Vous êtes ici : Accueil Glossaire Cartepostalisation

Cartepostalisation

Publié le 18/12/2019
Auteur(s) : Serge Bourgeat, agrégé et docteur en géographie - académie de Grenoble
Catherine Bras, professeure agrégée de géographie - académie de Grenoble

La cartepostalisation est un néologisme qui désigne en géographie du tourisme le fait que de nombreux sites soient transformés, consciemment ou inconsciemment, afin d’évoquer des paysages de cartes postales, et donc une image standardisée, ce qui a tendance à gommer leurs spécificités pour les faire ressembler à d’autres lieux référents.

Le phénomène de cartepostalisation a été étudié en géographie du tourisme suite aux travaux de Rémy Knafou et du MIT (2002 ; 2005) avant d’être repris par plusieurs chercheurs en géographie culturelle. Ce néologisme a été créé par Jacques Derrida (1980) pour désigner le devenir de tout écrit public, indépendant des intentions de son auteur. Tout texte acquiert en effet une signification autre que celle pour laquelle il a été écrit, car il est lisible par tous et non par ses seuls destinataires initiaux, en intégralité ou de manière fragmentée. Il acquiert donc une signification différente de la volonté initiale de son auteur, d’autant plus qu’il peut ou non se greffer dans un contexte culturel très différent de celui de l’écrivant. Les lieux ont le même devenir. Créés dans un but autre par des sociétés locales, ils sont modifiés en fonction d’un contexte culturel de plus en plus mondialisé.

La notion de cartepostalisation est donc concomitante de celle d’archétype. La transformation d’un site de bord de mer, par exemple, passe souvent par la plantation de palmiers, même si ceux-ci ne sont pas adaptés au milieu local. Le but est de « tropicaliser » le lieu, pour l’assimiler à l’idée que l’on se fait d’un littoral attrayant, « dépaysant ». Ce type d’aménagement a été particulièrement mené sur les bords de la Méditerranée. Cette cartepostalisation peut être volontaire ou non. Elle est parfois sciemment proposée par les aménageurs ou des politiques ; elle est surtout inconsciente et correspond aux schémas culturels dominants qui imprègnent ces mêmes acteurs. Ce phénomène s’est accéléré dans un contexte de mondialisation culturelle. Sylvie Brunel a même pu parler de disneylandisation pour dénoncer cette standardisation effectuée dans le but d’attirer des touristes.

La cartepostalisation produit donc du territoire car elle contribue à modifier les lieux et à les rendre comparables à d’autres lieux référents : la plage tropicale et ses palmiers (tropicalisation), la station de ski et ses chalets (helvétisation), le village du « Sud » de la France et ses lavandes… Le cinéma et la télévision, et désormais Internet, ont particulièrement contribué à la diffusion de ces archétypes (Bourgeat et Bras, 2014). Mais il existe également une cartepostalisation immatérielle comme en témoignent certaines pratiques : est-il pensable de faire un séjour au ski sans manger un soir une tartiflette, même si la station n’est pas située dans les Alpes savoyardes, et alors même que ce plat n’est en rien une tradition, mais une création récente ?

Serge Bourgeat et Catherine Bras, décembre 2019

Pour compléter
  • Serge Bourgeat et Catherine Bras, « Mise en tourisme et cartepostalisation : le cas des Anses-d’Arlet (Martinique) », Géoconfluences, janvier 2020.
  • Serge Bourgeat et Catherine Bras. « Le monde de James Bond : logiques, pratiques et archétypes ». Annales de géographie, 2014/1-2 n° 695-696.
  • Sylvie Brunel. La planète disneylandisée. Chroniques d’un tour du monde. Éditions Sciences humaines. 2006.
  • Jacques Derrida, Spéculer sur Freud. La carte postale, de Socrate à Freud et au-delà. Aubier-Flammarion 1980.
  • MIT (mobilités, itinéraires, territoires), Tourismes 1. Lieux communs, Paris 7, Belin 2002. 319 pages.
  • MIT (mobilités, itinéraires, tourismes), Tourismes 2. Moments de lieux, Paris 7, Belin 2005. 349 pages.