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Organisation non gouvernementale (ONG), ONGI, ONG-E, Gongos...

Publié le 30/05/2023
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Les organisations non gouvernementales (ONG) sont des acteurs importants du monde contemporain. Le terme regroupe un très vaste spectre d'associations, d'organisations, de fondations dont les dimensions sont extrêmement variables. L’Union des Associations Internationales en recense 70 691, dans un immense fourre-tout, sans qu’aucun dénominateur commun ne puisse être dégagé entre elles (voir la liste), sauf peut-être d’être à but non lucratif.

On distingue parfois les ONG internationales ou ONGI, des organisations de plus petite taille qui agissent à l’échelle d’un seul État ou moins. Les ONGI sont universalistes et transnationales. Elles sont universalistes parce qu’elles agissent au nom de valeurs conformes aux principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme, comme l’égalité, l’accès aux soins et à l’éducation… Les ONGI sont transnationales parce qu’elles recrutent leurs employés, leurs bénévoles et leurs donateurs dans plusieurs pays. Le rôle des ONGI est parallèle et, dans certains cas, complémentaire à celui de l’ONU, qui dépend du financement des États, mais dont certaines agences, par exemple l’Unicef ou le PNUD (Programme des nations unies pour le développement), recouvrent en partie le fonctionnement et les missions des ONGI.

Le sigle ONG-E identifie en particulier les ONG de défense de l'environnement, qui ont une place à part du fait de leur ancienneté, leur nombre et leur pouvoir. On peut citer l'UICN, le WWF, Greenpeace. Certaines sont généralistes comme les trois précédentes, et d'autres spécialisées comme ou Sea Sheppard sur les espèces marines ou, en France, la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

Les ONG sont situées historiquement et culturellement. Une ONG peut agir au nom de l’humanité mais le faire avec un schéma de pensée qui est celui d’une philanthropie occidentocentrée. Elle peut, même sans le vouloir, contribuer à l’acculturation des populations visées par ses actions, ou à imposer une langue véhiculaire (l’anglais, le français), au détriment de langues vernaculaires. Il existe également des ONG confessionnelles qui, qu’elles soient prosélytes ou non, agissent au nom de croyances religieuses. L’importance acquise dans le système-monde par les ONG internationales est à la fois un résultat et un vecteur de la mondialisation. Après avoir été dans bien des cas des acteurs des pays du « Nord » intervenant dans les « Suds », les ONG n’échappent pas à la multipolarisation du monde, comme le montre l’exemple du Bangladesh Rural Advancement Committee (BRAC), spécialisé dans la microfinance (Atlas de l’espace mondial, 2018).

Comme tout acteur public, la capacité des ONG à agir est directement fonction de la confiance qu’elles inspirent aux autres acteurs, et surtout, dans leur cas, à leurs donateurs. C’est à la fois le gage de leur responsabilisation, et en même temps cela incite d’autres organisations à se faire passer pour des ONG afin d’abuser de la confiance adossée à ce statut. Samy Cohen (2012) évoque le cas des « Gongos », les governemental oriented non governemental organizations, c’est-à-dire les organisations non gouvernementales « orientées gouvernementalement ». Cela pose également la question du financement des ONG : Reporters sans frontières a par exemple reconnu être financé en partie par le National Endowment for Democracy, une instance d’endiguement contre le communisme dépendant du ministère américain des affaires étrangères.

Par leurs moyens financiers, leur fonctionnement (avec un siège central, des délégations continentales, des bureaux locaux, un conseil d’administration…), les milliers de salariés qu’elles emploient, leurs moyens techniques, les ONG sont souvent comparées aux entreprises multinationales. Marc-Olivier Padis et Thierry Pech (2004) ont parlé de « multinationales du cœur ». Mais contrairement aux organisations à but lucratif, elles rendent des comptes à des donateurs sur le bilan de leurs actions, et pas à des actionnaires sur le montant de leurs bénéfices.

Au-delà de leurs effets directs dans les terrains sur lesquels elles sont présentes, les actions des ONG ont plusieurs conséquences indirectes sur l’espace à différentes échelles. À l’échelle mondiale, elles contribuent à l'émergence d'une société civile mondiale, la prise de conscience de l’humanité de la finitude des ressources terrestres et de l’imbrication de toutes les grandes questions environnementales à l’échelle mondiale. Les ONG ont par exemple été actives dans la prise de conscience des conséquences négatives prévisibles du réchauffement climatique ou de la crise de la biodiversité. À l’échelle des États, les ONG infléchissent les politiques nationales, peuvent influencer l’opinion publique, ou suppléer les défaillances des politiques publiques. À l’échelle locale, les ONG peuvent façonner les territoires dans lesquelles elles s’implantent. Dans les espaces en crise, elles ont besoin d’équipements (électricité, internet, vivres, matériel) qui sont absents du reste du territoire. La cartographie de crise permet à certains espaces de bénéficier rapidement d’une carte participative répondant à l’urgence de l’intervention des ONG. Dans les lieux de pouvoir transnationaux, à Washington, Genève ou Bruxelles, elles peuvent représenter une part non négligeable de l’emploi de la population locale où certaines peuvent pratiquer du lobbying en faveur de leur cause.

(JBB) octobre 2018. Dernière mise à jour : janvier 2022.


Références
  • Atlas de l’espace mondial, « Des ONG plurielles » SciencesPo.fr, 2018, [en ligne].
  • Samy Cohen, « Organisation non gouvernementale (ONG) » in Cynthia Ghorra-Gobin (dir.), Dictionnaire critique de la mondialisation, Armand Colin, 2012.
  • Marc-Olivier Padis et Thierry Pech, Les multinationales du cœur : les ONG, la politique et le marché. Paris, Le Seuil, coll. « La République des idées », 2004, 96 pages.
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