Dossier : Les mondes arctiques, espaces, milieux, sociétés

Introduction

Publié le 21/06/2019
Auteur(s) : Jean-Benoît Bouron, Agrégé de géographie, responsable éditorial de Géoconfluences - Dgesco, Université de Lyon, ENS de Lyon.
Florence Nussbaum, Agrégée et docteure en géographie, responsable scientifique de Géoconfluences - ENS de Lyon, Université de Lyon

Nous avons voulu, dans le choix du titre de ce dossier « Les mondes arctiques, espaces, milieux, sociétés », qu’apparaisse le mot « monde ». Il renvoie à la fois à l’idée que l’Arctique est un « monde » avec ses paysages, ses repères, ses habitants, ses pratiques, et à son appartenance au Monde, avec une majuscule, celui qui forme l’espace d’appartenance commun à toute l’humanité, le lieu qui contient tous les autres. Le pluriel était indispensable tant les auteurs insistent sur la diversité des espaces arctiques : de l’Alaska à la Yakoutie, de l’espace vécu des Inuits aux parcours des Samis. Les trois substantifs accolés après la première virgule soulignent que notre approche est ancrée dans la géographie, le milieu étant au milieu, justement, parce qu’il occupe une place centrale dans la compréhension des contraintes qui pèsent sur les sociétés, mais aussi parce que les milieux ne viennent pas en premier, comme un déterminant : ils font le lien entre les sociétés et leurs espaces, ils sont étudiés non pour eux-mêmes mais pour ce qu’ils disent des rapports entre les sociétés et les espaces qu’elles habitent.

Deux des articles de ce dossier préexistent au dossier lui-même, celui de Farid Benhammou et Rémy Marion et celui de Marine Duc ; les autres articles sont des parutions nouvelles.

L’un des objectifs de ce dossier est de déconstruire les mythes ou les clichés qui continuent de circuler sur cet espace à la fois proche et lointain. Non, la protection de l’ours de polaire n’est pas dénuée d’arrière-pensées de la part des acteurs qui y prennent part (Farid Benhammou et Rémy Marion). L’extraction de ressources au Groenland n’est pas une manne financière qui permettrait d’aboutir à l’indépendance économique et politique de l’île (Marine Duc). L’Arctique n’est pas ce terrain de chasse sur lequel les puissances riveraines se livrent à une course pour l’appropriation des ressources sous-marines (Frédéric Lasserre). Camille Escudé-Joffres revient aussi sur l’apparente unité de l’Arctique pour souligner, au-delà de certains traits communs, les spécificités infrarégionales des espaces arctiques, ce qu'illustre parfaitement le cas de la Russie (Yvette Vaguet, à paraître). L’Arctique n’est pas non plus cette page blanche qui a attendu le regard des autres pour exister (Fabienne Jolivet et Laine Chanteloup, à paraître).

C’est seulement en prenant en compte cette complexité qu’il est possible de replacer l’Arctique dans les grands enjeux dont il est un espace d’étude privilégié : la décolonisation des mentalités et des imaginaires, les effets du changement climatique, le rapport de l’humanité aux ressources non-renouvelables dans un contexte de changement global, ou encore la capacité des puissances à préférer la coopération à la compétition.

 

Jean-Benoît BOURON
Responsable éditorial de Géoconfluences

et Florence NUSSBAUM
Responsable scientifique de Géoconfluences

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