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Extractivisme

Publié le 14/11/2017

L’extractivisme désigne un mode spécifique d’accumulation de richesses, reposant sur des « activités qui extraient d’importantes quantités de ressources naturelles qui ne sont pas transformées (ou qui le sont seulement dans une faible mesure) principalement destinées à l’export. L’extractivisme ne se limite pas seulement aux minerais ou au pétrole, il est également présent en agriculture, en sylviculture, ainsi que dans le secteur de la pêche ». (Acosta, 2013). Cette mise en ressource intensive peut alors se traduire spatialement par des logiques de front pionnier, qui déplacent les limites entre espaces « productifs » et espaces « improductifs » (Svampa, 2011). Ce concept mobilisé surtout en études critiques du développement et en approches critiques de l’environnement (Svampa, 2011 ; Bednik, 2015) désigne des logiques économiques prédatrices et a principalement été adopté pour l’analyse des situations socio-économiques en Amérique du Sud et plus secondairement, en Afrique.

Le terme vient du portugais « extractivismo », initialement employé pour désigner l’exploitation commerciale des produits forestiers au Brésil (Emperaire, 1996). Il désigne à l’origine un mode d’accumulation capitalistique qui s’est structuré avec les empires coloniaux, et qui reposait sur l’export massif de matières premières vers les métropoles. La variété des cas, et notamment les variations spatiales et temporelles des contextes politiques a permis d’en préciser les usages : de l’extractivisme au sens strict se distingue alors le néo-extractivisme, qui désigne une situation où l’État prend en charge une partie des orientations économiques – à travers les nationalisations des mines par exemple – en pensant les industries extractives comme une clé pour le développement (Gudynas, 2009 ; Acosta, 2013). Mais pour Gudynas et C. Acosta, néo-extractivisme et extractivisme ne sont que les « deux faces de la même malédiction » (Accosta, 2013, p. 61) : si le néo-extractivisme est le propre de politiques menées par des gouvernements socialistes souhaitant une meilleure redistribution des richesses, la structure économique du pays n’est pas pensée de manière différente et elle reste totalement dépendante des marchés internationaux. Par conséquent, les économies concernées restent en position de faiblesse et de dépendance.

L’extractivisme est souvent identifié dans des régions caractérisées par la pauvreté et les fortes inégalités sociales, qui cohabitent avec des sols et sous-sols riches en matériaux exploitables. Pour certains auteurs, la « malédiction des ressources » (Acosta, 2013 ; Gilberthorpe, Hilson, 2014) est visible lorsque l’exploitation des ressources naturelles ne se traduit pas nécessairement en amélioration du bien-être des populations d’une région donnée et l’effet de percolation attendu par l’implantation d’une exploitation (minière, pétrolière, forestière …) n’a pas lieu.

Marine Duc, novembre 2017

Source de cette définition

Marine Duc, « L’extractivisme sans extraction ? Au Groenland, des politiques de développement territorial entre volontarisme minier et dépossessions », Géoconfluences, novembre 2017.

Références