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Zone à faibles émissions (ZFE)

Publié le 08/02/2024
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Une zone à faibles émissions (ZFE, low emission zones en anglais) est un dispositif qui vise à améliorer la qualité de l’air en interdisant l’accès de certains espaces urbains aux véhicules les plus polluants (automobiles individuelles, utilitaires). Le niveau de pollution est évalué par des critères variables d’un pays à l’autre. En France, le dispositif s’appuie sur le système de vignettes Crit’Air, qui classe les véhicules du plus ou moins polluant, de 0 (voitures électriques) à 5 (vieux véhicules diesel). L'objectif est de réduire le taux de particules fines (PM2,5), qui sont particulièrement nocives pour les systèmes respiratoire et cardiovasculaire. 

La manière de définir la zone concernée change aussi d’une ville à l’autre : le périmètre d’exclusion des véhicules les plus polluants englobe le plus souvent le centre-ville et une zone péricentrale plus ou moins importante. Parfois, plusieurs périmètres excluant différentes typologies de véhicules sont mis en place. Un calendrier progressif accompagne le plus souvent ces périmètres, dans une optique d’augmentation du niveau d’exigences au fur et à mesure du temps (par exemple jusqu’à l’exclusion totale des véhicules thermiques).

Si aucune réglementation européenne n’impose aux villes des pays membres de mettre en place des ZFE, l’Union européenne voit se déployer un nombre croissant de ces zones. Il y aurait environ 300 zones à faibles émissions actuellement en Europe, notamment en Allemagne, en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas ou, hors UE, au Royaume-Uni. En France, les 42 agglomérations de plus de 150 000 habitants devront avoir instauré une ZFE en 2025. Onze d’entre elles ont déjà franchi le pas dans des contextes urbains variés (Grand Paris, Rouen, Strasbourg, Grenoble, Montpellier, Lyon…).

La mise en œuvre de ces zones est très variable d’une ville à l’autre et d’un pays à l’autre. Outre les critères de pollution et de détermination des périmètres, les ZFE ne sont pas toujours argumentées de la même manière par les collectivités, ni assorties d’autres politiques (visant par exemple à faciliter l'achat à des véhicules électriques ou bien à accompagner le développement de mobilités faiblement carbonées). Ce faisant, elles révèlent les stratégies des collectivités territoriales pour envisager la transition écologique de leur système de mobilité ou simplement pour s’adapter à des évolutions réglementaires nationales.

Les ZFE font aussi l’objet de critiques. Elles sont un exemple de la façon dont une politique de mobilité supposément écologique peut aggraver les inégalités (Adam et Mariani, 2023). En France, l’attribution des vignettes Crit’Air ne tient compte que de la date d’immatriculation du véhicule et de son carburant, donc de la norme européenne à laquelle il devait se conformer, indépendamment de sa consommation et de ses émissions réelles, ce qui interroge la portée écologique du dispositif (ibid.). Or, dans une note publiée en 2020, le ministère de la Transition écologique constate que, parmi les 20 % des ménages français les plus modestes, 66 % possédaient des voitures dites polluantes (Crit’Air 3-4-5 et non classés) tandis que les 20 % les plus aisés étaient, à 63 %, propriétaires de véhicules Crit’Air 1 ou 2 (Jolly, 2020). En accélérant le choix de remplacer une voiture ancienne par une voiture neuve, même pour des automobilistes roulant très peu, la mesure peut aussi avoir des effets rebonds sur l’environnement, la construction automobile étant une industrie très consommatrice de ressources.

Matthieu Adam, février 2024.


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