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Un processus de mondialisation observé à l'échelle locale au Népal central : transformations agricoles, économiques, politiques et sociales au bout du monde

Publié le 24/03/2015
Auteur(s) : Blandine Ripert, CNRS - CNRS

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Le sous-continent indien (ou Asie du Sud) est le théâtre de profondes transformations depuis quelques décennies. Le processus de mondialisation y est en effet là aussi à l'oeuvre, modifiant les réalités quotidiennes, mais de façon inégale, selon les lieux, les contextes, les sociétés, fort diversifiés sur ce vaste espace. S'il existe bien des phénomènes globaux affectant le monde indien, tous passionnants à analyser, cet article peut permettre de participer à la compréhension du processus de mondialisation en y entrant par un lieu. L’idée est de tenter de déceler comment ce processus peut marquer les réalités locales, comment il s’internalise (selon l’expression d’Olivier Dollfus) dans un lieu, comment il exerce par tout un ensemble de médiations, des effets sur une population, des individus appartenant au même groupe ethnique, localisés dans un espace relativement restreint et délimité. Les observations de terrain, dont sont issues les données présentées ici, ont été réalisées dans deux vallées himalayennes, celle de l’Ankhu Khola et celle de la Salankhu Khola, situées au nord-ouest de Katmandou dans les districts de Nuwakot et de Dhading, au pied du massif du Ganesh Himal, et où vivent environ 35 000 habitants.

Le Népal et la zone d'étude

La proposition d'une analyse à deux niveaux, global et local, pour comprendre le monde, repose sur le paradigme que le monde procède de l'interaction des situations locales qu'il englobe. Il ne s’agit ici que d’une des innombrables facettes de la mondialisation, que l'on pourrait qualifier d'improbable tant nous sommes loin des images habituellement médiatisées, dans un de ces bouts du monde du Népal central. Les transformations de ces dernières décennies y sont dues à un ensemble de facteurs, selon une combinaison relativement aléatoire, loin d'un effet uniformisant souvent associé aux effets de la mondialisation [1].

Dans cet exemple, le processus de mondialisation emprunte, non pas comme ailleurs des voies souvent comparées à des autoroutes (autoroutes de l'information par exemple), mais de réels chemins escarpés de montagne, comme fréquemment dans l'Himalaya où la construction de routes pérennes coûte cher et n'a pas été une priorité du développement. En s’intéressant à une région lointaine parce qu’accessible uniquement à pied, en plusieurs jours de marche [2], à l’écart des grands circuits d’échanges, sans accès à l’électricité, à la route, à la télévision, au téléphone, quels impacts du processus de mondialisation peut-on repérer ?
Les habitants de la région de la Salankhu et Ankhu Khola, des Tamang, ne vivent pas en autarcie, privés d’échanges avec d’autres populations, à l'écart des mutations du reste du monde. Cela n’a jamais été le cas : cette population est en effet passée, en deux ou trois siècles, d’une vie nomade associée à l’élevage et à la culture sur brûlis, à une vie sédentarisée sur des versants de montagne, comme nombre d'autres groupes de la région himalayenne.

Il s'agit de présenter le processus de transformations observé ces dernières décennies, en comparant les observations des années 1990 et 2000 aux sources des années 1980. Ces transformations, bien que spécifiques à ce lieu dans la manière dont elles s'y déploient, sont en fait relativement représentatives d'un certain nombre de changements que l'on observe ici et là dans le sous-continent indien. Elles font appel aux ressorts de la Révolution Verte qui s'est développée en Inde dans les années 1960-70, aux migrations de travail (vers le reste de l’Asie du Sud, vers l'Asie du Sud-Est et plus récemment vers les pays du Golfe), à la question des fortes densités humaines dans un milieu naturel spécifique et aux problèmes éventuels de main-d'oeuvre, aux effets de la scolarisation de masse dans un contexte de démocratisation, à l'émergence de revendications identitaires de populations marginalisées, aux conséquences de la monétarisation des échanges, d'une individualisation des pratiques (tant politiques que religieuses, sociales et économiques) et d'une privatisation de l'espace.

Se déplacer dans la Salankhu Khola (Népal central)

Les chemins se pratiquent à pied, souvent pieds nus ou en tongs. Les charges se portent à dos d'homme, à l'aide d'un panier dont le poids repose sur le front par une lanière. Le chemin, suffisamment large, permettrait d'utiliser des mules, mais le fourrage ne serait pas suffisant pour les nourrir.

 La nouvelle piste creusée par les villageois. Peu stabilisée faute de moyens, elle est coupée à chaque mousson pendant plusieurs mois.

Les sources de cet article sont tirées d’un travail de recherche sur le terrain au Népal central dans les districts de Nuwakot et de Dhading, réalisé en plusieurs séjours entre 1993 et 2000 (pour un total de 20 mois) pendant la recherche doctorale [3], puis lors de visites plus courtes en 2006, 2011 et 2012 et de comparaisons établies avec les résultats du Programme de Recherche « Versant » [4] réalisé dans le village de Salmé au début des années 1980. Les méthodes de travail ont été empruntées à l’anthropologie et à la géographie, avec des entretiens auprès des villageois réalisés en népali, et une observation participante et spatialisée [5].
 

1. Le Népal, de l’isolement à l'ouverture

Avant d’entrer dans le lieu, la présentation du contexte national est nécessaire à la compréhension des transformations à l'oeuvre et de leur diffusion dans l'espace et dans la société à l’échelle locale.

1.1. Le Népal, 182 années d’isolement avant une ouverture progressive

Coincé entre deux géants, l'Inde et la Chine (selon un dicton népalais « comme une patate qui tenterait de pousser entre deux blocs de pierre »), le Népal appartient au monde indien. Sa frontière avec l'Inde est ouverte (et non sécurisée) depuis le Traité de paix et d'amitié liant les deux pays en 1950, ce qui permet à de nombreux travailleurs de passer d'un pays à l'autre sans visa : ces mobilités participent à la forte dépendance économique du Népal vis-à-vis de l'Inde. L'influence culturelle et religieuse de l'Inde est ancienne, notamment par la présence de l'hindouisme, érigé en religion d'État jusqu'à l'abolition de la monarchie en 2008. L'hindouisme reste la religion dominante au Népal, en particulier du fait de la domination numérique et économique des populations dites indo-népalaises. Il n'en reste pas moins que de nombreux groupes, dits « tribaux » ou « ethniques » selon les dénominations, sont venus pour la plupart du Tibet s'installer à différentes époques, il y a plusieurs siècles, sur le versant sud de l'Himalaya, dans ce qui est devenu le royaume du Népal en 1769. Les groupes venus du nord, parlant majoritairement des langues d'origine tibéto-birmane, et donc très différentes des langues indo-européennes parlées plus au sud, ont apporté avec eux des pratiques religieuses issues de différentes traditions : le bouddhisme, qui avait quasiment disparu en Inde malgré sa naissance à Lumbini près de l'actuelle frontière entre Népal et de l'Inde, le chamanisme et des cultes locaux associés au terroir et à sa prospérité.
Les Tamang correspondent à l'un de ces groupes. Longtemps dominés politiquement et économiquement par les hautes castes hindoues des vallées, ces populations marginalisées des montagnes se sont pourtant insérées ces dernières décennies dans un marché mondial du travail, subissant et jouant tout à la fois des opportunités d'un processus de mondialisation qui ne les épargne pas.

Répartition des principales langues parlées par "commune" (Village Development Committee)

Source : Parshuram Tamang et al. Nepal Statistics and Indigenous Peoples. Kathmandu: Nepal Tamang Ghedung 2006.
http://www.nepalresearch.com/culture/language.html

Les Tamang (environ 1,4 million personnes, sur les 27 millions vivant au Népal en 2014) habitent les hautes vallées et les collines du Népal central, principalement autour et dans la vallée de Katmandou.

Complément 1 : Une société népalaise multiple et en pleine redéfinition

Bien que possédant peu de marges de manoeuvre politique à côté de ses deux voisins, le Népal a toujours été indépendant. Longtemps constitué de petits royaumes, il fut unifié et délimité selon les frontières actuelles en 1769, suite à la conquête de P.N. Shâh, premier roi d'une dynastie au pouvoir jusqu'à l'abrogation de la royauté en 2008 [7]. Entre 1769 et 1951, le pays s'est fermé à tout étranger, en devenant une monarchie absolue, particulièrement méfiante à l'égard des puissances occidentales présentes dans le sous-continent indien. Le pays a donc été tenu longtemps dans l'isolement, non du simple fait de sa géographie physique (montagnes au nord, forêt dense infestée de malaria au sud), mais du fait d'une décision politique reconduite 182 ans par le pouvoir en place. Le réseau de transport et de communication était alors peu développé, et permettait aux populations des déplacements uniqument à pied.
L'ouverture du pays s'effectue en deux temps. En 1951, après la chute de l'Empire britannique et l'Indépendance de l'Inde (1947), un mouvement d'opposition au régime en place permet à la famille royale népalaise de retrouver son pouvoir, qu'elle démocratise, soutenue alors par l'Inde. Les frontières s'ouvrent aux étrangers et aux influences extérieures. L’expérience démocratique ne dure que 10 ans, mais les frontières restent ouvertes, tout du moins la frontière sud avec l’Inde, car celle du nord, fermée en 1959 avec l’occupation chinoise du Tibet, ne s’ouvre depuis que par intermittence. Depuis, le Népal diversifie ses relations diplomatiques et fait appel à l’aide internationale pour financer ses premiers programmes de développement et de modernisation. En 1991, suite à une insurrection populaire et un blocus économique imposé par l'Inde, le Népal devient une démocratie parlementaire sur le modèle de Westminster.

1.2. L’ouverture et ses répercussions politiques et économiques locales

Toute une série de grandes transformations liées à l’ouverture politique et économique du pays font sentir leus répercussions dans les villages de la région étudiée. La démocratisation permet la naissance d'une multitude de partis politiques, jusque-là interdits, ainsi qu'une politisation des habitants. L'ouverture économique, avec la libéralisation de certains secteurs, débouche sur une expansion de l’économie de marché et l'arrivée de produits étrangers sur les marchés locaux, notamment des produits chinois peu chers, accessibles à une population à faibles revenus. L’aide financière internationale se renforce, offrant un droit de regard nouveau des pays donateurs sur les politiques du Népal, notamment en matière environnementale. Dans les années 1990 émergent aussi une multitude d’ONG, soit locales soit internationales, venant concurrencer économiquement et politiquement le gouvernement népalais. Le tourisme, limité dans les années 1950 aux grandes expéditions vers les massifs des Annapurna et de l’Everest, se démocratise, attirant non plus seulement les alpinistes mais également les randonneurs, et devient la principale entrée de devises étrangères (Sacareau, 1997). Dans le domaine agricole, la Révolution Verte asiatique se diffuse lentement dans le pays.

Ces transformations, concomitantes mais pas forcément liées entre elles, ont des répercussions les unes sur les autres et agissent de manière non coordonnée et différenciée selon les lieux.  Elles sont autant de contrecoups ou d’expositions à un contexte nouveau, qui entraînent certaines régions du Népal dans un processus de modernisation. C'est ce qui peut s'observer à l'échelle locale, dans la région du Népal central, parmi les Tamang, relativement représentatifs d'autres groupes du Népal.

 

2. Au Népal central, des transformations à l'échelle locale liées aux connexions à l'espace Monde

L’organisation sociale traditionnelle des Tamang repose sur la différenciation entre clans exogames, c'est-à-dire que l'on se marie de manière privilégiée avec un autre Tamang, mais d'un autre clan que le sien. Les villages, quasi mono-ethniques dans ces deux vallées (seules quelques familles de forgerons, de la caste indo-népalaise des Kami, sont ici également présentes) regroupent divers clans, ce qui permet malgré tout de se marier le plus souvent, dans son propre village. L’intérêt du groupe, ici du segment local du clan [8], prévaut sur celui de l’individu, tout du moins jusqu'à récemment. Dans ce monde qualifié par certains de « traditionnel », les transformations qui s'opèrent dans les années 1990 puis 2000 sont au premier regard, peu visibles. Certaines modifient pourtant en profondeur la vie quotidienne de ces villageois.

2.1. Des transformations agricoles peu visibles mais fondamentales

Au Népal central : la Salankhu Khola et l'Ankhu Khola

GEarth.gif Voir le fichier .kmz de l'Ankhu Khola (Népal central), latitude 28° 6'14.76"N, longitude 85° 0'9.38"E
Les routes en jaune ne sont souvent que des pistes.

Dans la région étudiée, jusque dans les années 1990, les Tamang exploitaient collectivement selon un système agro-sylvo-pastoral le versant de leurs villages, situés entre 1 500 et 3 000 m d’altitude et comptant chacun entre 1 000 à 4 000 habitants. Les champs, bien qu’appartenant à des familles nucléaires, étaient exploités selon un système communautaire, dans lequel l’individu n’avait le choix ni de la culture ni du calendrier agricole, notamment à cause de la vaine pâture (c'est-à-dire la libre circulation du bétail dans les champs, qui ne possèdent ici aucune forme de clôture) pratiquée après les récoltes [9].
Les Tamang de cette région produisaient en moyenne suffisamment pour se nourrir 6 à 8 mois de l’année. Certains de leurs membres partaient en migrations saisonnières ou temporaires dans le nord du sous-continent indien, au terme desquelles ils rapportaient les céréales manquantes pour se nourrir toute l’année.
Dans les années 1980, les chercheurs français et plus particulièrement les agronomes avaient diagnostiqué une situation de crise, de paupérisation. En effet, la pression démographique, compte tenu des faibles ressources, était forte, les milieux naturels semblaient surexploités, la terre s’appauvrissait, la distance d'accès à la forêt augmentait (Dobremez, 1986). Ces conclusions, assez pessimistes concordaient tout à fait avec les discours alarmistes de l’époque, autour de la présumée « crise écologique himalayenne »,  remise en cause depuis [10].

Paysages des versants des moyennes montagnes du Népal central

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1. Versant des contreforts himalayens, situé entre 1 350 m et 3 000 m, exposé au sud-est et aménagé en terrasses cultivées jusqu'à 2 400 m. À droite, un immense glissement de terrain a emporté une partie des terrasses.
2. À mi-hauteur du versant cultivé, à 1 800 mètres, le village de Salmé regroupe 2 180 habitants en 2011. L'habitat a tendance, depuis les années 1990, à se disperser sur le versant.
3. La forêt est conservée
sur les pentes les plus fortes ou les plus éloignées du village ou sous forme de bois sacrés.
4. Les terres d'altitude sont utilisées en pâturages.
 

Mais à partir des années 1990, différentes transformations, caractéristiques d’un processus de modernisation, émergent grâce à de nouvelles pratiques, et à l'introduction de semences et d’outils par les villageois revenant de migration. Ces progrès agricoles, à l'origine de leur intégration dans le monde, ne relèvent pas pour autant d'une véritable révolution agricole, mais plutôt d’améliorations inspirées de la Révolution Verte, sans en avoir ni les moyens, ni les accompagnements financiers souvent observés en Inde [11].
Parmi les nouvelles semences introduites par les villageois eux-mêmes (sans passer par des programmes de diffusion liés à des organismes agricoles), le riz rouge d’altitude présente l'avantage de pouvoir être cultivé jusqu’à 2 100 mètres (dans les conditions géographiques du climat subtropical de mousson de la région), au lieu de 1 700 mètres pour les riz classiques jusque-là cultivés sur ces versants. Quasiment un tiers des terrasses de la partie supérieure des versants cultivés put être transformé en rizières pendant l'été, n'empêchant pas les cultures d'hiver (blé et orge) de prendre la suite après la période de mousson. Ces terrasses offrent ainsi désormais deux récoltes par an au lieu d'une seule. L'introduction d'autres semences améliorées à hauts rendements et aux cycles végétatifs plus courts (blé, maïs et éleusine) a permis l'intensification des cultures au cours de l'année. Un blé précoce par exemple, peut désormais être cultivé en bas de versant sur les rizières, après la culture de riz. L’usage d’engrais chimique, très peu présent dans les années 1980, est devenu systématique . Aujourd’hui, chaque exploitation (d’une surface moyenne d'un peu moins de 6 hectares) en achète 50 kg, voire 100 kg pour les plus riches, au bazar du bourg local, qu'il faut ensuite transporter à dos d'homme jusqu'au village et aux champs. Depuis quelques années aussi, la culture de légumes s’est généralisée ; des arbres fruitiers, des arbres fourragers ont été plantés entre les champs (Smadja, 1995), permettant une diversification de l'alimentation des hommes et du bétail. La particularité de ces innovations est qu’elles ont été introduites par les villageois eux-mêmes, de retour de migration ou de la ville, après les avoir observées ailleurs puis les avoir testées dans le village, avant que les autres villageois ne s'y intéressent et ne les adoptent.

Mutations des pratiques agricoles

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1. À mi-pente, sur les terrasses, culture d'éleusine (céréale de type millet) qui sera suivie d'une culture de maïs (1995).
2. En haut du versant, des terrasses utilisées pour la culture d'hiver (blé,orge)  ont été transformées en rizières pour la culture de riz rouge l'été, durant la mousson au prix d'importants travaux d'aplanissement (1995).
3. Depuis peu, des tuyaux apparaissent pour arroser les légumes, ici des oignons en bas de versant, à proximité des rizières (2013).

Les conséquences de ces innovations sont nombreuses, rapides et agissantes. Les pratiques communautaires tendent à disparaître au profit des initiatives individuelles : par exemple, la vaîne pâture est remplacée de plus en plus par la stabulation fixe du bétail. En même temps, des clôtures de pierres commencent à apparaître entre les champs. Des abris fixes sont construits à proximité des champs, le bétail est nourri au fourrage et le fumier fabriqué à proximité avant d'être épandu sur les terres. Ces changements permettent à chacun de se libérer du calendrier agricole communautaire, et donc de planter les nouvelles semences choisies sur les terres adéquates au moment voulu. L'une des conséquences est la privatisation de l'espace, à l'échelle des versants et des champs [12].

Privatisation de l'espace

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1. Enclos muré d'une parcelle où sont cultivés des plants de cardamome (2013).
2. Pierres posées sur des branchages pour indiquer la propriété individuelle des branchages (2013).
3. Enclos protégeant des jardins potagers devant certaines maisons du village, apparus dans les années 2010 (2013).
4. Privatisation de l'espace traditionnellement ouvert devant la maison (2013).

Il en découle une nette augmentation des productions : un quasi-doublement en 10 ans [13] dans la région de la Salankhu Khola, alors que la surface cultivée s'est rétractée, du fait de la concentration des cultures sur les terres les plus proches des habitations. Ce changement permet à la majorité des villageois d'atteindre l’autosuffisance alimentaire. Dès lors, l’argent obtenu en travaillant à l’extérieur du village change totalement de statut : il ne sert plus à se nourrir une partie de l'année, mais à dégager un surplus, ce qui transforme en profondeur les pratiques économiques des familles. Jusque-là, le surplus, au demeurant fort rare, était le fait de quelques riches, qui se faisaient un devoir de le dépenser lors des cérémonies religieuses, principalement lors des funérailles. La reconnaissance sociale passait par une profusion d’offrandes à cette occasion, tout en permettant un certain rééquilibrage des richesses. Il y avait ainsi peu d’accumulation de richesses, qu'elle soit individuelle ou familiale, et peu d’investissement dans les exploitations agricoles. Mais depuis les années 1990 et l'émergence d'un choix désormais possible dans l'usage de l'argent, les dépenses se tournent vers des objets de consommation arrivés récemment sur le marché à un prix pour la première fois abordable pour ces populations pauvres : jeans, radio, bassine en plastique, montres, casseroles, lampes torche, bâches en plastique, etc. L’acquisition individuelle ou à l’échelle de la famille nucléaire prime la dépense collective. Posséder une belle maison de deux étages construite selon le modèle urbain, avec un toit en tôle ondulée acheté au bazar, peinte en bleu, vert ou rouge, porter des jeans, un anorak et des chaussures, est désormais mieux considéré que dépenser l’argent pendant les rituels collectifs. Les Tamang entrent ainsi, en quelques années, dans un contexte de marchandisation accrue et de dépenses individualisées.

Nouvelles dépenses de consommation individuelle

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1. Rue principale du bourg de Trisuli (27 000 h en 2011) avec les boutiques du bazar où les villageois de la région viennent faire leurs achats (2013).
2. À Trisuli, vendeuse ambulante d'origine sherpani qui vend un bijou au poids à un villageois tamang (2013).
3. Dans le village de Salmé, magasin qui vend quelques produits de consommation. Le premier est apparu en 1997 (2013).
4. Les magasins de village vendent du riz, avec une balance permettant de le peser (2013).
5. Modernisation de l'habitat : les toits en bardeaux de bois et en lauzes sont remplacés par des toits en tôle ondulée, ici au premier plan, ou en bidons martelés, ici à droite (1995).
6. Transformations architecturales : la maison du fond a un étage supplémentaire, un balcon travaillé par un menuisier et des murs de pierres tracés au cordeau (1995).
7. Transformations architecturales (2013).
8 et 9. Construction des premières toilettes de Salmé (2012 et 2013).
10. Maintien de l'intérieur traditionnel des maisons : la salle unique du rez-de-chaussée s'organise autour du foyer, autour duquel dort la famille, sur des paillasses en tiges de riz, posées sur un sol en terre battue (2013).
11. Foyer traditionnel (2013).
12. Apparition d'un foyer au gaz, mais finalement pas utilisé (2013).
13. Construction de cheminées pour évacuer la fumée, sans guère de succès (1999).

Mais l’accès aux objets de consommation, rendu possible par la mondialisation des échanges et l'ouverture économique du Népal, ne modifie pas à lui seul la manière de considérer les dépenses collectives.
 

2.2. Les migrations de travail des Tamang, un processus qui participe aux transformations

Les années 1990 sont aussi le moment où les migrations saisonnières et temporaires des Tamang vers l’étranger se sont amplifiées et ont considérablement atténué la pression démographique [14] sur les versants de montagne. Les migrations de travail ne sont ni nouvelles, ni isolées dans l'Himalaya : les économies de montagne ont toujours joué sur la complémentarité des milieux entre hautes et basses vallées, nécessitant des échanges, mais surtout des migrations saisonnières vers les régions où le marché du travail appelle une main-d'oeuvre plus nombreuse. La nouveauté réside dans les destinations, de plus en plus lointaines, dans le volume des flux et dans les durées d'absence, plus longues qu’auparavant, au point d’entrer aujourd'hui en concurrence avec le calendrier agricole des villages de départ. L'évolution de ces flux sur quarante ans est illustrée par les trois cartes qui suivent, établies à partir d'une enquête systématique auprès des 400 foyers de Salmé, puis d'une centaine dans l'Ankhu Khola, choisie de manière aléatoire.

Dans les années 1970-1985, les migrations étaient saisonnières, majoritairement hivernales lorsque les travaux des champs du village sont peu nombreux. Souvent collectives, elles se faisaient vers des destinations proches, dans le sud du Népal alors en plein développement, ou dans l'Inde du Nord et du Nord-Est. Les Tamang travaillaient comme porteurs sur les chemins de trek, ouvriers sur les chantiers de construction de routes ou encore ouvriers agricoles et gardiens. À la fin des années 1980 jusqu'au milieu des années 1990, les migrations de ces populations se sont tournées vers l'Himalaya de l'Ouest, tandis que les États du Nord-Est indien se fermaient aux migrants à la suite de tensions politiques locales. Le Nord-Ouest indien offrait du travail dans le transport à dos d'hommes de nourriture, d'armes et de matériaux de construction auprès de l'armée indienne engagée dans des combats en altitude à la frontière pakistanaise. Les migrations se sont également tournées vers le Sud-Est asiatique, en Thaïlande, à Hong-Kong et Singapour, jusqu'à la crise économique des "quatre dragons asiatiques" en 1997. Les migrants y étaient envoyés pour en rapporter des vêtements, des bijoux, des produits électroniques, souvent de manière illégale, au péril de leur sécurité. Depuis la fin des années 1990 jusqu'à aujourd'hui, les migrations se sont encore éloignées, en direction des pays du golfe Persique (particulièrement en Arabie Saoudite, au Koweït et au Qatar) pour plusieurs années de travail sur les chantiers de bâtiment, souvent dans des conditions extrêmes [15], de plus en plus décriées notamment par les média népalais. Les migrations se sont aussi étendues à l'extrême Sud-Est asiatique.
De saisonnières, elles sont devenues temporaires, car le remboursement du prix du billet d'avion, souvent acheté à crédit, nécessite au moins une année de travail sur place. Des migrations définitives vers les villes népalaises, principalement Katmandou, la capitale, ou Trisuli, le bourg de la région, ont également commencé à apparaître pendant les années 2000 parmi les jeunes générations scolarisées, à la recherche d’un travail plus qualifié que leurs aînés ou désireuses déchapper à l’enrôlement dans la guérilla maoïste active de 1996 à 2006 dans le pays. Aujourd'hui, il devient finalement difficile de trouver dans les villages la main-d'oeuvre nécessaire aux travaux des champs. Ainsi, si la migration était avant tout le moyen permettant aux familles de rester vivre au village, elle entre aujourd'hui en concurrence avec le système agro-sylvo-pastoral tel qu'il perdurait jusque-là.
Les migrations de travail des Tamang
1970-1985 : migrations de proximité dans l’Himalaya de l'Est 

1985-1995 : migrations vers l’Himalaya de l'Ouest et ouverture vers l’Asie du Sud-Est

1995 – 2005 : migrations vers le golfe Persique et l’extrême Asie du Sud-Est


Source : B. Ripert

On pourrait parler aujourd’hui d’un éclatement des espaces de vie des Tamang (comme dans les cas décrits en Bolivie par Cortès, 2000), qui parcourent le monde de l’Asie du Sud-Est au golfe Persique, à la recherche d’un emploi temporaire à n’importe quelle condition.

L’éclatement des espaces de vie des Tamang, l’exemple des villageois de Salmé

Ces migrations sont un puissant vecteur de changement social. Elles participent au processus d’intégration des Tamang aux « économies-mondes » et au marché mondial du travail. Pendant leur mobilité, les Tamang découvrent des pays plus développés, et prennent conscience de leur extrême pauvreté par rapport au reste du monde. Ainsi s'explique l'apparition parmi les migrants des notions de gaspillage, de rentabilité, de perte de temps ou de profit économique, par exemple. C'est dans ce contexte également que le désir exprimé par un grand nombre d'entre eux de réduire les dépenses collectives doit être replacé. En voyageant, les Tamang mesurent également la relativité de leur organisation sociale, ainsi que de leur système religieux, ce qui n’est pas sans conséquences.

2.3. De Tamang à Népalais : l'éducation et la démocratisation vers une plus grande inclusion des minorités

Durant la même décennie et parallèlement aux transformations agricoles et économiques, le Népal s’est démocratisé. À l’échelle locale, les impacts de ce changement politique sont importants. Les notions de liberté, de choix politique individuel et non plus communautaire ou clanique selon le schéma traditionnel du pouvoir, se sont diffusées dans les villages à partir de la capitale. Cela apparaît très clairement au moment des élections des années 1990, qui mènent au pouvoir une nouvelle génération brouillant les règles habituelles. En effet, durant les années 1990, la première classe d’âge scolarisée dans le village puis à la ville atteint l'âge de la majorité. Ces « jeunes instruits », âgés de 15 à 30 ans, sachant lire et écrire contrairement aux autres villageois, ont acquis à l’école des références et des valeurs différentes de celles de leurs aînés. Leur scolarisation a d’une certaine façon laïcisé leur représentation du monde et modifié leur façon d’intervenir sur l’environnement naturel. La découverte des disciplines scientifiques - qui occupent une place de plus en plus importante dans les nouveaux manuels scolaires - a rationalisé leurs connaissances. L’apprentissage de la langue nationale, le népali, et la référence à une culture et à une histoire communes, diffusées dans les manuels, a népalisé les jeunes Tamang. Ils prennent de plus en plus de distance avec la culture tamang, qu’ils dénigrent ouvertement dans les discussions avec les aînés. Le sentiment d'appartenance à une société plus large prévaut alors parfois sur une appartenance au groupe tamang [16].

Éducation et mutations culturelles

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1. Enfants se rendant à l'école du village (2013).
2. Les filles, moins nombreuses à être scolarisées, sont envoyées pour chercher de l'eau à la fontaine, du bois pour le foyer, du fourrage pour les animaux (2013).
3. Turban traditionnellement porté par les hommes tamang (2013).
4. Népalisation : homme portant le
topi, chapeau des Indo-népalais (2013).
5. Népalisation vestimentaire : à droite, ancien instituteur du village de Salmé, installé à Trisuli (2013).

6. Retour au tissage de motifs traditionnels, ici une siama, robe rouge et bleue portée par les femmes tamang, dans un contexte de revendication identitaire, après 20 ans de succès des tissus du marché (2013).

La maîtrise de l’écriture et du népali acquise à l’école permet à ces jeunes générations d’exercer une certaine domination sur la population en majorité analphabète. Jusqu’à présent, les formes d’autorité traditionnelles étaient fondées sur une organisation clanique et sur des chefferies recrutées dans le groupe de descendance de l’ancêtre fondateur de la localité. Malgré les réformes administratives, les anciens chefs de segment de clan ont pu conserver leur pouvoir communautaire en se faisant élire par la population à l’assemblée du village. L’émergence politique des jeunes instruits rompt avec ce pouvoir traditionnel et avec l’autorité des aînés qui prévaut au sein des familles.
En outre, ces jeunes instruits sont des acteurs importants d'un processus de christianisation qui se diffuse également dans les années 1990 dans la région, en devenant les pasteurs locaux, seuls à même de lire les récits de la Bible aux villageois plus âgés.

Complément 2 : le processus de conversion des Tamang au protestantisme
Conclusion

Les transformations des toutes dernières années sont plus classiques, avec l'arrivée de l'électricité - fabriquée localement par des micro-centrales utilisant la force hydraulique des rivières, ce qui permet tout juste d'obtenir un peu de lumière dans les maisons le soir et de recharger un téléphone, mais pas d'alimenter une télévision ou d'autres appareils puissants -, du téléphone portable, de produits transportés par la piste. Mais le changement majeur, c'est le départ devenu massif des jeunes hommes, surtout les jeunes instruits, pour les pays du Golfe, où ils travaillent quelques années, avant de s'installer définitivement dans les banlieues de Katmandou ou de Trisuli où ils achètent des terres, construisent une maison et envoient leurs enfants à l'école. Les villages se sont donc vidés durablement d'une force de travail importante, remettant en cause une organisation du travail qui repose à présent davantage sur les femmes, qui travaillaient déjà beaucoup, et sur les personnes plus âgées. Il est probable que de nouveaux ajustements soient rapidement nécessaires pour permettre à la population restée au village de traverser ces nouvelles transformations.
Le processus de mondialisation à l'oeuvre chez les Tamang se perçoit donc dans l'introduction d’idées et de produits venus du reste du monde, diffusés par les villageois eux-mêmes de plus en plus mobiles, à la recherche de réponses aux difficultés auxquelles ils sont confrontés chez eux. Le processus de mondialisattion se mesure aussi dans le changement social induit : une communauté devenant société, avec l’émergence de l’individu moderne. Cette mutation se produit ici en une quinzaine d’années, alors qu’en Europe, elle n’est apparue qu’au terme d’un long processus, indissociable de la domination des hommes sur les forces de la nature, et de la différenciation progressive des fonctions sociales. En même temps, s'opère un décloisonnement du village se rapprochant de la ville, non par la construction d’infrastructures, mais par l’émergence de comportements et d’influences nouvelles venues d'ailleurs.


Notes

[1] Pour une réflexion plus large et théorique sur la question d'une éventuelle uniformisation culturelle du monde par le processus de mondialisation, voir par exemple l'ouvrage L'invention du Monde, Une géographie de la mondialisation, 2006, Jacques Lévy, P. Poncet, D. Andrieu, B. Beaude, R. Dagorn, M. Dumont, K. Hurel, B. Ripert, M. Stock, O. Vilaça (eds), Paris, Presses de Sciences-Po, et plus précisément le chapitre 8 pp. 187-204.

[2] Il fallait, jusqu’en 2010, quatre heures de bus de la capitale Katmandou pour rejoindre le bourg de Trisuli ou de Dhading, puis marcher une dizaine d’heures pour atteindre la Salankhu Khola, quatre à cinq jours pour atteindre les derniers villages de la haute Ankhu Khola. Depuis, une piste sinueuse a été construite, permettant de se rapprocher de la Salankhu Khola en marchant un peu moins longtemps.

[3] Thèse de géographie soutenue à l'université Denis Diderot-Paris 7 en 2000, sous la direction d'Olivier Dollfus.

[4] Le programme pluridisciplinaire de recherche intitulé « Programme Versant » était financé d’une part par le CNRS autour de l’équipe du GRECO Himalaya-Karakorum, alors constituée de biologistes, de géographes et d’anthropologues, et d’autre part par le Comité ECAR (Ecologie et Aménagement Rural) de la DGRST pour les agronomes et les zoologues de l’INRA-SAD (département Système Agraire et Développement). Entre 1979 et 1983, trente-huit chercheurs (étudiants-chercheurs, élèves-ingénieurs, chercheurs confirmés) ont séjourné sur le terrain, de quelques semaines à dix-huit mois. L’objectif était de connaître le village, sa société, son milieu et ses activités dans sa globalité et dans ses multiples facettes, en vue ensuite d’aider à la décision dans les programmes de développement agricole de la région.

[5] Plusieurs publications ont été réalisées à partir de ces enquêtes, dont certaines seront citées dans ce texte afin de permettre d'approfondir certains points qui ne seront ici qu'évoqués.

[6] Pour plus de détail sur ces questions, voir Gellner et Pfaff (1997), Gellner (2007 ; 2009).

[7] À l'exception des années 1856-1950 pendant lesquelles une dynastie de premiers ministres, les Rana, prit le pouvoir en reléguant le roi à une position de représentation.

[8] Un clan étant le plus souvent représenté dans plusieurs villages, le segment local correspond aux membres d'un clan d'un même village.

[9] Traditionnellement dans cette région, on cultive du riz l’été en bas de versant, du maïs puis de l’éleusine (sorte de millet) en milieu de versant au printemps, du blé et de l’orge l’hiver en haut.

[10]  Voir à ce sujet par exemple Ives J.D (1987) ; Ives J.D. et Messerli B. (1989), et Smadja J. (1995).

[11] Une analyse plus détaillée de ces transformations agricoles ont été publiées notamment dans Ripert (2003).

[12] On observe ce phénomène également à l'échelle de la maisonnée, à l'intérieur desquelles apparaissent parfois des cloisons permettant de distinguer des espaces appropriés. On peut rapprocher cette transformation d'un processus d'individualisation qui s'opère aussi à l'intérieur des familles.

[13] La comparaison a porté sur les productions de 1994 par rapport à celles de 1984, évaluées précisément pour 20 exploitations de Salmé considérées comme représentatives, et plus approximativement pour une centaine d'autres dans le même village et dans l'Ankhu Khola.

[14] Pour plus de détails sur ces migrations et les conséquences sur les liens d'appartenance au territoire des migrants, voir Ripert (2013) pour les Tamang, et plus généralement Toffin et Pfaff (2011 ; 2014). Sur les migrations dans l'Himalaya, voir par exemple Bruslé et Aubriot (2012), et en Asie du Sud, voir le numéro thématique “South Asians on the move: migratory spaces and place building in the south Asian diaspora”, South Asian Multidisciplinary Academic Journal, 2012, Varrel A. et Bruslé T. (eds).

[15] Tristan Bruslé a publié plusieurs articles (2012 a, b) sur les migrations de Népalais partis dans le Golfe et sur leurs conditions de vie dans les camps de travail.

[16] On observe en 2015, après de longs séjours en milieu urbain loin de chez eux, un retour de jeunes migrants vers leur culture d'origine dans un contexte de réaffirmation des identités ethniques très présent actuellement à Katmandou.

[17] Pour plus de détails sur le processus de conversion de ces Tamang et sur ses conséquences, voir Ripert (1997, 2006, 2014).


Pour compléter

Ressources bibliographiques :
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Ressources webographiques :
Mise en oeuvre en classe : 
  • Un scénario pédagogique sur le site de l'Académie de Paris, par Jean-Luc Kharitonnoff : Habiter Salmé, 6e

 

 

Blandine RIPERT,
CNRS, Centre d'Etudes de l'Inde et de l'Asie du Sud (CNRS-EHESS)

 

 

Conception et réalisation de la page web : Marie-Christine Doceul,
pour Géoconfluences, le 4 mars 2015.

Pour citer cet article :  

Blandine Ripert, « Un processus de mondialisation observé à l'échelle locale au Népal central : transformations agricoles, économiques, politiques et sociales au bout du monde », Géoconfluences, mars 2015.
https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/le-monde-indien-populations-et-espaces/articles-scientifiques/un-processus-de-mondialisation-observe-a-lechelle-locale-au-nepal-central