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Marginalité

Publié le 12/07/2016

Les historiens comptent parmi les premiers à avoir introduit dans le champ des sciences sociales la notion de marginalité sociale. Ainsi, Bronislaw Geremek s’intéresse à la figure du vagabond dans son analyse de la pauvreté dans les cités médiévales. Toutefois, c’est l’École de Chicago qui suscite de nombreuses recherches sur les individus marginaux (l’étranger, le hobo) puis sur les groupes en marge de la ville. En minorité, coupés de leur communauté d’origine, ils ne sont pas reconnus comme membres de la société urbaine. Ils peuvent être perçus comme transgressant les normes dominantes. Parler de marginalité revient à appréhender sous l’angle moral diverses conduites en lien avec les notions de déviance et d’inadaptation. 

C’est dans le contexte de la première décennie de crise économique que la notion de marginalité se déploie en France. Plutôt que de parler d’un état (être en marge de la société salariale ou en être exclu pour employer un terme très présent dans la littérature scientifique dans les années 1990, parfois en substitution à celui de marginal), plusieurs sociologues soulignent l’importance d’analyser les processus conduisant à ces situations : il est davantage question de marginalisation ou encore de désaffiliation (Castel, 1995). Tendant à se superposer à celle de la pauvreté dans les années 1980 et plus encore 1990, la problématique de la marginalité conduit à analyser les inégalités sociales en lien avec l’étude des rapports de domination : quels sont les enjeux sociaux et politiques autour des catégorisations et placements des individus et groupes au sein d’une société donnée ?

En géographie, si la notion de marge existe d’abord dans le champ de la géographie physique (marge continentale, glaciaire…), celle de marginalité marque les débuts de la géographie sociale. L’enjeu est de discuter de la place de l’espace dans une approche de la marginalité. Partant de la notion de marginalité sociale, il est question de comprendre comment la référence à l’espace exprime, redouble ou réduit les différenciations sociales et comment sont produits à la fois une marge et des catégories de marginaux. On relèvera que l'étude de la marginalité ne se résume pas à discuter de la pauvreté mais peut aussi conduire à des travaux sur les élites et diverses formes spatiales telles les communautés fermées.

Outre les approches sociales mais aussi culturelles de la géographie, les notions de marge et de marginalité se rencontrent à d’autres échelles et dans d’autres approches de la géographie. En particulier dans le contexte de la globalisation, il s’agit pour les géographes d’appréhender les nouveaux discours sur la division du monde, ses possibles marges économiques et politiques (en lien avec les frontières, les effets de seuils) mais aussi les flux qui le traversent et participent de sa perpétuelle reconfiguration. Dans cette perspective, à une autre échelle, s’inspirant à nouveau du binôme centre-périphérie, des géographes étudient par exemple les marges rurales et les transformations des espaces périurbains, soucieux d’en discuter les limites et de saisir leurs dynamiques de production , parfois en écho aux travaux sur les discontinuités et processus de différenciations spatiales chers à l’analyse spatiale.

 

Source :
Marie Morelle, "Notion à la une : marginalité", 2016.


Mise à jour : juillet 2016

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