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Continent

Publié le 13/03/2024
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Un continent est, conformément à son étymologie (cum tenere, tenir ensemble), une immense étendue de terres émergées. Le continent se distingue donc des îles et archipels, isolés des autres terres par la mer.

L’ensemble des terres émergées, soit un quart de la surface terrestre, est subdivisé traditionnellement, par convention, en cinq continents : l’Afrique, l’Amérique, l’Asie, l’Europe et l’Océanie, subdivision qui concerne donc l’espace habité. Cette division, symbolisée par exemple par les cinq anneaux du drapeau officiel des Jeux Olympiques, exclut l’Antarctique, vaste ensemble de terres inhabitées, qui est cependant désormais également considéré comme un continent.

L’histoire même de la division en cinq continents est révélatrice de l’insuffisance de cette définition. Au Moyen-Âge, dans une perspective européocentrée, on distingue classiquement l’Asie, l’Afrique et l’Europe, alors même que l’Europe n’est en fait qu’une péninsule de l’Asie, et que le canal de Suez, séparant l'Afrique et l'Asie, n'a rien d'une mer. Aussi parle-t-on aujourd'hui, à la suite de Christian Grataloup (2023), d'un seul continent appelé Eufrasie. Par ailleurs, si l'usage consacre la division du continent américain en deux, l'Amérique du Nord et l’Amérique du Sud, elles forment un ensemble de terres continues, reliées une bande de terre très étroite, un isthme en Amérique centrale. C'est ce qui a permis à Homo Sapiens de s'y installer à partir de la Béringie jusqu'à la Terre de Feu, avec ensuite des circulations migratoires et des mouvements nord-sud (ibid.) De même, la découverte tardive de l’Australie et des terres éparses des « mers du Sud » a amené à parler de continent pour l’Océanie, littéralement « patrie des océans », formée de multiples îles... à moins que l’on ne considère la seule Australie comme un continent.

 
Encadré 1. La question des limites de l’Europe

La vulgate fait de l'Oural la limite « naturelle » de l'Europe. C’est pourtant loin d’être évident. Alors que les géographes européens ont longtemps hésité sur la question des limites orientales de l'Europe, c'est pour des raisons politiques que l'Oural a été choisi par les Russes comme séparant l'Europe de l'Asie. Comment se fait-il que cette chaîne de montagnes qui ne dépasse pas les 2 000 mètres, aisément franchissable et qui, vers le sud, se prolonge par une plaine, ait été choisie comme limite naturelle du continent ? Ce choix ne s'est fixé que tardivement, à la rencontre des traditions cartographiques occidentales et des géographes russes qui cherchaient à l'imposer.

Avec la christianisation de l'Europe et la compétition avec les autres monothéismes, l'idée d'Europe acquiert une signification religieuse et politique, qui l'oppose aux autres continents. D'une terre hétéroclite au nom mythologique, elle devient un territoire.

Longtemps, la Russie reste indifférente à tous ces débats. Mais cette attitude change en quelques décennies  à la charnière du XVIIe et du XVIIIe siècle : l'expansionnisme russe découvre qu'il n'est pas seul et qu'il doit composer avec les puissances européennes. La Russie de Pierre le Grand veut s'affirmer comme une puissance et aussi donner une justification aux avancées territoriales vers l'Est. Or, si la Russie se veut un État européen, elle doit aussi se définir en termes géographiques comme appartenant à l'Europe. Les vieilles cartes faisant apparaître la limite de l'Europe à proximité de Moscou ne conviennent donc plus. C'est l'historien et géographe Vassili Tatichtchev, à qui le tsar avait commandé une géographie de l'Empire, qui avança l'idée de l'Oural comme limite. Le choix n'avait rien d'évident. L'Oural avait été, tout au plus, une étape de la conquête et de la colonisation de l'est, un point de passage vers les avant-postes sibériens. Ce choix obéissait à la nouvelle image que Pierre le Grand voulait donner de la Russie : un « empire » selon le modèle des grands empires coloniaux, avec une partie européenne, vue comme la métropole civilisatrice, et une partie asiatique, vue comme une périphérie.

La vision de l'Oural comme frontière de deux continents et axe médian de l'Empire devient à la fin du XVIIIe siècle la règle enseignée dans les manuels scolaires. Ce modèle est repris par les géographes occidentaux contemporains de Tatichtchev et par leurs successeurs. Modèle constamment critiqué, il finit cependant par s'imposer comme pratique dans les manuels de géographie et dans les atlas du monde entier, le besoin de fixer des limites étant plus fort que celui de cohérence géographique.

(ST) juin 2004. Dernière modification (JBB), mars 2023.


 

On ne peut se contenter de la seule définition topographique pour définir ce qu’est un continent. Il n’y a pas de « vérité naturelle » intangible et « l’invention des continents » (Grataloup, 2009) est liée à un ensemble de valeurs culturelles, essentiellement véhiculées par l’Europe. La division entre Europe et Asie est beaucoup moins liée à une soi-disant limite placée arbitrairement sur l’Oural au XVIIIe siècle (par les géographes de Pierre le Grand qui souhaitait affirmer la place de la Russie en Europe, voir encadré 1) qu’à des facteurs ethniques, culturels et religieux. Christian Grataloup rappelle que « dans la Genèse (livre IX), après le Déluge, les trois fils de Noé vont partir chacun dans une direction différente pour peupler la Terre ». Ils donneront ainsi les « trois races » qui vont peupler la terre (ibid.). Ce récit théologique a durablement marqué les représentations d'un Monde pensé d'abord depuis l'Europe.

La question du nombre de continents reste donc ouverte : sept par convention (Afrique, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Antarctique, Asie, Europe, Océanie), trois au sens strict de la définition (Amérique, Antarctique, Eufrasie).

(SB et CB) mars 2023. Dernières modifications (JBB), mars 2024.


Références citées
  • Grataloup Christian (2009), L’invention des continents : comment l’Europe a découpé le monde, Paris, Larousse, 224 p.
  • Grataloup Christian (2023), Géohistoire, Les Arènes, 528 p.
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