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Abattis agricole, abattis-brûlis

Publié le 01/02/2022

L'abattis agricole est un mode traditionnel extensif de mise en valeur consistant à abattre et brûler la forêt d'une parcelle pour la mettre en culture puis à l'abandonner pour permettre la reconquête forestière. La forêt, coupée, brûlée, puis replantée en espèces nourricières, fournit la part d'alimentation végétale indispensable aux communautés rurales qui pratiquent l'abattis. Elle semble constituer une réserve d'espace sans limite sauf celle de l'accessibilité. Les cultivateurs procèdent à des rotations de terres afin de laisser celles-ci en jachère suffisamment longtemps (8, 9 ou 10 ans) pour permettre aux sols de se reposer et à la végétation de se régénérer.

En début de saison sèche, le cultivateur choisit un terrain bien drainé. Il coupe à la machette les arbustes, les lianes et les plantes recouvrant le sol. Ensuite, il abat à la hache ou à la tronçonneuse les arbres qui ne présentent pas d'intérêt. Il conserve ceux dont on peut tirer un produit ou un avantage : les troncs très fins peuvent faire fonction de tuteurs aux haricots et autres ignames. À la fin de la saison sèche, le cultivateur met le feu à l'ensemble. L'incendie détruit en partie la biomasse (la végétation coupée et laissée sur place), mais épargne les arbres laissés debout. Des troncs et des souches carbonisés, mais pas entièrement consumés, gisent au sol. Ces troncs restants, apparemment abandonnés pêle-mêle, répondent en vérité à une logique. Ils freinent le ruissellement des eaux de pluie et les racines des souches limitent l'érosion de la couche d'humus en la retenant. Derrière l'apparente désinvolture de l'agriculteur peu enclin à « nettoyer » sa terre, se dissimule, en fait, un grand savoir-faire. Le feu détruit les insectes nuisibles et les graines des mauvaises herbes. Il enrichit le sol par des éléments nutritifs contenus dans les cendres. En début de saison des pluies, le paysan sème ou repique une dizaine d'espèces de plantes : manioc, riz, dachine, maïs, igname, piment, gingembre, canne à sucre, ananas, bananier, citronnier.

abattis brulis Source de l'illustration : d'après Paralieu, 1991. Réalisation : Hervé Parmentier, Géoconfluences, 2005.

Cette polyculture lui garantit une production suffisante, y compris en cas de mauvaises conditions météorologiques, car il est rare que toutes les plantes subissent les mêmes pertes. Les associations végétales dépendent des populations et de leurs coutumes : en Guyane, on distingue ainsi les abattis sante-luciens, créoles, boni, etc. Dès la seconde année, il faut préparer un nouveau terrain, car très rapidement le recrû des végétaux et l'invasion d'insectes, comme les fourmis-manioc, compromettent la récolte future. Le travail d'entretien, de sarclage, de désherbage, exige beaucoup d'énergie. En général, après la troisième année, au plus tard, l'abattis est abandonné pour une période d'une dizaine d'années. La végétation secondaire reprend le dessus. À l'issue des dix ans, il sera possible de cultiver à nouveau, grâce à une quantité suffisante de végétaux à brûler.

Patrick Blancodini, mars 2005.


Références citées
  • Paralieu Nathalie (1991), Dynamique d'occupation et de mise en valeur agricole le long des axes routiers de la commune de Mana (Guyane), mémoire, université de Bordeaux III.
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