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Transition territoriale

Publié le 01/06/2021
Auteur(s) : Alexis Gonin, maître de conférences en géographie - Université Paris Nanterre

La transition territoriale est le changement systémique à l’échelle d’un territoire, qui modifie en profondeur les modes d’habiter, les systèmes productifs, et les relations au milieu d’un collectif d’acteurs engagés dans un projet commun.

L’expression « transition territoriale » est encore peu utilisée dans la littérature géographique. On y retrouve plus souvent celle de « territoire en transition » pour intituler des études de cas sur des territoires pionniers en matière de transition écologique. La déclinaison « villes en transition », issue du mouvement fondé par Rob Hopkins est la plus fréquente (Coudroy de Lille et al., 2017), tandis que son pendant pour les territoires ruraux n’existe pas encore. Les géographes utilisent plutôt le terme de transition dans une acception spatiale, afin d’analyser de façon dynamique les recompositions des territoires. Ces recompositions peuvent associer différentes formes de transitions : urbaine, démographique, agro-alimentaire, paysagère, énergétique, politique… (voir l’article transition). L’idée d’associer la notion de territoire à celle de transition est pourvoyeuse d’au moins deux sens possibles : le territoire comme cadre transversal d’une transition systémique ; le territoire comme réseau d’acteurs mobilisés autour d’un projet commun et concret de transition.

Premier croisement. La transition est un changement qui dépasse un cadre sectoriel. La transition écologique ne se cantonne pas aux politiques environnementales. Or, le territoire, au sens large d’espace délimité, socialisé, approprié, permet une approche transversale qui englobe les changements systémiques, multisectoriels. C’est le sens donné par exemple dans la dynamique de « territorialisation » des politiques publiques qui vise à intégrer les politiques économiques, sociales, environnementales… en les menant à l’échelle locale, dans un cadre territorial. La transition est un changement global, difficile à appréhender : en lui donnant un cadre et une échelle, le territoire donne une prise aux acteurs qui veulent engager une transition.

Deuxième croisement. Le territoire est un espace approprié au sens politique. Dans une perspective moderne, le territoire est approprié par un acteur, l’État westphalien. Dans une perspective plus contemporaine, des acteurs en réseau et en interrelation s’approprient un territoire en même temps qu’ils le co-construisent. Appliquer la transition au territoire oblige à s’intéresser à la gouvernance, à la mise en œuvre politique de la transition.  Quand un État pilote une transition, on se situe plutôt dans une démarche descendante : une politique environnementale, conçue et planifiée à l’échelle nationale, reçoit d’éventuelles déclinaisons locales, auxquelles les acteurs des territoires locaux peuvent être (ou non) associés. Dans une démarche plus participative, la transition est le fruit de la mobilisation des acteurs qui font territoire. Les notions de ressources territoriales (Pecqueur, 2009) ou de communs (voir Festa et al., 2018) permettent de comprendre ces dynamiques locales.

Les territoires, dans un sens plein, apparaissent ainsi comme la matrice de transition possibles. Ils offrent une prise transversale sur des changements globaux complexes ; ils sont mobilisateurs et permettent à des collectifs d’acteurs d’émerger dans la reconnaissance de problèmes communs, qui les concernent, et dans la tentative de résolution de ces problèmes à leur échelle.

Alexis Gonin, mai 2021.


Références citées

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