Dossier : Les mondes arctiques, espaces, milieux, sociétés

Introduction

Publié le 21/10/2019
Auteur(s) : Jean-Benoît Bouron, agrégé de géographie, responsable éditorial de Géoconfluences - DGESCO, ENS de Lyon.
Florence Nussbaum, agrégée et docteure en géographie, responsable scientifique de Géoconfluences - ENS de Lyon
Nathalie Reveyaz, agrégée de géographie, IA-IPR d'histoire-géographie - académie de Grenoble

Nous avons voulu, dans le choix du titre de ce dossier « Les mondes arctiques, espaces, milieux, sociétés », qu’apparaisse le mot « monde ». Il renvoie à la fois à l’idée que l’Arctique est un « monde » avec ses paysages, ses repères, ses habitants, ses pratiques, et à son appartenance au Monde, avec une majuscule, celui qui forme l’espace d’appartenance commun à toute l’humanité, le lieu qui contient tous les autres. Le pluriel était indispensable tant les auteurs insistent sur la diversité des espaces arctiques : de l’Alaska à la Yakoutie, de l’espace vécu des Inuits aux parcours des Samis. Les trois substantifs accolés après la première virgule soulignent que notre approche est ancrée dans la géographie, le milieu étant au milieu, justement, parce qu’il occupe une place centrale dans la compréhension des contraintes qui pèsent sur les sociétés, mais aussi parce que les milieux ne viennent pas en premier, comme un déterminant : ils font le lien entre les sociétés et leurs espaces, ils sont étudiés non pour eux-mêmes mais pour ce qu’ils disent des rapports entre les sociétés et les espaces qu’elles habitent.

On peut aborder le dossier sous trois angles différents qui se complètent et se répondent.

Ce dossier permet de déconstruire les mythes ou les clichés qui continuent de circuler sur cet espace à la fois proche et lointain. L’Arctique n’est pas ce terrain de chasse sur lequel les puissances riveraines se livrent à une course pour l’appropriation des ressources sous-marines (Frédéric Lasserre) ; les routes arctiques ne vont pas détrôner à court termes les principales routes maritimes actuelles (Pauline Pic). L’Arctique n’est pas non plus cette page blanche qui a attendu le regard des autres pour exister (Fabienne Joliet et Laine Chanteloup).

Ce dossier permet aussi d’aborder la complexité en géographie. Tirant son existence d’une délimitation zonale et d’une caractéristique climatique, l’Arctique est territorialisé par le jeu des acteurs. Il est possible de replacer cette partie du Monde dans les grands enjeux dont elle est un espace d’étude privilégié : la décolonisation des mentalités et des imaginaires, les effets du changement climatique, le rapport de l’humanité aux ressources non-renouvelables dans un contexte de changement global, ou encore la capacité des puissances à préférer la coopération à la compétition. Outre les articles cités plus haut, le travail de Camille Escudé-Joffres questionne l’apparente unité de l’Arctique pour souligner, au-delà de certains traits communs, les spécificités infrarégionales des espaces arctiques, ce qu'illustre parfaitement le cas de la Russie étudié par Yvette Vaguet. La complexité des faits, par exemple dans le cas de la colonisation danoise du Groenland, nécessite une contextualisation, ce que permet, à travers la mémoire des Groenlandais, l’un des articles d’Andréa Poiret.

Enfin, le dossier répond à la demande des programmes scolaires qui invitent à étudier les interactions entre sociétés humaines et environnement, l’Arctique étant l’un des espaces illustrant ces interactions. En sixième, le thème 2 « habiter une espace de faible densité » porte sur l’adaptation des sociétés aux fortes contraintes naturelles. En seconde, les deux questions du thème 1 « Sociétés et environnements : des équilibres fragiles » peuvent être étudiées à partir d’une étude de cas possible « L’Arctique : fragilité et attractivité ». L’article sur la protection de l’ours polaire (Farid Benhammou et Rémy Marion) montre cette protection s’insère dans un jeu géopolitique transnational. La tension entre fragilité environnementale et attractivité économique est au cœur de l’article de Marine Duc sur les ressources minières au Groenland. L’étude de cas d’Andréa Poiret aborde la patrimonialisation d'un site glaciaire particulièrement fréquenté et inscrit sur la liste de l'Unesco.

Dans sa démarche pédagogique, le professeur croise les trois angles qui viennent d’être présentés : sa mise en œuvre du programme permet de faire le lien entre sociétés et environnement en abordant la complexité tout en veillant à déconstruire les idées reçues sur l’Arctique.

Dernière modification en février 2021.

 

Jean-Benoît BOURON
Responsable éditorial de Géoconfluences

Florence NUSSBAUM
Responsable scientifique de Géoconfluences

Nathalie REVEYAZ
IA-IPR, académie de Grenoble

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