Vous êtes ici : Accueil Informations scientifiques Dossiers régionaux États-Unis : espaces de la puissance, espaces en crises Articles scientifiques De « Charm City » à « Farm City » : la reconquête des espaces en déshérence par l’agriculture urbaine à Baltimore

États-Unis : espaces de la puissance, espaces en crises

De « Charm City » à « Farm City » : la reconquête des espaces en déshérence par l’agriculture urbaine à Baltimore

Publié le 19/04/2016
Auteur(s) : Stéphanie Baffico, Professeur agrégé de géographie, lycée Blaise Pascal – Clermont-Ferrand, Doctorante UPVD Perpignan (UMR ART-DEV)

Baltimore est à un tournant décisif de son histoire. Jadis grand centre industriel organisé autour de son port et nœud ferroviaire sur la côte Est des États-Unis, la ville a dû affronter la désindustrialisation, la fermeture des chantiers navals et la récession économique depuis les années 1970. Frappée de plein fouet par la Grande Récession de 2008, elle enregistre une baisse régulière de sa population, qui, avec 621 849 habitants en 2015 [1], ne représente plus que 65 % de celle de 1950. Comme d’autres villes de la côte Est (Philadelphie) et de la Rust Belt (Détroit, Pittsburgh), Baltimore est confrontée à une grave crise urbaine qui lui fait rejoindre les rangs des shrinking cities, ces villes rétrécissantes confrontées au déclin démographique et économique et à une pauvreté grandissante. Depuis les années 2000, la municipalité essaie de faire retrouver au centre-ville son lustre d’antan, qui lui avait valu le surnom de "Charm City" donné par le maire William Schaefer en 1975 après d’importants travaux de rénovation du port. Pour cela, la municipalité concentre aujourd'hui ses efforts sur la réhabilitation des deux ghettos enserrant le centre-ville, East Baltimore et West Baltimore. Elle développe tout une gamme de politiques urbaines placées sous le signe du développement durable. Une des principales préoccupations des élus locaux est le sort des nombreux espaces abandonnés ("vacants") devenus les points d’ancrage de la criminalité et des trafics en tout genre et dont la gestion coûte très cher à la ville sans rien lui rapporter d’autre qu’une image très négative aux États-Unis. Les deux tiers de ces terrains vagues se situent dans les ghettos de la ville-centre peu attractifs pour les investisseurs immobiliers [2]. C'est pourquoi la reconversion de ces espaces abandonnés en sites de production agricole urbaine est non seulement un moyen de lutter contre les problèmes d’accès à une alimentation de qualité ("food deserts") pour les populations les plus pauvres, mais aussi d'impulser de nouvelles pratiques sociales (jardinage communautaire) au sein des quartiers défavorisés : la gouvernance est ainsi au cœur de ce projet d’agriculture urbaine.
 

1. Baltimore, une ville en décroissance en quête d’un nouveau souffle

1.1. Une ville en déclin jusqu'en 2010

Si la ville de Baltimore avoisine 620 000 habitants (US Census 2010), l’aire métropolitaine qui englobe une partie des comtés voisins (au nord, le comté de Baltimore avec la ville de Towson ; au sud, celui d’Anne Arundel avec la capitale de l’État du Maryland, Annapolis, et l’aéroport international de Washington-Baltimore) regroupe environ 2,7 millions d’habitants, ce qui en fait la vingtième plus grande métropole du pays. Avec Washington DC, située à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest, Baltimore constitue une aire urbaine de 9 millions de personnes [3]. Elle appartient à la mégalopole américaine appelée « Boswash ».

Baltimore : repères de localisation
Baltimore et ses quartiers

Alors que l'aire métropolitaine de Baltimore gagne des habitants, la ville en perd depuis soixante ans. Elle a atteint son pic de population en 1950 avec 949 708 habitants, ce qui faisait d’elle la sixième ville la plus peuplée des États-Unis [4]. Cette période était celle de l'apogée de l’industrie sidérurgique lorsque la Bethlehem Steel employait près de 35 000 personnes. Entre 1950 et 2010, Baltimore a perdu 35 % de ses habitants. Depuis 2011, la population s'est stabilisée.
Subissant de plein fouet la crise financière des subprimes, la ville voit passer son taux de chômage de 8,3 % en 2008 à 11,8 % en 2015. Au cours de la seule année 2009, la ville de Baltimore enregistre une perte de 9 400 emplois, surtout dans le secteur privé. Aujourd'hui, les plus gros employeurs de la ville sont l’hôpital et l’Université Johns Hopkins (Maryland Department of Planning, 2014). Le déclin de la ville se mesure aussi à l'évolution des prix du marché immobilier : depuis 2008, ceux-ci ont diminué de 42 % à Baltimore. En 2010, 22 % des ventes de maisons sont la conséquence de foreclosures, soit deux fois plus que dans les autres comtés du Maryland [5].

La population de Baltimore en chiffres en 2014

Source : Baltimore Department of Planning

Les indicateurs qui mesurent les conditions de vie des Baltimoriens sont révélateurs de la crise urbaine. Selon l'US Census, le revenu annuel moyen à Baltimore est 30 % inférieur au revenu fédéral :  41 819 $ contre 53 482 $ dans la période 2010-2014, et 23 % de la population de la ville vit en dessous du seuil de pauvreté en 2014. Le nombre de sans-abris est passé de 2 681 en 2003 à 4 094 en 2011 [6]. L’espérance de vie à la naissance qui est de 75,8 ans pour les femmes et 69 ans pour les hommes en 2013 est bien inférieure à celle des États-Unis [7]. Baltimore arrive au deuxième rang des villes états-uniennes pour le nombre d’homicides. Un dixième de la population est dépendant de la drogue et la consommation d’héroïne par personne y est la plus élevée de toutes les villes américaines. C’est également un des centres-villes les plus touchés par le problème de logements contaminés par les peintures à base de plomb, et malgré les progrès, la part d’enfants intoxiqués par le plomb est trois fois supérieure à la moyenne nationale [8]. La ville paie l’héritage d’un long passé industriel qui a laissé ses stigmates dans le centre-ville et dans les quartiers situés le long des berges du fleuve Patapsco et ceux bordant la baie de Chesapeake. Celle-ci est par ailleurs une des premières zones maritimes mondiales souffrant d’eutrophisation, en raison de la pollution industrielle, à avoir été répertoriée comme "zone morte" dans les années 1970.

1.2. La prégnance des food deserts à Baltimore

Dans les villes millionnaires étatsuniennes, les districts centraux et la première couronne de banlieue souffrent d’un manque de lieux d’approvisionnement en produits frais (marchés, supermarchés avec des rayons de fruits et légumes frais et de laitages) (Bitler, Haider, 2009). Concernée par ce problème, Baltimore a lancé en 2010 la Baltimore Food Policy Initiative en collaboration avec plusieurs agences municipales de Baltimore (le Département de l’aménagement urbain, le Département de la santé et le Bureau du développement durable) et en partenariat avec les autorités de l’État du Maryland, l’université Johns Hopkins (Johns Hopkins Center for a Livable Future) et l’École supérieure de santé publique Bloomberg (Bloomberg School of Public Health). Pour parvenir à délimiter un désert alimentaire, le centre Johns Hopkins a pris en compte les quatre critères retenus par le Ministère de l’Agriculture (United States Department of Agriculture - USDA) [9] : 1) la distance à parcourir pour se rendre à un supermarché ; 2) le taux de pauvreté ; 3) l’utilisation d’un véhicule ; 4) la qualité et la quantité de produits frais disponibles dans les magasins et épiceries. La définition des déserts alimentaires qu'il propose est la suivante : « Une zone où la distance pour se rendre dans un supermarché est supérieure à 400 mètres, où le revenu médian par foyer est égal ou inférieur à 185 % du seuil de pauvreté fédéral, où plus de 30 % des foyers n’ont pas accès à une voiture, et où l’index moyen d’alimentation saine disponible [10] concernant les supermarchés, les supérettes et les magasins de quartier est faible (mesuré en utilisant l’enquête de mesure de l’environnement alimentaire) » [11].

L’objectif est d’abord de cartographier les "food deserts" de la métropole afin d’évaluer l’ampleur du phénomène et de localiser les quartiers concernés pour mettre en place des politiques urbaines ciblées. Après une première tentative en 2009, le Johns Hopkins Center for a Livable Future a élaboré une nouvelle carte en 2012, actualisée en 2015.
La carte ci-contre a été élaborée en utilisant un système d’information géographique qui compile les quatre critères selon une grille reprenant la taille des blocks à l’échelle de la métropole. Les food deserts concernent une vaste zone de l’aire urbaine (ville-centre et première couronne de banlieue). Un quartier sur trois comporte en son sein un désert alimentaire. Ils sont principalement localisés dans East Baltimore et West Baltimore, les deux ghettos encerclant le CBD. Au total, 25 % de la population de Baltimore vit dans un désert alimentaire, soit 155 311 personnes. 30 % des enfants sont concernés par ce problème. La population afro-américaine est la plus touchée (34 % contre 11 à 15 % pour les autres minorités et 8 % pour les Blancs) [12]. La carte fait également apparaître les atouts dont dispose la ville pour lutter contre ce problème d’accès aux produits frais de qualité : les marchés couverts municipaux, les marchés temporaires approvisionnés par les agriculteurs et le « supermarché virtuel » ou Baltimarket [13].

Carte des déserts alimentaires et des lieux d’approvisionnement à Baltimore en 2015

Source : Baltimore City
Pour voir la carte interactive (dans une autre fenêtre) : Baltimore City Food Environment

2. Une "Green Renaissance" pour Baltimore

2.1. L’agriculture urbaine : objectifs et modalités

Stephanie Rawlings-Blake, la maire démocrate de Baltimore depuis 2010, s’est fixé pour objectif d’inverser la tendance démographique des six dernières décennies et d'attirer 10 000 nouveaux ménages dans les dix prochaines années. Elle souhaite faire de Baltimore un modèle de "green city" ou « ville verte » (Birch et Wachter, 2008) en encourageant des aménagements urbains de type "smart growth" [14] qui privilégient les mobilités douces, les projets de Transit-Oriented Development [15] ainsi que le retour de la nature en ville en développant la place des espaces verts.
La promotion d’une agriculture urbaine durable est un moyen de lutter contre le problème des déserts alimentaires, caractéristiques des centres-villes et des quartiers pauvres américains, et contre le chômage et la précarité économique. C’est aussi le moyen de donner une impulsion aux mouvements grassroots [16] et d’aider les communautés d’habitants à reprendre possession de leur quartier en étant les acteurs principaux de la réhabilitation urbaine. Ce faisant, l’agriculture urbaine offre un moyen de reconquête des espaces laissés en déshérence dans le tissu urbain.
L’agriculture urbaine s'inscrit dans les trois volets du développement durable urbain : les fermes urbaines doivent créer des emplois, offrir des opportunités de formation professionnelle et dégager des revenus par la vente des fruits et des légumes (pilier économique) ; la production des fermes et des jardins communautaires doit respecter les normes environnementales et le développement d’espaces verts récréatifs doit améliorer la qualité de vie en ville ou "livability" [17] (pilier environnemental) ; enfin, l’engagement et la solidarité communautaire autour de projets communs doit favoriser l’émergence d’un esprit de quartier et d’un sens civique accru (pilier social). Aux yeux de la municipalité, l’agriculture urbaine, prise au sens large, est un élément clé de la promotion sur le long terme d'une ville où il fait bon vivre et qui offre de bonnes conditions sanitaires à des communautés de quartier solides et stables ("livable, healthy and resilient city", « une ville habitable, saine et résistante »).
L’agriculture urbaine durable est une carte à jouer pour Baltimore afin de se hisser au rang des grandes métropoles américaines et de renouer avec son passé prestigieux. Philadelphie, Pittsburgh, Chicago, Détroit et surtout New York ont en effet elles aussi particulièrement misé sur le développement des jardins communautaires et de l’agriculture urbaine afin d’améliorer la qualité de vie des habitants des ghettos, de lutter contre la pauvreté et de renouveler leur image de villes dangereuses et en crise. Elles s’inscrivent dans une tendance générale à la course au verdissement des milieux urbains et à l’engouement pour les green politics [18].

L'agriculture urbaine recouvre des réalités fort diverses. Dans les métropoles américaines, elle peut prendre la forme de jardins communautaires ("community gardens"), de jardins appartenant à des établissements scolaires ("school gardens"), de fermes urbaines ("urban farms"), de jardinets familiaux privés, de toits verts ("green roofs") [19], de projets d’aquaculture ("fish farming"), de vergers ("orchards"), de plantation d’arbres ou de fleurs ("tree planting"), d’espaces verts pour filtrer l’eau de pluie, de petits parcs, ou encore de dépollution, nettoyage et engazonnement de quartiers ("green spaces"). Nous nous intéressons essentiellement dans cet article aux jardins communautaires et aux fermes urbaines, car c’est sur eux que la municipalité de Baltimore concentre son attention.
Le jardin communautaire est un terrain entretenu et cultivé par plusieurs personnes habitant généralement le même quartier, et détenu par la municipalité qui en a cédé la gestion à une association ou à une fondation [20]. Il peut être composé d’une parcelle commune où chacun travaille comme il le souhaite, ou être divisé en plusieurs petits lots répartis entre les familles intéressées du quartier. Contrairement au jardin communautaire qui peut avoir des usages multiples (jardinage, vocation ornementale ou récréative), la ferme urbaine se consacre à la production de fruits et de légumes destinés à la vente sur les marchés urbains ("farmers’ markets") ou à la redistribution aux habitants du quartier. Le Plan d’agriculture urbaine de Baltimore ("Homegrown Baltimore : Grow local") développé par la Commission à l’aménagement urbain précise en 2013 qu'il existe deux types de fermes urbaines, selon qu’elles soient à but lucratif ou non [21]. Les fermes urbaines communautaires ("urban community farms") produisent des aliments biologiques de préférence (produits sans recours aux pesticides), et sont un point de rayonnement dans un quartier en difficulté. Nouveau lieu de sociabilité, point de rencontre et d’échanges pour des habitants souffrant de pauvreté et d’isolement, elles requièrent l’investissement de la communauté et peuvent proposer des activités pédagogiques. Leur existence dépend du volontariat et de subventions. Elles sont de taille relativement petite, un demi-hectare en moyenne. Ces caractéristiques les rendent comparables aux jardins communautaires. Les fermes urbaines à vocation commerciale ("urban commercial farms") ont une production plus soutenue et sont gérées par des agriculteurs professionnels. Des employés à temps plein ou à temps partiel y travaillent et sont recrutés parmi les habitants du quartier ou de la ville. Leur taille peut atteindre un hectare et demi.

Complément 1 : rencontre avec des Baltimore City master gardeners

2.2. La mise en oeuvre par de multiples programmes d’agriculture urbaine à Baltimore

Depuis dix ans, la ville de Baltimore a créé de nombreux programmes visant à développer l’agriculture urbaine dans les déserts alimentaires des ghettos. Ces programmes sous-tendent un faisceau d’initiatives qui concernent à la fois le domaine juridique (question de la propriété, nouveau code de zonage urbain), économique (création d’emplois ciblés, formation professionnelle et  compétences agricoles), social (encadrement des populations, conseils et soutien logistique, activités pédagogiques pour les élèves), environnemental (élaboration de stratégies respectueuses d’un développement durable, agriculture biologique), ainsi que le domaine de l’aménagement urbain (mise en place de partenariats privé/public pour des projets immobiliers de grande envergure liés au développement de l’agriculture urbaine).

Le programme municipal "Vacants to Value" (« bâtiments inoccupés à mettre en valeur ») [22] a été ainsi adopté en 2010 par Stephanie Rawlings-Blake pour stimuler le processus de transfert de bâtiments abandonnés à de nouveaux propriétaires afin de les réhabiliter, ou, le cas échéant, de les raser et de les transformer en espaces verts et jardins communautaires pour développer l’agriculture urbaine. C’est l'agence municipale Baltimore Housing qui en a la responsabilité. Elle procède à une analyse des valeurs du marché immobilier en fonction du prix des logements, du taux d’hypothèques et de la proportion de bâtiments abandonnés. Elle centre son action de réhabilitation dans les quartiers dont les valeurs immobilières sont moyennes ou dépréciées par rapport aux valeurs du marché régional.

Le marché immobilier à Baltimore en 2014

Source : Baltimore Department of Planning
Les quartiers D à F de la carte ("middle market", "middle market stressed" ou "stressed") présentent des prix des logements inférieurs au prix moyen de la ville, et un taux d’hypothèques particulièrement élevé. Ils sont la cible du programme "Vacants to Value".

Trois autres programmes municipaux concernent directement la promotion de l’agriculture urbaine. En premier lieu, "Power in Dirt" vise à faciliter l’usage par les habitants de parcelles appartenant à la ville ("Adopt-a-lot Program") [23]. Lancée en août 2011, cette initiative vient compléter "Vacants to Value". Sa mission est de renforcer l’implication communautaire dans la création de jardins potagers en facilitant tout d’abord les démarches juridiques à suivre. Les droits d’usage et la question de la propriété privée sont les principaux éléments qui freinent les projets des habitants des quartiers défavorisés. Si les habitants d’un quartier ne parviennent pas à trouver un terrain municipal abandonné à proximité de chez eux, ils ont encore la possibilité de louer un lopin de terre dans une ferme municipale. Situés dans les parcs de la ville, les terrains sont gérés par le Department of Recreation and Parks qui les loue entre 30 et 50 dollars à l’année pour y développer des jardins communautaires de moins de 15 m².

Le deuxième programme, "Land Trusts", a pour mission d’assurer la pérennisation des parcelles transformées en jardins communautaires face à la pression immobilière (Petr, 2008). Un land trust (une fiducie foncière) est une organisation à but non lucratif qui travaille en partenariat avec les agences municipales afin de donner une valeur législative aux CMOS ("Community Managed Open Spaces") après une existence de cinq ans. L’organisation la plus importante dans ce domaine est Baltimore Green Space (BGS), créée en 2007. BGS compte en 2015 neuf espaces protégés.

Localisation des jardins communautaires et du projet de "food hub" de Baltimore

Source : Baltimore Green Space (BGS), Réalisation : S.Baffico, 2016
Pour voir le document en meilleure résolution, cliquer ici.

Enfin, en troisième lieu, la ville a décidé d’organiser en mars 2011 des entretiens professionnels de validation de compétences agronomiques et techniques afin de sélectionner des candidats qui participeront à la mise en valeur d’une zone urbaine de 14 hectares (35 acres) à des fins agricoles ("Urban Agriculture Request for Qualifications for farmers"). Ici, la municipalité a initié une démarche inverse : elle n’attend pas les sollicitations des habitants qui ont un projet, elle choisit au contraire de constituer le projet de développement d’agriculture urbaine en sélectionnant les terrains disponibles et en faisant un appel d’offres pour sélectionner les candidats idéaux ("The City identified sites suitable and desireable for urban agriculture and sought to match each site with the right groups") (McHugh, 2012).

Afin d’établir un inventaire des jardins communautaires, des fermes et espaces verts déjà créés, la Commission à l’aménagement urbain a adopté un Plan d’agriculture urbaine ("Homegrown Baltimore") en 2013 pour fournir un cadre de référence aux initiatives précédentes.

Schéma des différents programmes municipaux

2.3. Une collaboration tripartite pour des projets originaux

Afin de renforcer son action en faveur d’une agriculture urbaine, la municipalité reçoit l’aide de l’État fédéral qui encourage activement depuis les années 2000 le retour des activités agricoles dans les métropoles (en lien avec le développement des green politics). Cependant, à l’échelle de la ville de Baltimore, ces subventions s’avèrent vite insuffisantes au regard des besoins et de l’étendue des quartiers tombés en déshérence. C’est pourquoi la municipalité développe des partenariats avec des fondations, des associations et des entreprises du secteur privé pour mener à bien certains projets nécessitant des financements spécifiques ou des expertises ciblées.

Schéma des différents acteurs et de leur rôle

Les ONG
Créée en 2008 par la fondation Parks and People et l’Extension de l’Université du Maryland (organisation éducative informelle intégrée à l’université et oeuvrant à l’échelle du Maryland en ayant principalement recours à des retraités bénévoles), Community Greening Resource Network est une organisation qui soutient les jardins communautaires de Baltimore. Son fonctionnement s’inspire du Gardening Resource Program Collaborative de Détroit, du Green Corps de Chicago et du Food Project de Boston [24].

Complément 2 : Le fonctionnement du Community Greening Resource Network de Baltimore

L’intérêt de ces partenariats entre la ville, les organisations non gouvernementales et les fondations est également de trouver des sources de financement multiples. Parks and People propose ainsi des programmes de subventions communautaires ("Community Grants Program") comme le "Neighborhood Greening Grant" (subvention de 1 000 dollars pour aider au démarrage de jardins communautaires) et le "Garden Irrigation Fund" (subvention de 3 000 dollars créée en 2013 pour financer les travaux d’adduction d’eau dans les jardins). 

Les entreprises privées et "anchor institutions"
Le secteur privé est un partenaire essentiel de la municipalité lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre des aménagements urbains de grande envergure. En juillet 2013, la ville a mandaté la Baltimore Development Corporation [25] afin de démarrer un ambitieux projet immobilier consacré à l’agriculture urbaine dans le ghetto d’East Baltimore.

Le projet de "food hub" d'East Baltimore
L’objectif est de réaliser un immense "food hub", à savoir un grand complexe qui permet la concentration et la promotion en un même lieu de denrées agricoles issues des productions locales à destination des consommateurs individuels et des professionnels de la restauration, sur un hectare et demi (3,5 acres) permettant de réhabiliter les deux quartiers de Broadway East et d’Oliver. Le projet nécessite de gros moyens humains et financiers. Or, il ne reste plus que 20 % des habitants dans le ghetto d’East Baltimore, il est donc difficile pour la Ville d’espérer stimuler les initiatives individuelles des résidents à l’aide des différents programmes proposés. La réhabilitation des maisons mitoyennes (rowhouses) très dégradées est très coûteuse pour la ville qui cherche des partenaires financiers. L’hôpital Johns Hopkins, qui joue déjà depuis plusieurs décennies le rôle d’"anchor institution" [26], se trouve à l’origine du projet immobilier du « piano » géré par East Baltimore Development Corporation (EBDI) afin de réhabiliter une partie du ghetto et d’attirer des familles de classes moyennes travaillant pour l’hôpital [27]. Pour ce projet de "food hub", Johns Hopkins est à nouveau partie prenante.
Ce projet d’aménagement urbain estimé pour l’instant à 16 millions de dollars s’inspire d’un programme identique, lancé en 2012 à Philadelphie (West Philadelphia Fresh Food Hub). Parce qu’il est d’envergure, ce projet présente une stratégie multiple : réhabiliter des quartiers très pauvres et lutter contre les déserts alimentaires, créer des emplois et des opportunités économiques relevant de la "green economy", jouer la carte du localisme, c’est-à-dire utiliser les forces vives qui restent dans le quartier, les former afin de trouver sur place une main-d’œuvre disponible. Le financement pour la construction et la réhabilitation des bâtiments existants est pour le moment à l’étude entre les différents partenaires. En revanche, des accords financiers ont été passés entre BDC et la ville qui cède les terrains et les bâtiments qu’elle possède pour une somme de 500 000 dollars payables d’avance, à laquelle il faut rajouter 400 000 dollars d’hypothèque [28]. Si le projet aboutit, il devrait rapporter trois millions de dollars de revenus annuels à la ville selon les estimations de BDC, alors que pour l’instant, la ville ne perçoit aucune taxe sur ces propriétés largement inutilisées et dégradées.
Rendu du projet du "food hub" en 2015

Source : Baltimore food hub 
Le "food hub" doit s’articuler sur deux sites : une ancienne station de pompage désaffectée au 1801 East Oliver Street, qui jouxte le campus de l’Université de médecine de Johns Hopkins, et l'ancienne usine Hoen au 2010 East Biddle Street. La présence de la ligne de chemin de fer utilisée par la compagnie Amtrak est aussi une opportunité. Chacun des deux sites accueillera des activités spécifiques. La station de pompage abritera un incubateur de start-ups spécialisées dans la production d’aliments, un restaurant tenu par le chef Spike Gjerde de Woodberry Kitchen, un jardin potager et des serres, ainsi que des centres de formation professionnelle liée au secteur alimentaire. L'usine Hoen abritera des locaux à louer à des entreprises appartenant au secteur alimentaire et à la restauration, ainsi qu’un "farmers market" proposant des produits agricoles frais.

La mobilisation citoyenne
Aux États-Unis, les politiques d’aménagement urbain revêtent un caractère de plus en plus décentralisé depuis plusieurs décennies et en appellent à la mobilisation croissante des acteurs locaux (stakeholders) (Giband, 2006). À partir de l’étude de l’impact des jardins et espaces verts sur les communautés de quartier en Californie, Joan Twiss et al. (2003) soulignent l’importance du soutien d’une communauté locale solidement investie dans des formes de partenariat en renfort de l’action des pouvoirs publics locaux. Elle insiste sur le rôle des habitants du quartier dans une entité collaborative élargie qui « inclurait les secteurs public et privé, les associations de quartier et les habitants » afin de prendre en compte les priorités et les stratégies menées par et pour la communauté. D’autres chercheurs (Bevilacqua, Calabro, Maione, 2013) insistent sur l’importance de l’implication communautaire, de l’engagement civique pour conduire des projets de régénération urbaine afin d’initier un processus participatif urbain. C’est la « valeur ajoutée communautaire » ("community added value") qui fera selon eux des projets d’aménagement de vrais succès en intégrant les réels besoins des habitants des quartiers alors que les solutions apportées de l'extérieur risquent d’être en décalage avec les attentes des résidents. L’enjeu est donc de mobiliser les habitants dans les quartiers défavorisés pour qu’ils retrouvent un « sens de la communauté » ("a sense of community" qui leur apporte un sentiment d’appartenance communautaire) intimement lié à un « sens des lieux » ("a sense of place" qui leur donne la fierté de leur quartier). Il est donc bien question d’une gouvernance non pas seulement "top-down" ou "bottom-up", mais d’une gouvernance fondée sur un processus collaboratif tripartite (partenariats public/privé et implication communautaire) fonctionnant comme un triumvirat.
Pour décrire ces interactions et le rôle du "community involvement", l’organisation Baltimore Green Space emploie le terme de « cycle vertueux » qui unit les parties prenantes : « les habitants dessinent une vision, et cette vision attire plus de gens. Et ensuite les gens affinent la vision dans un cycle continu. Cela signifie que des projets qui sont intimidants au départ puissent apparaître plus faciles plus tard [29] ». Ce processus décrit en fait une véritable philosophie de l’implication communautaire.

 

3. De grandes espérances pour de grands défis

3.1. Une "success story" de Baltimore : Duncan Street Miracle Garden

Dans le ghetto d’East Baltimore, le vaste jardin d’environ 2 000 m² se situe à l’intérieur d’un block ceinturé par North Avenue, Collington Avenue, Terrell Place et Chester Street. Ici, 44 rowhouses ont été rasées il y a plus de vingt ans, et le terrain vague est devenu un dépotoir tenu par les trafiquants. En 1988, le Pharaoh’s Club, une association créée par les hommes du quartier, transforme le lieu en jardin potager et parvient à convaincre la municipalité de fermer aux voitures Duncan Street, la rue qui le traverse et de l’entourer de palissades pour le sécuriser. Lewis Sharpe, un ancien ouvrier des aciéries de Sparrows Point, aujourd’hui retraité, est le responsable du jardin. À plus de quatre-vingt ans, il y est tous les jours présent, devenant ainsi la figure emblématique de la communauté de Broadway East. Entretenu par une demi-douzaine de résidents du quartier, le jardin fournit de nombreux fruits et légumes pendant la haute saison, ainsi que des fleurs, et permet aux habitants de se retrouver pour des barbecues ou des pique-niques. Le jardin porte bien son nom : c’est un îlot de verdure au cœur du ghetto le plus pauvre et le moins sûr de Baltimore.
Le quartier de Broadway East, dans le ghetto d’East Baltimore

À côté du jardin, des rues désertes et gagnées par les mauvaises herbes.

Le Duncan Street Miracle Garden

Le jardin, oasis au coeur de Broadway East.

Source : Google Earth, 2014
Voir le fichier .kmz, latitude 39°18'42N, longitude 76°35'15W

Durant l’hiver 2005, la fondation Parks and People et l’ONG Civic Works ont aidé la communauté à réaménager le jardin, en remplaçant les vieilles travées de chemin de fer servant à délimiter les plates-bandes par des poutres en bois non toxiques. La grille du jardin a également été entièrement refaite et les façades aveugles des maisons peintes en vert pour renforcer l’impression de végétation omniprésente. En février 2010, le jardin a gagné un statut durable grâce à l’action de Baltimore Green Space. Plusieurs associations l’utilisent régulièrement pour des activités pédagogiques, comme Moveable Feast et Baltimore Childcare Resource Center qui possèdent chacune un lot. Pour Lewis Sharpe, les actes de vandalisme ou le manque de moyens financiers ne sont pas les difficultés majeures. Son principal souci est d’assurer la continuité de sa passion auprès des jeunes du quartier qu’il trouve peu enclins à jardiner. La pérennisation du jardin, transformé en "land trust" officiellement reconnu par la ville, lui permettra de conserver son rôle de « poumon des quartiers » ("the lungs of the neighborhoods").

3.2. De "Charm City" à "Farm City" ?

La multiplicité des initiatives rend la scène urbaine de Baltimore très dynamique en matière d’agriculture. Ce faisceau d’actions cherche à obtenir des impacts positifs multidimensionnels.
Dans le domaine environnemental, le développement des espaces verts (jardins agricoles, jardins d’ornement et parcs), notamment arborés, contribue à diminuer l’effet « îlot de chaleur » caractéristique des milieux urbains. Ces espaces verts contribuent également au maintien d’une biodiversité en ville. Afin que la ville tienne son rang de "Green City", l’équipe municipale encourage vivement les habitants et les fermiers urbains à limiter l’usage des produits chimiques et à privilégier le compostage des déchets organiques. Les marchés couverts de la ville et les marchés temporaires organisés par la municipalité mettent à l’honneur les produits biologiques ("organic food").
Le développement de l’agriculture urbaine présente aussi des conséquences économiques positives. Les fermes urbaines offrent une opportunité de formation professionnelle et d’emplois dans les quartiers défavorisés d’East Baltimore et de West Baltimore, marqués par de forts taux de chômage et dont les populations sont peu ou pas diplômées. Ces projets d’agriculture urbaine s’inscrivent dans un ensemble de politiques visant à réhabiliter les deux ghettos de Baltimore et participent de ce fait à la renaissance immobilière de ces quartiers [30]. Une étude menée par l’Université de New York sur les jardins communautaires du Bronx démontre que leur existence contribue à augmenter la valeur immobilière des propriétés du quartier (Been, Voicu, 2007).

Si l’on s’attache enfin à la dimension sociale, les bénéfices sont multiples. Si le food movement [31] est nourri des initiatives des classes sociales riches aux États-Unis, les pouvoirs publics, principalement l’État fédéral, mettent tout en œuvre afin que les populations défavorisées soient également concernées. Michelle Obama a lancé le programme Let’s Move en 2010 (Paddeu, 2012) et le jardin potager qu’elle a créé à la Maison Blanche a fait des émules. En outre, la municipalité encourage le développement de jardins potagers dans les établissements scolaires de la ville. Ceux-ci peuvent également orienter tous leurs projets éducatifs sur la thématique du développement durable afin d’obtenir le label de "green schools".  Patricia Foster et Derek Joost rencontrés en octobre 2014 ont donné une définition personnelle de leur mission, à savoir « la construction d’un capital social dans les communautés de quartier ». Les membres des différents jardins communautaires expliquent que le lien social qui avait longtemps souffert jusqu’à disparaître dans les quartiers les plus sinistrés (Macias, 2008) est en train de se recréer. Cela passe tout d’abord par la parole et l’échange. Puis se tissent à nouveau des réflexes d’entraide et une nouvelle sociabilité. Le jardin apparaît comme le nouveau ciment de la communauté qui, en l’embellissant et en l’entretenant, exprime sa fierté, son sentiment d’appartenance à un quartier.
Community Greening Celebration, Baltimore

Source : Flyer, 22 octobre 2014
Cérémonie organisée par la Foncation Parks and People pour récompenser les plus beaux jardins communautaires de Baltimore
.

Sandrine Baudry (2011) a montré que « si les jardins communautaires sont d’abord conçus pour répondre à des problèmes immédiats et très localisés, leur appartenance à un réseau à l’échelle de la ville leur confère une influence qui dépasse ces projets initiaux ». C’est un sens du lieu qui se construit (ou se reconstruit) peu à peu, et il est intimement lié au sens de la communauté. Les deux éléments se nourrissent mutuellement. Ces lieux participent enfin d’une « culture civique » dont l’intensité est proportionnelle à l’investissement des membres de la communauté (Glover, Shinew, Parry, 2005). Les jardins communautaires et l’agriculture urbaine sont en cela une « plateforme vers l’autonomie » ("a platform for self-reliance") et la collaboration entre tous ces acteurs favorise l’émergence de communautés fortes et résistantes aux épreuves ("resilient communities").

3.3. Une "Green Renaissance" pour Baltimore ?

La viabilité des jardins communautaires peut néanmoins être soumise à rude épreuve. Dans les ghettos, les jardins font assez souvent l’objet d’actes de vandalisme, comme l’ont relaté Derek Joost et de nombreux habitants investis dans l’entretien de jardins communautaires. Les projets de jardins communautaires peuvent également faire l’objet de débats dans les quartiers et diviser l’opinion publique, certains habitants redoutant l’intrusion des équipes municipales dans leur quartier.
Lorsque ces projets sont menés à terme dans les ghettos, il n’en demeure pas moins un dernier obstacle de taille : réussir à modifier les habitudes alimentaires des Américains issus des classes pauvres, qui n’ont ni l’argent pour acheter des produits frais, ni l’habitude de les cuisiner ou de consacrer du temps aux courses pour la famille (Corrigan, 2011). C’est le constat que font les volontaires d’assocations comme "6th Branch" [32] qui estiment que la gratuité des aliments seule ne peut suffire à convaincre les habitants des quartiers pauvres de venir s’approvisionner auprès des jardins ou des fermes urbaines. Des chercheurs comme Kaufman et Bailkey (2000) ont formulé des conclusions identiques. Trois conditions sont selon eux nécessaires pour que les projets d’agriculture urbaine soient viables : des espaces vacants disponibles, un environnement institutionnel local favorable, une agriculture urbaine reposant sur des dynamiques entrepreneuriales. Ces éléments sont réunis dans le cas de Baltimore. Cependant, Kaufman et Bailkey soulignent la permanence d’un certain nombre de paramètres qui pèsent lourd sur le destin de tels projets : le financement initial, l’accès aux marchés et les débouchés ciblés, les limites naturelles liées aux saisons, la criminalité, les compétences locales et surtout les représentations culturelles des populations concernées.
 

Conclusion

Si les politiques municipales en faveur de l’agriculture urbaine à Baltimore se montrent particulièrement actives, elles n’en présentent pas moins certaines limites. La multiplication rapide de programmes développés depuis 2010 témoigne du retard pris par la ville dans ce domaine par rapport aux autres métropoles de la côte Est et de la Rust Belt confrontées à des enjeux similaires. Toute la difficulté est de faire la liaison entre ces programmes et la nébuleuse d’initiatives communautaires ou individuelles, parfois ponctuelles et très localisées. Il s’agit pour la municipalité de labelliser les initiatives afin d’harmoniser les pratiques et d’officialiser leur existence. Les jardins communautaires et les fermes urbaines qui restent en dehors des logiques municipales sont suspendues à l’engagement de quelques habitants.
La municipalité met en réseau ces initiatives locales à l’échelle de la ville. Il lui reste à ancrer son action à l’échelle métropolitaine, pour inclure ce patchwork d’espaces verts dans une ceinture verte pensée de façon globale et intégrée aux politiques d’aménagement urbain de l’aire métropolitaine. La dynamique de promotion de l’agriculture urbaine n’en est qu’à ses balbutiements à Baltimore, mais les politiques mises en place donnent cependant raison à Emily Talen (2011) : « des formes urbaines insoutenables peuvent se transformer en lieu de durabilité [33] ».

 

Notes

[1] US Census Bureau, Baltimore city : population estimée au 1er juillet 2015.

[2] Il existe en effet plus de 30 000 sites délaissés, dont 16 000 bâtiments désaffectés et 14 000 parcelles inutilisées. 40 % de ces espaces vacants sont la propriété de la ville, ce qui lui coûte 7,1 millions de dollars en entretien annuel (Colleen McHugh, 2012).

[3] US Census Bureau, Population Estimates, Metropolitan and Micropolitan Statistical Areas, population estimée au 1er juillet 2015.

[4] Maryland Department of Planning, 2014, Baltimore City: A Prime Opportunity for Infill, Redevelopment, and Revitalization. 21 p.

[5] City of Baltimore, 2010, “Fiscal 2011. Preliminary budget Plan”, p 25.

[6] City of Baltimore, Homeless Services, Resources & Publications.

[7] L'espérance de vie à la naissance est de 81,2 ans pour les femmes et de 76,4 ans pour les hommes aux États-Unis. Source pour Baltimore : Health Data, County Profile : Baltimore City, Maryland.

[8] Anna Maria Barry-Jester, Baltimore’s Toxic Legacy Of Lead Paint", FiveThirtyEight, 7 mai 2015.

[9] Sur le site du Ministère de l'Agriculture des États-Unis, la définition de "food desert" et l'Atlas de l'accès à l'alimentation (Food Access Reasearch Atlas).

[10] The Healthy Food Availability Index ou « index de disponibilité de nourriture saine » est un indicateur fourni par l’étude de mesure de l’environnement nutritionnel conduit par Manuel Franco en 2006 pour la ville de Baltimore et le comté de Baltimore (Nutrition Environment Measurements Survey). Franco M., Diez Roux A. V., Glass T. A., Caballero B., Brancati F. L., 2008, "Neighborhood characteristics and availabilityof healthy foods in Baltimore", American Journal of Preventive Medicine, vol. 35, n°6, p 561.

[11] "An area where the distance to a supermarket is more than a quarter mile, the median household income is at or below 185 % of the Federal Poverty Level, over 40 % of households have no vehicle available, and the average Healthy Food Availability Index score for supermarkets, convenience and corner stores is low (measured using the Nutrition Environment Measurement Survey)”.

[12] The Baltimore City Food Environment Map, 2015 Report.

[13] Le “Baltimarket” ou “virtual supermarket” permet aux habitants des quartiers défavorisés qui n’ont pas de voiture de commander en ligne des produits d’épicerie frais et de se faire livrer gratuitement. Ils passent commande sur des ordinateurs mis à disposition dans les écoles de leur quartier, dans les foyers sociaux ou à l’antenne locale de la bibliothèque municipale et reçoivent leurs colis une fois par semaine.

[14] On parle de "smart growth" pour désigner une croissance urbaine sur le mode de la ville compacte. Les pouvoirs publics encouragent pour cela la densification du bâti, la mixité des usages et le développement des transports en commun dans un même quartier.

[15] Le Transit Oriented Development ou TOD concerne l’aménagement des zones résidentielles ou commerciales destiné à favoriser l’usage des transports en commun. Un quartier conçu selon ce concept est centré autour d’une gare de voie ferrée locale ou d’une station de transport, entourée de constructions de densités décroissantes en allant vers la périphérie. Le rayon de cette zone est généralement compris entre 400 et 800 mètres. Voir la page du programme Transit Oriented Development de Baltimore.

[16] Le terme de grassroots politics fait référence à un mouvement citoyen. Il se démarque de la démocratie représentative.

[17] La livability désigne la qualité sociale et environnementale que peut offrir un territoire à ses habitants (sécurité, bonnes conditions sanitaires, absence de pollution, accès aux loisirs). Cela implique des interactions sociales de qualité avec un sentiment d'appartenance et de solides liens de voisinage.

[18] On appelle green politics le courant politique qui vise à créer une société au modèle de développement durable, fondé sur la démocratie participative, la défense de l'environnement et la justice sociale.

[19] Voir dans Géoconfluences : Mathilde Beaufils, Elias Burgel, Julie Chouraqui, Florence Costa, Sarah Dubeaux, Guillaume Frécaut, Luc Guibard, Marion Messador, Emilie Polak, Léo Sun, « Le toit végétalisé, marqueur des dynamiques de distinctions métropolitaines : le cas de Chicago », 2015.

[20] Baltimore Office of Sustainability, 2013, Homegrown Baltimore : grow local, p 4.

[21] Baltimore Office of Sustainability, 2013, Homegrown Baltimore : grow local, p 24.

[22] Voir le site dédié Vacants to Value.

[23] Voir la page Adopt- A- Lot Program/Community Gardens.

[24] Voir les sites : Community Greening Resource Network, Baltimore ; Green Corps, Chicago ; Gardening resource Program Collaborative, Detroit ; Food Project, Boston.

[25] Fondée en 1991, BDC (Baltimore Development Corporation) est une agence semi-publique chargée par la Ville de coordonner les initiatives du secteur privé pour promouvoir le développement économique de Baltimore.

[26] Les « anchor institutions » (institutions d’ancrage, incontournables) sont considérées comme des acteurs économiques majeurs pour les villes centres aux États-Unis. Ce sont le plus souvent des hôpitaux, des universités, des institutions culturelles ou sportives. Elles sont le plus gros employeur local et jouent un rôle déterminant dans les grands projets d’aménagement urbain.

[27] Voir l'article publié dans le journal de Johns Hopkins University : Greg Rienzi, "The changing face of East Baltimore.New mixed-use neighborhood rises just north of university's medical campus", Gazette,  janvier 2013.

[28] Baltimore Sun, Yvonne Wenger, "Food production campus aims to help entrepreneurs get started", 27 novembre 2014.

[29] « The people drive the vision, and the vision attracts more people. And then the people refine the vision, in a continuing cycle. This means that projects that are daunting at the beginning may feel much easier later on », Baltimore Green Space, "How to help resident greeners : A tip sheet for community organizers".

[30] Voir par exemple les projets de l'East Baltimore Development Incorporation.

[31] Les tenants du food movement sont à l’origine issus des classes moyennes blanches soucieuses de sécurité alimentaire et d’agriculture durable. Par extension, le mouvement peut inclure la justice alimentaire, qui vise à favoriser la sécurité alimentaire des populations défavorisées des ghettos. Ce mouvement d’opposition au système agro-alimentaire dominant prend différentes formes, plus ou moins radicales.

[32] Entretien avec Dave Landymore, Executive Director de "The 6th branch", association composée de vétérans de l'armée en octobre 2014.

[33] "unsustainable urban forms can turn into a sustainable place".

Ce travail a été réalisé grâce à la bourse de la Fondation Palladio en 2012 et 2013.
 

Pour compléter :

Ressources bibliographiques
Ressources webographiques

Les sites de la municipalité de Baltimore en rapport avec les politiques urbaines en faveur de l'agriculture urbaine


Autres acteurs de la Green Renaissance

Sur la ville de Baltimore


En complément sur les mutations des villes américaines, dans ce dossier de Géoconflluences, voir :

Stéphanie BAFFICO,
professeur agrégé de géographie, Lycée Blaise Pascal – Clermont-Ferrand,
doctorante UPVD Perpignan, UMR 5281 Art-Dev,
boursière de la Fondation Palladio en 2012 et en 2013.

conception et réalisation de la page web : Marie-Christine Doceul,

pour Géoconfluences, le 18 avril 2016

Pour citer cet article :
Stéphanie Baffico, « De "Charm City" à "Farm City" : la reconquête des espaces en déshérence  par l’agriculture urbaine à Baltimore », Géoconfluences, 2016, mis en ligne le 18 avril 2016
URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/etats-unis-espaces-de-la-puissance-espaces-en-crises/articles-scientifiques/de-charm-city-a-farm-city-baltimore

Retour en haut de page

Actions sur le document