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La Bolivie à la conquête de l'Est. Flux migratoires et intégration territoriale des marges orientales

Publié le 29/11/2004
Auteur(s) : Laetitia Perrier-Bruslé, doctorante - université de Paris 1

La Bolivie partage, avec ses autres voisins andins, la caractéristique d'être un pays en escalier. Deux ensembles s'opposent traits pour traits, de part et d'autre de la gigantesque rupture de pente qui met en contact les sommets de la Cordillère, à plus de 5 000 mètres d'altitude, et les plaines basses orientales. D'un côté un petit tiers de la superficie du pays rassemble la majorité de la population, les hauts lieux historiques, les grands centres économiques : c'est l'Altiplano. De l'autre côté, le pays semble s'effilocher dans les immenses plaines orientales, faiblement peuplées et moins bien contrôlées.

La Bolivie rassemble sur un peu plus d'1 million de km² quelques 8 millions d'habitants. Si les géographes voient dans la faible densité du pays le déterminant principal de sa géographie, les Boliviens retiennent plus volontiers un autre facteur : son enclavement. Pour comprendre l'enjeu des processus de peuplement en cours à la frontière orientale, il convient de présenter tout d'abord le territoire bolivien, avant d'interroger les faits de structures qui ont pu concourir à son élaboration. Mis ainsi en perspective, les migrations internes en direction de la frontière orientale prennent tout leur sens.

Les grandes divisions naturelles de la Bolivie

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La Bolivie, pays enclavé, pays peau de chagrin

La Bolivie fait partie, avec le Paraguay, des rares pays sans mer du continent sud-américain. Pour des États nés de la primo- mondialisation [1] , la "méditerranéité", au sens littéral d'un pays situé au milieu des terres [2], est une tare difficile à supporter. Elle a des conséquences économiques indubitablement handicapantes, surtout à l'heure où le pays, à la tête de la deuxième réserve de gaz du continent, voudrait bien posséder un port pour exporter lui-même cette nouvelle richesse de son sous-sol [3]. Elle a aussi pour effet de modeler le "territoire imaginé" par la communauté bolivienne et d'entretenir une mémoire géopolitique à vif.

Pour comprendre ces deux points il faut se rappeler que la Bolivie, lorsqu'elle accède à l'indépendance en 1825, n'est pas un pays sans littoral. C'est seulement à la suite d'un processus historique de démantèlement territorial tous azimuts qu'elle se retrouve ainsi enserrée au milieu des terres. La peau de chagrin bolivienne tient en deux chiffres : celui des 2,5 millions de km² du territoire reconnu à l'indépendance et celui des quelques 1 million de km² de la superficie actuelle du pays. 53% du pays a été perdu au cours d'un premier siècle de vie indépendante agitée. La perte du littoral en 1878 au profit du Chili [4] n'est donc que la plus douloureuse d'une série de reculs frontaliers où les cinq voisins ont eu leur part. Plus inacceptable que les autres, cette perte a servi de cristallisateur à une mémoire géopolitique construite sur la double conviction que le pays est menacé dans sa survie et qu'il est invivable géographiquement. Les révoltes populaires d'octobre 2003, qui ont conduit à la fuite du président régulièrement élu un an auparavant, témoignent de la vigueur de cette mémoire. C'est pour refuser que le gaz soit exporté par le Chili, ennemi héréditaire depuis qu'il a "volé la mer bolivienne", que les Boliviens sont descendus dans la rue.

L'enclavement a aussi été une donnée de base qui a permis à tout un peuple de façonner son territoire imaginé, unique référence commune d'une société bolivienne divisée par biens des lignes de fractures (culturelles, sociales et régionales). Ce territoire est centré sur les Andes. Là se trouve le macizo boliviano [5] , le massif andin et bolivien. C'est l'Altiplano, cœur de la Bolivie, fondement de son identité et de l'image qu'il propose de lui à l'étranger. On sait bien en France que la Bolivie est le pays des lamas et des paysans en ponchos anachroniques.

Le blason national bolivien

La prégnance de l'Altiplano dans la construction de l'identité nationale se traduit dans la conception de l'écusson national, si important en Bolivie qu'il figure au centre de la plupart des drapeaux du pays et en en-têtes de tous les documents officiels. Les symboles nationaux retenus sont tous des symboles altiplanesques : la montagne d'argent de Potosi, l'alpaga, la branche de blé, si peu tropicale et la hache inca. Le soleil qui se lève sur ce paysage andin est celui qui brille dans le ciel pur des montagnes andines. Seule concession à la Bolivie tropicale, l'arbre à pain. Cependant, dans l'esprit des concepteurs, il devait symboliser “la richesse de l'État dans le règne végétal" plus que l'Oriente. Enfin le condor plane au dessus de ce stéréotype de paysage andin. L'animal emblématique de la Bolivie, n'est pourtant pas un monopole bolivien puisqu'on le retrouve sur l'écusson de trois autres pays : le Chili, l'Équateur et la Colombie.

Le noyau historique ancien, contrôlé par la société andine bien avant l'arrivée des Espagnols, est le berceau de la Bolivie. Dans la description qu'en font les auteurs boliviens, il prend aussi les traits d'une forteresse imprenable, seule capable d'assurer la survie du pays. Au-delà de ce premier cercle, délimité par une frontière interne immatérielle, se trouve, selon la terminologie bolivienne, les "terres d'agrégations". Pendant longtemps on n'a vu en elles que de simples zones d'amortissements aux invasions. Peu peuplées, mal reliées au reste du pays, les immenses plaines de l'Est ne faisaient pas partie du territoire national réellement approprié.

À force de les regarder depuis la forteresse andine, sans pouvoir les occuper et se les approprier, on a fini par les remplir de rêves. Au pied des Andes commence l'Eldorado. Là-bas, protégé par une épaisse couche de méconnaissance, la société bolivienne a logé ses rêves d'un avenir meilleur. La nature luxuriante des plaines tropicales, l'ouverture sur les grands bassins hydrographiques du continent, l'Amazone et le Paraguay, ont joué un rôle dans la construction d'une telle représentation. Mais c'est l'impression que les terres de l'Est étaient vides qui a été fondamentale. Selon une conception nord-américaine de la frontière, on imaginait facilement faire avancer sur cet ensemble atone le rouleau compresseur de la civilisation. On pourrait y construire une nouvelle Bolivie, plus blanche, plus riche, ayant laissé derrière elle, dans les Andes, ses problèmes multiséculaires de pauvreté rurale, d'inégalités foncières et "d'atavisme indien" [6].

Le territoire bolivien imaginé a donc longtemps été conçu de façon bipolaire : d'un côté la forteresse défensive et depuis longtemps occupée des Andes, de l'autre les immenses espaces orientaux appropriés de manière symbolique, tout en étant très faiblement mis en valeur.

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Le territoire imaginé de la Bolivie, mazico boliviano et terres d'agrégation

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La Bolivie, un pays de faible densité incapable d'occuper ses périphéries

Retournons au point de vue du géographe pour tenter d'analyser cette construction symbolique du territoire. Car, cet imaginaire ne répond pas seulement à des angoisses collectives de disparition et d'encerclement. Il donne sens à un mode d'occupation territoriale déterminé par des facteurs structurels contre lesquels les Boliviens se trouvaient fort démunis.

Le premier d'entre eux tient à la faible densité du pays. Avec quelques 8 habitants par kilomètre carré la Bolivie donne l'impression de nager dans des habits territoriaux trop grands pour elle. Il faut dire qu'elle ne fut pas, au contraire de ses voisins, un pays d'immigration au XIXe et au XXe siècle, au grand dam des élites dirigeantes qui tentèrent en vain d'attirer les étrangers européens.

L'impression de sous-peuplement est d'autant plus accusée que la répartition de la population est fort inégale. L'Altiplano assez densément occupé, surtout le long de l'axe central qui joint les trois principales villes du pays (La Paz, Cochabamba, Santa Cruz), laisse place à l'Est à des espaces nettement moins peuplés. Les amputations territoriales subies par la Bolivie trouvent leur explication dans cette carte, qui montre, aujourd'hui encore, des périphéries faiblement "bolivianisées".

La répartition de la population en Bolivie

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Frontière interne, frontière externe et colonisation

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À ce facteur démographique s'ajoute la faiblesse de l'État bolivien. Pour prendre possession de ces terres, il faudrait pouvoir compter sur un appareil d'État efficace, capable d'organiser et d'accompagner de vastes mouvements de migration en direction des frontières intérieures du pays – comme ce fut le cas dans nombre d'autres pays. Malgré un discours volontariste, l'État bolivien fut incapable de le faire. Les seuls programmes de colonisation semi-dirigés s'établiront aux pieds des Andes, loin des espaces orientaux qui restent vides.

Le résultat de ce double processus est que la région orientale a vécu longtemps sur un mode paradoxal son intégration au pays. Marge au temps suspendu, son incorporation effective semblait impossible, tandis que peu à peu elle s'imposait dans l'imaginaire national comme la meilleure partie du pays et sa réserve d'avenir.

L'arrimage récent de la frontière de l'Est

À partir de 1985, cette construction symbolique commence à être remise en cause par une politique volontariste d'aménagement du territoire. Pour la première fois dans l'histoire de la Bolivie, le discours rémanent sur la conquête de l'Est semble devoir trouver quelques échos dans la réalité de l'organisation territoriale.

Déjà, quelques 30 ans auparavant, l'achèvement de la première route nationale avait montré à quel point les infrastructures de communication pouvaient être un levier capable de faire reculer la frontière interne. En 1954, la route La Paz – Cochabamba – Santa Cruz, allait déclencher un mouvement de fond de migrations internes en direction du piémont andin, et bouleverser pour toujours la géographie du pays. La capitale orientale, Santa Cruz, qui ne disposait que de 43 000 habitants en 1950, est aujourd'hui la deuxième ville du pays, avec un million d'habitants.

Cet exemple était suffisant pour convaincre les dirigeants boliviens de l'importance des routes dans leur projet de grand chambardement du territoire et leur volonté de s'approprier les marches de l'Est. Pour cela, encore fallait-il accepter d'abandonner un système spatial fondé sur la trilogie mines – altiplano – chemin de fer (où les premières pourvoyaient en matières premières d'exportation, l'Altiplano fournissant les mineurs pour les exploiter, et le rail servant de "drains miniers" en direction du Pacifique.) Il avait fonctionné cahin-caha en assurant à la Bolivie des revenus maigres et mal partagés. À partir de 1985, la Nouvelle politique économique [7], l'arrivée de prêts étrangers et l'abandon définitif du tout chemin de fer, motivé par la fin du cycle de l'étain, font entrer la Bolivie dans une nouvelle ère d'aménagement territorial.

En 1992, la première route terrestre arrive à Cobija, la capitale frontalière du département septentrional du pays. Quelques années auparavant c'est la route d'accès à Guayaramerín, ville frontalière de l'Est, qui est assurée. Enfin, en 2002, les travaux de construction du futur corridor inter-océanique commencent. Ils permettront un jour de rallier la frontière sud-est, depuis Santa Cruz.

L'amélioration du réseau routier : une lente conquête de l'Oriente


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Rien ne fut spectaculaire cependant dans ce progressif arrimage des marges du pays. Les nouveaux axes de communications sont encore des liens ténus, et traverser les plaines hydromorphes de l'Est reste une aventure qui prend plusieurs jours.

Ces villes frontalières, qui n'étaient reliées auparavant que par la voie aérienne, ont même vu la distance-temps qui les sépare du centre du pays s'allonger incroyablement. Il fallait quelques heures en avion pour les atteindre, il faut aujourd'hui compter sur plusieurs jours. Dans le même temps, la distance-coût a été réduite dans des proportions aussi spectaculaires.

Camion embourbé

Avril 1999. Sur la route en direction de Guayaramerín, 30 heures de route après Rurrenabaque, aux pieds des Andes, un camion est embourbé. De longues heures de travail attendent le camionneur et son aide pour tenter de le dégager. Elles achèveront de les convaincre que les routes en direction de la frontière ne sont pas encore des axes de circulation sans risque, surtout lorsqu'on les emprunte à la fin de la saison des pluies.

Photographie M. Moisy

Bus collectif à San Matías

Le long de l'avenue principale de San Matías, bourgade bolivienne de 4 000 habitants, frontalière du Mato Grosso, quelques bus sont arrivés le matin même de Santa Cruz de la Sierra, 765 kilomètres plus à l'ouest par la route. Le nombre des bus collectifs qui la desservent, plus important d'année en année, témoigne d'un changement profond intervenu dans cette petite ville, jadis déconnectée du reste du pays.

Photographie : Laetitia Perrier Bruslé, septembre 2004

Cette réduction de la distance-coût a permis non seulement l'arrivée des migrants venus des Andes, mais aussi le développement de nouvelles activités commerciales dans la région. Elles résident dans la vente de produits non déclarés acheminés depuis les zones franches du Pacifique, et tout particulièrement d'Iquique au Chili. Il s'agit en général de petit électroménager, de jeux, de bijoux de pacotilles ou de cosmétiques fabriqués en Chine. On trouve aussi des vêtements réalisés dans les ateliers de confection des grandes villes du Pérou ou de Bolivie. Tous ces produits trouveront preneur auprès du chaland brésilien. Cette activité est conditionnée par l'existence de routes reliant les Andes et le Pacifique à la frontière du Brésil. Elle est fortement volatile et ces à-coups relèvent d'un autre facteur : le différentiel monétaire. Que le real, la monnaie brésilienne, soit haut, comme en 1994-1995, et les Brésiliens bénéficient d'un fort pouvoir d'achat sur la bande frontalière de la Bolivie.

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La bolivianisation d'une frontière oubliée, retour au territoire

Le développement de cette activité commerciale d'un genre nouveau, sur une frontière qui n'avait jadis survécu que grâce à la présence du grand voisin, devait changer un peu son statut au sein du territoire bolivien.

Migration en direction de la frontière

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La migration des Andins, initiée quelques années auparavant, est tout à fait spectaculaire sur la frontière. Certaines petites villes connaissent aujourd'hui une véritable explosion démographique, dans la dernière période intercensitaire, entre 1992 et 2001. À Cobija, il y a un chiffre que tout le monde répète, c'est celui des 7% de croissance démographique annuelle de la ville. Il donne la mesure de cette success story frontalière. Ailleurs des villages ont été fondés il y a une vingtaine d'années. Ce sont aujourd'hui des bourgs importants, qui vivent du commerce avec les Brésiliens, tout en développant quelques activités agricoles, car les commerçants andins sont pour la plupart d'anciens agriculteurs.

Le village de Montevideo à la frontière de l'Acre est un exemple de ces villages surgis ex-nihilo en quelques décennies. Sur les rives hydromorphes du rio Abuná, ces paysans arrivés du sud des Andes (Tarija) ou de La Paz, à la fin des années 80, ont construit un village palafitte. Pour des Andins peu habitués au milieu amazonien, c'est déjà une démonstration superbe de leur capacité d'adaptation. Elle ne va pas plus loin. Car, ces migrants, porteur d'une identité bolivienne forte, parce que originaires du noyau national historique, ne laissent pas de prise au modèle culturel brésilien jadis hégémonique dans la zone. On avait pris l'habitude là-bas, à force de vivre écartelé entre la mère nourricière brésilienne et la mère patrie bolivienne si lointaine, de se brésilianiser. On parlait le "portugnol" dans les rues, on ne disposait que des médias brésiliens, on regardait tous les jours avec envie les signes de prospérité de cette société brésilienne. Tout a changé avec les migrants. La première chose qu'ils ont faite, peu après la fondation de Montevideo, fut de construire une école. "Parce que c'est sûr, l'avenir de leurs enfants est dans leur pays, la Bolivie, pas au Brésil". De la municipalité brésilienne en face, ils n'utilisent que les services de santé et les routes qui permettent de rejoindre, en longeant la frontière bolivienne côté Brésil, la capitale du département.

Le village de Montevideo vu depuis la rive brésilienne (avril 2004)

Sur le premier plan de la photo, l'affiche accueillant les visiteurs montre bien la double caractéristique de ce village, non encore reconnu comme municipe par l'État bolivien. C'est un village de commerçants qui attend le visiteur pour vendre des objets, mais c'est également un village farouchement bolivien, comme le montre le drapeau du pays dans le coin de l'affiche. La deuxième photo, prise depuis la rive brésilienne du fleuve, donne une idée des difficultés qu'ont dû endurer des paysans andins, peu habitués au milieu amazonien, pour construire leur habitat. S'installer sur ces rives hydromorphes était pourtant la seule condition pour commercer avec les Brésiliens. Il fallait être le plus proche du Brésil, tout en restant en Bolivie, car les Brésiliens n'étaient pas prêts à s'avancer de quelques kilomètres à l'intérieur de ce pays mal famé à leurs yeux.

Photographies Laetitia Perrier Bruslé, avril 2004

La migration des Andins a donc permis de réaliser, dans le cadre d'un mouvement de migration spontanée, le rêve des militaires et des géopoliticiens boliviens : faire de la frontière orientale dépeuplée, une frontière vive, qui oppose aux supposées menaces d'invasions brésiliennes, la force de tout un peuple de migrants acquis à la cause bolivienne et à la défense de son territoire.

Juillet 2004 à Bolpebra

L'entrée dans le village de Bolpebra

À la trifrontière entre la Bolivie, le Brésil et le Pérou, se trouvent deux villes, brésilienne et péruvienne, et une petite communauté bolivienne. Ces trois ensembles sont séparés par deux rivières frontalières. S'il existe un pont pour aller d'Assies Brasil (Brésil) à Iñapari (Pérou), il n'en existe pas pour rejoindre la communauté bolivienne de quelques 40 familles. On traverse donc le rio Acre à pied, lorsque le niveau du fleuve est bas en remontant son pantalon, ou en barque. Arrivé de l'autre côté, c'est une carte de la Bolivie et un drapeau qui accueillent le visiteur. Pas de doute, les habitants ici aussi savent ce que Bolivie veut dire, et que son être territorial l'emporte largement sur toute autre référence commune. Derrière le drapeau se trouvent quelques petites échoppes de bois. Mais pour le commerce, un certain âge d'or, celui du real fort, est passé. Aussi ce sont les enfants qui attendent l'éventuel client.

Depuis que l'on voit dans les villes brésiliennes de la frontière, des groupes de danse se mettre au tinku, la danse typique de l'Altiplano bolivien, on se dit que le pari a été gagné au-delà de toute espérance. Il reste alors à faire évoluer le "territoire imaginé" par la communauté nationale. Les migrants venus des Andes pour peupler les frontières ne supporteront pas longtemps de vivre dans ce qui est encore considéré par le reste de la population comme des terres sauvages "du bout de la Bolivie".

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Notes

[1] Je fais référence à celle initiée avec la découverte de l'Amérique et le début du transfert des richesses des colonies en direction de la métropole au XVIème siècle. Voir Deler, Jean-Paul (2000)

[2] Je reprends ici une expression bolivienne consacrée pour décrire le pays.

[3] La Bolivie possède 53 TCF de réserve de gaz prouvée. Voir Perrier Bruslé, Laetitia et Roux, Jean-Claude (2003)

[4] Reconnu par les deux pays en 1904 dans le cadre d'un traité bilatéral, que le gouvernement bolivien voudrait bien aujourd'hui renégocier.

[5] L'expression est de Jaime Mendoza, un des plus grands théoriciens du territoire bolivien et de ses maux. Voir Mendoza, Jaime (1935).

[6] Nous ne reprenons pas l'expression à notre compte. Mais il se trouve que la Bolivie est le pays le plus indigène de l'Amérique du Sud. Cette caractéristique a souvent été utilisée par les élites du pays pour expliquer son sous-développement.

[7] L'année 1985 marque un tournant politique et économique pour la Bolivie. Politiquement, la stabilité démocratique est acquise à partir de cette date. C'est la fin des coups d'État à répétition qui ont fait la triste réputation du pays. Economiquement, Victor Paz Estenssoro lance la même année une nouvelle politique économique, pour tenter de sortir le pays d'une des plus graves crises économiques qu'il ait connue (inflation de 8170% en 1985, taux de chômage qui passe, la même année de 6% à 20% de la population active etc.) La crise tenait à des facteurs externes (crises russe et asiatique qui entraîne une chute des cours des matières premières, crise brésilienne), mais aussi à des facteurs structurels nationaux, entre autres, le déséquilibre profond du budget public responsable d'une inflation galopante.

Références bibliographiques

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Pour compléter, une sélection de ressources en ligne

 

Texte, réalisations cartographiques et photographies de Laetitia Perrier - Bruslé,

doctorante - Université de Paris I - Laboratoire Equateur/Prodig, membre de l'UMR IRD/ENS TEMPS (Territoires et mondialisation dans les pays du Sud),

pour Géoconfluences le 15/11/2004

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Mise à jour :   29-11-2004

 


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