Vous êtes ici : Accueil Actualités Éclairage Les Jeux Olympiques de Rio 2016 : un héritage mais au profit de qui ?

Les Jeux Olympiques de Rio 2016 : un héritage mais au profit de qui ?

Publié le 06/07/2016
Auteur(s) : Pascal Gillon, maître de conférences en géographie, Laboratoire Théma UMR 6049 CNRS, Université de Bourgogne-Franche-Comté
Voir l'article d'Hervé Théry, Rio de Janeiro, portrait géographique, 2016
Consultez aussi notre sélection de ressources classées, juillet 2016

À travers l'extrait ci-dessous du dossier de candidature de Rio à l'organisation des Jeux olympiques (JO) de 2016, apparaissent les motivations de la ville pour accueillir l’événement le plus médiatique au monde avec la Coupe du Monde de football qui s’est tenue aussi au Brésil, en 2014, avec une finale au Maracana, le stade emblématique de Rio (mais sans l’équipe du Brésil...).

Complément 1 : extrait du dossier de candidature de la ville de Rio à l'organisation des Jeux olympiques

Il s'agit d’abord de renforcer l’image de cette ville déjà connue pour son « esprit festif » (Carnaval de Rio au Sambodrome et fête du Nouvel An sur la plage de Copacabana), son sens de l’accueil et son site unique (Pain de sucre, Corcovado, Copacabana …) [voir H. Théry, « Rio de Janeiro, portrait géographique »], trois éléments importants du « marketing urbain ». Dans le même ordre d’idées, mais à une autre échelle, l’obtention des JO après la Coupe du Monde de football parachève le changement symbolique de statut du Brésil, qui affirme ainsi aux yeux du monde son entrée dans la cour des grandes puissances et confirme son statut « d’émergent » [1]. S'y ajoute l'ambition de développer un héritage ("legacy") pour la population de Rio grâce au développement d’infrastructures sportives et de communications au sens large et grâce à l’amélioration de l’environnement, facteurs de bien-être. Enfin, cette manifestation sera un catalyseur pour le développement économique de la ville : une exposition médiatique d’une telle ampleur doit favoriser le tourisme, secteur d’activité important pour la ville, la politique des grands travaux soutiendra la croissance de l’économie et l’amélioration des infrastructures offrira un meilleur environnement pour les entreprises.

Ce discours sur les retombées des grands événements est désormais classique et bien rôdé. Il est attendu que, lors de la compétition, les villes candidates présentent au Comité International Olympique (CIO) les aspects les plus favorables des impacts des JO. Toutefois, l’histoire des Jeux est plus ambivalente : elle est émaillée d’échecs retentissants (Montréal, Moscou ou Athènes) mais aussi de succès probants (Los Angeles, Barcelone ou Londres), montrant ainsi que le succès de l’organisation est une alchimie complexe et qu’il dépend de la prise en compte des critères d'héritage dans l'évaluation de la candidature. À un peu moins de 2 mois des Jeux de Rio, il est possible de porter un premier regard sur l’organisation de cet événement au travers d’une série d’impacts, le bilan final ne pouvant être tiré que quelques années après la cérémonie de clôture.

Pour analyser ces impacts, il faut, dans un premier temps, examiner la logique spatiale qui a prévalu dans la localisation des sites olympiques. La candidature de Rio présente des sites éclatés ce qui a de lourdes conséquences, entre autres sur le plan des transports, mais pour autant, n'est pas sans justifications. Dans un second temps, nous questionnerons la politique de répartition des équipements sportifs et le devenir de ces derniers. À de trop nombreuses reprises les villes organisatrices ont hérité d’"éléphants blancs" et nous verrons si Rio peut échapper à ce destin. Dans un troisième temps, nous étudierons la stratégie de rénovation urbaine du quartier du port, qui vise à utiliser l’image des Jeux pour attirer des investissements et changer l’image d’un quartier en pleine déshérence, à l'image de l’expérience passée de Barcelone et de Londres. Enfin, nous dresserons le bilan des impacts liés aux transports pour finir sur les points sensibles du dossier de Rio qui sont la gestion de la sécurité et les conséquences des travaux sur la population résidente.

Retour en haut de page

1. La logique d’organisation spatiale des jeux : un système éclaté

Carte de présentation du concept des Jeux olympiques à Rio

Source : Dossier de candidature de la ville de Rio, Concept général des Jeux Olympiques, vol. 1, p.3

Le projet présenté par Rio de Janeiro est basé sur un éclatement des sites en 4 noyaux dispersés dans l’agglomération, en opposition avec le concept de concentration des infrastructures sur un site principal, défendu par les candidatures concurrentes de Madrid, Chicago et Tokyo. Cette organisation spatiale s'explique par le potentiel « scénique » considérable de Rio (noyau de Copacabana et Flamengo avec les célèbres plages et le Pain de sucre, le Lagoa Rodrigo do Freitas dominé par le Corcovado), mais aussi par la présence d'infrastructures déjà existantes comme le Sambodromo, le Maracana et le stade Engenhao, dépourvues de sites d’extension à proximité. Un choix politique lourd a donc été fait de développer le noyau principal sur la zone de Barra de Tijuca, quartier très aisé de l’agglomération et en contrepartie (?) de développer la zone de Deodoro, zone d'habitat plus pauvre mais où un foncier important est disponible.

Rio 2016, vidéo de présentation des installations

Source : Rio 2016, 9'33

Un projet favorisant Barra de Tijuca

Barra de Tijuca, est une zone lagunaire et sableuse, restée pendant très longtemps répulsive car impropre à l’agriculture. Il a fallu attendre 1969 pour que l'urbaniste Lucio Costa soit chargé de concevoir un plan pilote pour développer ce quartier. Ce plan, basé sur une vision fonctionnaliste et tout-voiture, a donné un caractère spécifique à ce quartier d'architecture moderne, desservi par de grandes avenues et relié au centre-ville par une autoroute qui passe par Leblon et Copacabana. Dans les années 1990, le développement de la ligne Amarela, qui relie Barra à l’aéroport international situé sur l’Ilha do Governador, a rattaché encore plus ce quartier à la partie centrale de l’agglomération.
Barra est un quartier connu pour son "shopping mall", l'un des plus grands d’Amérique Latine et a attiré depuis plus d’une décennie de nombreuses entreprises et sièges sociaux. Fort de son image calquée sur le modèle nord-américain, Barra connaît un développement rapide. Les "condominiums" ou  "gated communities" destinés à une population aisée s'y sont multipliés alors que les favelas sont présentes seulement en périphérie avec la Cidade de Deus et dans la zone de Curicica. Barra participe à la ségrégation socio-spatiale de la métropole brésilienne.
Le développement du noyau principal dans cette zone renforce le quartier et tend à soutenir son développement : « Barra, le coeur des Jeux, dans un quartier en expansion qui nécessite des aménagements considérables en matière d’infrastructure et de logement. La construction du village olympique, du village des médias, du CPP/CIRTV et des sites sportifs qu’il est proposé de regrouper dans le Parc olympique, correspond tout à fait à ce besoin [2] ». Le village olympique donne lieu à une vaste opération immobilière composée de 31 immeubles de 17 étages et qui fournira 3 600 nouveaux logements de standing dans la zone. La crise économique qui touche le Brésil depuis plus de 2 ans arrive au mauvais moment pour les promoteurs qui pensaient, il y a encore quelques temps, revendre ceux-ci à des prix élevés (environ 600 000 € l’appartement). Le parc olympique rassemble, quant à lui, les principales installations nouvelles.

Le noyau de Barra tel que présenté dans le dossier de candidature

Source : Dossier de candidature,  vol. 2, p 36-37

La zone de Maracana, quelle enveloppe spatiale ?

Le noyau de Maracana est immense sur la carte. Il comprend le stade Joao Havelange, rebaptisé stade Nilton Santos [3] mais plus connu sous le nom d’Engenhão, le complexe du Maracana et le Sambodrome. Dans le dossier de candidature, le noyau est étendu au port de Rio : « Maracanã, la zone la plus densément peuplée, avec le stade d’athlétisme et le stade de Maracanã qui abriterait les cérémonies d’ouverture et de clôture. Le plan prévoit le vaste réaménagement du port de Rio de Janeiro et la redynamisation de toute la zone ». La zone portuaire n’accueillera pas d’épreuves sportives, mais elle est en partie incluse dans l’ellipse parce que la ville de Rio s’est inspirée de Barcelone qui a réussi une opération de requalification de sa zone portuaire à l'occasion des Jeux de 1992.

Le noyau du Maracana tel que présenté dans le dossier de candidature

Source : Dossier de candidature,  vol. 2, p. 100-101

Copacabana, l’exploitation d’un formidable potentiel de communication

Le troisième noyau regroupe tous les éléments iconiques de la cité : les plages, le Pain de Sucre et le Corcovado. N’oublions pas que les Jeux constituent un produit télévisé vendu fort cher aux médias et que ceux-ci sont particulièrement sensibles à cette dimension de même que les annonceurs et les sponsors. Or le CIO a besoin du soutien de ces annonceurs [4].
« Copacabana, important centre d’intérêt touristique, accueillerait les sports extérieurs sur des sites temporaires, pour la plupart sur sa célèbre plage ». Les épreuves sportives de plein air (marathon, marche, course cycliste, triathlon, beach volley …) permettent à la fois des déambulations dans la ville et des plans de caméra époustouflants sur le front de mer et les montagnes environnantes.
Comme Barra, cette zone est caractérisée par un habitat de classes moyennes supérieures à aisées, mais elle possède aussi des favelas implantées sur les pentes des morros, non loin du centre qui offre de multiples possibilités d’emplois, la plupart informels. Cette situation n’est pas sans poser des problèmes de sécurité, du fait de la criminalité liée aux multiples trafics dans les favelas.
Rio 2016, vidéo de présentation de la ville lors de la candidature

Source : Comité Rio 2016, 2009, 2'23

Deodoro, l’alibi social ?

Le dernier noyau est constitué par une zone périphérique du nord-ouest de la ville, « Deodoro, dépourvu d’infrastructures et comptant la plus forte proportion de jeunes. La construction de nouveaux sites pour les Jeux ouvrirait d’importantes perspectives d’avancées sociales. ». Cette présentation du dossier de candidature suggère que les organisateurs ont voulu en quelque sorte « rééquilibrer » socialement la candidature en offrant à un quartier plus pauvre et plus jeune des infrastructures sportives, en contrepoids de la localisation du cœur des Jeux à Barra. Ce discours s'inscrit dans la rhétorique du lien entre équipements sportifs et développement social de la jeunesse. On est en droit de se demander si la construction d’écoles, de centres de soins gratuits, de réseaux techniques (électricité, tout-à-l’égout, etc) ne serait pas à même d’apporter un traitement social aussi efficace.
Au-delà de ce discours, Deodoro est une zone qui offre plusieurs atouts : c’est tout d’abord un quartier militaire reconnu pour sa « tranquillité », qui possède par ailleurs des terrains d’entraînement offrant un foncier peu cher, et où des installations sportives ont été implantées lors des Jeux panaméricains de 2007.

Deodoro, l'ancien camp d'entraînement militaire

Ce site avait été aménagé pour servir à l'armée de lieu d'entraînement à l'intervention en milieu urbain.

Le noyau de Deodoro tel que présenté dans le dossier de candidature

Source : Dossier de candidature,  vol. 2, p. 114-115

Retour en haut de page

2. Une politique raisonnée d'infrastructures sportives ?

Presque toutes les éditions des Jeux olympiques présentent des installations dont on ne sait que faire une fois les épreuves terminées [5]. D'une édition à l'autre, le coût des infrastructures s'accroît car les fédérations internationales développent des normes de plus en plus complexes et exigeantes. L’exemple du « cube d’eau » de Pékin est emblématique puisque cette piscine olympique a été transformée en parc à thème 3 ans après les Jeux car elle était devenue un gouffre financier. À Athènes, les stades ayant accueilli le baseball et le softball, sports quasi inexistants en Grèce, sont maintenant abandonnés, de même que la rivière olympique, destinée à l’épreuve de canoë en eaux vives, qui devait être reconvertie en parc d’attraction avec pratique du rafting [6]. La question n’est pas de savoir s’il y aura des éléphants blancs mais combien et dans quelle proportion. Les villes candidates sont donc amenées à anticiper et à mieux réfléchir à l’après JO. Rio de Janeiro propose plusieurs solutions.

Une réutilisation des investissements liés aux Jeux panaméricains de 2007

L’organisation des Jeux panaméricains de 2007 a obligé la ville de Rio à construire toute une série d’infrastructures qu’elle a habilement intégrées dans son dossier de candidature :

  • la piscine qui accueillera les épreuves de plongeon et l’Arena Olímpica do Rio [7] celles de gymnastique dans le parc olympique
  • le stade Nilton Santos qui accueille aujourd'hui le club résident de Botafogo sera le stade de l’athlétisme
  • le centre de tir et certains équipements pour l’équitation à Deodoro.

On peut y ajouter les pavillons du centre d’exposition de Rio Centro qui accueilleront de nombreuses compétitions et le Maracana qui a été refait « à neuf » pour la Coupe du Monde de 2014.
Ces installations ont dû être mises en conformité avec les exigences des fédérations internationales : ainsi la piscine, qui accueillera le plongeon, aurait dû avoir un toit, mais la crise financière est passée par là au grand dam de la fédération internationale.

Des infrastructures démontables

Toute une série de compétitions seront organisées dans des installations temporaires qui seront démontées à la fin des Jeux olympiques et paralympiques : que ce soit le beach volley sur la plage de Copacabana, les épreuves d’aviron sur le Lagoa ou le tir à l’arc qui se déroulera au Sambodrome. La piscine olympique sera reconfigurée après les Jeux. Enfin la disparition du baseball et du softball du programme olympique n’a pu que satisfaire un pays où ce sport n’est pas présent. Cette tendance se retrouve aujourd'hui dans toutes les candidatures et montre que les villes candidates ont appris des erreurs de leurs aînées.

Un village olympique basé sur un PPP

Les investissements nécessaires à l'accueil de 10 000 athlètes, plus les cadres qui les entourent soit près de 18 000 personnes, durant une quinzaine de jours, est considérable. Les villes olympiques doivent ensuite reconvertir ces logements et c’est alors l’occasion de développer de nouveaux quartiers ou de mener des opérations de requalification urbaine. Londres a ainsi choisi de rééquilibrer en partie son agglomération en positionnant le noyau des JO de 2012 dans une zone péricentrale « déprimée » économiquement et socialement puis en transformant le village olympique en 2 800 logements dont un tiers réservé à l’habitat social [8]. Pour les JO, le choix a été de développer le village à proximité du parc olympique, pour le confort des athlètes, et à proximité de Barra avec une connectivité forte par l’Avenue S. Allende, dans le cadre agréable du Lagoa de Jacarepagua. Le standing des appartements est plus élevé que pour les Jeux panaméricains, CIO oblige …
Village d'athlètes des Jeux panaméricains reconverti

Le village d’athlètes construit à Barra en 2007 a été reconverti en habitat de milieu de gamme.

La construction a été négociée sur le principe d’un partenariat public-privé (PPP) et a été confiée au consortium Ilha pura, composé des entreprises Carvalho Hosken et Odebrecht. Carvalho, l'un des plus importants promoteurs immobiliers de Rio et du Brésil, possède le terrain et construit le village avec Odebrecht, le n°1 brésilien du BTP. Le consortium revendra en 2017 les appartements sur un secteur haut de gamme. Dans la vidéo et la plaquette de présentation [9], on peut voir l’argumentaire utilisé pour la promotion de ce quartier : l’accessibilité à Barra et à Rio plus généralement, grâce aux investissements publics dans les bus rapides, les aménités naturelles du lac, du parc olympique et la dimension sécuritaire d'un environnement sans favelas proches. Ce consortium pourrait bien être le véritable bénéficiaire des Jeux avec une plus-value à prévoir sur la vente des appartements.

De futurs "éléphants blancs" ?

Certaines infrastructures à Rio ne devraient pourtant pas échapper à un futur sombre :

  • la rivière artificielle placée à Deodoro aura sûrement beaucoup de mal à être reconvertie, sachant que le public jeune avancé dans le dossier de candidature de Rio appartient à une population pauvre qui n’aura pas les moyens d’y accéder. Située à Barra cette installation aurait peut-être pu trouver son public. Sur le même site, la piste de BMX ne devrait pas non plus être très utilisée.
  • Le vélodrome aura du mal à trouver des pratiquants, le Brésil n’étant pas un pays de cyclisme et encore moins de cyclisme sur piste.

Toute une série d’équipements seront convertis en lieux d’accueils de compétitions internationales (mais les fréquences d’utilisation sont souvent très faibles) et surtout en plate-formes d’entraînement pour les sportifs nationaux, mais les fédérations nationales et l’État auront-ils la capacité financière pour assumer les coûts d’entretien sur une longue durée ?

L'environnement, un volet oublié ?

Plus aucune candidature aux Jeux ne peut se permettre de minorer la dimension environnementale dans son dossier. Toutefois, au-delà de la rhétorique attendue sur des Jeux propres, écologiques, sur l’approche intégrant le développement durable, il y a la réalité et Rio ne brillera pas particulièrement sur ce volet.
Le premier accroc de taille est lié à l’arrivée du golf aux Jeux olympiques. Lors de la candidature, le golf ne faisait pas partie des épreuves olympiques. Mais en 2009, en même temps que Rio était désignée, le CIO a voté l’intégration du golf et du rugby à 7 dans les JO de 2016. Rio a donc dû ajouter cette installation dans les équipements. Deux golfs pouvaient potentiellement accueillir l’épreuve olympique mais la fédération internationale et le CIO n’étaient pas favorables à ceux-ci. La ville a donc proposé de construire un golf à … Barra de Tijuca (dans ce cas particulier, l’équipement sera en adéquation avec le public potentiellement intéressé). C'est oublier qu'une partie du futur terrain appartient à une aire de protection naturelle. En effet, cette zone représentative du biome de la Mata Atlântica, forêt atlantique résiduelle dont il ne reste que 10 % de la superficie originelle au Brésil, est sous la protection de la loi fédérale (n°11428/06) qui n’en autorise la destruction qu’à titre exceptionnel et pour un projet d’utilité publique, après étude d’impact (art. 20). De plus, cette zone naturelle comprend environ 300 espèces dont quelques spécimens en danger. Rappelons l’extrait du dossier de candidature de Rio dans le thème 6 sur l’environnement : « Cette initiative inclura la campagne de protection de la forêt atlantique et un niveau zéro de déforestation illégale, pour renforcer les objectifs officiels de régénération dans les zones tampons de Pedra Branca et Tijuca, aux alentours des sites et dans les mangroves des lacs de Barra » [10].

En décembre 2012, le vote d’une loi municipale a levé la protection de la partie réservée au parcours de golf de Marapendi, ce qui a permis de lancer le processus sans étude d’impact et sans justification de l’intérêt public. Le maire Eduardo Paes a justifié cette décision en affirmant que le golf répondait aux conditions d’un équipement durable et que : « […] le golf est important pour attirer les touristes et les hommes d'affaires vers la ville ». Par ailleurs, suite à de vives protestations locales, le maire a précisé que le golf serait public après les Jeux et qu’en compensation de la perte de la zone de Marapendi, un nouveau parc nommé Nelson Mandela serait ouvert sur le cordon dunaire du front de mer et équipé d'aires de récréation pour la population de Barra.
Les travaux de réalisation du golf olympique ont été estimés à 60 millions de reais (quatre fois le prix d’un terrain haut de gamme) et ont été avancés par une société immobilière privée Fiori Empreendimentos. Dans la loi de 2012, la mairie a modifié le coefficient d’occupation du sol dans la partie jouxtant le golf permettant ainsi au promoteur RJZ Cyrela, le plus important promoteur immobilier de Sao Paulo, et l'un des grands donateurs de la campagne électorale de l'actuel maire de Rio en 2012, de bâtir 23 tours de 22 étages au lieu des constructions de 6 étages des quartiers voisins. RJZ Cyrela est donc maintenant en possession d’un terrain très bien placé à Barra sur lequel la construction de condominiums de grand luxe devrait lui assurer d'importantes plus-values [11].
La construction du golf de Marapendi sur la forêt atlantique

Source : Google Earth

Cliquer sur l'image pour démarrer le diaporama en mode automatique.

La qualité de l’eau est l’autre grand point noir environnemental dans l’organisation des Jeux pour Rio. Le dossier de candidature avait annoncé une série d’engagements dont le programme d’épuration de la Baie de Guanabara et le programme d’assainissement de Barra-Jacarepagua dont le but est d’assurer le traitement de 80 % des eaux usées de la ville de Rio jusqu'alors rejetées dans la mer. S'y ajoutent les rejets liés à l’industrie, notamment l'industrie pétrochimique… Or, avec la réduction des dépenses liée à la crise, les objectifs de dépollution sont passés à l'arrière-plan, ce qui n'est pas sans susciter de l'inquiétude pour les épreuves comme le triathlon, la nage en eau libre, la planche à voile et la voile puisque les athlètes seront immergés dans cet environnement toxique.

Retour en haut de page

3. Porto Maravilha, une opération de rénovation urbaine s’inspirant en partie des jeux de Barcelone

La très grande majorité des villes olympiques ont utilisé les Jeux comme un catalyseur pouvant faire avancer des dossiers d’aménagement ou de réaménagement de leur tissu urbain, souvent bloqués depuis des années. L’effet « vitrine » force des instances aux objectifs parfois opposés à se mettre d'accord. De plus, la préparation des Jeux se déroule sous des régimes « d’exception » avec un droit « adapté » permettant parfois de contourner des obstacles anciens. Enfin, certains financements sont débloqués, notamment au niveau national, pour présenter la meilleure image possible.
Ainsi,  les Jeux d'Athènes ont permis la réalisation d’axes de transport qui étaient en projet depuis quasiment trois décennies. Et Barcelone a réussi avec le quartier de Poblenou sa reconquête d’un front de mer.

La reconquête du front d’eau

La zone portuaire de Rio, entrée en crise dès la fin des années 1960, présente des friches logistiques importantes qui ne seront pas réutilisées car la conteneurisation nécessite d’autres types d’infrastructures édifiées dans une autre partie du port. La superficie à reconvertir est considérable. Par ailleurs, les bâtiments anciens dégradés ont attiré des populations très pauvres, plus ou moins organisées en collectifs de familles, pour lesquelles la proximité au centre permet de trouver des emplois informels.
Le port a aussi la caractéristique d’être traversé par la Perimetral, artère de circulation qui relie la partie nord de Rio (dont le nouvel aéroport international) au centre. Cette autoroute urbaine surélevée ouverte en 1960 a apporté des nuisances considérables dans le quartier : pollution atmosphérique, nuisances sonores liées à la circulation automobile, et aussi nuisances visuelles sur le front de mer. Depuis plus de 20 ans, la municipalité a tenté d’intervenir sur ce quartier, sans succès. Mais la pression est grandissante, de la part des promoteurs immobiliers, qui convoitent son accessibilité au centre, comme des acteurs du tourisme, en particulier du secteur de la croisière car l’état de délabrement du port est devenu un repoussoir lors de l’arrivée au Pier Mauá des croisiéristes.
La municipalité a donc saisi l’opportunité des Jeux olympiques pour voter et lancer la première étape d’un ambitieux plan de requalification urbaine. Toutefois, cette opération n’a pas de liens directs avec l’organisation de la manifestation sportive si ce n'est l’hébergement des touristes dans des bateaux de croisière durant la compétition. En effet, le projet Porto Olimpico [12] d’implantation du village des médias sur le port a été abandonné en 2014, faute d’argent.

La Perimetral en front de mer dans le quartier du port

L'autoroute urbaine a longé le front de mer de 1960 à 2013. Aujourd'hui, dans le cadre du projet Porto Maravilha, elle est remplacée par un tunnel autoroutier.

Vidéo de présentation du projet Porto Maravilha

Source : Pindorama Turismo Brasil, 2015, 11'

La gentrification en marche

L’opération de requalification urbaine concerne la Praça Maua, le Pier Maua ainsi que les premières rues attenantes au port. Cette opération reprend tous les codes internationaux :
- une mise en patrimonialisation avec la rénovation du bâtiment historique du port, l’implantation du Museu de Arte do Rio (ouvert en 2013) dans l’ancien Palacete Dom Joao VI à l’abandon, la construction du Museo do Amanha sur le quai qui prolonge la place, par une signature mondialement connue, celle de l'architecte catalan Santiago Calavatra, et la création dans un ancien entrepôt frigorifique de l’Aquario marinho do Rio de Janeiro (AquaRio) qui sera le plus grand d’Amérique latine. S'y ajoute la réhabilitation d’un bâtiment emblématique, l’entrepôt Docas Pedro II, la réfection de toute une série de façades dans le quartier du Morro de Conceiçao, l'un des quartiers les plus anciens de Rio et la mise en valeur des vestiges archéologiques du quai Valongo, lieu de débarquement des esclaves à Rio pendant des siècles, suite aux travaux de réfection des égouts. L’addition de tous ces éléments permet de développer une offre touristique guidée par des circuits piétonniers.
- le développement d’une approche certifiée développement durable à la fois pour les constructions nouvelles qui répondent aux normes les plus récentes en termes d’économie d’énergie, et pour les mobilités : la Perimetral est remplacée par un tunnel routier et en surface par un tramway ainsi que par une piétonisation de la rue jouxtant les hangars rénovés le long du quai.
- la gentrification commence avec les maisons du Morro de Conceiçao en même temps que les squatteurs et marginaux sont expulsés.

« L’alibi olympique » pour attirer les investisseurs ?

Dans les phases ultérieures du projet, tout le quartier du port sera rénové. Pour attirer les capitaux, la mairie investit des sommes considérables pour améliorer l’accessibilité du quartier et changer son image. Ici aussi, elle modifie le coefficient d’occupation du sol pour permettre la construction d’immeubles de grande hauteur. Cette politique commence à porter ses fruits puisque plusieurs opérations lourdes ont été lancées :
- plusieurs hôtels de chaînes internationales ont saisi l’occasion d'un foncier encore abordable à Rio tout en étant bien placé entre les aéroports et le centre. Lors de la candidature en 2009, un réel déficit d’hôtels à Rio avait été souligné. En juillet 2016, pas moins de trois grands hôtels ouvriront leurs portes : AC Hotel / Marriott, Holiday Inn et IbisRio Porto Atlantico, positionnés sur le moyen/haut de gamme, mais sans l’atout des plages.
- un complexe de 4 bâtiments alliant hôtellerie, bureaux et logements pour l’opération Porto Atlantico est développé par le conglomérat Odebrecht. La première phase, Porto Atlantico Leste, est en voie d’achèvement, avenida cidade de Lima, et une seconde tranche est prévue.
- L’Oréal installe son siège pour le Brésil dans un nouvel immeuble de bureaux.
- le grand complexe Moinho Fluminense Mall [13] va regrouper espaces récréatifs (restaurants, cinémas), commercial (shopping mall) et de logements, sur l'emplacement des silos de la multinationale brésilienne de l’agroalimentaire, Bunge. L’opération sera menée par Vinci.
La plupart de ces projets n’ont rien à voir avec les Jeux et participent simplement à la création d’un nouveau Central Business District à Rio. Toutefois, le terme olympique présent à plusieurs reprises dans les dossiers montre l’utilisation de l'événement pour faire avancer des projets.

Retour en haut de page
 

4. « L’anneau de transport », le principal legs pour les Cariocas ?

La disposition éclatée des sites olympiques induit la mise en place d'un système de transports efficace, car le CIO est attentif au confort des athlètes qui ne doivent pas mettre plus de 40 minutes pour rejoindre les sites de compétition. Le village olympique étant situé à Barra, c’est donc ce point qui est le noeud du réseau : même si la candidature présente un « anneau » [14] qui a l’avantage de donner l'image d'un réseau non-centré, l’objectif est bel et bien de relier Barra aux autres sites olympiques.

 
Les nouvelles lignes de transport (bus, métro) mises en place pour les JO
  BRT TransOeste BRT TransCarioca BRT TransOlimpica BRT Trans Brasil Métro ligne 4
Date de mise en service 1/06/2012 1/06/2014 30/06/2016 (partielle) 2017 1/08/2016 (partielle)
Longueur (km) 52 - 63 (extension) 39 23 32 16
Stations 57 – 68 (extension) 47 18 26 6
Trafic (milliers de personnes) 150 – 220 (extension) 320 70 600 300
Durée du trajet 1 heure 1 heure 30 minutes   13 minutes
Gain en temps de trajet 40 % 60 % 75 %   75 %
Coût (milliards de real) 0,9 - 1 (extension) 1,6 2,2 1,5 9,7

Sources : www.cidadeolimpica.rio, sites divers

 
Carte des transports publics à Rio en 2016

Source : MobiRio
Pour voir la carte dans une meilleure résolution, cliquer ici.

L'aubaine olympique pour la ligne 4 du métro

Rio a inauguré sa première ligne de métro en 1979 et n’a pas fait le choix de développer un réseau pour des raisons de coûts mais aussi de lobbying des compagnies de transports concurrents comme les bus. Elle possède 2 lignes : la ligne 1 (en bleu foncé sur la carte) dessert initialement le centre de Rio et se prolonge vers les quartiers sud à vocation touristique (Copacabana, Ipanema, Leblond) et vers les quartiers de classes moyennes plus au nord : la ligne 2 (en bleu moyen) double la ligne 1 et dessert des quartiers plus modestes du nord-ouest de l’agglomération. Une ligne 3 est envisagée depuis des années pour relier Rio à Niteroi jusqu’au complexe pétrochimique de Itaborai (de l’autre côté de la baie de Guanabara, en bleu turquoise sur la carte). Elle doublerait ainsi le pont et répondrait à une demande forte (au moins 400 000 passagers). Durant les 5 dernières années, plusieurs études ont été menées : passage sous la baie ou non, BRT (Bus Rapid Transit system), VLT (ou tramway),  métro. Mais le projet achoppe pour le moment sur le financement, l’appel à un PPP semblant inévitable surtout depuis que le Brésil souffre du faible prix du baril de pétrole.
La ligne 4 (en bleu clair) était aussi dans les cartons depuis longtemps. Dans le dossier de candidature, la ligne de métro n’est pas présente, la liaison étant représentée par un système de BRT [15]. Mais les Jeux ont pesé dans la décision de la construire. Cette ligne prolonge la ligne 1 de 16 kilomètres vers l'ouest, avec la construction de 6 stations, dont celle de Sao Conrado, juste au pied de Rocinha, la plus grande favela de Rio, et celle de Gavea qui pourra servir à la prolongation future d’une boucle revenant sur Botafogo. Ce tronçon double l’autoroute (Lagoa-Barra), le relief rendant difficile l’élargissement de celle-ci.
Les prévisions tablent sur un trafic de 300 000 passagers/jour. Elles estiment que plus de 2 000 véhicules/jour seront retirés aux heures de pointe, limitant la saturation du trafic : en effet, avec le boom économique, le nombre de voitures en circulation a augmenté de 60% dans l’agglomération entre 2001 et 2011. Il faudra 13 minutes en métro pour aller de la station de Barra à Ipanema et 34 minutes pour atteindre le centre de Rio, quand en voiture on peut mettre jusqu’à 2 heures.
La livraison était prévue pour fin décembre 2015. Les travaux ont pris beaucoup de retard et l'État de Rio, à court de financement a obtenu, six semaines avant le début des Jeux, un coup de pouce de l'État brésilien. Les autorités ont annoncé récemment que la livraison aurait lieu le 1er août soit 5 jours avant le début des Jeux, et que son utilisation serait réservée aux passagers qui auront des billets pour les épreuves olympiques. Le transport annoncé gratuit pendant les Jeux sera finalement payant. Le métro montera en régime après les jeux paralympiques de septembre et il faudra attendre décembre 2016 pour la section qui va à Gavea.
Cette réalisation sera incontestablement un héritage important pour le système de transport de l’agglomération mais certains dénoncent l'avantage donné à la zone de Barra au détriment de la ligne 3 par exemple qui ne bénéficiera pas de l’aubaine olympique. D’autres font remarquer que cette ligne va saturer encore un peu plus la ligne 1, déjà au bord de l’asphyxie.

Les BRT, pierre angulaire de la politique de transport

La seconde innovation importante pour la ville de Rio est l’adoption du BRT (Bus Rapid Transit) né au Brésil, à Curitiba dans les années 1970. Il s’agit d’un transport par bus articulé de grande capacité (140 à 180 passagers) en site propre avec des véritables stations (quai avec accessibilité universelle et billettique) et cadencé. C’est une alternative intéressante au tramway et au métro par ses coûts en infrastructures beaucoup moins élevés. Toutefois, cette solution n’est pas viable pour les trafics très importants.

Rio a donc choisi d’implanter ce nouveau système sur trois axes :
- Le BRT Transoeste (en bleu) a vocation à relier les villes les plus à l’ouest dont Campo Grande (350 000 habitants) et Santa Cruz (230 000 habitants) à Barra. Ces villes ont connu une très forte croissance depuis les années 1990 et sont devenues des pôles secondaires de l'agglomération. Elles accueillent des classes moyennes et pauvres. Elles sont déjà connectées à Rio par route avec l’Avenue Brasil qui passe à Deodoro et arrive au nord de Rio, ainsi que par une ligne ferroviaire régionale qui les met respectivement à 60 et 75 minutes du centre de Rio.
Le BRT, ouvert dès 2012, offre un service pour les navetteurs qui divisent par deux leur temps de trajet pour se rendre à Barra (Terminal Alvorada). Cette réalisation sans lien direct avec les Jeux renforce la nouvelle centralité de Barra. Pour améliorer le service, une extension a été réalisée en 2016 pour interconnecter la Transoeste à la ligne de métro 4 et à la Transolimpica.
- Le BRT Transcarioca (en orange) correspond en grande partie au tracé dessiné par l’urbaniste Doxiadis en 1965, dans son Plan Policromático, pour ouvrir des corridors de circulation et relier les quartiers plus éloignés de Rio. Il double en quelque sorte l’autoroute (linha Amarela) ouverte en 1997. Initialement prévue dans le dossier de candidature pour s’arrêter dans le quartier de Penha, la ligne a été prolongée jusqu’à l’aéroport international de Galeo pour obtenir les fonds de la BNDES [16]. Elle possède des interconnexions avec la ligne Supervia (trains urbains) de Belford Roxo (Madureira) et la ligne 2 du métro, et des stations proches des lignes Supervia de Japeri et Saracuruna, ce qui permet aux habitants des quartiers nord d’avoir une solution de transport en commun pour aller à Barra. C’est l'une des seules transversales de transports en commun qui permet de compléter les radiales déjà existantes et elle offre l'avantage de desservir toute une série de quartiers qui auparavant avaient une desserte de faible capacité, dont trois favelas (Cidade de deus, complexo de Alemao et Maré). Prévue pour 2012, elle a été terminée en juin 2014 pour la Coupe du Monde.
- Le BRT TransOlimpica (en rose) est indispensable au déroulement des Jeux, puisqu’il aménage un couloir de transit entre le site principal et le site secondaire. La construction a pris pas mal de retard et le tracé a été revu afin de diminuer les coûts. Aux dernières nouvelles, la Transolimpica ouvrira partiellement pour les Jeux, fin juin 2016, avec 3 stations sur les 18 prévues. Ce segment est composé de voies en site propre pour les bus, et d’une nouvelle autoroute (2 X 3 voies) accordée en concession à un consortium pendant 25 ans qui percevra un péage notamment pour l’emprunt des tunnels. Cette ligne est interconnectée à ses deux extrémités seulement et sera surtout utile pour les liaisons méridiennes à l’ouest de Rio. Elle permet, elle aussi, de renforcer la centralité de Barra par rapport aux quartiers environnants.
- Le BRT TransBrasil (en jaune) n’était pas présent dans le dossier des Jeux. Ce dernier a été proposé pour désengorger la pénétrante nord de l’agglomération chargée de près de 800 000 personnes/jour et dont la vitesse moyenne est de 30 km/h sur certains tronçons. Interconnecté avec le Transolimpica et le Transcarioca, il permettra d’atteindre le centre.

Les premiers constats tirés sur les deux BRT mis en service vont dans le sens d’une amélioration des conditions de transports (Instituto de Politicas de Transporte & Desenvolvimento, 2013). Les BRT répondent au besoin de transport collectif des migrants alternants (70 % des utilisateurs). En restructurant l’offre de transport en commun, ilss ont permis de retirer des voitures de la circulation, dans des proportions toutefois assez faibles, et surtout d’améliorer la qualité de la flotte de bus, avec des bus neufs respectant les normes Euro 5, ce qui diminue la pollution atmosphérique. La réduction de la durée des trajets des habitants de Rio de Janeiro représente un gain important en termes d’heures de travail. Cependant, la reconfiguration des itinéraires provoque pour certaines populations des contraintes nouvelles, et le système a connu depuis ses débuts quelques ratés en termes de ponctualité, fréquence et saturation de bus à certains horaires. 

La modernisation du matériel roulant

Outre les nouveaux bus, les nouveaux matériels roulants dans le transport ferroviaire constituent un élément significatif de l’amélioration du système de transport carioca. Pour le réseau Supervia, dont l'exploitation a été concédée en 1998 à une entreprise espagnole puis reprise par un consortium mené par Odebrecht pour la somme de 280 millions de $, les rames les plus anciennes ont été remplacées par des rames climatisées chinoises et françaises (Alstom a développé une usine de montage à Deodoro). Sur les 15 dernières années, le nombre de passagers transportés a été multiplié par 8. Le tramway inauguré en mai 2016 sur la zone du port est de technologie française (Citadis d’Alstom) et 27 des 32 rames seront produites au Brésil. Enfin, le métro a aussi renouvelé une grande partie de ses rames et la ligne 4 aura des rames chinoises (CNR Changchun Railway Vehicles en association avec Bombardier).

Au total, le développement et la reconfiguration des composantes du réseau de transport devrait rester comme l'un des héritages les plus positifs pour l'agglomération de Rio de Janeiro.

Retour en haut de page

5. Entre sécurisation des favelas et évictions liées aux Jeux

L’organisation des Jeux se traduit par un bilan économique plus ou moins positif, une amélioration des infrastructures et des impacts sociaux sur la population de la ville hôte. À Rio, des politiques de "pacification" de favelas ont été conduites afin de diminuer le risque criminel auquel pourraient être exposés les visiteurs.

La politique de pacification à l'épreuve de la diversité des favelas

Le dossier de candidature de la ville de Rio de Janeiro comportait un point noir par rapport aux villes concurrentes : un niveau de violences supérieur aux « standards occidentaux ». Sur ce point, la candidature se devait de rassurer le CIO. L’attribution de la Coupe du monde de football à l’Afrique du Sud puis au Brésil a montré que l'insécurité n’était pas rédhibitoire. Le dossier de candidature insiste donc sur le chapitre du traitement de la criminalité, en annonçant le déploiement de programmes destinés à faire reculer la criminalité dans la ville et le test grandeur nature permis par la Coupe du Monde de football de 2014.
La ville de Rio présente une configuration originale dans la disposition des favelas, puisque certaines sont situées au centre, proches de lieux de compétitions des JO. Ayant initialement absorbé une partie de la croissance urbaine, ces quartiers sont nés sur des lieux inaptes à la construction dans la partie centrale (les morros) et sur des terrains liés à la puissance publique dans la périphérie. Cette présence pose deux problèmes majeurs : d’une part, celui de la violence qui menace les touristes, et d’autre part celui de l’image que le Brésil souhaite diffuser de lui-même à destination du monde entier. Ces quartiers se distinguent en effet par un très faible équipement en infrastructures (adduction d’eau, égouts, réseau électrique, routes goudronnées) et en services de base (santé, éducation, ramassage d’ordures). Ce n'est pas sans raison que les habitants se plaignent d’être les oubliés de la puissance publique. Ces morceaux de villes sont le lieu d'activités informelles dont de nombreux trafics contrôlés par des gangs comme Amigos dos Amigos, Comando Vermelho et Terceiro Comando.

Pour rassurer les organisateurs et les visiteurs potentiels, la puissance publique a entamé la reconquête des favelas en 2008 [voir aussi H. Théry, « Rio de Janeiro, portrait géographique »], en commençant par faire occuper celle de Santa Marta dans la zone sud, par les Unidades de Polícia Pacificadora (UPP). Cette nouvelle politique anti-criminalité dans les favelas se distingue de la précédente qui consistait en des incursions régulières de la police militaire avec pour objectif l'arrestation des malfaiteurs. Les UPP visent d'abord à reconquérir le terrain et en expulser les trafiquants afin de rétablir un état de droit et d’éviter que les armes ne circulent et n'arrivent dans les mains des plus jeunes. Le second objectif, avancé par les autorités, est d’améliorer la vie des habitants en développant de nouveaux services de base (programme "Rio+social" [17]) et en rendant formelle l’activité commerciale. Pour ce faire, Rio de Janeiro a obtenu des moyens importants de la part de l’État fédéral et a mobilisé une partie de l’argent venant des taxes liées à la nouvelle activité pétrolière de la région (découverte des gisements géants au large de Rio). Le nombre de policiers a été augmenté et leur formation a été revue afin de mieux gérer la relation avec les habitants.
Les premières occupations par la police ont été des succès. À l’échelle de l’État et de la ville de Rio de Janeiro, les statistiques de morts violentes [18] sont en baisse significative : près de 8 000 morts par an dans l’État au début des années 1990 contre environ 5 000 sur les cinq dernières années, soit en considérant l’augmentation de la population une division par deux du taux d’homicide. La baisse du taux est nette à partir de 2008, jusqu'à la remontée depuis les trois dernières années. Mais ce chiffre n’est qu’une moyenne à l'échelle de l’État de Rio : les quartiers nord de Rio ont un taux d’homicide deux fois supérieur à celui des quartiers centraux. À la suite de ce succès initial, la ville de Rio a déployé une quarantaine d’UPP entre 2009 et 2015. Quel bilan peut-il être tiré de ces occupations ?

Il faut prendre en compte la grande diversité des favelas. Elles sont de toutes les tailles (de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d’habitants), sont plus ou moins facilement contrôlables en fonction du nombre d'entrées, ont une population plus ou moins touchée par les trafics et ont une histoire plus ou moins conflictuelle avec les forces de l’ordre. Par ailleurs, les UPP sont diversifiées : certaines unités ont eu à leur tête des responsables qui ont su gérer la relation avec les habitants quand d’autres se sont montrés brutaux voire ont été convaincus de violences gratuites, d’humiliations quotidiennes, de racket et même de corruption. La police brésilienne n’a pas toujours bonne réputation et certains quartiers ont été reconquis par des milices issus des rangs policiers qui monnayaient leur protection auprès des habitants.
Chaque occupation est donc un cas unique avec des paramètres propres, mais en suivant les analyses du programme RioOnWatch [19], on peut distinguer plusieurs types :
- une reconquête de la favela assurant une réelle pacification. Les gangs n’ont plus de prise affirmée sur la zone ce qui ne supprime pas pour autant complètement les trafics. Associée à des investissements sociaux, l’image de la favela change et de nouvelles activités se développent. Pour les favelas de la zone sud, proches du « gisement » touristique, se produit une mise en tourisme et pour certaines d’entre elles comme Babilônia/Chapéu-Mangueira, Vidigal ou Cerro Corápar un processus de gentrification.
- une situation intermédiaire, avec un calme relatif. Mais l’État n’y ayant pas investi dans de nouvelles infrastructures suite aux restrictions budgétaires, la trajectoire de la favela est susceptible de basculer en fonction d’incidents liés aux interventions policières. C'est le cas de Rocinha et Alemao.
- les cas où l’occupation n’a pas réussi à expulser les trafiquants et où les forces de l’ordre sont en tension permanente avec la favela, comme à Complexo do Lins, Complexo da Maré ou Jacarezinho.
Depuis 2013, on note que la politique des UPP a tendance à marquer le pas et plusieurs dérapages des forces de police ont tendu le climat. Par ailleurs, les gangs qui s’étaient repliés au début de l’offensive savent maintenant s'adapter et utiliser dans certaines favelas la population contre les UPP.
Sur les plus de 400 favelas recensées à Rio, seules les plus proches des lieux associés aux Jeux ont bénéficié des efforts de la municipalité : le Sud, principale zone d'accueil des touristes, la zone de Barra de Tijuca avec le complexe olympique le plus important, l’axe reliant le stade olympique, le Maracana et le Sambodromo et la zone du port, lieu de la rénovation urbaine. Des voix se sont élevées pour que la puissance publique s’intéresse à des favelas beaucoup plus violentes comme celles de la zone de la Baixada Fluminense et de l’Ouest : en effet, l’action des UPP a eu pour effet de déplacer les gangs vers ces zones déjà sous leur contrôle.

La destruction de certaines favelas : cachez cette pauvreté que le spectateur ne saurait voir

À l'occasion des Jeux olympiques, spectacle télévisé en mondovision, les caméras peuvent s'attarder sur les lieux proches des sites de compétition. C'est pourquoi les autorités brésiliennes, soucieuses de l'image du Brésil, ont décidé une politique radicale vis-à-vis de certaines favelas proches, traitées de « dommage esthétique et environnemental ». Deux cas emblématiques illustrent cette politique : Vila do Metrô proche du Maracana et Vila Autodromo accolée au site principal des Jeux :

La favela de Vila do Metrô occupe un espace interstitiel entre les lignes de chemin de fer conduisant à la gare centrale et l’Avenida Radial Oeste. Elle subit donc les nuisances sonores du rail et la pollution liée au trafic routier. Elle se situe à quelques centaines de mètres de l’UERJ (Université de l’État de Rio) et du Maracana. Cette favela de taille modeste (environ 700 familles) s’est « spécialisée » dans l’activité automobile (garage, pneumatiques). Elle n’est pas connue pour être associée à des trafics.
La municipalité a décidé dès 2010 de détruire la favela. La justification avancée était de construire un parking pour le Maracana (toujours pas construit à quelques semaines de l’ouverture des Jeux) ou encore de faire une zone d'activités autour de l’automobile. Elle a donc mis la pression sur les habitants en lançant des procédures d’expulsion tout en proposant des solutions de relogement. Cette première vague a permis aux pouvoirs publics de commencer la destruction des logements des personnes ayant accepté l’indemnisation et le relogement. Mais les appartements proposés pour le relogement sont localisés dans le quartier de Cosmos en périphérie de Campo Grande, soit à 70 kilomètres de Vila do Metrô et à plus de deux heures de transport en commun du centre-ville où se trouvent les emplois des travailleurs de la favela. Une longue bataille s’est donc engagée entre les habitants regroupés en collectif et soutenus par les défenseurs des droits et la municipalité arguant de la dégradation des conditions d’hygiène pour poursuivre l'expulsion. Cette dégradation résulte de la spirale négative induite par les destructions suivies de dépôts d’ordures sauvages et du non-passage des services de la mairie pour nettoyer. Le collectif a réussi à obtenir des relogements à proximité, mais les loyers sont trop élevés pour certaines familles. En 2016, il ne reste que quelques maisons dont les habitants sont appelés à partir dans les mois qui viennent.

La favela de Vila do Metrô de 2008 à 2016

Source : Google Earth

Cliquer sur l'image pour démarrer le diaporama en mode automatique.

La favela Vila do Metrô (entourée d'un trait jaune) occupe un espace interstitiel allongé entre les lignes de chemin de fer conduisant à la gare centrale et l’Avenida Radial Oeste.

 

 

 

La favela de Vila do Metrô : images d'une destruction

Cliquer sur l'image pour démarrer le diaporama en mode automatique.

 

 

 

La favela de Vila Autodromo est installée sur les bords du Lagoa de Jacarepagua à proximité immédiate du parc olympique. Créée à la fin des années 1960 par des pêcheurs, cette favela accueille environ 600 familles qui ont obtenu des titres de propriété en 1994 pour 99 ans. Elle constitue une communauté sans problème et a même obtenu le « label » de zone d’intérêt social en 2005.

Après l’élection de la ville hôte, un concours international a été lancé en août 2011 pour élaborer le Master Plan du parc olympique. Ce concours a été gagné par un pool d’entreprises conduit par la société AECOM [20] qui a proposé un plan évolutif jusqu'à 2030. Dans le Master Plan d'origine, la favela a été conservée et intégrée, ce qui a servi d'argument de communication au maire de Rio.

Le Master Plan du parc olympique

Source : Brazilian Institute of Architects

Cliquer sur l'image pour démarrer le diaporama en mode automatique.

Le Master Plan se compose de trois périodes : jeux (2016), transition (2018) et héritage (2030). La favela y figure dans le coin nord-ouest.

Vidéo de présentation du parc olympique de Barra, 2011

Source : Piniw, 2011. 3'
Dans cette vidéo qui présente le projet vainqueur, la favela est effacée.

Toutefois, les habitants de la favela ont dû déchanter rapidement puisque dès octobre 2011, le journal O Globo annonçait la suppression de Vila Autodromo. S’en est suivie une lutte entre la communauté et les autorités qui s'est soldée par la suppression de 80 % de la favela, selon les mêmes méthodes que pour Vila do Metrô. Les habitants ont obtenu des compensations financières et un relogement proche à Parque Carioca situé à un peu plus d’un kilomètre, créé dans le cadre du programme d'habitat social "Minha Casa, Minha Vida" (Ma maison, ma vie), grâce à la pression médiatique : la communauté anime une page facebook, a fait des manifestations de protestation régulières, a été le sujet de nombreux reportages, et a obtenu le soutien d’universitaires et de la Deutsche Bank avec qui elle a proposé un « contre-plan » à la mairie. A deux mois des Jeux, la mairie a négocié la suppression des maisons restantes de la favela en contrepartie d’une reconstruction financée par elle-même et sur ses plans. Il ne restera qu’une rue avec une vingtaine de maisons alignées.
La favela de Vila Autodromo de 2006 à 2016

Source : Google Earth

Cliquer sur l'image pour démarrer le diaporama en mode automatique.

La favela de Vila Autodromo (entourée d'un trait jaune) est installée sur les bords du Lagoa de Jacarepagua en bordure de l'ancien circuit automobile.

 

 

 

 

 

 

Pourquoi la municipalité a-t-elle voulu supprimer la favela ? L’interprétation des habitants est simple : « le coeur du problème dans ce quartier est la spéculation immobilière », « on assiste à la création de nouveaux centres, comme ici, à Barra de Tijuca. C’est une aire d’expansion résidentielle mais c’est aussi la création d’un nouveau centre économique et pôle d’attraction. Les pauvres font perdre de la valeur au quartier, il faut donc les déplacer. Le pays connaît une bulle spéculative très forte. Le prix de certains appartements a triplé en cinq ans ». On ne peut leur donner tort lorsqu’on regarde le Master plan d’AECOM : une grande partie du parc olympique est transformée en zone résidentielle et commerciale en 2030 (voir le Master Plan en 2030, supra).

Les JO, une opportunité pour de nombreuses expulsions

Si les évictions de Vila Autodromo ont été largement médiatisées, le déplacement de nombreux autres habitants de Rio n'a pas bénéficié de la même caisse de résonance médiatique. Les expulsions peuvent être liées à la création des corridors de transport (300 familles pour la TransCarioca, 666 pour la TransOeste et environ 300 pour la TransOlimpica après que les pouvoirs publics aient changé le parcours pour diminuer les frais d’indemnisation), à l’aménagement des abords des sites olympiques (60 familles pour le Sambodrome, 566 pour le Maracana), au réaménagement du port (725 familles) et à des « causes multiples » non documentées clairement par la municipalité, et qui concernent près de 18 000 familles supplémentaires. Enfin l’éviction de près de 1 000 familles pour le parc municipal de Madureira serait une opération associée à la Transcarioca qui passe toutefois à quelque distance : le lien avec l’organisation des méga-événements n’est pas du tout explicite.
Des expulsions loin des favelas détruites

Source : Lucas Faulhaber, A Copa contra o direito à cidade, juin 2014

Les déplacements ont donné lieu à des indemnisations très variables. Certaines communautés n’ont pas été en capacité de négocier, surtout au début du processus et leurs habitants ont été transférés loin de leur lieu de résidence ou ont obtenu de très faibles compensations. Les communautés les plus pugnaces et organisées ont obtenu des relogements proches ou des indemnités plus élevées, mais sous-évaluées pour la plupart. Les processus sont souvent peu respectueux des droits des habitants avec une absence systématique d’information, une pression psychologique forte et des manquements au montage de dossiers pour les expulsions.



Conclusion

Organiser les Jeux olympiques est une occasion unique pour une ville de transformer son image et son organisation interne. La pression liée à cet événement fait bouger les lignes entre acteurs et permet de concrétiser des projets d’ampleur qui ne seraient pas sortis de terre sans cette occasion. La transformation du quartier du port, l’évolution du système de transport (BRT et nouvelle ligne de métro), ainsi que la création d’un futur quartier résidentiel à Barra sont le fruit de cette dynamique exceptionnelle. La réalisation de ces projets a des impacts forts sur l’organisation interne de l’agglomération mais au profit de qui ?
D’un point de vue spatial, plusieurs zones bénéficient d’impacts favorables :

  • Barra profite à plein des évolutions liées au transport : l’arrivée du métro, la reconfiguration des BRT et voies autoroutières renforcent clairement la centralité de cette zone aisée et la connectent à la banlieue ouest et à l’aéroport international. De plus, la création du village et du parc olympiques apporte de nouveaux logements dans une zone en tension. Le développement de certaines aménités apporte aussi un bénéfice à la population locale (golf, nouveau parc N. Mandela, infrastructures sportives …).
  • La rénovation urbaine du quartier portuaire doit offrir une nouvelle centralité et à terme un nouveau quartier d’affaires qui reprend tous les codes internationaux de la gentrification d’un front d’eau.
  • La zone sud touristique bénéficie du prolongement du métro et de la publicité que ne manquera pas de faire l’organisation des épreuves sur les sites iconiques de Rio.
  • Ces trois grandes zones ont été aussi la cible de la politique des UPP qui a amélioré sensiblement la vie des habitants des favelas dans la majorité des cas, mais elle conduit certaines à un début de « spéculation » immobilière qui chasse les plus pauvres.

Pour le reste de l’agglomération les bénéfices sont plus ténus. Le noyau de Déodoro est mieux connecté avec Barra et voit sa desserte ferroviaire améliorée ; la banlieue ouest plus pauvre pourra aller travailler plus facilement à Barra. Toutefois des pans entiers de l’agglomération ne profiteront pas des Jeux et il se trouve que ce sont les zones les plus pauvres.

D’un point de vue social, l’organisation de ces Jeux a un coût élevé pour les classes les plus pauvres qui tient à des expropriations pas toujours justifiées par les travaux, à un montant d’indemnisation largement sous-évalué et à la politique de relogement qui a rejeté des familles à la périphérie, sans parler des personnes encore plus pauvres qui ont perdu des zones de squat proches du centre. On peut s’interroger sur le choix des priorités de dépenses pour cet événement quand les infrastructures de base (soins, éducation, eau et assainissement) font défaut à de nombreuses populations.
En revanche, l’organisation de ces Jeux est une aubaine pour certaines sociétés comme le n°1 du BTP Odebrecht et certains acteurs de la ville de Rio impliqués dans des PPP. La justice a mis au grand jour avec le scandale de Petrobras la corruption endémique de la société brésilienne, notamment dans les sphères politiques et d’affaires (le dirigeant d’Odebrecht a été condamné à 19 ans de prison pour corruption en mars 2016). Et dans le cas des JO aussi, une partie non négligeable de l’argent public est allée favoriser des intérêts privés.
Enfin, l’annonce de l’incapacité de la ville à assumer le paiement de ces fonctionnaires six semaines avant les Jeux est un mauvais présage pour l’après JO [21], d’autant plus que l’État de Rio est privé d’une partie de ses recettes par l’effondrement de la rente pétrolière depuis 2 ans et que le Brésil s’enfonce dans la récession. La fête sera sûrement magnifique mais les lendemains risquent d’être difficiles pour la ville et l’État de Rio. Il ne faudrait pas que Rio suive la trajectoire d’Athènes …

Retour en haut de page

Notes

[1] Extrait du discours du Président Lula lors de la présentation de la candidature de Rio de Janeiro pour le vote final, 2 octobre 2009 : « Je crois sincèrement que l'heure du Brésil a sonné. Le Brésil fait partie des dix premières économies mondiales et le Brésil est le seul pays à ne pas avoir organisé de Jeux olympiques et paralympiques. Parmi les pays aujourd'hui en compétition pour l'organisation des Jeux, nous sommes les seuls à ne pas avoir eu cet honneur. Pour les autres, ce serait une édition de jeux de plus. Pour nous, ce serait une opportunité sans précédent qui stimulera l'amour propre des Brésiliens, qui rendra plus solides nos réussites récentes et qui en inspirera de nouvelles. […]
Je viens de participer à la réunion du G20 à Pittsburgh où une nouvelle carte économique du monde a été dessinée à l'unanimité. Cette nouvelle carte économique du monde reconnaît l'importance de pays émergents tels que le Brésil sur la scène mondiale et surtout reconnaît le triomphe que nous avons connu par rapport à la crise mondiale. Je suis fier en tant que Brésilien d'avoir pu participer à ce processus et de voir comment le Brésil fait partie de la solution ».

[2] Extrait du Rapport de la Commission d'évaluation 2016 du CIO, 2009, p.48

[3] Joao Havelange, natif de Rio, a été président de la FIFA de 1974 à 1998 et a présidé à son internationalisation et sa financiarisation. Il a été membre du CIO de 1963 à 2011, date à laquelle il a démissionné pour "raisons de santé", ce qui lui a permis de ne pas être suspendu par la commission d’éthique du CIO suite au scandale ISL (International Sport and Leisure). On peut supposer que le changement de nom était opportun avant d’accueillir les épreuves d’athlétisme des Jeux…

[4] Voir le programme TOP des parrainages olympiques : « Les entreprises partenaires TOP sont des multinationales capables de fournir un soutien direct, des services de parrainage ou leur expertise afin d'organiser les Jeux. Outre leur support au CIO et aux comités d'organisation, les partenaires soutiennent les Comités Nationaux Olympiques et leurs équipes olympiques ». Site du CIO, page Programme des partenaires olympiques.

[5] Lire à ce sujet, dans Géoconfluences, l'article sur le devenir du tremplin utilisé pour les épreuves de saut à ski des Jeux Olympiques de Grenoble en 1968 : Philippe Bachimon, Philippe Bourdeau, Jean Corneloup et Olivier Bessy, « Du tourisme à l'après-tourisme, le tournant d'une station de moyenne montagne : St-Nizier-du-Moucherotte (Isère) », 2014.

[6] Voir « Les sites abandonnés des Jeux olympiques d'Athènes 2004, 10 ans plus tard, en photos », Slate.fr, 14 août 2014.

[7] En fait cette salle devenue avant tout une salle de spectacle s’appelle maintenant l’HSBC Arena mais lors des JO, le naming est abandonné.

[8] Lire à ce sujet, dans Géoconfluences, les deux articles sur les JO de Londres : Manuel Appert, « Les JO 2012 à Londres : un grand événement alibi du renouvellement urbain à l'est de la capitale », 2012.

[9] Voir la vidéo de présentation du programme Vila Olimpica de Barra par Ilha Pura, YouTube, 2014, 5'50, et la plaquette de présentation du futur condominium d'Ilha Pura à feuilleter.

[10] Dossier de candidature, Rio de Janeiro 2016, vol. 1, p.96.

[11] Voir la brochure du promoteur Cyrela sur le programme immobilier lié au golf de Barra.

[12] « Le développement des Jeux Olympiques est important, mais le plus important pour nous est de contribuer au développement de la ville et le sauvetage d'une zone de la ville comme le port. Nous voyons les Jeux Olympiques comme une occasion, un déclencheur, une étincelle qui peut nous aider dans ce processus », extrait d’une interview de l’architecte ayant conçu le projet du Porto Olimpico.

[13] Pour découvrir le Moinho Fluminense Mall, voir le site qui lui est consacré (en anglais) et la vidéo de présentation de 2015, 6' (en portugais).

[14] « Ainsi, spectateurs et employés profiteront d’une liaison gratuite avec les quatre secteurs des Jeux au moyen d’un anneau de transport à haute performance », Dossier de candidature, Rio de Janeiro 2016,  vol.3, Thème 15, p 96.

[15] « Le concept utilisé pour le transport des spectateurs et employés est un anneau de transport à haute performance comprenant le réseau ferroviaire de banlieue, donnant accès aux secteurs de Deodoro et Maracanã, le réseau de métro, qui fait la liaison avec les secteurs de Maracanã et Copacabana, et le BRT, qui devient un prolongement du métro et du réseau ferroviaire de banlieue, fermant ainsi l’anneau et donnant accès aux secteurs de Barra, Deodoro et Copacabana », Dossier de candidature, Rio de Janeiro 2016, vol.3, Thème 15, p 110.

[16] O banco nacional do desenvolvimento : banque de développement du Brésil. Elle prête des fonds pour des projets de développement à long terme. Elle finance le développement d’infrastructures ainsi que les grands projets industriels, mais aussi les équipements de base destinés à la population (santé, transport, hygiène).

[17] Sur le programme Rio+social, voir le site dédié Riomaisocial.

[18] Voir les statistiques de la criminalité sur le site de l'ISP (Instituto de Segurança Publica).

[19] Cette typologie est tirée d’une série d’enquêtes menées auprès des habitants des favelas pacifiées par le programme RioOnWatch, conduit par des ONG opposées à l’organisation de ces grands événements à Rio.

[20] La société AECOM est une société d’ingénierie d’origine britannique qui a réalisé le Master Plan de Londres 2012.

[21] Voir Le Monde, "L'État de Rio au bord de la faillite avant les JO", 20 juin 2016. 

 

Consultez aussi Hervé Théry, Rio de Janeiro, portrait géographique, juillet 2016
et  notre sélection de ressources classées, juillet 2016

Pascal GILLON,
maître de conférences en géographie, Université de Bourgogne-Franche-Comté CNRS, Laboratoire Théma UMR 6049,

conception et réalisation de la page web : Marie-Christine Doceul,

pour Géoconfluences, le 6 juillet 2016

Pour citer cet article :

Pascal Gillon, « Les Jeux Olympiques de Rio 2016, un héritage mais au profit de qui ? », Géoconfluences, 2016 », mis en ligne le 6 juillet 2016. URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/eclairage/jo-rio-2016

Retour en haut de page


 

 

Actions sur le document