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Sauvage

Publié le 25/11/2019
Auteur(s) : Jean-Benoît Bouron, agrégé de géographie, responsable éditorial de Géoconfluences - DGESCO, Université de Lyon, ENS de Lyon.
Samuel Depraz, maître de conférences en géographie-aménagement - Université de Lyon, Université Jean Moulin Lyon 3.

Le terme de « sauvage » désigne ce qui relève de la nature non domestiquée, en fonction des représentations de celui ou celle qui l’emploie. Il n'y a de sauvagerie que par méconnaissance, car il n'existe plus aujourd'hui, au plan écologique, de nature vraiment « sauvage », c'est-à-dire totalement en-dehors de l'influence ou du contrôle humain.

Les grandes étendues forestières, d'où provient le mot sauvage (silvaticus, de la forêt, en latin) sont pour l'essentiel des forêts plantées et cultivées, en Europe ; et même en contexte tropical, on parle de forêts « subnaturelles » ou « quasi-primaires ». Ceci n'empêche nullement ces espaces d'être considérés comme « sauvages » dans l'imaginaire occidental des contes et légendes, en tant que lieu méconnu et redouté, aux marges de l'espace de vie des hommes. L'enfrichement, résultant de l'abandon de terres agricoles difficiles, est encore aujourd'hui fortement combattu en tant que marqueur de l'ensauvagement et de la fermeture des paysages.

Si le terme servait autrefois à désigner les populations autochtones extra-européennes, les sciences sociales ont progressivement réduit l'emploi du terme à la description d'une nature indomptée. Pourtant, le débat sur la distinction entre nature et culture a mis au jour l’européocentrisme de telles représentations en vertu desquelles une espèce est soit sauvage soit domestique (Simon, 2007), ainsi que le mettent en scène les parcs zoologiques (Estebanez, 2010). Il existe en fait une grande variété de situations intermédiaires, allant des "nouveaux animaux de compagnie", peu domestiqués, jusqu’au marronnage : ce terme qui désignait les esclaves fugitifs dans l’histoire coloniale est utilisé aujourd’hui pour une espèce animale ou végétale anciennement domestique qui prospère sans intervention humaine. D'une manière plus générale, on parle de féralité et de nature férale pour désigner tout retour d'un écosystème anthropisé vers un état hybride ou non-domestique.

Si le mot « sauvage » contient ainsi surtout des connotations négatives (ce qui n'est pas maîtrisé, peu sociable voire illégal), et renvoie souvent à un conflit d'acceptation des risques liés aux grands prédateurs (pour l'élevage), à la friche (feux de forêt), il acquiert à l'inverse un sens positif lorsqu'il désigne un espace encore « préservé », comme dans le cas de la wilderness américaine. Pendant longtemps, la prétendue sauvagerie fut surtout un prétexte à l’appropriation des espaces qu’il convenait de civiliser. Aujourd’hui, elle peut être un argument touristique. Dans tous les cas, elle dit surtout la méconnaissance de ce qui est décrit de la part de la personne qui s’exprime. Il est préférable de l'éviter dans une description scientifique et de laisser à la littérature et à la poésie son pouvoir évocateur.

 

(JBB, SD) novembre 2019

Références
  • Brunet Roger, Ferras Robert, Théry Hervé (dir.), Les mots de la géographie. Dictionnaire critique. Reclus, La Documentation française. 1993 (1e éd. 1992).
  • Simon Laurent, « Sauvage, domestique », in Yvette Veyret (dir.), Dictionnaire de l’environnement, Armand Colin, 2007 pour la 1ère éd.
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