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Bidonville, quartier informel, quartier d'habitat spontané, habitat précaire, autoconstruction

Publié le 17/09/2021

Un bidonville désigne, dans le langage courant, un quartier d'habitat autoconstruit avec des matériaux de récupération. En géographie, on utilise davantage les expressions de « quartier informel » ou de « quartiers d'habitat informel », pour insister sur l'installation de leurs habitant en dehors d'un cadre juridique formalisé (voir >>> informalité), ou bien celle de « quartier d'habitat spontané » pour insister sur l'autoconstruction sans plan préalable. Martin Luther Djatcheu (2018) préfère le terme plus englobant d' « habitat précaire ». Quel que soit leur nom, ces quartiers ont en commun un ensemble d'habitations précaires, dans des secteurs non viabilisés, parfois faites de matériaux de récupération et dont les habitants ne possèdent pas de titre de propriété. Il résulte d'une occupation de fait, illégale, du sol dans les secteurs des périmètres urbains ou périurbains considérés comme inutilisables, dangereux, plus ou moins insalubres (fortes pentes, zone inondable et lagunes, décharge, etc.) et laissés vacants. L'apparition de ces constructions est souvent rapide, parfois en une nuit, afin de prendre de court les autorités. La version nomade du bidonville est le camp de tentes correspondant souvent à la migration précipitée d'un grand nombre de personnes, notamment en cas de conflits. 

Alimentés par les flux de populations rurales, souvent pauvres, attirées vers les grandes villes mais ne pouvant s'y loger décemment, ces quartiers sont liés aux migrations rurales (et plus généralement insérés dans les circuits migratoires villes-campagnes, ce qui implique également des retours). Dans les pays riches, les bidonvilles ont été synonymes de forte croissance urbaine à une époque de croissance économique rapide reposant sur une main d'œuvre abondante et mal rémunéré (en France pendant les Trente glorieuses par exemple). Aujourd'hui, il sont le symptôme d'une crise du logement et d'une difficile insertion des populations les plus précaires dans la ville.

À l'origine, le mot bidonville désignait les « maisons en bidons » bricolées par les migrants des campagnes vers les villes marocaines. Comme son équivalent anglais, le slum, utilisé par les instances internationales, le terme n'est pas exempt de misérabilisme. Or il masque une réalité très diversifiée. En effet, les quartiers réalisés en matériaux de récupération donnent souvent naissance, à plus ou moins long terme, à des quartiers consolidés aux habitations construites en dur et en voie progressive de reconnaissance et de viabilisation, avec toute une gradation de formes intermédiaires. De plus, autoconstruction ne veut pas toujours dire matériaux de récupération : les matériaux de construction sont parfois achetés, notamment grâce au système de la tontineDans certaines villes, les quartiers autoconstruits sont la norme, ou au moins une forme de norme, et au fil des générations leurs habitants ont pu consolider leur position socio-économique. Lorsqu'il n'a pas été détruit au bulldozer par les autorités municipales ou d'échelon supérieur, le devenir habituel d'un quartier autoconstruit est d'être légalisé, raccordé aux réseaux, et finalement inséré dans la trame urbaine. Beaucoup de quartiers aujourd'hui patrimonialisés des faubourgs historiques des vieilles villes européennes furent, à l'origine, des quartiers d'habitat spontané. On doit aussi tenir compte d'un habitat informel et nomade, sous tente parfois, de sans-abris en nombre croissants dans certaines grandes agglomérations.

Les termes pour désigner ces quartiers dans différentes langues sont innombrables et ils peuvent désigner des réalités très différentes en fonction des situations urbaines locales.

Quelques-uns des nombreux mots désignant les quartiers d'habitat spontané
 
Dénomination Langue Sens du mot en français Aire géographique
barriada espagnol quartier Pérou
barrio espagnol quartier Venezuela, Panama, République dominicaine
barrio de ranchos espagnol quartier de fermes Venezuela
favela portugais (1) Brésil
gecekondu turc construit la nuit Turquie
invasión espagnol invasion Colombie, Équateur
kampung javanais quartier Indonésie
pueblo jóven espagnol village jeune Pérou
shanty town anglais (2) anglophonie
slum anglais pièce, taudis anglophonie
shammasa arabe ? ? Soudan
township anglais parcelle cadastrale Afrique du Sud
umjondolo zoulou ? Afrique australe
villa miseria espagnol ville de misère Argentine

(1) La favela est un arbre caractéristique du sertão et le nom d'une colline proche de Rio de Janeiro où étaient cantonnés des soldats au XIXe siècle (De Almeida, 1994). 
(2) Viendrait du québécois "chantier", ou de l'irlandais "sean ti" (vieille maison).

 

En raison de leur nature même, les statistiques sur ces habitats précaires sont approximatives. Cependant, selon l'ONU-Habitat (UN Habitat), une quinzaine de villes auraient au moins un million d'habitants en bidonvilles (4 millions à Mexico, 2,2 à Caracas). 1 milliard d'individus environ vivraient aujourd'hui dans des bidonvilles ou dans des taudis, un chiffre en augmentation absolue, mais en diminution en part de la population mondiale, entre 1990 et 2010.

(Coll.) dernières mises à jour (JBB) : janvier 2017, mars 2020, mai 2021, septembre 2021.


Références
Pour compléter

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