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De villes en métropoles

Des villes en compétition : quelle place pour la culture ?

Publié le 16/09/2008
Auteur(s) : Fabien Jeannier, docteur en civilisation britannique, professeur d’anglais - lycée Aristide Briand, Gap
Sylviane Tabarly, professeure agrégée de géographie, responsable éditoriale de Géoconfluences de 2002 à 2012 - Dgesco et École normale supérieure de Lyon
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NB. Le contenu de cet article donne des informations disponibles au moment de sa publication en 2008.

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Les Villes / Capitales européennes de la culture

La manifestation annuelle "Ville européenne de la culture" fut formellement instaurée le 13 Juin 1985, suite à l'initiative de Mme Melina Mercouri, ministre grecque de la Culture, par une résolution des ministres responsables des Affaires Culturelles de l'Union européenne (UE) afin de "contribuer au rapprochement des peuples des États membres". L'événement "Ville européenne de la culture" fut renommé "Capitale européenne de la culture" en 1999. Prenant appui sur les compétences désormais attribuées à l'Union en matière culturelle et sur le Programme cadre en matière culturelle "Culture 2000", le Parlement européen et le Conseil des ministres ont donné à la manifestation le statut d'Action communautaire par la décision du 25 Mai 1999.

Les Villes européennes de la culture ont été choisies, jusqu'en 2004, sur une base intergouvernementale : les ministres de la culture réunis au sein du Conseil des ministres de l'UE sélectionnaient les villes susceptibles d'accueillir la manifestation. Depuis, les 27 États membres sont invités à l'accueillir à tour de rôle jusqu'en 2019. À titre transitoire, pour les années 2011 et 2012, la procédure de sélection est différente de celle qui s'appliquera pour 2013 et suivantes. En tout état de cause, deux villes de deux États différents seront Capitales européennes de la culture à partir de 2011. À titre exceptionnel, pour son caractère symbolique, l'an 2000 avait vu la désignation de neuf Villes européennes de la culture.

Les villes / capitales européennes de la culture depuis l'origine

  • 1985 - Athènes,
  • 1986 - Florence,
  • 1987 - Amsterdam,
  • 1988 - Berlin,
  • 1989 - Paris,
  • 1990 - Glasgow,
  • 1991 -  Dublin,
  • 1992 - Madrid,
  • 1993 - Anvers,
  • 1994 - Lisbonne,
  • 1995 - Luxembourg,
  • 1996 - Copenhague,
  • 1997 - Thessalonique,
  • 1998 - Stockholm,
  • 1999 - Weimar
  • 2000 - Avignon, Bergen, Bologne, Bruxelles, Helsinki, Cracovie, Reykjavik, Prague, St Jacques de Compostelle,
  • 2001 - Porto et Rotterdam,
  • 2002 - Bruges et Salamanque,
  • 2003 - Graz,
  • 2004 - Gênes et Lille,
  • 2005 - Cork,
  • 2006 - Patras,
  • 2007 - Luxembourg et Sibiu,
  • 2008 - Liverpool et Stavanger.
  • 2009 - Linz (Autriche) et Vilnius (Lituanie)
  • 2010 - Pecs (Hongrie), Essen (Allemagne) et Istanbul (Turquie)
  • 2011 - Tallin (Estonie) et Turku (Finlande)
  • 2012 - Guimarães (Portugal) et Maribor (Slovénie)
  • 2013 - Marseille (France) et Kosice (Slovaquie)

Le titre 2013 est le premier à être soumis au nouveau mode de désignation adopté en 2006. Selon ce processus, la sélection se décompose en deux phases : une phase de présélection, à l'issue de laquelle une liste restreinte de candidatures de villes est retenue, suivie d'une sélection finale neuf mois plus tard. La procédure prévoit donc une compétition entre les villes candidates au sein de l'État Membre concerné, et fait intervenir un jury international pour aboutir à une désignation prononcée par le Conseil des ministres de l'Union. Les deux villes sélectionnées sont ensuite officiellement désignées par le Conseil des ministres de l'UE. En 2013, les deux Capitales européennes de la culture se situeront en France et en Slovaquie, en vertu du système de rotation entre les États Membres de l'UE.

Une ville n'est pas désignée Capitale uniquement pour ce qu'elle est ou pour ce qu'elle fait. Le patrimoine et la vie culturelle permanente de la ville sont autant d'atouts mais ne peuvent suffire pour organiser l'événement. Le programme de l'année Capitale européenne de la culture doit revêtir un caractère exceptionnel spécialement créé pour le titre qui couronne une année phare pour la ville sur le plan culturel. Le contenu des manifestations doit tenir compte de la dimension européenne, des diversités culturelles et de l'implication citoyenne. La diversité culturelle implique que soit prise en compte la richesse apportée par l'ensemble des populations résidentes, migrantes ou nouvellement arrivées en provenance de pays européens et au-delà.

Les motivations qui poussent les villes à faire acte de candidature et les objectifs qu'elles poursuivent sont variables d'une ville à l'autre. Toutefois, il est possible d'en identifier un certain nombre [1] :

  • l'amélioration de la dimension internationale de la ville et de sa région,
  • la conduite d'un programme d'activités culturelles et de manifestations culturelles,
  • la captation des visiteurs et améliorer la confiance et la fierté des habitants et de la ville,
  • l'augmentation de la fréquentation des événements culturels par les résidents,
  • l'amélioration des infrastructures culturelles,
  • le développement des liens avec d'autres villes et d'autres régions,
  • la promotion de la créativité, de l'innovation et des artistes locaux.

 
L'étude Palmer commandée par la Commission européenne en 2004 a montré que 80% des personnes impliquées dans l'organisation d'une Capitale entre 1995 et 2004 considèrent que c'est la manifestation culturelle la plus bénéfique aux villes. Elles affirment également que le titre est un catalyseur pour le développement culturel et la transformation d'une ville.

L'étude Palmer/ Rae Associates

La Commission européenne (Direction générale - Education et Culture) a lancé, en 2003, un appel d'offre dans le but d'établir un bilan des évènements "Capitale/Ville européenne de la Culture" et "Mois culturels" pour les années 1995-2004 [2], sur la base d'informations documentées. La société Palmer/Rae Associates (consultant spécialisé) a été sélectionnée dans ce contexte et son rapport constitue une source d'information synthétique à l'intention des organisateurs des Capitales européennes de la culture, des municipalités et gouvernements, des opérateurs culturels, des chercheurs, des journalistes et autres personnes intéressées par le sujet. Il offre également une base à la réflexion politique future sur le sujet.

L'étude analyse tant les aspects organisationnel et financier que les retombées culturelles, économiques et sociales et peut être téléchargée. Elle s'est essentiellement concentrée sur les 21 villes qui ont porté le titre de Capitale européenne de la culture entre 1995 et 2004 : Luxembourg (1995), Copenhague (1996), Thessalonique (1997), Stockholm (1998), Weimar (1999), Avignon (2000), Bergen (2000), Bologne (2000), Bruxelles (2000), Cracovie (2000), Helsinki (2000), Prague (2000), Reykjavik (2000), Saint-Jacques-de-Compostelle (2000), Porto (2001), Rotterdam (2001), Bruges (2002), Salamanque (2002), Graz (2003), Gènes (2004), et Lille (2004). L'étude comprend aussi, dans une moindre mesure, la description de l'initiative des "Mois culturels européens" dans les villes suivantes : Nicosie (1995), Saint-Pétersbourg (1996 et 2003), Ljubljana (1998), Linz (1998), La Vallette (1998), Plovdiv (1999), Bâle (2001) et Riga (2001). Dans un souci d'exhaustivité, le rapport s'intéresse également aux conséquences à long terme pour les dix Capitales européennes de la culture désignées entre 1985-1994, ainsi qu'aux Capitales européennes de la culture désignées selon les nouvelles procédures de l'UE pour la période 2005-2008. On relèvera cependant l'hétérogénéité de cette sélection de villes d'importance démographique et spatiale très différentes.

Des documents de synthèse : classement par objectifs

Des analyses ciblées : fréquentation touristique à Glasgow

Source : Etude sur les Capitales et Villes européennes de la culture, ainsi que sur les mois culturels européens (1995-2004). Palmer / Rae Associates, European capitals of culture. Bruxelles, 2004, http://ec.europa.eu/culture/key-documents/doc926_en.htm

En téléchargement :

 

La Commission européenne a initié et soutenu financièrement ces manifestations afin de renforcer la coopération dans le domaine culturel entre les États membres. Un de ses objectifs majeurs est de favoriser la connaissance mutuelle entre citoyens européens et de faire émerger du même coup un sentiment d'appartenance à la même communauté. Dans ce sens, la vision globale de l'événement doit être "européenne" et le programme attractif au niveau européen. Mais les villes candidates, puis lauréates, sont aussi, et parfois surtout, motivées par les enjeux d'images et de dynamisme destinés à renforcer leur attractivité.

 

La culture, vecteur de régénération et atout dans la compétition entre les villes

Le développement culturel n'est toutefois plus l'unique objectif poursuivi par les villes. La nomination de Glasgow a été un catalyseur de la régénération urbaine [3]. De même que Glasgow, bien d'autres villes (Copenhague, Thessalonique, Stockholm, Weimar, Porto, Graz et Lille, Liverpool) ont intégré le titre à des stratégies ambitieuses de régénération urbaine et régionale. Par exemple, un élément clé de la manifestation à Lille fut le concept de métamorphose à travers lequel artistes, sculpteurs et designers ont transformé l'environnement urbain et généré de nouvelles perceptions et de nouveaux usages [4]. La réhabilitation de l'ancien Tri postal en un lieu culturel et festif éclectique en est un exemple significatif (Le Monde du 17 janvier 2008).

Les infrastructures culturelles et le territoire

L'infrastructure culturelle d'un territoire est constitué de trois composantes : équipements, structures et événements culturels.

Source : T. Werquin, Impact de l'infrastructure culturelle sur le développement économique local, thèse pour le doctorat en Sciences économiques, juin 2006

La culture au sens large est devenue un vecteur majeur de la régénération physique, économique et sociale des villes post-industrielles. Le programme Villes / Capitales européennes de la culture, par ses processus de mise en compétition, a aussi contribué à attiser la compétitivité des villes européennes. Les héritages prévus (infrastructures, impacts économiques et sociaux) de l'événement sont des enjeux centraux.

Quels impacts pour Lille, capitale européenne de la culture en 2004 ? Le tourisme et l'image médiatique

Source : T. Werquin, Impact de l'infrastructure culturelle sur le développement économique local, thèse pour le doctorat en Sciences économiques, juin 2006

En France, l'exemple de Lille 2004 inspire beaucoup les villes candidates pour le titre 2013. Outre-Manche, la filiation entre Liverpool comme Capitale européenne de la culture 2008 [5], dix-huit ans après celle de Glasgow est assez frappante. Liverpool n'a que récemment retrouvée une certaine vitalité. La ville était au bord de la faillite dans les années 1980, sinistrée par la crise industrielle, le chômage et le hooliganisme. Tout comme Glasgow, mais plus récemment, Liverpool a réussi à inverser la tendance et à redevenir une ville dynamique aux plans culturel et économique. Restera à pérenniser les actions entreprises en dépit des difficultés financières auxquelles le comité d'organisation est confronté (Le Monde du 9 janvier 2008).
 

Notes

[1] Économie de la culture en Europe, pp. 173-177,http://ec.europa.eu/culture/key-documents/doc873_fr.htm

[2] Parallèlement à la désignation de la Ville / Capitale européenne de la culture, par une résolution adoptée en 1990, les ministres de la culture réunis au sein du Conseil ont créé une autre manifestation culturelle, "le mois européen de la culture" se déroulant chaque année dans une ville "d'un pays européen se fondant sur les principes de la démocratie, du pluralisme et de l'État de droit" et qui s'intitulait "l'Europe à [nom de la ville], 199.. ". En pratique, cette manifestation profita aux pays de l'Europe centrale et orientale à un moment clé de leur histoire. Depuis quelques années, le Conseil a suspendu la désignation des villes pouvant accueillir un mois culturel européen. Cette initiative pourrait toutefois reprendre dans les années à venir, au bénéfice des pays européens non membres de l'Union, qui n'ont plus la possibilité de présenter une candidature de ville au titre de Capitale européenne de la culture. Les mois culturels européens ont eu lieu dans les villes suivantes : 1992> Cracovie, 1993> Graz, 1994> Budapest, 1995> Nicosie, 1996> Saint Petersbourg, 1997> Ljubljana, 1998> Linz et Valetta, 2001> Basel et Riga, 2003> Saint Petersbourg.

[3] Voir l'article scientifique de ce dossier : Culture et régénération urbaine : le cas de Glasgow

[4] Economy of Culture in Europe, 176. http://ec.europa.eu/culture/key-documents/doc873_en.htm

[5] Liverpool 2008 : www.liverpoolculture.com ou www.liverpool08.com

D'autres ressources en ligne

 

 

Sélection documentaire et adaptation : Fabien Jeannier et Sylviane Tabarly,

pour Géoconfluences le 15 septembre 2008

 

Mise à jour :  25-10-2013

 

 

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Pour citer cet article :  

Fabien Jeannier et Sylviane Tabarly, « Des villes en compétition : quelle place pour la culture ? », Géoconfluences, septembre 2008.
https://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/typespace/urb1/MetropDoc.htm