Exposition internationale (universelle, spécialisée)
Les expositions universelles et les expositions spécialisées sont des manifestations culturelles, touristiques et économique d’envergure mondiale et jouant un rôle majeur dans le rayonnement des États, en particulier organisateurs, mais aussi les états présents, représentés par des pavillons. Il s’agit d’événements d’une ampleur comparable aux Jeux olympiques ou aux mondiaux de football.
Généralement, le parc d’exposition se conçoit comme un quartier en périphérie d’une métropole avec les caractéristiques d’une écocité plus ou moins normées en fonction des Objectifs du développement durable (ODD 2030), dédié au divertissement culturel, aux rencontres diplomatiques et aux relations publiques d’entreprise. Ces dernières sponsorisent de plus en plus la construction des pavillons nationaux et bénéficient de la vitrine de la manifestation par des scénographies publicitaires. Les expositions évoluent pour devenir un événement hybride s’attribuant les caractéristiques d’un salon mondial du tourisme, d’un congrès international scientifique, d’une convention à but humanitaire avec des organisations non gouvernementales ou bien d’une foire avec la présence d’entreprises transnationales et de collectivités locales (Ballester, 2020).
Sur le plan institutionnel et réglementaire, le Bureau international des expositions (BIE), créé par la Convention de Paris de 1928, régule la tenue des manifestations en distinguant les expositions universelles « enregistrées » des expositions spécialisées « reconnues ». Les expositions universelles s’appuient sur des thèmes d’envergure mondiale comme la ville de demain (Shanghai 2010), l’alimentation (Milan 2015) ou l’innovation et la santé (Osaka 2025) mobilisant une centaine d’organisations et de pays participants. Les pavillons se déploient sur un site unique, généralement un grand parc en périphérie urbaine, dépassant fréquemment 200 à 400 hectares, durant six mois et accueillant des millions de visiteurs (50 millions pour Paris 1900, 44 millions pour New York 1939, 64 millions pour Osaka 1970, 73 millions pour Shanghai 2010 et une prévision de 40 millions pour Riyad 2030). Quant aux expositions spécialisées, elles accueillent un nombre plus restreint de pays, ont une fréquentation moindre (entre 5 et 10 millions de visiteurs) et se déploient sur des superficies plus réduites (35 hectares) pour une durée de trois mois avec des thèmes spécifiques comme « l’eau et le développement durable » pour Saragosse 2008 ou bien « jouer ensemble, le jeu, le sport et la musique comme un outil de connexion et d'inclusion » pour Belgrade 2027.

Document 1. Carte des expositions internationales universelles et spécialisées, 1851–2030, avec le nombre de pays présents représenté en cercles proportionnels. Données disponibles sur Wikipédia, revues par Patrice Ballester. Carte de Jean-Benoît Bouron, Géoconfluences, 2026.
L’invention de cette pratique moderne d’exposer les savoir-faire d’une nation revient à la France et au ministre de l'Intérieur du Directoire, François de Neufchâteau, décidant de proposer en 1798 la première exposition nationale française posant les principes d’une mise en scène du progrès, de l’industrie manufacturière et de l’innovation comme instrument politique, économique et pédagogique pour raviver les forces vives du pays et légitimer une bourgeoisie triomphante. Onze expositions nationales se succèdent à Paris jusqu’en 1849 et deviennent un modèle pour l’Angleterre et le Prince Albert avec les membres de la Chambre de commerce de Londres qui proposent entre le 1er mai 1851 et le 11 octobre 1851, The Great Exhibition of the Works of Industry of All Nations, la Grande Exposition des produits de l'industrie de toutes les nations à Hyde Park, au sein du Crystal Palace, une structure révolutionnaire en verre et en fonte conçue par Joseph Paxton. L’édifice réunit 25 pays et plus de 14 000 exposants, mais surtout atteint une fréquentation de plus de 6 millions de visiteurs, soit l’équivalent d’un tiers de la population britannique, un chiffre inédit pour l'époque. Londres 1851 pose les fondations de cette tradition à l’échelle mondiale, car pour la première fois, une exposition se veut universelle, rassemblant les nations et les colonies, des compagnies étrangères et un savoir-faire dans une architecture spectaculaire dédiée à l’inventaire raisonné du progrès humain et des produits manufacturés pour une fête populaire (Ory, 2010). Cependant, la vision de la mondialisation portée par ces manifestations demeure profondément occidentale, à l’origine centrée sur le commerce et la domination technologique puis coloniale. Elles restent représentatives de la période 1851–2000, marquée par la puissance impériale (Second Empire pour la France) et industrielle de l’Europe, de l’Amérique du Nord et du Japon. À ce jour, aucune métropole latino-américaine, d’Afrique ni d’Asie du Sud-Est n’ont tenu une exposition du BIE, donnant ainsi une image incomplète de l’économie-monde. Néanmoins, cette pratique occidentale se voit reproduite par les pays du Sud global dont les émergents riches des pétromonarchies d’Arabie et d’Asie centrale (Astana 2017, exposition spécialisée) et surtout la Chine, un géant industriel émergé. Shanghai 2010 voit la participation quasi exhaustive de tous les États du monde dans un pays dominant les échanges commerciaux internationaux. Quant à Doubaï 2020, la cité-État inscrit pour la première fois une exposition universelle au cœur de la zone Moyen-Orient – Afrique – Asie du Sud du BIE, affirmant cette région comme un nouvel espace stratégique post-hydrocarbure à moyen terme malgré le terrorisme et les conflits régionaux (Semple, 2017). L’exposition universelle de Riyad 2030, avec son thème « Imaginer demain » est un calque du thème de New York 1939 « Construire le monde de demain » qui fois prolonge cet élargissement géographique, mais montre aussi la volonté d’imposer une nouvelle vision du monde par des acteurs non occidentaux. L’idéologie dominante de ces expositions reste à la fois techniciste et solutionniste pour résoudre les problèmes notamment environnementaux, ne remettant pas en cause le consumérisme de masse et faisant intervenir des déplacements aériens internationaux pour une durée parfois très courte dans le cadre d’un tourisme de masse assumé et mobilisateur des investisseurs. D’ailleurs, le BIE questionne le développement dit durable des États et des villes à partir de sa première exposition spécialisée à Spokane 1974 avec comme slogan « le Progrès sans pollution » et la restauration des rivières. Depuis, les thèmes environnementaux reviennent dans nombre de candidatures. À ce titre, cette pratique est révélatrice des enjeux et des contradictions philanthropiques à l’échelle planétaire, tout en renforçant les logiques de connexions intercontinentales, de diplomatie culturelle et de relations économiques Sud–Sud et Nord–Sud.
Les expositions questionnent aussi sur leurs conséquences à court, moyen et long terme. Elles constituent une ambition géopolitique, un rite de passage pour des États et des métropoles parvenues à un nouveau stade de développement économique et social. Les villes hôtes cherchent à affirmer leur statut international, leur capacité organisationnelle et leur attractivité économique. Elles s’inscrivent à la fois dans une stratégie diplomatique, mais aussi dans la construction d’une image de marque d’un État où le projet des principaux acteurs politiques et économiques est de construire une mise en scène et en récit positive, un objet de communication étatique et de puissance douce (soft power) par excellence. Elles constituent des événements urbains éphémères de très grande ampleur avec des répercussions urbanistiques, paysagères (jardins), économiques et immobilières très importantes. Les sommes investies sont conséquentes, entre 2 et 4 milliards d’euros, avec la construction de nouveaux quartiers et d’infrastructures comme les parcs de conventions et de foires pour les voyages de motivation et de stimulation dans le tourisme d’affaires. En outre, comme pour les Jeux olympiques modernes, les débats sur les héritages matériels et immatériels sont nombreux : avant, pendant et après l’exposition, la soutenabilité est questionnée (empreinte carbone, transports, durabilité des aménagements et des monuments, même si certains sont pérennisés comme la tour Eiffel ou le parc Ghibli à Aichi au Japon).
Les expositions internationales sont un marqueur spatial ponctuel et limité de la mondialisation contemporaine, néanmoins elles révèlent à l’échelle planétaire les grandes préoccupations d’un « village global » durant le temps de l’événement, mais aussi les déplacements des centres de pouvoir, des flux touristiques, des stratégies d’influence complexes (smart power) et des imaginaires géopolitiques.
Patrice Ballester, janvier 2026. Dernière modification (JBB), janvier 2026.
Références citées
- Ballester, Patrice, 2020. « Les expositions universelles, entre éco fictions et paysages du progrès ? Dubaï 2020 & Osaka 2025 ». Sociétés, 2020/2 n° 148, p. 57–72. DOI : 10.3917/soc.148.0057.
- Semple, Laure, 2017. « Dubaï 2020 : Exposition universelle et fabrique de la ville mondiale ». Population & Avenir, 2017/4 n° 734, p. 17–19. DOI : 10.3917/popav.734.0017.
- Ory, Pascal, 2010. « Les Expositions universelles, de 1851 à 2010 : les huit fonctions de la modernité ». Temps croisés I, édité par Duanmu Mei et Hugues Tertrais, Éditions de la Maison des sciences de l’homme.
Pour compléter avec Géoconfluences
- Clara Loïzzo, « Sport power : le football comme outil d’image et levier d’influence de l’Arabie Saoudite », brève de Géoconfluences, septembre 2023.
- Laure Semple, « Le mégaprojet du Dubai Water Canal : fabrique d’une ville mondiale à travers la construction d’un réseau touristique », Géoconfluences, janvier 2017.
- Aurélien Delpirou et Dominique Rivière, « Réseau urbain et métropolisation en Italie : héritages et dynamiques », Géoconfluences, décembre 2013.
- Charles-Edouard Houllier-Guibert, « Ville internationale, image internationale : le cas de Montréal. Partie 1 : L’internationalité de Montréal par les aménagements urbains », Géoconfluences, mai 2010.







