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Risques et sociétés

Risques et sociétés

Publié le 10/01/2013

 

 

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Exprimer, questionner, rechercher, définir

Un glossaire pour : questionner, problématiser ; identifier et comprendre des mots-clefs ; faire des recherches en ligne. En complément du glossaire des notions générales proposé sur le site à partir duquel on poura plus particulièrement consulter des glossaires spécialisés relatifs à l'étude des littoraux et des paysages.
Pour les références bibliographiques et les ressources évoquées, voir aussi la page des ressources
  
Ce glossaire tient compte des approches retenues pour traiter ce dossier, à consulter en page d'accueil.
Il tient compte d'approches pluridisciplinaires visant ainsi à construire une culture commune dans l’usage des notions et des concepts.

Des mises à jour et compléments : septembre 2010

A à C D à L M à Q R à Z
 
Acceptabilité

L'acceptabilité sociale des risques est fortement liée à la reconnaissance de leur nature anthropique et à leur gestion à travers un ensemble de procédures, de controverses, d'expertises. Un risque est considéré comme acceptable (ou tolérable) par une personne ou une collectivité lorsqu'elle peut en supporter les conséquences, les dommages, au regard de sa probabilité d’occurrence (aléa). De fait, l'acceptabilité est variable dans le temps et dans l'espace. Les législations et les réglementations, en fixant des normes, des seuils, des compensations, témoignent de ces évolutions et de cette variabilité spatiale et temporelle. Des jeux d'acteurs se nouent autour des enquêtes d'utilité publique, des décisions d'aménagements du territoire, entre associations, décideurs, entrepreneurs, assureurs.

Dans les sociétés contemporaines développées, les catastrophes sont de moins en moins bien acceptées, d'autant plus qu'elles semblent échapper au contrôle des spécialistes et des experts. Le passage à des sociétés plus individualistes a pu favoriser le développement de sentiments d'insécurité, rendant plus intolérable la réalisation du risque (Beck, 2001*).

Une déclinaison économique de cette notion consiste à déterminer le montant maximal que les sociétés sont prêtes à payer pour bénéficier d'une protection contre les risques (consentement à payer - "willingness to pay" ou WTP) ou, sinon, le montant minimal que ces mêmes sociétés sont prêtes à recevoir en compensation de préjudices subis ("willingness to accept" ou WTA). Le consentement à payer peut être mesuré grâce à la méthode d’évaluation contingente. Elle s’appuie sur la réalisation de sondages censés cerner la propension à payer des individus.

Des analyses coût-avantage ou coût-bénéfice sont généralement un préalable à l’évaluation du consentement à payer. Elles permettent de chiffrer le coût d’un ouvrage de protection (calibré pour un aléa d’une intensité donnée) et les bénéfices qu’il induit (indemnisation moindre car les dégâts sont moindres). Ces analyses permettent de trouver le juste calibrage des ouvrages de protection comparativement aux bénéfices escomptés.

- Beck U. -
La société du risque - Aubier - 2001

Mise à jour : mai 2005
Accident

L'accident survient dans la temporalité quotidienne, son caractère peut paraître banal. À la différence de la catastrophe, il s'inscrit dans une continuité relative avec le passé et le futur. Il ne bouleverse pas les choix de société, il n'implique pas une rupture irréversible ni une perte irrémédiable de repères, à un niveau collectif du moins.
L'événement accidentel porte atteinte à la "normalité" et entraîne une situation perturbée. Dans ce cas, des fonctions spécialisées sont mises en oeuvre pour aider au retour à la normale. Mais ceci n'est valable que pour l'accident "classique", celui qui reste dans le champ de validité des capacités de régulation d'urgence et de résilience. Au-delà de certaines limites, lorsque l'événement initiateur devient un "accident majeur", ou, lorsque le système ou son cadre général sont déjà fortement marqués par le déséquilibre, on entre dans le domaine de la crise.

Mise à jour : mai 2005
Aléa

L'aléa (hazard en anglais) est un phénomène résultant de facteurs ou de processus qui échappent, au moins en partie, au contrôle de l'homme : inondation, cyclone, glissement de terrain, éruption volcanique, séisme, tsunami. L'aléa ne devient un risque qu'en présence d'enjeux humains, économiques et environnementaux, possédant une certaine vulnérabilité (fragilité). Par exemple : un typhon sur un atoll désert de l'océan Pacifique n'est pas un risque, mais un cyclone sur des secteurs habités de l'île de La Réunion devient un risque majeur et peut provoquer des dommages considérables.
Sur un espace donné, un aléa est plus ou moins probable et comporte une large part d'incertitude quant à son déroulement (moment, circonstances). L’analyse scientifique de l’aléa comporte la description de la nature du phénomène, de son intensité et de sa probabilité d’occurrence. En l'état actuel des connaissances, les accidents climatiques, par exemple, s'inscrivent dans des cycles, obéissent à des modèles, qui peuvent les rendre prévisibles. C'est beaucoup plus difficile dans le cas de l'aléa sismique.

Un article de Christopher Gomez, Franck Lavigne, Raphaël Paris et Sylviane Tabarly : Séisme et tsunami à Sumatra, 2004 - 2010 : de la catastrophe environnementale et humaine à la reconstruction

Mise à jour : mai 2005

Aménagement du territoire et gestion des risques

La politique d’aménagement du territoire participe aux politiques de prévention dont le but est d’anticiper la manifestation éventuelle d’un risque en limitant ses effets destructeurs. On peut citer Rousseau qui, en réponse à Voltaire voyant dans le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 (plus de 40 000 morts) une pure fatalité, lui répondit, dans une lettre datée du 18 août 1756, que "la nature n'avait point rassemblé là 20 000 maisons de 6 ou 7 étages, et que si les habitants de cette grande ville eussent été dispersés plus également et plus légèrement logés, le dégât eût été beaucoup moindre, et peut-être nul".

De nos jours, différents types de documents législatifs et réglementaires fixent des cadres à la prévention, et imposent des zonages qui orienteront les choix d'aménagement des territoires : voir en rubrique "savoir faire"

Penser le risque en termes d'aménagement du territoire consiste à passer d'une logique de probabilité surtout temporelle à une logique de probabilité spatiale. C'est une approche indispensable à la gestion territoriale du risque. Elle pose certains problèmes dont :
- celui des arbitrages entre le caractère relativement continu des phénomènes spatiaux liés aux risques (variable selon le risque considéré cependant) et le caractère discontinu de leur gestion territoriale : délimitation de zones réglementées, protégées ; délimitation des zones aidées, des aires déclarées en "catastrophe naturelle", etc.
- celle de la nécessaire prise en compte des emboîtements d'échelle et de responsabilités, qui, selon le risque concerné, pourront aller du local au global.
Diverses échelles peuvent être prises en considération, par exemple :
- certaines unités naturelles : vallées et bassins versants par exemple pour les risques d'inondation, d'éboulements et de glissements de terrain, d'avalanches, etc.
- des aires urbaines, des bassins industriels et des axes de transport pour les risques technologiques,
- des échelles souvent transfrontalières pour les risques biologiques, chimiques, et nucléaires majeurs et pour certaines catégories de risques naturels (climatiques notamment).
Les situations à risques peuvent être localisées de manière très variée, voire atomisée selon qu'elles se situent à des niveaux collectifs ou individuels : risques urbains, risques de la mobilité (accidents de la route), risques liés à la santé et au travail (infection par le VIH, effets de l'amiante ...). Les maillages administratifs ne seront donc pas toujours pertinents et devront souvent être transgressés pour permettre une gestion adaptée du risque.

Pour prolonger :
- Mégapoles et risques en milieu urbain. L'exemple d'Istanbul 

Mise à jour : novembre 2010

Assureurs et réassureurs

Le risque, en tant qu’objet d’assurance, se définit par la probabilité de survenance d’un sinistre, c’est-à-dire d’un élément déclenchant la garantie d’un contrat. Le monde de l'assurance et de la réassurance (l'assurance des assureurs) est directement concerné par les incertitudes et les risques du monde contemporain. La vulnérabilité croissante face aux aléas naturels est une réalité. Les assureurs constatent à travers le monde que le coût des dommages causés par ces phénomènes augmente plus vite que la croissance économique et peut exploser brutalement au gré de phénomènes paroxysmiques. C'est le résultat de la densification des installations humaines dans des zones à aléas, de leur sophistication croissante, de la demande sociale de sécurité et de la prise en compte du "droit des victimes", alors que les États s'efforcent de réduire leurs charges budgétaires.

- Voir en corpus documentaire : Les coûts du risque

Mise à jour : mai 2005
Catastrophe

La catastrophe est la réalisation d'un risque, c'est un risque devenu réalité qui, sur un territoire donné, par l’ampleur et le coût des dommages causés, provoque une grave interruption du fonctionnement d'une société. Dans la pratique, la catastrophe est bien souvent révélatrice du risque. Dans le cas d'une catastrophe, les pertes humaines, matérielles ou environnementales ne peuvent être surmontées par les seules ressources de la société affectée.
Différente par son ampleur, la catastrophe se distingue de l'accident en ce qu'elle désigne, étymologiquement, l'idée d'un renversement (d'une bifurcation dans le cadre de la théorie des systèmes), c'est à dire d'un "après" qui ne sera jamais plus comme "avant". Inimaginables, impensables, voilà bien les aspects fondamentaux de ces événements qui semblent échapper à l'entendement. De ce point de vue, les différents génocides, les bombardements nucléaires sur le Japon, Tchernobyl, les attentats sur les tours jumelles de New York, sont incontestablement des catastrophes.

Le séisme de Lisbonne en 1755, les séismes et tsunamis d'Asie en 2004 et 2005, le séisme d'Haïti en janvier 2010, sont des catastrophes, généralement qualifiées de "naturelles", produits de l'aléa et de la vulnérabilité. Elles mettent à l'épreuve les capacités des États à y faire face, mais elles ne provoquent pas toujours de rupture dans la gestion et la culture du risque des sociétés affectées. Certaines sociétés, plus fatalistes ou plus démunies que d'autres, ne modifient pas radicalement leurs comportements à la suite d'une catastrophe d'origine naturelle qui ne joue pas forcément le rôle heuristique qu'on pourrait parfois espérer. Certaines sociétés peuvent être durablement affaiblies par une catastrophe. Au fil du temps, la mémoire des catastrophes peut s'estomper plus ou moins rapidement et les capacités de résilience des sociétés sont variées.

Mais les situations de catastrophe naturelle peuvent avoir, par les dynamiques de solidarité induites, des effets politiques à différentes échelles. Par exemple, l'éboulement d'Elm de septembre 1881 en Suisse avait constitué un tournant pour le tout le jeune État fédéral, né en 1848 : l'assistance venue de tous les cantons avait contribué à forger l'identité nationale. Des politiques de reconstruction bien conduites après une catastrophe peuvent apporter des réponses durables pour faire face à une situation comparable. Notons enfin, d'une part, que la catastrophe "naturelle" fournit le prototype des risques involontaires, bien plus insupportables que des risques volontaires, mille fois plus dommageables pourtant et que, d'autre part, la catastrophe "naturelle" a, dans son déclenchement, un caractère de soudaineté qui la distingue d'autres catastrophes aux temporalités plus étirées (épidémie du VIH-Sida par exemple).

De l'accident à la catastrophe majeure, on a pu chercher à établir une classification des catastrophes en fonction de leur degré de gravité en termes humains, financiers, voire écologiques.

- Voir les articles scientifiques associés au dossier
- en rubrique "savoir faire", Saisir l'actualité pour enseigner. Deux exemples pour l'année 2010 : la tempête Xynthia et le séisme à Haïti

- Journal du CNRS, Catastrophes naturelles : la Terre sous surveillance, octobre 2006
www2.cnrs.fr/presse/journal/3045.htm


Mise à jour : mars 2010
Catastrophe et mémoire

La liste des menaces et des catastrophes livrées par l'actualité médiatique est longue : inondations, séismes, incendies, accidents technologiques, industriels et sanitaires alimentent des approches catastrophistes de l'information du public. Inversement, les pouvoirs publics peuvent, à l'occasion et pour ne pas effrayer l'opinion publique, être tentés par l'attitude, tout aussi discutable, du secret ou du "tout va très bien". Ces deux principes conjugués aboutissent à de la désinformation citoyenne, s'opposent à une culture du risque maîtrisée et peuvent compliquer l'adoption de politiques de prévention rationnelles.
L'apparition de la modernité avait coïncidé avec l'atténuation d'une conception religieuse de la catastrophe et la question, au XVIIIe siècle, était de savoir comment concevoir le mal une fois privé de références divines. Les idéologies du progrès des XIXe et XXe siècles y avaient répondu. Mais, après l'irruption de formes nouvelles et impensables du mal, elles paraissent ébranlées en ce début du XXIe siècle. La résurgence de l'imaginaire catastrophique dans nos sociétés contemporaines, ne redevient-il pas, comme au XVIIIe, un moyen d'adaptation à une nouvelle condition humaine ?
Certains (Jeudy, 1990 *) voient dans la fascination dont témoignent nos contemporains pour le risque un projet de maîtrise de la catastrophe. L'égrenage des menaces et des catastrophes parvient à saturer l'espace social d'incertitudes toujours plus fortes, entretenant ainsi une inquiétude généralisée, elle-même génératrice d'une demande de sécurité et de protection. Ce qui finit par constituer, tout à la fois, un cercle vicieux et un paradoxe, les sentiments d'inquiétude alimentant le besoin de sécurité. L'incertitude, vécue négativement, remplace alors "l'indétermination" positive des trajectoires et des choix collectifs et/ou individuels. (Dobré in Y. Dupont, 2003*).

Gaëlle Clavandier* repère dans le discours politique autour de la catastrophe un autre passage obligé qui vise à surmonter la perte de maîtrise occasionnée par la crise. L’accent mis sur la recherche des causes et des responsabilités montre ainsi une reprise en main. Le consensus politique est de mise pour signifier un resserrement de la communauté nationale face à la catastrophe, tandis que la solidarité autour des victimes est soulignée par des déplacements sur les lieux. On s’attache aussi à mettre en évidence tous les comportements emblématiques de cette solidarité, les dons, les secours portés aux victimes par la population : il s'agit d’affirmer la pérennité d’une cohésion sociale menacée par la catastrophe. Par son ampleur, par sa violence, la catastrophe suscite des difficultés particulières liées à l’état des cadavres, aux problèmes d’identification de ces morts qui ne peuvent pas recevoir le traitement prescrit et ouvrent le champ à un imaginaire social du cadavre errant. Les rites funéraires de substitution dans ces cas de mort collective ont un caractère extrêmement codifié (chapelle ardente, cérémonie collective) et sont placés sous la responsabilité des pouvoirs publics. À l’issue de ces rituels se construit une mémoire collective, à la croisée de deux mémoires distinctes. D'abord une mémoire officielle, commémorative, qui a la particularité de permettre de circonscrire le souvenir de la catastrophe dans le temps et dans l’espace, en construisant une délimitation entre le lieu du drame et le reste du territoire. Cette mémoire évacue rituellement le souvenir et permet l’oubli. Ensuite une mémoire qualifiée d’événementielle, qui s’appuie autant sur des faits avérés que sur une représentation imaginaire collective de la catastrophe.

- Patrick Baudry et Henri-Pierre Jeudy - Le deuil impossible : fenêtre sur la mort - Éditions Eshel - 2001
- Gaëlle Clavandier - La mort collective. Pour une sociologie des catastrophes, (CNRS Éditions, 2004). Autour du tsunami, sur le site DESCO en SES :
http://ses.ens-lsh.fr/index.php?arc=in02
- Yves Dupont (dir.) - Dictionnaire des risques - A. Colin - 2003
- Henri-Pierre Jeudy - Le Désir de catastrophe - Aubier - 1990

Mise à jour : mai 2005
Cindynique

Science des risques et du danger, la cindynique propose "d’échapper à l’illusion de la fatalité" suscitée par les catastrophes. Elle relève d'une approche globale des risques largement fondée sur la théorie des systèmes complexes et elle en propose une approche transversale, quelle que soit leur nature (technologique, géopolitique, naturelle, etc.). Les cindyniciens, spécialistes de la gestion des risques et souvent ingénieurs de formation, peuvent avoir leur place dans les entreprises ou les organisations, ils sont souvent invités à jouer le rôle d'experts dans l'évaluation du risque et du danger.

- Pôle Cindyniques de l'École des mines de Paris : www.cindy.ensmp.fr/fr/index.html
- L'Institut pour la maîtrise des risques (IMdR) : www.imdr.eu

Mise à jour : mai 2005
Conflit, conflictualité

Parmi les risques auxquels l'humanité peut être confrontée, ceux qui sont liés à des conflits armés interétatiques ou internes (guerres civiles) peuvent être les plus meurtriers. Ces conflits peuvent avoir pour causes des questions politiques au sens large (idéologies, choix de société, religions) bien entendu mais ils ont aussi bien souvent comme motifs implicites ou explicites l'accès aux ressources territoriales.
Dans une étude publiée en 2003, Briser la trappe à conflit, guerre civile et politique de développement, la Banque mondiale avait établi un lien très fort entre pauvreté et risque de guerre. Par ailleurs, plus la croissance des États est faible, plus leur dépendance à l'égard des matières premières est forte. Or, dans un monde aux ressources limitées, l'accès à ces dernières est un enjeu suffisamment important pour que l'on décide de prendre les armes. La polémologie (science de la guerre) souligne le rôle crucial que l'accès aux ressources joue dans le déclenchement et la perduration des conflits. On notera en effet que ce sont certaines régions riches en ressources naturelles (hydrocarbures, minerais rares par exemple) qui ont les potentiels de conflictualité les plus intenses (delta du Niger, République démocratique du Congo, Caucase, par exemple).
L'accès aux ressources en eau est également un thème récurrent de conflictualité. Ainsi, au Moyen-Orient, l'eau qui alimentait les guerres mésopotamiennes est aujourd'hui une des composantes clé du contentieux sur le Golan concernant la Syrie, Israël, la Jordanie et les territoires palestiniens. En Afrique, la frange sahélo-saharienne connaît une conflictualité assez bien corrélée aux courbes de pluviométrie : compétitions pour les pâturages en zone pastorale et, plus au sud, confrontations entre agriculteurs et peuples pastoraux. En Somalie, la guerre des clans garde encore bien des caractéristiques des guerres pour l'eau et les points d'eau.
L'accès à la terre, les questions foncières, sont des éléments de conflictualité récurrents dans le monde (voir notre dossier "Afrique, territoires et conflits").
Dans les pays en développement, les situations de conflit sont une entrave aux progrès de la démocratie et des droits de l'Homme, ils compromettent les performances économiques des États, une équitable redistribution des richesses et les efforts pour lutter contre la pauvreté.

- Un dossier : Afrique subsaharienne, territoires et conflits

- "Guerre et paix au XXIe siècle", un rapport du Human Security Center de l'Université de Colombie Britannique à Vancouver au Canada (2005 Human Security Report: War and Peace in the 21st Century) : www.humansecurityreport.info/index.php?option=content&task=view&id=134

Mise à jour : septembre 2010
Crise et gestion de crise

Accidents, catastrophes et situations de crise sont souvent associés dans la perception qu'en a le "grand public". Le mot est souvent suremployé par les médias mais sa signification scientifique est floue. Dans la médecine hippocratique, le terme de crise désignait le moment où la maladie touchait à son terme. La crise n’était donc pas un signe de maladie, mais plutôt de résistance à la maladie. Dans la tragédie grecque, la crise est le moment de vérité où le passé est révélé. Edgar Morin note qu'on en arrive aujourd'hui à des retournements complets de sens. Ce qui désignait à l'origine "décision, moment décisif d'un processus incertain", en arrive à pointer son contraire : "crise signifie indécision : c'est le moment où, en même temps qu'une perturbation, surgissent les incertitudes".
Dans le cadre de la cybernétique (théorie des systèmes), la crise s'accompagne d'une bifurcation, d'un changement radical de direction, la crise caractérisant les systèmes en mutation. Aux évolutions lentes, sur le long terme, succèdent des évolutions très brutales sur des échelles de temps très courtes.
Les catastrophes peuvent être les révélateurs des états de crise, ce qui ne sera alors pas sans conséquences dans l'évolution des systèmes socio-spatiaux (organisation de l'espace, gestion du territoire).
Pour apprécier les comportements humains en situation de crise, des recherches pluri-disciplinaires (cindyniciens, psycho-ethnologues, anthropologues, sociologues, ergonomes, etc.) ont été menées. Il convient de distinguer ce qui est à la source de la crise et ce qui permet de la gérer. Dans le premier cas, Jean-Louis Nicolet (1989)* repère sept catégories d'erreurs humaines à l'origine des accidents et des catastrophes de nature technologique : erreurs de perception ; de décodage ; de représentation ; de communication homme-homme ; de non-respect d'une procédure ; de décisions prises trop tard ; d'actions mal séquencées ou mal dosées. Différents scénarios décisionnels peuvent conduire à des situations de crises génératrices d'accidents ou catastrophes : erreurs de raisonnement, aveuglements collectifs, perte de sens.
Au niveau de la gestion de la crise par les décideurs, P. Lagadec* analyse les problèmes de la relation avec les experts (élus, monde de l'entreprise) en ces termes :

 



"Les difficultés du travail entre experts se doublent de problèmes d'interface avec les décideurs (politiques, entreprises), d'autant plus vrai que l'expert auquel on s'adresse est de culture universitaire. Tout d'abord, les experts auxquels on a recours n'ont pas toujours une habitude de la situation dans laquelle ils vont être plongés : l'urgence, des enjeux de grande envergure, une forte visibilité médiatique, un travail en relation directe avec de hauts responsables, etc. (...) Le décideur, de son côté, a tendance à rechercher des certitudes lorsqu'il sollicite l'expert. Or, la science vit de non-certitudes, et on ne saurait lui faire dire plus qu'elle ne peut dire. Quand on réunit des scientifiques, on ne recueille que des paroles non décisionnelles. Ce ne seront que des avis multiples, chacun sur un aspect limité du problème, et toujours profondément marqués par le doute. Le décideur attend une parole discriminante, le scientifique va toujours répondre "oui, mais, ça dépend…!" (...) Le décideur risque fort d'exercer une pression insupportable sur l'expert pour obtenir ses résultats le plus vite possible. On le comprend : il lui faut agir et annoncer quelque chose. (...) Les tensions en seront d'autant plus fortes et pourront aller jusqu'à des ruptures fracassantes, ayant les médias pour témoins (...) Fondamentalement, le décideur doit bien comprendre que les experts scientifiques ne pourront pas lui apporter ce qu'il cherche vraiment. (...) Il aura des avis produit par produit, institution par institution, milieu par milieu… quand son problème est de nature globale. (...) Entre le savoir mono-disciplinaire éclaté et le savoir opérationnel nécessaire, il y a un gouffre. (...) La tentation est forte aussi pour le décideur de transférer son rôle sur l'expert en lui abandonnant la responsabilité de la décision. (...) il en arrive à lui demander brutalement : "Alors, docteur, est-ce que j'évacue ?". (...)"

Pour prolonger, dans le dossier santé (nouvel onglet)
- Choléra : géographie d'une pandémie. Etude de cas : Haïti, 2010-2012 (Sylviane Tabarly)

- Lagadec P. - La gestion des crises ; outils de réflexion à l'usage des décideurs - Texte téléchargeable de 300 pages et 2 Mo environ : www.patricklagadec.net/fr/pdf/integral_livre1.pdf et d'autres productions de l'auteur accessibles en ligne : www.patricklagadec.net/fr
- Nicolet J.-L., Carnino A., Wanner J.-C. - Catastrophes ? Non, merci ! La prévention des risques technologiques et humains - Masson - 1989

- Congrès de la Conférence des Grandes Écoles -
Systèmes et risques, quelles nouvelles approches pédagogiques ? : www.cge.asso.fr/nouveau/colloque2002

Mise à jour : mai 2005

Culture et représentation du risque

Modes de connaissance et/ou de communication du risque par ses principaux acteurs : décideurs économiques et politiques, formateurs, associations, simples citoyens, etc. Ce qui implique la connaissance rationnelle : de l’incertitude liée au phénomène ; de la gravité de ses conséquences ; des mesures de prévention existantes (information, réaction en cas d’alerte, secours) ; de la répartition des responsabilités.
Les différences dans les représentations individuelles ou collectives du risque induisent des comportements variés en matière de prévention et d'acceptabilité. Certains groupes sociaux ont des attitudes plus fatalistes que d'autres à l'égard des catastrophes qui les frappent et qu'elles attribuent à la fatalité ou à des punitions divines. On constate très souvent que des catastrophes similaires ont des impacts très inégaux selon les groupes socio-spatiaux qui y sont confrontés. Ces différences, aux facteurs socio-économiques et technologiques, s'expliquent aussi par les différences de "culture du risque".
Le décalage entre "risques perçus" et "risques réels" par le public est, en partie, la conséquence de défauts de sensibilisation, d'information et de communication. Il influe sur les degrés d'acceptabilité du risque.

Mise à jour : mai 2005

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Danger

Le danger est une menace sur la sûreté ou l’existence des personnes, des biens, des activités et des milieux. Il provoque un état ou une situation comportant une potentialité de dommages jugés inacceptables.
En France, la loi du 19 juillet 1976 (et son décret d'application du 21 septembre 1977) sur les Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE), oblige l’exploitant à réaliser une "étude de dangers", document de référence soumis à la DRIRE. Elle va permettre d’apprécier l’extension des conséquences d’accidents, les mesures de prévention et les zones de protection ( ou zones de sécurité : protection rapprochée ou protection éloignée). C’est donc un document fondamental qui vise à réduire la vulnérabilité ainsi qu’à élaborer des plans de secours et à maîtriser l’urbanisation.
Les ingénieurs cindyniciens évaluent parfois les risques et le danger sur une échelle de criticité de 0 à 16 selon le calcul : criticité = occurrence du risque x gravité du risque. Cette évaluation permet de sélectionner les risques les plus critiques qui nécessitent un traitement prioritaire.

- Jacques Donze, Les bassins du risque industriel


Mise à jour : mai 2005
Développement durable

La prise en compte du risque, à la fois social et environnemental, est au cœur des démarches dites de "développement durable".

Voir le dossier Le développement durable, approches géographiques sur Géoconfluences.


Mise à jour : mai 2005
Diffusion et gradient

Nuages toxiques et létaux, souffles explosifs, épidémies et pandémies, secousses sismiques ou tsunamis sont des objets aréolaires dont l'intensité décroît à partir d'un centre ou suivant une direction. Ils se diffusent dans l'espace selon des logiques spatiales qui leur sont propres, leur propagation étant rarement anisotrope. Ainsi, la circulation atmosphérique oriente la propagation des nuages toxiques. L'onde d'un tsunami peut être amplifiée ou, au contraire, amortie par la configuration topographique des océans. Des effets de barrière sont discernables : dans le cas de la diffusion des maladies, par exemple, certaines populations ont pu bénéficier de politiques de vaccination systématique faisant ainsi apparaître des frontières dans leur mode de propagation.
Les géographes ont identifié quatre formes de diffusion : linéaire (canaux de circulation) ; par contagion, à partir d'un ou plusieurs foyers ; hiérarchique, passant, par exemple, de métropole en métropole ; au hasard mais dans le sens probabiliste du terme : sur les lignes de chevauchement entre plaques continentales ou sur les aires de trajectoire cycloniques par exemple. Dans les faits, les diffusions combinent souvent plusieurs de ces modes d'autant plus que les catastrophes ont fréquemment des effets dominos.

Mise à jour : mai 2005
Dommages, endommagement

Les dommages sont les conséquences péjoratives d’un phénomène (accident, catastrophe) sur les biens (dégâts), les activités (perturbations) et les personnes (préjudices). En règle générale, ils sont quantifiés économiquement afin d'être pris en compte par les assurances et dans le cadre de procédures juridiques destinées, entre autre, à établir les responsabilités et les réparations.
On distingue, entre autres :
- les dommages directs (destruction corporelle ou matérielle) et indirects (coûts de remise en état, d’intervention et de perte d’exploitation), selon que les effets dommageables sont imputables directement à l’action physique du phénomène ou provoqués par ses conséquences.
- les dommages tangibles (pertes dont la compensation est rendue possible par réparation, substitution ou contrepartie financière) et intangibles (pertes irremplaçables), selon que les effets dommageables sont directement chiffrables ou qu’ils ne peuvent être intégrés dans un calcul économique.

Le degré d'endommagement est un indicateur représentatif de la détérioration matérielle et des perturbations fonctionnelles d’un bien consécutivement à l’action physique d’un phénomène. Classiquement, le degré d’endommagement est évalué selon une échelle de valeur. Les économistes distinguent deux grands types de valeur : la valeur d’usage et la valeur d’existence.
Parmi les valeurs d’usage, il existe la valeur marchande et non marchande (pour le temps présent), la valeur d’option (pour une utilisation future ou pour la génération présente) et la valeur de legs (pour les générations futures). Les valeurs d’existence accordent une valeur intrinsèque aux choses, non liée à leur usage passé, présent ou futur. On peut accorder une valeur à la vie dans un environnement sécurisé
.

Mise à jour : mai 2005
Éducation à la prévention des risques majeurs

En France, l’article L125-2 du code de l’Environnement stipule que "les citoyens ont droit à l’information sur les risques majeurs auxquels ils sont soumis dans certaines zones du territoire et sur les mesures de sauvegarde qui les concernent. Ce droit s’applique aux risques technologiques et aux risques naturels prévisibles". Cette exigence de transparence et d’accès facile à l’information environnementale est reprise par les dispositions adoptées par l'UE (convention faisant suite à une directive de 1998, entrée en vigueur en octobre 2001, ratifiée en France par une loi en 2002) en juin 1998 à Aarhus (Danemark). La loi de modernisation de la sécurité civile du 13 août 2004 indique, à travers ses articles 4 et 5, que toute personne concourt par son comportement à la sécurité civile et que tout élève bénéficie, dans le cadre de sa scolarité, d’une sensibilisation à la prévention des risques et aux missions des services de secours, ainsi que d’un apprentissage des gestes élémentaires de premier secours.

L’éducation à la prévention des risques majeurs est une composante de l'éducation au développement durable" (EDD). Elle se prête aux croisements des disciplines. L'étude du territoire proche est le lieu privilégié de cette éducation.


- Voir en rubrique 'Programmes' (nouvelle fenêtre)
- en rubrique "savoir faire", Saisir l'actualité pour enseigner. Deux exemples pour l'année 2010 : la tempête Xynthia et le séisme à Haïti

- Le site portail de la Direction de la prévention des pollutions et des risques du Ministère de l’écologie et du développement durable donne accès à l’information préventive : www.prim.net.


Mise à jour : mars 2010
Effet dominos

On distingue habituellement les impacts directs et les impacts indirects d'un accident ou d'une catastrophe. Les victimes de nombreux séismes sont ensevelies par l'effondrement des habitations ou des infrastructures, mais sont aussi causées par les incendies ou les inondations (ruptures de digues, de barrages) qui en résultent. Les grandes concentrations industrielles et urbaines sont plus vulnérables, davantage exposées à de tels effets dominos, une catastrophe "naturelle" pouvant entraîner en chaîne une série de catastrophes technologiques.

Mise à jour : mai 2005
Enjeux

Personnes, biens, équipements, environnement, susceptibles d'être affectés par un phénomène d'origine naturelle et/ou anthropique et de subir des préjudices ou des dommages. Les enjeux ne sont étudiés que dans la mesure où ils présentent une certaine vulnérabilité face aux aléas.
La plupart du temps, les enjeux sont englobés dans le terme vulnérabilité qui désigne alors des objets caractérisés par une valeur et une capacité de résistance physique à l’aléa. Les PPR distinguent nettement les enjeux (valeurs) de la vulnérabilité (fragilité).

Mise à jour : mai 2005

Entreprises et risques

La prise en compte des risques sociaux (maladies et accidents du travail) et environnementaux (pollution, accidents, catastrophes) entre dans ce qu'on appelle la "Responsabilité sociale et environnementale" (RSE) de l'entreprise.
Le principe de la responsabilité des entreprises dans les accidents et catastrophes que leur activité peut provoquer est donc posé. Mais ces responsabilités sont parfois difficiles à établir et à faire reconnaître. Dans le domaine des catastrophes maritimes, de nombreux exemples montrent qu'il est toujours complexe de démêler l'écheveau des responsabilités emboîtées entre armateurs, propriétaires de la marchandise, affréteurs. Sur le dossier des effets sanitaires de l'inhalation de poussières d'amiante, les délais entre exposition et manifestation de la maladie rendent aussi difficiles l'établissement des responsabilités pénales.
De leur côté, les entreprises ont une sensibilité très particulière à l'égard des aléas : stocks sensibles, installations en zones inondables, contraintes réglementaires, etc.

- Voir les pages "Géographie vivante" :
> de ce dossier : Responsabilités et action collective, le cas de l'amiante
> du dossier consacré au développement durable :
Assureurs et réassureurs confrontés aux risques et incertitudes

Mise à jour : mai 2005

Expertise scientifique et risque

La réflexion et la prise de décision concernant les conditions d'application du principe de précaution, l'appréciation de l'incertitude, impliquent nécessairement le recours à des expertises scientifiques. Ces expertises produisent des connaissances au service de la décision et de l'action. Mais on peut légitimement s'interroger sur la manière dont elles sont conduites, dans une société donnée, sur un sujet, à un moment donnés. En situation de gestion de crise (accident ou catastrophe), décideurs et médias également font largement appel aux experts, pour aider à la prise de décision pour les uns, pour cautionner leurs discours et annonces pour les autres.
Tout concourt donc à une utilisation croissante des experts, par ailleurs alimentée par la possible inculture scientifique des citoyens et des médias, par la complexité des systèmes en jeu, par la sophistication des techniques.
Des affaires récentes (ESB, amiante par exemple) ont plus particulièrement conduit à réinterroger les rapports entre la science et la décision publique et à poser la question de l'indépendance des experts à l'égard de certains lobbies. Elles ont introduit le doute quant à l'indépendance des comités d'experts vis-à-vis des tutelles administratives et des pouvoirs économiques.
Ces crises ont incité à renforcer le principe de la séparation entre les activités d'évaluation des risques et celles de leur gestion, tant à l'échelle française (Agence française pour la sécurité sanitaire des aliments – Afssa – par exemple) qu'européenne (Autorité européenne de sécurité des aliments).
Par ailleurs, l'introduction du principe de précaution dans certaines législations suppose, qu'en situation d'incertitude, la décision ne soit pas uniquement fondée sur la preuve scientifique. D'autres critères peuvent alors intervenir : socio-économiques, éthiques, politiques.
Scientifiques et experts interviennent également au niveau de la fixation des normes, des limites et autres seuils. Ils s'appuient alors sur des mesures empiriques, sur des modèles probabilistes ou déterministes.

- Dans le corpus documentaire :
Incertitudes et précaution, la planète des Organismes génétiquement modifiés (OGM)
- En rubrique "Géographie vivante " : La gestion du risque sanitaire de l'amiante

- L'organisation officielle du débat public en France : www.debatpublic.fr
- L'Académie des sciences, ses débats et rapports : www.academie-sciences.fr/index.htm et
www.academie-sciences.fr/publications/rapports/liste_rapports_RST.htm
- Le Centre de Sociologie de l'Innovation de l'École Nationale Supérieure des Mines de Paris accueille, entre autre, le cours "Description de controverses" du sociologue Bruno Latour :
http://controverses.ensmp.fr/ et www.bruno-latour.fr/cours/index.html

Mise à jour : mai 2005
Impact, étude d'impact

Terme qui recouvre l’ensemble des effets d’un phénomène : dégâts, préjudices, désordres, perturbations, dommages, nuisances, etc..
L'étude d'impact, associée aux grands projets d'aménagements, permet d'identifier les risques qu'ils peuvent induire. Elle est un préalable à leur réalisation et elle a un rôle d'aide à la conception du projet, à la prise de décision et à l'information du public. En France, elle est exigée, depuis la loi du 10 juillet 1976, pour "les travaux entrepris par les collectivités publiques ou qui nécessitent une autorisation" dès qu'ils dépassent un certain coût ou qu'ils correspondent à certains travaux précis : lignes haute tension, barrages, mines, ouvrages d'art, etc. L'étude d'impact est incluse dans le dossier d'enquête d'utilité publique (DUP) lorsqu'il y en a une.

Mise à jour : mai 2005
Incertitudes, certitudes

L'incertitude peut être définie comme la difficulté, voire l'impossibilité, de se représenter l'avenir dans les limites du savoir scientifique disponible. Elle peut être due :
- à un manque d’informations ou à un désaccord sur ce qui est connu (erreurs, approximations au niveau des données), voire sur ce qui ne peut pas être connu, l'incertitude absolue étant de ne pas savoir qu'on ne sait pas ;
- à des projections du comportement humain difficiles à anticiper.
L’incertitude peut être représentée par des mesures quantitatives (calculées par divers modèles par exemple) ou par des énoncés qualitatifs reflétant l’opinion d’un groupe d’experts.
On peut constater l'incrédulité des sociétés confrontées à l'incertitude, lorsque les conséquences prévisibles du risque dépassent l'entendement. La non prise en compte d'un risque relève parfois d'un "déni de réalité" collectif, souvent conséquence de la rareté de certains phénomènes naturels ou anthropiques. L'impréparation de la plupart des sociétés riveraines de l'océan Indien à l'égard du risque de tsunami peut en être un exemple. Dans l'ordre des risques de nature politique et géopolitique, les exemples ne manquent pas également : aveuglements collectifs à la veille de la survenue de régimes d'expansion militaire, par exemple. Or, les sociétés technoscientifiques doivent de plus en plus s'entraîner à gérer l'inconcevable (Lagadec, 2000*), à faire face à l'incertitude.
Rappelons enfin que la prise en compte de l'incertitude est au cœur de la réflexion sur le principe de précaution, tant au niveau international qu'en France. Ainsi, le risque climatique, à la temporalité différée, pourrait être un méta-risque ignoré au nom des incertitudes le concernant. Mais les sociétés s'interrogent aussi beaucoup sur les risques qui pourraient être liés à l'introduction généralisée des Organismes génétiquement modifiés, des nano-particules, par exemple. Les débats sont ouverts et souvent houleux.

Pour prolonger, en corpus documentaire :
- Mégapoles et risques en milieu urbain. L'exemple d'Istanbul 
-
Incertitudes et précaution, la planète des Organismes génétiquement modifiés (OGM)

- Commission particulière du débat public sur les nanotechnologies (débat public du 15 octobre 2009 au 24 février 2010), www.debatpublic-nano.org/index.html
- Autres débats publics : www.debatpublic.fr
- Patrick Lagadec - Ruptures créatrices - Éditions d'Organisation - 2000 et le site personnel de l'auteur :
www.patricklagadec.net/fr
- L'Académie des sciences, ses débats et rapports : www.academie-sciences.fr/index.htm et
www.academie-sciences.fr/publications/rapports/liste_rapports_RST.htm
- Le Centre de Sociologie de l'Innovation de l'École Nationale Supérieure des Mines de Paris accueille, entre autre, le cours "Description de controverses" du sociologue Bruno Latour :
http://controverses.ensmp.fr/ et www.bruno-latour.fr/cours/index.html


Mise à jour : novembre 2010
Information et alerte

Les systèmes d'information sont essentiels au bon fonctionnement et à l'efficacité des politiques de prévention. Pour faire face aux situations de crise, ils comportent des procédures d'alerte à diffuser auprès des populations vulnérables. Des insuffisances ou des défaillances des systèmes d'alerte peuvent être à l'origine d'accidents ou de catastrophes majeures.
L'information est également au cœur de l'exigence démocratique et de bonne gouvernance. Les termes du débat ayant suivi, en France, les dysfonctionnements de l'information autour de la catastrophe de Tchernobyl sont, sur ce plan, révélateurs.

- Voir en rubrique "Savoir faire" : S'informer sur les risques

- Journal du CNRS, Catastrophes naturelles : la Terre sous surveillance, octobre 2006
www2.cnrs.fr/presse/journal/3045.htm

Mise à jour : mai 2005

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Mesures et modèle

Les études portant sur les risques et les catastrophes sont souvent de type idiographique, mais certaines recherches s'orientent dans la voie de la modélisation. Par ailleurs, pour établir des seuils et des normes d'exposition aux risques, experts, scientifiques et décideurs peuvent s'appuyer sur des modèles.
On distingue deux principaux types d'approche de la modélisation : l'approche déterministe, souvent privilégiée en France et l'approche probabiliste, davantage privilégiée dans le monde anglo-saxon et dans celui de l'industrie. L’approche déterministe se sert d’une estimation ponctuelle tirée d’un ensemble de données (la valeur maximale ou la moyenne, par exemple) pour représenter une variable d’entrée dans le modèle d’exposition utilisé. Cette approche ignore la gamme des expositions que peuvent potentiellement subir les membres d’une population, et n’indique pas la probabilité (ou le potentiel) d’exposition des individus qui composent la population visée. L’approche déterministe produit plutôt une valeur qui, selon la méthode utilisée pour obtenir l’estimation ponctuelle, peut représenter la tendance générale, la fourchette supérieure ou le seuil maximal. L’approche probabiliste, par contre, exploite toutes les données disponibles et permet d’obtenir la distribution fine des valeurs d’exposition au risque.

Les catastrophes naturelles et technologiques peuvent être assez facilement modélisées. Par exemple, la modélisation météorologique est désormais d'une bonne fiabilité à court terme : quelques heures à quelques jours avec probabilités de réalisation. On peut aussi modéliser en 2D ou 3D la propagation, la diffusion de nuages toxiques.
Mais il n'en est pas de même pour les catastrophes purement anthropiques et parfois très complexes, telles que, par exemple, les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Complexes dans leurs causes : facteurs géopolitiques, imprévisibilité, problèmes de gouvernance, etc. Complexes par leurs effets, leurs impacts : aux effets directs (victimes, impacts économiques directs). Il faut ajouter les effets indirects ou différés (effet dominos) : coût des politiques sécuritaires à échelle nationale et internationale ; coût et engrenages des guerres consécutives au 11 septembre ; évolutions de l'ordre international. Modéliser ce type de risque relève sans doute, pour l'instant, de la gageure.

Pour prolonger, en corpus documentaire :
- Mégapoles et risques en milieu urbain. L'exemple d'Istanbul 

Mise à jour : mai 2005

 

Mitigation et protection

Le terme de mitigation est un mot français qui signifie atténuation. Il vient du latin mitigare (atténuer, adoucir). Ce terme est traditionnellement utilisé en droit, plus particulièrement prise en compte dans le monde de l'assurance. En ce qui concerne les risques naturels et anthropiques, on l'utilise pour désigner les actions qui consistent à atténuer les dommages : réduction de l'intensité des aléas et/ou de la vulnérabilité. Les mesures de mitigation peuvent consister, par exemple, en équipements spécifiques des domiciles (filtrations d'air, constructions anti-sismiques, clapets anti-cyclones) ou en dispositifs spécifiques d'aménagement du territoire : digues, pare-avalanches, par exemple.

Mise à jour : mai 2005
Normes

La mesure du risque permet d'établir des normes : parasismiques, ouvrages de protection (hauteurs de digues par exemple), etc. Les normes sont des outils de gestion des risques et contribuent à en fixer les seuils d'acceptabilité : leur respect est assimilé à l'absence de danger, et rend le risque acceptable. Leurs conséquences territoriales et économiques sont considérables, aussi leur établissement peut donner lieu à des "batailles d'experts", à des pressions lobbyistes, d'une manière générale à des jeux d'acteurs révélateurs d'enjeux.
Notons que les normes prises en compte en France sont de plus ou plus souvent des normes qui s'imposent à l'échelle de l'UE.

- L'Association française de Normalisation : www.afnor.org
- Les Dossiers de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) : www.inrs.fr
- L'Organisation internationale de normalisation (ISO) : www.iso.org/iso/fr/ISOOnline.frontpage

Mise à jour : mai 2005
Précaution / principe de précaution

Alors que la prévention correspond à des risques connus pouvant être plus ou moins réduits, la précaution se situe dans un domaine où subsiste d'importantes incertitudes quant à l'existence et à l'ampleur d'un risque dont les effets pourraient être graves et irréversibles, ce qui rend difficile, voire impossible, l'estimation de ses enjeux. La précaution s'impose donc comme attitude de prudence autorisant la prise de décision en attente d'informations supplémentaires sur la prise de risque à gérer.
La montée en puissance des préoccupations liées aux risques (environnementaux, alimentaires, sanitaires) a fait émerger le principe de précaution comme nouvelle norme sociale et juridique, à l'échelle mondiale (Rio) et en Europe.
Ce principe n'est cependant pas universellement admis, d'autant que son libellé et son acception juridique varient selon les pays. Des conflits ont opposé l'Europe aux États-Unis, au Brésil, à l'Inde et à d'autres pays en développement à propos de la reconnaissance du principe de précaution et de ses modalités d'application. Des pays, hostiles ou réticents, principalement des pays du Sud, y voient la source possible pour de nouvelles barrières non tarifaires. Une adoption très hétérogène du principe de précaution par les législations des différents pays de la planète pourrait aboutir à des effets de barrière et de désavantages comparatifs.

En France, une Charte de l'environnement fut inscrite, le 28 février 2005, dans le préambule de la Constitution de la Ve république révisée pour la première fois depuis 1958. La principale innovation du texte, mais aussi la plus controversée, a porté sur l'inscription du principe de précaution.
L'application du principe de précaution suppose des procédures d'expertise et de contre-expertise à la fois indépendantes et transparentes. Un Comité de la prévention et de la précaution (CPP) composé de scientifiques est chargé d'éclairer les dédideurs politiques. Entre rationalités (scientifiques, économiques) et subjectivités, des arbitrages sont indispensables pour définir des politiques de raison autour des grands enjeux scientifiques d'aujourd'hui et de demain : génie génétique, politiques énergétiques, nano-matériaux, etc. La prise en compte du rapport "coûts-bénéfices" de l'application du principe de précaution pourrait être favorisée.

- En corpus documentaire :
Incertitudes et précaution, la planète des Organismes génétiquement modifiés (OGM)

- L'organisation officielle du débat public en France : www.debatpublic.fr
- Principe de précaution : mieux encadrer sa mise en œuvre (évaluation des politiques publiques, 2010) : www.vie-publique.fr/politiques-publiques/evaluation/...encadrer-mise-oeuvre.html
- L'Académie des sciences, ses débats et rapports : www.academie-sciences.fr/index.htm et
www.academie-sciences.fr/publications/rapports/liste_rapports_RST.htm
- Le Centre de Sociologie de l'Innovation de l'École Nationale Supérieure des Mines de Paris accueille, entre autre, le cours "Description de controverses" du sociologue Bruno Latour :
http://controverses.ensmp.fr/ et www.bruno-latour.fr/cours/index.html
- Créé en mai 2006 par le philosophe François Ewald, l'Observatoire du principe de précaution (OPP) a l'ambition d'étudier le développement de la notion de précaution dans toutes ses composantes politiques, juridiques, économiques, sociales, médicales, médiatiques et philosophiques. Il vise à éclairer les situations d'incertitude du risque et les décisions de précaution que nous pouvons prendre (en évitant le principe d'indécision) face au réchauffement climatique, à l'industrie nucléaire, aux OGM, aux ondes électromagnétiques sur la santé, aux nanotechnologies, à la sécurité alimentaire...
www.o-p-p.fr.

Mise à jour : septembre 2010
Prévention

La prévention a pour but d’anticiper la manifestation éventuelle d’un risque en limitant ses effets destructeurs. Elle relève surtout de la sensibilisation, de l’information et de l’éducation de la population (prévention routière, par exemple). La prévention est encadrée par la succession de plusieurs dispositions législatives en France.
La différence entre précaution (présomption de risques graves et irréversibles mais incertains, ce sont des risques potentiels) et prévention (risque identifié) est importante, car les deux situations conduisent à des décisions qui ne sont pas de même nature.
Au sens strict, la prévention correspond à des risques connus dont on connaît le périmètre et les effets potentiels (ils sont appelés risques avérés). Ce qui impose un travail scientifique de prévision pour estimer la probabilité de survenue et les caractéristiques (date, intensité, localisation) du risque. La prévention peut intervenir à partir du moment où l'observation des faits, et la connaissance des mécanismes en jeu, permettent d'estimer les dommages (financiers ou non), et de proposer une action qui proportionne les mesures d'évitement aux coûts estimés.

- Christopher Gomez : Les grands barrages au Japon, enjeux sociétaux et environnementaux

- Global Facility for Disaster Reduction and Recovery (GFDRR), www.gfdrr.org/gfdrr

Mise à jour : mars 2010
Prévision, prédiction

La prévision a pour but de mieux connaître les aléas, leur fréquence, leur intensité et les lieux où ils sont susceptibles de se manifester. La prévision est une représentation précise d'un événement futur qui sera le résultat de causes déjà agissantes. Cet aspect de la gestion des risques mobilise fortement la communauté scientifique. Cette prévision peut alors inciter à adopter une politique de prévention pour les zones et les populations vulnérables.
Il est possible d'identifier trois types de prévision : empirique, déterministe et probabiliste. La prévision empirique mobilise principalement l'histoire, et parfois les sciences de la nature. La recherche historique révèle très souvent deux points essentiels. À l'opposé de la prévision empirique, la prévision déterministe semble mieux adaptée. Elle part de lois causales et permet de fixer la date et le lieu d'un événement catastrophique, il s'agit alors de prédiction. La qualité de la prévision déterministe dépend de l'intervalle de temps considéré : pratiquement impossible à moyen terme, au-delà de quelques jours pour les cyclones, elle devient possible dans les jours et les heures qui précédent la catastrophe (cyclones, tsunamis) et son efficacité repose sur les qualités des systèmes d'information.
La prévision probabiliste est une pratique fréquente. On détermine la probabilité d'occurrence d'un phénomène qui le plus souvent traduite en durée de retour.
Prévision ou prédiction ? Pour parler de l’avenir, ces deux mots se différencient en termes de probabilité. Le premier, étayé par un faisceau concordant d’indicateurs fiables et modélisables, concerne souvent un futur proche, par exemple en météorologie. Les sismologues emploient préférentiellement le second.

- Voir dans ce dossier :
> Vincent Clément et Emmanuel Jaurand : Risques "naturels" et territoires en France
> les pages du corpus documentaire
 
> les pages "savoir faire"


- Journal du CNRS, Catastrophes naturelles : la Terre sous surveillance, octobre 2006
www2.cnrs.fr/presse/journal/3045.htm
- Charles-Pierre Péguy - Les risques naturels majeurs, in Encyclopédie de Géographie - Economica - 1995


Mise à jour : mars 2010
Probabilité d'un événement

Mesurer et quantifier le risque permet d'établir des normes de protection et donc d'influer sur le degré d'acceptabilité de ce risque. Par exemple, quelle doit être la hauteur d'une digue de protection contre les crues ? De telles mesures peuvent prendre appui sur des techniques probabilistes.

La théorie des probabilités offre un cadre mathématique rigoureux pour établir ces normes. Elle s'articule en deux étapes. Dans un premier temps, elle décrit un ensemble d'états possibles. Dans un second temps, elle affecte à chaque état une pondération qui décrit sa probabilité de réalisation. Si cette méthode est immédiate pour décrire le lancer d'un dé sur une table de jeu, sa mise en œuvre rencontre de nombreux obstacles lorsqu'il s'agit de rendre compte d'autres phénomènes.


Dans le domaine de l'hydrologie, par exemple, l'objectif est d'estimer la fréquence d'une crue de hauteur donnée, sur une période aussi longue que possible. Si cette crue se produit dix fois en un siècle, sa probabilité d'occurrence est de 10/100, soit 1/10. L'inverse de cette probabilité est appelé "durée de retour" (ou périodicité de retour). Dans le cas précédent, la durée de retour est de 10. Il s'agit alors d'une crue décennale. On définit de la même façon des crues centennales, etc.
Cependant la notion de durée de retour doit être manipulée avec précaution. Il ne s'agit pas ici de régularité ou de cycle. Par exemple, en deux siècles, on verra se produire une vingtaine de crues décennales (durée de retour de 10 ans). Mais ces crues peuvent être regroupées sur un seul de ces siècles. De même, pour une durée de retour d'un siècle, le phénomène en question est à redouter dix fois en un millénaire, la plupart des événements pouvant être concentrés sur un seul siècle, voire sur quelques années consécutives. Ainsi, la Loire a subi, au XIXe siècle, trois crues centennales, en 1846, 1856 et 1866, en vingt ans seulement.

Ces techniques d'analyse demandent de longues séries d'observation et un recul très important, ce qui en limite l'emploi. Leur interprétation est plus difficile en cas d'évolution hydroclimatique brutale, la fréquence de certains phénomènes pouvant alors varier rapidement. La prévision probabiliste ne fournit pas de date précise et n'a donc pas de valeur vraiment prédictive. De plus ces méthodes sont beaucoup plus difficiles à appliquer dans le domaine de la lithosphère (prévision sismique, volcanisme) que dans celui de l'hydrosphère.



Pour prolonger, en corpus documentaire :
- Mégapoles et risques en milieu urbain. L'exemple d'Istanbul 

Mise à jour :novembre 2010

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Reconstruction

Face à une situation de catastrophe et à la réalisation d'un risque, les médias, l'opinion publique, le monde politique se mobilisent, les financements affluent. Mais, l'émotion et l'élan passent, à un séisme majeur succède une inondation dévastatrice, l'oubli fait son œuvre, la mémoire s'estompe. Or, le redressement durable d'une zone sinistrée nécessite un effort de cinq à dix ans. Par ailleurs, les capacités de reconstruction, de renaissance d'une société, sont très variables et ne mettent pas en jeu de simples questions financières mais aussi des problèmes de gouvernance essentiels.
De ce point de vue, l'exemple de la reconstruction de la province d'Aceh et de l'île voisine de Nias, en Indonésie, à la suite du tsunami du 26 décembre 2004, peut paraître exemplaire. Le gouvernement, à l'époque, mit aussitôt en place un organisme central chargé de coordonner les programmes humanitaires : l'Agence de réhabilitation et de reconstruction (BRR) qui concentrait les pouvoirs de plusieurs ministères, disposait d'un rôle de commandement et pilotait les projets de restauration des zones sinistrées. Début 2010, les traces de la catastrophe sont pour l'essentiel effacées et l'économie de la région a été dopée par la réhabilitation des terres agricoles et les travaux engagés.
Le processus de reconstruction peut aussi présenter des opportunités pour penser l'avenir autrement, en faisant mieux et en conduisant une réflexion préventive à la reproduction possible de la catastrophe.

- Christopher Gomez, Franck Lavigne, Raphaël Paris et Sylviane Tabarly : Séisme et tsunami à Sumatra, 2004 - 2010 : de la catastrophe environnementale et humaine à la reconstruction

- La Banque mondiale, un acteur de la reconstruction post-séisme à Haïti en 2010 évoque ces questions : http://go.worldbank.org/SQZ462N640

Mise à jour : mars 2010
Résilience

Retour à l'état initial à l'issue d'une perturbation, la résilience exprime la capacité de récupération et de régénération d'un milieu, d'une société, d'un système socio-spatial. Encore faut-il que le système retrouve son état initial, que son comportement soit réversible, ce qui n'est pas toujours le cas dans le cadre de catastrophes.
Dans le cadre de l'analyse spatiale, la résilience désigne la capacité d’un système à assimiler, voire à tirer profit, d’une perturbation extérieure. Dans ce cas, il s'agit plus de capacités d'adaptation, plus que de retour à un état initial, telles qu'elles permettront au système spatial de fonctionner après un désastre.

- Christopher Gomez, Franck Lavigne, Raphaël Paris et Sylviane Tabarly : Séisme et tsunami à Sumatra, 2004 - 2010 : de la catastrophe environnementale et humaine à la reconstruction

Mise à jour : septembre 2010
Responsabilité et indemnisation

Dans les sociétés contemporaines, le retour à l’ordre et la résilience, à la suite de la catastrophe ou de l'accident, supposent d'en établir les responsabilités pour permettre sa réparation matérielle et morale. La sociologue Gaëlle Clavandier* fait référence à la célèbre controverse entre Voltaire et Rousseau à propos du tremblement de terre de Lisbonne en 1755. Alors que Voltaire voit dans ce drame la manifestation d’une "nature muette", qui résiste à l’analyse, Rousseau rejette le caractère naturel de la catastrophe et met en évidence les responsabilités humaines : constructions trop denses, obstination à protéger les biens matériels plutôt qu'à sauver les vies. Rousseau pose ainsi le principe de responsabilité. L'établissement des responsabilités devient parfois problématique du fait de l’évolution du droit et des pratiques. Alors qu’au départ un lien juridique nécessaire existe entre dommage et faute, une seule logique d’indemnisation tend parfois à prévaloir de nos jours sans que les responsabilités soient toujours établies, au risque d'une réparation incomplète aux yeux des victimes.

La responsabilité civile consiste en l'obligation légale, pour toute personne physique ou morale, de réparer les dommages causés à autrui. En France, le Code civil (art. 1382 à 1386) définit les cas de responsabilité : dommages causés par son fait, par sa négligence, son imprudence ... Le loi du 10 juillet 2000 (loi relative aux délits non intentionnels dite loi Fauchon) précise qu'une personne est déclarée responsable s'il est établi qu'elle a "soit violé de façon manifestement délibérée une obligation particulière de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement", soit "commis une faute caractérisée et qui exposait autrui à un risque d'une particulière gravité qu'elle ne pouvait ignorer" (article 121-3 du code pénal). Notons que l'absence de faute pénale non intentionnelle n'empêche pas d'obtenir une réparation au civil. D'autres cas de responsabilité sont également définis par la loi, en particulier pour les professionnels (dans le domaine de la construction notamment).

- Dans la rubrique "géographie vivante" du dossier, le cas de l'amiante.

- Le Journal des accidents et des catastrophes (JAC) du Centre européen de recherche sur le droit des accidents collectifs et des catastrophes (Cerdacc) de l'IUT de Colmar :
www.iutcolmar.uha.fr/internet/Recherche/JCERDACC.nsf

Mise à jour : mai 2005
Risque(s), risques naturels, risques majeurs

Le risque (risk en anglais) peut être défini comme la probabilité d’occurrence de dommage compte tenu des interactions entre facteurs d’endommagement (aléas) et facteurs de vulnérabilité (peuplement, répartition des biens). La notion de risque recouvre à la fois le danger potentiel de catastrophe et la perception qu'en a la société, l’endommagement potentiel, comme celle de l’endommagement effectif. Un risque peut être d'origine naturelle ou peut avoir des causes purement anthropiques (risques technologiques, risques géopolitiques par exemple).

Les risques "naturels" se rapportent à des aléas qui font intervenir des processus naturels variés : atmosphériques, hydrologiques, géologiques ou géomorphologiques. Le risque naturel se situe à la croisée entre, d'une part, un ou plusieurs aléas, et, d'autre part, la vulnérabilité d'une société et/ou d'un territoire qu'elle occupe. L'aléa ne devient un risque qu'en présence d'enjeux humains, économiques et environnementaux. Par exemple : un typhon sur un atoll désert de l'océan Pacifique n'est pas un risque, mais un cyclone sur les îles densément habitées des Caraïbes devient un risque majeur et provoque des dommages considérables. La question des risques naturels permet ainsi de revisiter un vieux paradigme de la géographie, celui des rapports entre la société et la nature.

Le risque, d'origine naturelle ou technologique, est dit majeur lorsqu'il peut faire de très nombreuses victimes et occasionner des dommages considérables, dépassant les capacités de réaction des instances concernées (États, sociétés civiles), à l'échelle de la zone touchée. Le risque majeur est caractérisé conjointement par une faible probabilité d’occurrence (faible fréquence) et d'énormes impacts, il peut alors devenir une catastrophe perturbant durablement les équilibres naturels et sociaux à divers niveaux d'échelle. Les conséquences, pour la population, sont dans tous les cas tragiques en raison du déséquilibre brutal entre besoins et moyens de secours disponibles.

Le risque s'entend également au sens de la prise de risque. Il est au cœur des problématiques du principe de précaution et de la gestion de l'incertitude. On peut distinguer le risque – situation pour laquelle une liste de toutes les éventualités et de leur probabilité de réalisation peut être établie – de l'incertitude, situation pour laquelle l'une ou l'autre de ces deux conditions n'est pas vérifiée.

Le niveau des risques "naturels" pourrait se voir amplifié par les impacts des évolutions climatiques, aggravées par la croissance démographique mondiale et par la pression sur les ressources. Des communautés entières sont d'ores et déjà chassées, provisoirement ou définitivement, de leur habitat par différentes crises environnementales parfois meurtrières : sécheresses, inondations, séismes, etc. Or, dans le droit juridique international, aucune protection ne s'applique aux victimes de catastrophes naturelles qui ne peuvent prétendre au statut de réfugié et qui, le plus souvent, sont déplacées à l'intérieur de leur propre pays.


- Christopher Gomez, Franck Lavigne, Raphaël Paris et Sylviane Tabarly : Séisme et tsunami à Sumatra, 2004 - 2010 : de la catastrophe environnementale et humaine à la reconstruction
- Christopher Gomez : Les grands barrages au Japon, enjeux sociétaux et environnementaux
- Vincent Clément et Emmanuel Jaurand : Risques "naturels" et territoires en France

Mise à jour : septembre 2010

Santé et risques

Un risque sanitaire correspond à la menace que représentent les épidémies et pandémies, virales ou bactériologiques, sur les populations humaines et animales, mais aussi aux effets de divers facteurs pathogènes : alimentation, conditions de travail, qualités de l'environnement. La prise en compte du risque sanitaire concerne non seulement l’étude des mécanismes d’apparition et de propagation de la maladie, mais également la perception sociale du risque dont l'état explique en partie les processus de contamination, de transmission et de prévention.
De ce point de vue, la situation des pays développés diffère très sensiblement de celle des pays en développement car leurs niveaux de vulnérabilité sont très différents. Et, à l'intérieur même des pays développés, la situation diffère d'un groupe socio-spatial à l'autre.
Dans les pays du Nord, comme la France, alors que la qualité de l'air, de l'eau, se sont considérablement améliorées depuis le début du XXe siècle, on observe une inquiétude croissante du public à l'égard des risques pour la santé. Un certain catastrophisme, parfois très médiatisé, amplifie certains risques, réels mais aux portées collectives limitées. Au demeurant, les risques environnementaux sur la santé sont en partie mal évalués.
Par contre, la situation sanitaire de certaines populations des pays du Sud est alarmante. Les risques de diffusion non contrôlée de certains virus y sont réels : fièvres hémorragiques de Lassa et de Marburg, virus du SRAS (pneumonie atypique), virus Ebola, etc. Et bien entendu, l'épidémie de sida (virus HIV) qui paraît hors de contrôle dans certains pays, africains notamment.
L'analyse géographique épidémiologique peut s'appuyer sur l'étude de modèles de diffusion permettant d'en dégager certaines logiques spatiales.

Pour prolonger, dans ce dossier :
- Un article de Jeanne-Marie Amat-Roze : L’infection à VIH/sida, image de la fracture Nord-sud ?

- La page "géographie vivante" du dossier :
La gestion du risque sanitaire de l'amiante : une comparaison France / États-Unis

et dans le dossier santé (nouvel onglet)
- Choléra : géographie d'une pandémie. Etude de cas : Haïti, 2010-2012 (Sylviane Tabarly)

- Certaines pages du dossier sur le développement durable

Et aussi :

- Le Journal du CNRS, Sur la piste des "nouveaux virus", n° 170 171, mars/avril 2004 :
www2.cnrs.fr/presse/journal/1339.htm
- Pasteur, Le Mag', Sur la piste des virus émergents, octobre 2008,
www.pasteur.fr/ip/easysite/action/WebdriveActionEvent/oid/01s-000029-00f
- Les différents rapports sur la santé dans le monde de l'OMS : www.who.int/whr/fr et les "thèmes de santé" : www.who.int/health_topics/fr


Mise à jour : novembre 2008

Sécurité, sûreté / Insécurité

Parmi les "droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme", la déclaration des droits de l'Homme de 1789 reconnaissait le droit la sûreté (article 2). Mais il s'agissait alors de protéger les individus de l'arbitraire. Aujourd'hui, la notion de sûreté prend un nouveau sens : il s'agit de mieux assurer la sécurité des citoyens au quotidien. À l'égard du risque, sûreté et sécurité traduisent un état de confiance, individuel ou collectif, et le sentiment que les dangers encourus sont acceptables.
La revendication de sécurité est souvent au cœur de débats de nature sociale et politique. De l'insécurité des individus on passe à celle de la cité, jusqu'à celle d'ordre international. État d'alerte et d'inquiétude de la société face au risque, l'insécurité correspond à un sentiment anxiogène qu'il peut être tentant d'instrumentaliser politiquement mais qui peut conduire à des comportements irrationnels de tout ou partie d'une société.
Du niveau local (quartier, ville ...) au niveau global ("concert des nations" ou phénomènes planétaires), les approches et la gestion de l'insécurité relèvent d'outils diversifiés de la vie politique et géopolitique. Ainsi, à un niveau planétaire, le Conseil de sécurité de l'ONU a pour mission de maintenir la paix et la sécurité internationales. Si sa réussite est inégale, le système est néanmoins parvenu, jusqu'au début du XXIe siècle, à contenir l'emploi des armes de destruction massives (ADM).

- Voir dans le corpus documentaire : Les armes de destruction massive (ADM)
- Dans la rubrique "savoir faire" : Connaître les réglementations et les outils de l'alerte, de la protection et de la prévention

- Des dossiers de La documentation française :
> Armement et désarmement nucléaires (juillet 2007)
www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/nucleaire/index.shtml
> Le maintien de la paix dans le monde (juillet 2008) :
www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/maintien-paix/index.shtml


Mise à jour : novembre 2008
Sinistre

Événement fortuit (incendie, explosion, cataclysme naturel, etc.) consécutif à un phénomène extérieur involontaire ayant occasionné l’endommagement ou la destruction d’un bien. Le code des assurances définit le sinistre comme la réalisation du risque garanti et, pour les assureurs de responsabilité civile, il n'y a sinistre que si la victime réclame un dédommagement au responsable assuré.

Mise à jour : mai 2005
Systèmes et risques systémiques

La théorie des systèmes (cybernétique) ou la théorie des catastrophes peuvent servir de guide pour appréhender des phénomènes transdisciplinaires.
La théorie des systèmes cherche à rendre compte des fonctionnements et des dysfonctionnements des systèmes, générateurs de crises et de risques. Yacov Haimes (1998)* propose ainsi des méthodes d'analyse des risques technologiques construites sur la théorie des systèmes.
La cindynique est largement fondée sur l'étude des systèmes complexes dont la complexité est accentuée par la multiplicité des interactions qui unissent les différentes composantes d'une catastrophe. Dans le cadre de la "théorie des catastrophes", il y a catastrophe lorsqu'une variation continue des causes entraîne une variation discontinue des effets, les catastrophes se préparent donc de façon continue sur une longue durée avant d'éclater brutalement. Pour l'un de ses théoriciens, le mathématicien René Thom, "La théorie des catastrophes consiste à dire qu'un phénomène discontinu peut émerger en quelque sorte spontanément à partir d'un milieu continu". Il s'agit de formaliser les discontinuités, les ruptures dans l'évolution des systèmes. Notons que les discontinuités ainsi analysées et modélisées par les mathématiciens ne sont pas forcément des "catastrophes" provoquant des victimes et des dommages, au sens où nous l'entendons dans ce dossier.
Ces théories ont pu être appliquées à certains phénomènes de diffusion (formation de nuées de criquets, situations révolutionnaires par exemple).
La notion de "risque systémique", quant à elle, s'emploie principalement dans les domaines économiques et financiers (systèmes de règlements et de paiements internationaux) et elle désigne alors le dysfonctionnement du système économique provenant de sa structure, elle-même conduisant les agents, individuellement rationnels, à des comportements préjudiciables à l’ensemble. Par exemple, la spéculation financière, se nourrissant de ses anticipations autoréalisatrices, conduit à la formation de bulles puis à des crises. Généralisable, une telle acception de la notion est aussi transposée et transposable, dans les domaines de la santé, de l'industrie par exemple.

- Yacov Haimes - Risk modeling, Assessment and Management - Wiley, New York - 1998

Mise à jour : mai 2005
Typologie des risques et catastrophes

Il est possible de proposer une typologie selon l'origine de l'aléa qui conduit à identifier les catégories suivantes :
- technique et industrielle (production d'énergie, chimie, mobilité, etc.)
- naturelle (atmosphériques et hydrologiques ; lithosphériques ; biosphériques)
- biologique et sanitaire (épidémies et pandémies, risques alimentaires, risques domestiques, risques liés au travail)
- sociale et politique (guerres civiles, génocides, ethnocides, risques de sociétés)

La typologie des risques et catastrophes peut aussi s'appuyer sur les spécificités des milieux où s'exerce l'aléa : milieux littoraux, montagnards, milieu urbain, mais les spatialisations peuvent être complexes.

Mise à jour : mai 2005
Urgence et ONG

La catastrophe, instant de rupture, introduit une temporalité de l’urgence dont les médias se font l’écho avec une dramaturgie rituelle (éditions spéciales, flashs, appels à la solidarité, etc.). La spatialisation du drame a également son importance : le territoire où se produit la catastrophe participe à la mise en scène. La prévention du risque comporte en général les scénarios de l'urgence sous différentes formes.

Les Organisations non gouvernementales (ONG) ont acquis une place de premier ordre dans les situations d'urgence humanitaire liées aux catastrophes et elles sont désormais des acteurs essentiels dans ce qui constitue un début de société civile internationale. Elles sont importantes par leur nombre (environ 30 000 dans le monde selon le Conseil économique et social de l'ONU, mais le PNUD en recense plus de 200 000), par les fonds qu'elles drainent et mobilisent (elles redistribuent plus de 10 milliards de dollars), par leur professionnalisme, leurs savoirs-faire géopolitiques, logistiques et techniques dans les domaines de la santé et de l'urgence médicale.

Alors que l'aide au développement stagne ou diminue, l'assistance humanitaire et les opérations d'urgence des ONG ne cessent d'augmenter car leur action est plus visible et spectaculaire pour les médias et plus facile à quantifier.
Apparues, pour la plupart, après 1945, les ONG avaient alors une vision rédemptrice de leur action (racheter les fautes de l’Occident colonialiste). Dans les années 1970 - 1980, les French Doctors mondialisent l’image de la victime dont les photographies emblématiques sont celles des enfants pris dans la tourmente de la guerre du Biafra (1967). Leurs actions se médiatisent et s'insèrent dans des logiques géopolitiques mondiales, les situations d'urgence où elles interviennent concernent divers types de catastrophes : Kurdistan en 1991, Restore Hope pour la Somalie en 1992, la Bosnie en 1993, le génocide au Rwanda suivi de l’épisode de Goma puis, en 1996, des centaines de milliers de disparus de la forêt de Kivu, les victimes de l’ouragan Mitch en 1998, le Kosovo en 1999 (première grande opération militaro-humanitaire), la sécheresse de l’Ogaden en Éthiopie en 2000, l’Afghanistan en 2001. Au fil de ces expériences, les ONG se sont professionnalisées.
De nos jours, leurs équipes font preuve d'un haut niveau de technicité dans les domaines logistique, médical, de la nutrition. Elles ont su inciter à l'adoption de nouvelles règles internationales dans le domaine économique et ont mis en place des programmes régionaux de reconstruction et de développement en élargissant leurs premières missions de traitement de l'urgence. Nombre d'entre elles ont reçu des mandats de la communauté nationale ou internationale qui fondent leur légitimité.

Mais elles ont parfois des difficultés pour positionner leurs actions, pour définir leurs relations avec les pouvoirs en place ou avec les forces militaires dans les pays où elles interviennent. Elles doivent aussi arbitrer entre aide d'urgence et aide au développement et à la prévention sur le plus long terme. Alors que Jean-Hervé Bradol, président de Médecins sans frontières (MSF), venait d'annoncer qu'il allait désormais refuser les dons, trop importants, au seul profit de l'Asie touchée par le tsunami du 26 décembre 2004, dans une communication au quotidien Le Monde intitulée "Merci à Médecins sans frontières" (Rubrique Horizons Débats du 6 janvier 2005), Sylvie Brunel (géographe et ancienne présidente d'Action contre la faim) faisait observer :

"Tout se passe comme si le cœur avait peu à peu pris le pas sur la raison, comme si la générosité s'alimentait d'elle-même (...). Désormais, États, entreprises, ONG, particuliers, collectivités locales rivalisent dans la course aux dons, cravachés par les médias qui donnent le sentiment de s'alimenter et d'alimenter ce qui est en train de devenir une sorte d'hystérie collective de la générosité affichée. (...) Quand le président de MSF rappelle que le travail à effectuer sur place est circonscrit, d'une part par les capacités opérationnelles réelles des ONG, d'autre part par les limites physiques en termes d'infrastructures qui condamnent une partie de l'aide internationale à s'amonceler dans les ports et les aéroports sans pouvoir être distribuée, il ne fait que rappeler une vérité dictée par l'expérience".

- Un article de Christopher Gomez, Franck Lavigne, Raphaël Paris et Sylviane Tabarly : Séisme et tsunami à Sumatra, 2004 - 2010 : de la catastrophe environnementale et humaine à la reconstruction
- Dans la rubrique "Savoir faire" : L’alerte des populations et l'organisation des secours

- ReliefWeb, portail du Bureau d
e coordination des affaires humanitaires de l'ONU (UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs - OCHA), spécialisé dans les opérations humanitaires en cas d'urgence et de désastre propose de nombreux documents, notamment cartographiques :
www.reliefweb.int
- Le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU (UN - HCR) : www.unhcr.fr
- AlertNet, site de la fondation Reuters pour les situations d'urgence humanitaire : www.alertnet.org
- Les images satellitales permettent parfois d'assurer un suivi spatial en urgence de certaines grandes catastrophes. Par exemple :
> à partir du portail Visible Earth de la Nasa : http://visibleearth.nasa.gov
> certaines pages du site de l'Agence spatiale européenne (ASE / ESA) à rechercher par mots clefs :
www.esa.int/esaCP/index.html
- Dans "Cultures & Conflits", différents articles sur les questions de l'action humanitaire, à retrouver par le moteur de recherche : www.conflits.org

Mise à jour : mai 2005
Victime

Placée au cœur des situations d'urgence humanitaire lors des grandes catastrophes, la victime cristallise la compassion, motive les dons, devient emblème, icône. Par ailleurs, les diverses associations de victimes sont des acteurs essentiels dans les sociétés civiles des démocraties des pays développés.
Certains dénoncent une sacralisation de la victime, placée au cœur de la médiatisation du risque, aux dépens parfois de son analyse rationnelle. Thierry Lévy* remarque, qu'en termes juridiques, la qualité de victime ne peut se décréter au nom d'un "droit des victimes" : elle ne peut résulter que d'un jugement départageant un plaignant et un accusé. Il remarque aussi que "l'idée d'un bouclier possible contre tous les dangers et tous les malheurs a miroité sous nos yeux, et nous avons payé le prix de cette chimère en abdiquant encore un peu le faible pouvoir laissé à la part congrue de notre liberté".
De son côté, Jean-Hervé Bradol, président de MSF, (Le Monde du 6 janvier 2005) expliquait l'ampleur de la mobilisation suscitée par le tsunami en Asie (autour de 10 milliards d'USD d'aide soit le 1/7e de l'aide annuelle internationale au développement) par, entre autre, la nature de la victime : "Elle n'est absolument pas polémique, elle n'est pas impliquée dans une guerre, elle n'a pas elle-même commis des atrocités : c'est la victime pure". D'où des victimes plus "célèbres" et surtout mieux aidées ou indemnisées que d'autres. Ainsi les années de baisse des dons pour les causes humanitaires comme 1995 ou 1998 sont celles où il y a moins de victimes médiatiques.
On estime aussi que 75% des victimes de catastrophes naturelles habitent dans les pays les plus pauvres, 23% dans les pays à revenus intermédiaires et 2% dans les pays riches.
Si le dommage est couvert par une assurance de responsabilité civile, la victime peut être indemnisée du préjudice dont son client est déclaré responsable. Cette indemnité et cette responsabilité reposent sur trois éléments : la nature du préjudice subi (blessure, privation d'usage, etc.) ; l'engagement de responsabilité de l'auteur du dommage (faute, maladresse, autre) ; un rapport de cause à effet entre le préjudice et le fait dommageable.

- Une étude de cas sur les victimes dans les dossiers de l'amiante, dans la rubrique "Géographie vivante"
- Thierry Lévy - Eloge de la barbarie judiciaire - Odile Jacob - 2004
- Le Journal international de victimologie (JIV) : www.jidv.com/njidv/index.php/archives/jidv


Mise à jour : mai 2005

 

Vulnérabilité

La vulnérabilité exprime le niveau d'effet prévisible d'un phénomène naturel (aléa) sur des enjeux (l'homme et ses activités). Elle est traduite en anglais par les termes vulnerability ou sensitivity. Elle évalue dans quelle mesure un système socio-spatial risque d’être affecté par les effets néfastes des aléas.
Les approches en termes de vulnérabilité sont assez récentes, elles datent des années 1960 - 1970 dans le monde anglo-saxon, des années 1980 en France. La vulnérabilité, en englobant les enjeux, exprime un degré d’exposition à l’aléa qui peut être évalué par le niveau d’endommagement constaté ou prévu.
La vulnérabilité humaine évalue d’abord les préjudices potentiels aux personnes dans leur intégrité physique (décès, blessés, etc.). La vulnérabilité économique traduit généralement le degré de perte ou d’endommagement des biens et des activités exposés au phénomène.
L’analyse de la vulnérabilité s’appuie sur une description de l’impact du dommage selon différents critères : sensibilité au dommage ; degré de dépendance ; la transférabilité, qui mesure la capacité d'adaptation ; la résilience, qui mesure la capacité de cicatrisation après l’événement.

Les principaux facteurs socio-spatiaux de la vulnérabilité sont, pour la plupart, liés à la pauvreté. C'est elle qui pousse les populations démunies des grandes villes des pays du Sud à s'installer sur des zones à risques d'éboulement et d'inondation (Mexico, Quito, Guatemala City, etc.). C'est elle qui, en intensifiant la dégradation écologique de l'environnement (déforestation notamment), aggrave les conséquences de l'aléa naturel. Ainsi, rapportés à la population, les chiffres sont éloquents : sur 1 million d'habitants, le risque annuel de mort par séisme est de 92 en Arménie, 41 au Turkménistan, 29 en Iran et 25 au Pérou, alors qu'il n'est que de 0,6 en Californie, pour prendre des localisations à forte sismicité.
Les défauts de perception de la vulnérabilité s’expliquent en partie par les défauts de perception de la part de responsabilité des individus et des sociétés dans la catastrophe qu’il est relativement difficile d’accepter ses propres fragilités. Percevoir la vulnérabilité, implique d’accepter le fait que les risques sont aussi le résultat de facteurs internes aux sociétés, et pas seulement le fruit du hasard (aléa). Cette faible perception génère (autant que l’absence de perception d’un aléa) une sous-estimation du risque.

Pour prolonger, en corpus documentaire :
- Mégapoles et risques en milieu urbain. L'exemple d'Istanbul 

Mise à jour : novembre 2010


Principales sources du glossaire : ensemble du dossier, dossiers de presse et divers médias, ouvrages ci-dessous.  

- Dauphiné A. - Risques et catastrophes. Observer, spatialiser, comprendre, gérer, A. Colin, 2003
- Dupont Y. (dir.) - Dictionnaire des risques, A. Colin, 2003
- Veyret Y. et Meschinet de Richemond N., Géographie des risques naturels en France. De l'aléa à la gestion, Hatier, 2004
- Veyret Y. (dir.) - Les risques - Dossiers des Images Économiques du Monde, SEDES, Paris, 2003
- Veyret-Mekdjian Y. - Géographie des risques naturels, La Documentation française, 2001

Glossaire proposé par Sylviane Tabarly (Dgesco, ENS de Lyon)

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Mise à jour partielle :   10-10-2010

 

 


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