Inauguration de la centrale d'Ottmarsheim. Les Actualités Françaises (AF - 21/05/1953 - 00h00m57s)http://w1.ina.fr/archivespourtous/index.php?full=rhin+fleuve&action=ft&x=9&y=10

- Le Rhin dérivé (1956-1969) : les aménagements en festons de Brisach à Strasbourg (B)

Les Allemands n'ont jamais exercé le droit stipulé par le Traité de Versailles, qui leur permettait de prétendre à l'achat de 50% de l'énergie produite sur le Grand canal d'Alsace. En contrepartie du renoncement définitif à ce droit en aval de Brisach, la République fédérale a pu obtenir, en 1956, le principe d'un aménagement en festons où l'eau est systématiquement restituée au lit majeur après une courte dérivation sur le modèle rhodanien. Cette solution ménageait les activités portuaires entre Kehl et Breisach, et réduisait surtout l'atteinte environnementale. En outre, la construction de retenues d'eau de faible importance dans le lit majeur du Rhin fonctionnait comme des paliers de rétention permettant une élévation du niveau de l'eau. Cette mesure est particulièrement utile pour recharger les nappes phréatiques alsacienne et badoise dont le niveau avait baissé avec l'encaissement du fleuve. Cet aménagement sert aujourd'hui surtout à maintenir les réserves aquifères très sollicités pour l'arrosage des cultures de maïs, d'où l'appellation de barrages agricoles, et peuvent être aménagés pour la rétention des crues. L'accord franco-allemand de Luxembourg du 21 octobre 1956, négocié en même temps que les modalités de canalisation de la Moselle, retient le système de dérivation "en feston" en remplacement du Grand canal d'Alsace, les barrages de Marckolsheim (1961), Rhinau (1963), Gerstheim (1967), Strasbourg (1970) seront construits.

- Le Rhin partagé (après 1969) : l'exploitation commune en aval de Strasbourg (C)

En aval de Strasbourg, la Convention franco-allemande de Paris du 4 juillet 1969 instaure le principe de l'aménagement commun qui conduit à la construction de barrages bi-nationaux en ligne de Gambsheim-Freistett (1974) et d'Iffezheim (1978). Ils marquent une plus grande attention aux conditions écologiques, alors que les paysages naturels avaient été largement anéantis dans le Sud. Le principe d'équilibre est assuré : les écluses se trouvent du côté français à Gambsheim et du côté allemand à Iffezheim, leur gestion relève de la responsabilité des États français et allemand, respectivement Voie Navigables de France (VNF) et WSA Freiburg (Wasser und Schiffahrtsamt). Les deux États ont cofinancé à part égale la construction des ouvrages non énergétiques et ont confié l'exploitation hydroélectrique à la CERGA (Centrale Électrique Rhénane de Gambsheim, société de droit français) et à la RKI (Rheinkraftwerk Iffezheim, société de droit allemand), toutes deux filiales à 50% d'EDF [6] et de Badenwerk (intégré maintenant à EnBW). Une Commission permanente veille aux procédures, aux travaux, à l'exploitation et au renouvellement des ouvrages de régulation du Rhin en aval de Strasbourg. Depuis la Convention du 6 décembre 1982, elle suit aussi les mesures d'écrêtement des crues (polders, barrages agricoles, etc.).

- Une Nature transnationale à réinventer (depuis les années 1970). 

Il reste un dernier site hydroélectrique exploitable à la hauteur de Lauterbourg (D), auquel on avait renoncé au milieu des années 1970. Il semble aujourd'hui très peu probable, pour des raisons environnementales, que le projet soit un jour réalisé.

Si l'essentiel du débit du fleuve est détourné au profit des turbines hydroélectriques (1 400 m³ contre à peine 20 à 30 m³ dans le lit majeur du fleuve), la renégociation des concessions électriques en 2007 a permis de restituer plus d'eau dans le lit majeur du fleuve. Les enjeux économiques sont bien sûr importants pour EDF sur les centrales du Grand canal d'Alsace. Mais, il s'agit aussi simultanément de redonner de l'espace au fleuve. Le Programme Intégré pour le Rhin prévoit la création de polders de rétentions par décaissement latéral (décapage de l'horizon superficiel du sol de quelques mètres afin de supprimer l'encaissement du fleuve) de la rive droite jusqu'à 700 m ;  l'artificialisation de la rive gauche semble, elle, difficilement réversible. Les ONG engagées dans la défense de l'environnement souhaitent aller plus loin et défendent un projet encore plus ambitieux de revitalisation du Rhin entre Kembs et Breisach. À leur demande, des universitaires de Karlsruhe et de Nimègue ont  élaboré un scénario de grande ampleur visant à  restituer l'ancienne dynamique fluviale du Rhin et avec elle son potentiel  écologique [Peters et al. 2001]. Il ne s'agit pas de discuter ici de la pertinence économique ou scientifique de la démarche, mais d'analyser une vision du fleuve à venir. De fait le fleuve serait alors libéré de la fonction de bornage territorial qui lui avait été assignée. Peut-être peut-on alors imaginer l'utopie d'un territoire en co-gestion franco-allemande comme le suggère Corinna Wirth, où le Rhin débarrassé de son rôle de marqueur linéaire frontalier pourrait retrouver plus d'ampleur [Wirth 2003]. Le Rhin rendu à la Nature serait aussi débarrassé de sa vocation de support frontalier. On passe alors bien ici de la frontière naturelle à la nature comme lien transfrontalier [Fourny, 2004].

Le projet de renaturalisation d'un Rhin libéré de son rôle de marqueur frontalier

Voir aussi : Continuité écologique du Rhin et le Programme intégré pour le Rhin (IRP) : www.restrhein.de/fhome.shtml

À travers ces développements historiques, on voit comment l'aménagement hydroélectrique du Rhin est indissociable de la construction des frontières internationales et de leur dépassement. Combien les relations internationales se reflètent dans la gestion physique du fleuve ! En moins d'un siècle on est passé de rapports conflictuels et d'exclusion, à la recherche d'un avantage, par le détournement du fleuve au seul profit de la France, puis au rapprochement, jusqu'à la réconciliation franco-allemande. Un véritable processus diplomatique est donc lisible dans les aménagements fluviaux.

Dans le cas franco-allemand, on a affaire à un aménagement guidé par la rupture et la recherche d'une nouvelle parité. Il s'affirme une prédominance d'une construction à travers des relations inter-étatiques. Cela s'exprime clairement  du côté alsacien, où l'exploitation du Rhin et la gestion de la frontière incombent au gouvernement central. L'expression de cette tendance à l'œuvre depuis le XVIIIe siècle a encore été renforcée par la création d'EDF. Dans les deux cas, la logique relève d'une nationalisation de l'espace frontalier dans la mesure où il intéresse non pas les seules populations locales, mais l'ensemble de la nation. L'éloignement du fleuve tel qu'il a été vécu par les populations alsaciennes peut alors s'expliquer par une triple composante : l'instauration d'une frontière vive, l'artificialisation du cours d'eau industrialisé créant une barrière physique, enfin  la gestion du fleuve confiée à une entreprise exogène au système local. Il est intéressant de noter comment le Rhin et ses abords retrouve une forte centralité dans la construction identitaire d'un espace transfrontalier. Aujourd'hui, sous l'effet de l'unification du marché électrique européen, cette délimitation stricte tend à s'assouplir. Elle tend à prendre une progressive expression transfrontalière qui s'exprime actuellement plus pour les producteurs-distributeurs que pour le consommateur.

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La frontière germano-suisse sur le Rhin : enjeux techniques et économiques d'aménagements transfrontaliers

Si, en amont de Bâle, la frontière est stabilisée depuis 1803, elle est moins régulière que le long de la frontière franco-allemande et présente de ce fait des aménagements originaux. Dans cette partie de son cours, la vallée du Rhin est nettement plus encaissée, creusant un lit parfois presque en gorges, avec des rapides qui, s'il le rend moins apte à la navigation, en fait tout l'intérêt pour des aménagements hydroélectriques.

On peut rappeler d'ailleurs que les barrages actuels ont en grande partie ennoyé les parties les plus encaissées et les plus pittoresques de la vallée. Seules les chutes du Rhin à Schaffhouse ont été préservées des transformations. Le potentiel hydroélectrique a été déterminant pour l'industrialisation de la région. Il a favorisé l'émergence de sociétés précurseurs dans le domaine avec les plus grandes installations européennes au tournant du XXe siècle, et développé un savoir-faire qui sera fort utile lorsque la Suisse partira à la conquête de la houille blanche des Alpes. Des villes sont même nées des ressources que la nouvelle énergie procurait : ainsi le développement du doublet allemand de Rheinfelden est directement issu de la mise en place du barrage. La fonction de transport rhénan disparaît en amont de cette ville, avec la progressive construction d'un escalier de 12 barrages que seuls peuvent franchir les petits navires de plaisance.

L'intérêt principal de l'analyse des implantations se retrouve ici aussi dans la diversité des réalisations techniques qui viennent s'appuyer sur une riche palette d'arrangements frontaliers.

Les aménagements hydroélectriques sur le Rhin, du lac de Constance à Bâle

D'après Tümmers 1999

Des exemples de centrales au fil de l'eau sur le Haut Rhin (photographies) : www.poweron.ch/fr/stromprod/ 
exemples_content---1--1029.html

Des aménagements hydroélectriques qui composent avec la frontière

Sur le plan technique les barrages de basse chute (au fil de l'eau/Laufwasserwerk) dominent, ils reprennent une tradition multiséculaire initiée par l'usage des moulins. Dès les années 1860, les premières turbines électriques sont implantées, notamment près de Schaffhouse. La première installation de plus grande ampleur a été réalisée en 1898 à Rheinfelden, alors première par sa taille en Europe. Elle sera suivie de la centrale de Augst/Wyhlen en 1908, construite sur un plan symétrique où les deux unités de production relèvent de deux sociétés nationales indépendantes, puis par celle de Laufenbourg en 1914, qui dispose pour la première fois d'une structure unique alors que les installations précédentes étaient encore implantées sur des canaux de dérivation. Se succéderont ainsi les 12 aménagements hydroélectriques prévus par les accords internationaux de 1922. L'équipement du Rhin supérieur s'achève avec la réalisation des ouvrages de Schaffhouse (1963) et de Säckingen (1966) [Vischer, 2000] et nous convie à une véritable histoire des techniques et de l'architecture hydroélectrique. L'ordre de réalisation des aménagements a donc été ici dicté par la rentabilité économique et les capacités techniques de construction. Il ne suit pas la progression d'amont en aval retenue le long de la frontière franco-allemande.

Morphologies des installations hydroélectriques à cheval sur la frontière

Construction de la centrale de Laufenbourg en 1910 :

www.bilfingerberger.de/C125725B006BD452/vwContentByKey/W2747G3J131MARSDE]

La conduite forcée par auto-capture, configuration où la conduite forcée recoupe le méandre (Elektrizitätwerk Rheinau), réalisée à la fin des années 1950 est particulièrement originale car elle repose sur une conduite souterraine de 5 km sous le pédoncule de méandre.

Cet aménagement, entièrement en territoire suisse, permet de réduire la retenue d'eau et de préserver le paysage de la vallée fluviale. Les centrales fluviales sont complétées par des centrales et des barrages réservoirs d'altitude qui les mettent en relation avec les cours d'eau et les lacs artificiels d'altitude du sud de la Forêt-Noire (Schluchsee, Albstausee), jouant un rôle particulièrement efficace d'ajustement aux fluctuations de la demande. Au niveau de Koblenz (CH) à la confluence de l'Aar, la construction initiale (1966) d'une centrale hydroélectrique a été finalement remplacée par une centrale nucléaire réalisée en quatre tranches (Beznau 1, 2, Gösgen-Däniken et Leibstadt -1984), soulevant la protestation des riverains allemands. Enfin, on peut citer pour mémoire l'ouvrage de simple régulation de débit à la sortie de lac de Constance.

Morphologique de plusieurs types d'aménagement (implantation en dérivation ou sur le lit majeur)

Une iconographie complète des installations hydroélectriques sur la frontière germano-suisse
est accessible en ligne :
www.poweron.ch/de/stromprod/.../--27.html

La renégociation des concessions hydroélectriques nationales : le retour au local

Le contexte frontalier fait nécessairement intervenir la question de la souveraineté nationale. À cheval sur le Rhin, les centrales relèvent du droit des deux États. La concession de premier établissement ainsi que son renouvellement sont soumis à un double accord qui fixe la durée et le partage des droits entre co-contractants, variable selon les volumes d'eau turbinés et la retenue d'eau. La redevance est alors calculée en fonction de la contribution effective de chaque pays et, comme la masse d'eau retenue n'est pas homogène entre les deux rives, ces valeurs peuvent varier d'un ouvrage à l'autre. Ainsi, les droits pour la centrale de Birsfelden reviennent à 41,25 % pour le Bade-Wurtemberg et à 58,75% pour son voisin Suisse (dont 9% le demi-canton de Bâle-Ville et 49,25% pour celui de Bâle-Campagne) ! Enfin, le montant effectif de la taxe par kWh relève de règlements nationaux. La somme dont les exploitants des ouvrages doivent s'acquitter aux Länder et aux Cantons est plus élevée du côté suisse.

Accordées pour quelques décennies, les premières concessions arrivent successivement à terme depuis quelques années. Les collectivités peuvent alors faire jouer un droit de préemption pour exploiter en compte propre les installations qu'elles rachètent. C'est plus souvent l'occasion d'une renégociation entre la puissance publique et l'exploitant. Les installations vieillies peuvent être reconstruites pour plus d'efficacité, de même qu'une meilleure insertion dans le milieu naturel est imposée par les administrations dont le point de vue est ici largement convergent. La nouvelle génération de contrats de concessions impose par exemple des restitutions d'eau plus importantes dans le lit majeur lorsqu'il y a une dérivation ou la construction de passes à poissons. Ces surcoûts sont en principe contrebalancés par une bien meilleure efficacité des machines [7].

Sur le plan des sociétés d'exploitation, les installations hydroélectriques sur la frontière germano-suisse sont aussi nettement plus complexes. Alors qu'après Bâle les installations relèvent de deux structures seulement – EDF (dont les concessions sont en passe d'être renouvelées pour le Grand canal d'Alsace) ou EDF et EnBW pour les installations partagées –, en amont les configurations sont beaucoup plus ouvertes. Les barrages relèvent de sociétés de droit privé, suisses ou allemandes, selon leur histoire et l'établissement de leur siège social. Elles fonctionnent comme des sociétés anonymes dont l'actionnariat est souvent partagé entre un grand nombre d'acteurs de part et d'autre de Rhin, publics ou privés, partiellement concurrents ou regroupés en holdings.

Par contraste avec le segment franco-allemand, la frontière germano-suisse porte en elle une plus forte continuité historique. Les aménagements sont caractérisés par l'expression de l'initiative locale à la fois progressive et mesurée. Les aménagements hydroélectriques sont issus de négociations et d'équilibres subtils où l'échelle locale compose avec l'ordre inter-étatique et souvent l'interprète. On retrouve alors une forme de développement local où les industriels régionaux sont accompagnés dans leur démarche par les pouvoirs publics municipaux ou cantonaux. Les sociétés hydroélectriques conservent un fort ancrage, à la fois dans leur appellation, leur contrôle. Elles sont très présentes à travers les ressources fiscales qu'elles représentent, les dividendes qu'elles versent aux collectivités et enfin l'action de mécénat qu'elles soutiennent. Bref, elles disposent d'une forte composante locale. L'artificialisation du cours d'eau est ici interprétée dans une négociation subtile qui contribue à des relations d'identité et de proximité. Toutefois, par des jeux de participation croisée et de regroupements dont l'histoire peut être centenaire, le secteur suisse tend aujourd'hui à se protéger d'acteurs européens dont la taille pourrait menacer les structures locales. Sa position hors de l'Union, lui permet ici d'instituer en partie son exception. Cela n'empêche en revanche nullement les entreprises locales suisses de distribuer leur électricité de l'autre côté des frontières, via des filiales de droit français ou allemand. En revanche, les acteurs helvétiques du secteur, autour de sociétés où les collectivités cantonales et municipales  sont omniprésentes, tendent à resserrer les rapprochements internes pour limiter les risques de prise de participation étrangère. La Suisse cherche à garantir son indépendance énergétique, à l'abri de ses frontières nationales.

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Quand la frontière s'efface : l'adaptation des entreprises électriques rhénanes à l'ouverture des marchés

La mise en place d'un marché libre de l'électricité en Allemagne en 1998 a fait rapidement évoluer les anciennes relations de coopération qui s'étaient établies entre les partenaires le long du Rhin. C'est ici encore le cadre juridique de la production et surtout de la distribution d'électricité qui entraîne une rapide recomposition du secteur électrique de la région. Comment le principe de partage de la ressource, commune aux États riverains, va-t-il alors se traduire dans les pratiques d'exploitation et dans les stratégies de marché ?

L'ancienne vocation transnationale des entreprises rhénanes

À ses origines la distribution électrique était naturellement transfrontalière. Les contraintes techniques imposaient la proximité du fournisseur qui pouvait alors se trouver de l'autre côté de la frontière. La situation a pu se maintenir jusqu'au début du XXIe siècle : ainsi certaines communes limitrophes de l'agglomération bâloise sont toujours desservies par un opérateur suisse. Une dizaine de communes de l'extrême sud haut-rhinois, dont Saint-Louis est desservie par Elektra Birsek. Plus au nord, entre Alsace et pays de Bade, la carte des relations électriques a été simplifiée par les confiscations consécutives aux deux guerres mondiales, faisant coïncider frontières nationales et limites d'exploitation des réseaux. En revanche l'héritage allemand demeure indirectement lisible à travers la plus forte représentation des sociétés de distributions autonomes, régies en particulier (Colmar, Metz). Héritières des sociétés communales à caractère industriel de la période allemande (les Stadtwerke), les réseaux électriques municipaux des villes de la France de l'Est ont échappé à la nationalisation de 1946. La municipalité de Strasbourg qui détenait 74% du capital de du distributeur local d'électricité, ES (Électricité de Strasbourg), a cédé ses parts à EDF. En revanche, la société suisse, Électricité de Laufenburg, contrôle aujourd'hui encore 14% du capital de ES qu'elle avait acquis lors de sa création à la fin du XIXe siècle ! À travers cet exemple, on voit que les intérêts économiques helvétiques ont mieux résisté aux vicissitudes de l'histoire frontalière. Entre L'Allemagne et la Suisse, les participations capitalistiques sont de même souvent anciennes.

Les participations financières suisses et allemandes à la construction de la centrale nucléaire de Fessenheim assurent à ces deux pays des ressources électriques depuis 1977 : 17,5% de la production revient à l'allemand EnBW et 15% à trois opérateurs régionaux suisses, NOK, EOS et EWB. Les deux réacteurs, refroidis par les eaux rhénanes du Grand canal d'Alsace, produisent entre 10 et 11 milliards de kWh soit 2% de la production annuelle d'électricité en France. Cet intéressement s'explique pour des raisons techniques de surproduction électrique ponctuelle à utiliser et pour des raisons politiques pour assurer l'acceptabilité politique du projet. Les installations nucléaires suisses développées le long du Rhin sont en revanche complètement contrôlées par des entreprises helvétiques.

Deux points de vue sur les centrales de Fessenheim (images Google Earth)

Cliquer sur l'icône ci-contre (fichier .kmz) pour accéder directement au site de Fessenheim après avoir préalablement installé Google Earth. Voir en page Savoir faire (nouvelle fenêtre)

Il est également possible d'observer le site à partir du Géoportail de l'IGN, dont le format des images est moins bien adapté cependant : www.geoportail.fr/visu2D.do?ter=metropole

Commentaire des images :

La centrale nucléaire de Fessenheim jouxte la centrale électrique sur le Grand canal d'Alsace. On observe, à l'Est sur l'image de gauche, le Vieux Rhin et le tracé frontalier.

La centrale hydroélectrique et ses bâtiments techniques sont situés sur la rive gauche du Grand canal, à partir d'un barrage de basse chute (dit "au fil de l'eau"). De l'autre côté de l'ilôt de partage du cours, se trouvent les écluses permettant la navigation fluviale.

Les centrales nucléaires dépendent aussi de la disponibilité de grandes masses d'eau pour assurer leur fonctionnement (refroidissement, production de vapeur), d'où leurs implantations en bordure de grands fleuves ou en position littorale. La centrale nucléaire de Fessenheim, exploitée par EDF, est dotée de deux réacteurs de type REP (réacteur à eau pressurisée) de 880 MWe de puissance chacun. Le refroidissement est assuré par les eaux du Grand canal d'Alsace et elle ne dispose pas de tours aéro-réfrigérantes comme on peut en observer pour d'autres centrales nucléaires. Mise en chantier en 1970, il s'agit de la première centrale nucléaire de type REP, entrée en service en France en 1977. Sa conception est donc ancienne mais son arrêt est régulièrement repoussé malgré certaines pressions.

Pour plus de détail sur la polémique autour de la fermeture du site :http://fr.wikipedia.org/wiki/Centrale_nucl%C3%A9aire_de_Fessenheim)

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La reconfiguration des acteurs avec la libéralisation des marchés européens

Le paysage qui se structurait jusque là sur des bases nationales, évolue rapidement sous l'effet de la libéralisation des marchés voulue par la Commission européenne. L'avènement légal du marché unique de l'électricité (auquel la Suisse est extérieure) ouvre de jure l'accès réciproque aux réseaux voisins. Dans les faits, la demande d'échange reste assez faible, l'implantation sur un marché extérieur passe le plus souvent par le rachat d'une société de distribution déjà implantée. Ainsi EDF a pris le contrôle d'EnBW et à travers elle de ses nombreuses filiales. EDF confirme ainsi sa position de principal producteur électrique sur le Rhin, par une exploitation directe ou à travers le jeu de ses participations. Les acteurs électriques suisses, de peur de perdre leur autonomie dans cette course à la taille, se sont structurés en regroupements régionaux. La holding AXPO qui rassemble les électriciens majeurs du nord-ouest de la Suisse, se présente comme le second pôle. Au-delà d'une apparente bigarrure, la carte électrique du Rhin entre Constance et Karlsruhe s'est donc singulièrement simplifiée depuis 1998. Derrière des appellations encore locales qui s'enracinent dans une histoire industrielle longue, se développent des positionnements stratégiques à l'échelle européenne, même si les acteurs locaux, disposant de participations minoritaires, n'ont pas encore renoncé à tout contrôle sur leur ressource de production et de distribution locale.

L'analyse détaillée des prises de participation récentes montre que l'on fonctionne à front renversé. La question de la nationalité des entreprises tend à s'affaiblir entre l'Allemagne et la France, notamment au profit du poids lourd que reste EDF, alors que les acteurs suisses ont eu tendance à limiter l'accès au capital de leurs entreprises électriques au moyen d'un front uni. Il est vrai que la Suisse, hors de l'Union européenne, n'est pas tenue de se plier aux règles communautaires et que, soucieux de préserver leur autonomie énergétique, les Suisses ont refusé la libéralisation du secteur par voie référendaire en 2002.

 

Conclusion

Lieu d'accumulation et de divergences, le Rhin offre un très beau cadre d'analyse des héritages frontaliers à travers le conservatoire de formes qu'offrent les aménagements hydroélectriques. L'évolution de la conception et du fonctionnement de la frontière a été en quelque sorte fixée par les installations techniques qui ont par ailleurs grandement contribué à façonner le paysage fluvial. Le propos développé dans l'article tend à préciser deux expressions de relations frontalières, qui tiennent à la fois aux réalités institutionnelles et à l'histoire récente des deux espaces considérés.

Si l'histoire récente a forgé des frontières selon des logiques différentes, les oppositions nationales par trop sommaires tendent aujourd'hui à s'assouplir. L'intégration européenne prend une double expression : celle d'une gestion concertée et responsable de l'environnement naturel restitué et la mise en place d'un marché unique de l'électricité qui a des répercussions directes et indirectes sur les rapports entre les acteurs. Bien que la Suisse ait refusé par voie référendaire l'introduction d'une libre concurrence, les acteurs et les aménagements sur le Rhin sont directement concernés par ces évolutions. Du fait de l'assouplissement du monopole français, de la recomposition autour d'acteurs majeurs en Allemagne et du regroupement au sein de holdings en Suisse, on est peut-être même à l'aube d'une certaine convergence des structures des marchés nationaux qui semblaient a priori si différents.

L'aménagement hydroélectrique du Rhin entre Constance et Lauterbourg permet de comprendre comment se règle concrètement et depuis un siècle un territoire hydroélectrique partagé. Il ne faudrait donc pas trop vite considérer le fait frontalier comme dépassé, ni la coopération comme radicalement nouvelle. Elle a en fait trouvé des formes d'expression variables au gré des relations politiques, économiques et techniques. Le partage frontalier de la ressource hydroélectrique repose ainsi sur un constant ajustement des différences territoriales, qu'elles soient politiques, techniques ou économiques.

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Notes

[1] Antoine Beyer, MCF Université Paris-Sorbonne (Paris 4), membre du CRIA (Centre de recherche sur les Réseaux, l'Industrie et l'Aménagement) - 191 rue Saint Jacques 75005 Paris - antoinebeyer@yahoo.fr

[2] Laufenbourg (Bade et Suisse), (Bad) Säckingen (D), Rheinfelden (D et CH), Waldshut/Tiegen (D). En fonction de leur localisation, elles furent partagées  en 1807 entre la Confédération helvétique et le Pays de Bade, donnant naissance à deux beaux doublets urbains, Rheinfelden et Laufenbourg, seule ville à cheval sur le fleuve et dont les parties devenant badoises et argoviennes mettaient un terme à 500 ans d'unité urbaine. Le développement industriel liés aux aménagements hydroélectriques sont venus, au XIXe siècle, renforcer des liens qui s'intensifient à nouveau depuis la fin des tensions internationales du XXe siècle.

[3] Mémoire sur la rectification du cours du Rhin (1827), Johann Gottfried Tulla (numérisation de la version originale) : http://imgbase-scd-ulp.u-strasbg.fr/displayimage.php?album=6&pos=0&visiblePos=1

[4] Convention franco-Suisse sur le barrage de Kembs, ratifiée en 1926 :www.admin.ch/ch/f/rs/i7/0.721.809.349.7.fr.pdf  ]

[5] La biographie de l'ingénieur alsacien René Koechlin, entre la France, l'Allemagne et la Suisse :www.koechlin.net/ancetres/rene.htm

[6] Malgré sa position dominante, il faut rappeler qu'EDF n'est pas détentrice des installations, mais tient ses concessions du ministère de l'Industrie pour une durée de 75 ans, renouvelables 11 ans avant échéance. Les contrats aujourd'hui négociés le sont pour une durée réduite à 35-40 ans. Ainsi la concession de la Centrale de Kembs arrive à échéance en 2007. Les procédures de renouvellement des concessions sont lancées par EDF, avec les études environnementales associées, laissant pour le moment encore un répit à l'acteur national face à l'ouverture des concessions à la concurrence européenne.

[7] Reconstruction du barrage et de la centrale de Rheinfelden, un enjeu environnemental (texte en allemand pour le premier et en français pour le second, illustrations intéressantes) : www.energiedienst.de/site/DE/int/03-Energiedienst/...//ED_Folder_2006_31.08.06.pdf

Références bliographiques

  • Ayçoberry P., Ferro M. (dir) - Une histoire du Rhin, Paris, Ramsay, 459 p. - 1981
  • Beaupré N. - "Le Rhin : une géohistoire", La documentation photographique, 8044, 64p. - 2005
  • Beyer A. - Les acteurs de la distribution locale de l'électricité face aux logiques de libéralisation du secteur. Une analyse comparée France-Allemagne", Comité National de Géographie, Colloque "Les effets territoriaux de la déréglementation des transports en France et en Europe. Dijon– 14 et 15 septembre 2000.
  • Beyer A. - La déréglementation des réseaux électriques européens : quelles lectures géographiques ?, 16ème Festival International de Géographie, "Le monde en réseaux : lieux visibles, liens invisibles", Saint-Dié-des Vosges, 30 sept. 2005. fig-st-die.education.fr/actes/actes_2005/beyer/beyer.pdf = rechercher l'URL
  • Fourny, M-C. - "De la frontière naturelle à la nature comme lien transfrontalier. Du rôle et de la place de l'environnement et du milieu dans les coopérations transfrontalières", Actes du Colloque "Frontières, frontière…", Bordeaux, 26-27 février 2004
  • Fourny, M-C. - "La frontière, objet l''intermédiation territoriale" :www.peuplesmonde.com/article.php3?id_article=292
  • Der Bürger im Staat - Der Rhein, 50. Jahrgang, Heft 2, notamment Vischer D., "Von der Wasserstrasse zur Energieachse", pp. 93 – 98, 2000 : www.buergerimstaat.de/2_00/rhein.pdf
  • Juillard E. - L'Alsace et la Lorraine, Coll. "Atlas et géographie de la France moderne", Flammarion, 287 p. 1977
  • Marrié A., Perromata A. - Site de l'Association Au fil du Rhin, 2004 : www.aufildurhin.com
  • Möllenkamp S. - La coopération franco-allemande pour le protection du Rhin, L'Harmattan, Paris, 2001
  • Peters B., Dittrich A., Stoesser T., Smits A.J.M., Geerlinf G.W. - The restrhine : new opportunities for nature rehabilitation and flood prevention, CFR project report 14. University of Nijmengen, University of Karlsruhe, 2001
  • Nordman D. - Frontières de France. De l'espace au territoire, XVIe-XIXe siècles, Paris, Gallimard, 1998
  • Tümmers, H. J. - Der Rhein. Ein europäischer Fluss und seine Geschichte, München: C.H.Beck, 1999
  • Wirth C. - "Revitalisation du Rhin : un projet franco-allemand de grande envergure." in Citoyen Nature, trimestriel des associations pour la nature et l'environnement en Alsace, n°1 juillet, p. 17, 2003

Références en ligne

 

Antoine Beyer, Université Paris-Sorbonne (Paris 4),

Centre de recherche sur les Réseaux, l'Industrie et l'Aménagement (CRIA)

pour Géoconfluences le 11 mars 2008

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Mise à jour :   11-03-2008

 


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