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Puissance

Publié le 11/04/2013

Gérard Dorel définit ainsi ce qu'est une puissance : « un État qui dans le monde se distingue non seulement par son poids territorial, démographique et économique mais aussi par les moyens dont il dispose pour s'assurer d'une influence durable sur toute la planète en termes économiques, culturels et diplomatiques ».
On peut donc identifier les attributs, les leviers de la puissance puis évaluer la façon dont les États peuvent en disposer. Ainsi :
- le poids territorial peut procurer ressources de diverses natures, profondeur stratégique mais il est des États de très grande superficie qui n'en retirent guère de puissance et l'inverse est également vrai : comparons la République démocratique du Congo et Singapour par exemple,
- le poids démographique peut être un atout ou un fardeau : atout lorsque les dynamiques politiques, socio-économiques engagées sont favorables à la création des biens matériels ou immatériels, à l'innovation, à l'intégration de tous ; fardeau dans les situations inverses, les mouvements migratoires traduisant, lorsqu'ils sont possibles, ces différences de condition,
- le poids économique confère indéniablement de la puissance en se traduisant par des capacités d'innovation et d'investissement ; de pénétration voire de domination des autres marchés ; du contrôle des marchés de capitaux, de devises, de matières premières, etc.,
- la puissance s'évalue aussi en termes d'influence culturelle (ou soft power): rôle de la langue, diffusion des biens culturels à l'échelle régionale ou mondiale, influence sur les modes de diffusion de l'information, les réseaux, rôle d'impulsion de pratiques sociales, etc.
- enfin, les capacités diplomatique et militaire achèvent de constituer la puissance en super-puissance.
Le poids, le rang et le rôle d'une puissance découlent aussi du poids qu'exercent certains centres d'impulsion (grandes métropoles, centres régionaux de production). Il convient donc d'étudier les lieux où s'exerce cette puissance : c'est la permanence de certains lieux (concept géopolitique). Il faut absolument allier l'histoire et la géographie, qui doivent se féconder mutuellement.

Les États jouissent de manière très inégale des attributs de la puissance. Compte tenu de leur histoire, de leur niveau actuel de développement, ils peuvent n'en disposer que de manière incomplète : par exemple, les États européens qui, réunis au sein de l'UE ou de la zone euro, voient leurs capacités d'autonomie budgétaire, diplomatique et militaire limitées. Certaines catégories d'États ne disposent que de peu de moyens et se trouvent dans des positions de dépendance à l'égard des acteurs plus puissants.

En ce début du XXIe siècle, seuls les États-Unis sont en position de disposer réellement de la totalité des attributs de la puissance, c'est pourquoi Hubert Védrine a avancé le concept de l'hyperpuissance américaine. Mais la croissance rapide d'États dits « émergents » pourrait redistribuer certaines cartes de la puissance au cours du siècle, laissant se profiler un monde qui deviendrait réellement multipolaire dont la gouvernance devra être repensée.

Mais la notion de « puissance nationale » est bousculée par la mondialisation contemporaine. En effet, les rapports entre États sont caractérisés par l'interdépendance qui rend complexe la notion de domination, comme le montre l'exemple de la puissance énergétique russe. La puissance des États est également affaiblie par le rôle de premier plan des acteurs transnationaux, comme les marchés financiers, les firmes, les ONG, les réseaux terroristes ?

Pour compléter :

 

Mise à jour : juillet 2015