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Il tient compte d'approches pluridisciplinaires
visant ainsi à construire une culture commune
dans l’usage des notions et des concepts.
Des mises à jour et compléments : septembre 2010
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Acceptabilité
L'acceptabilité sociale des risques
est fortement liée à la
reconnaissance de leur nature anthropique
et à leur gestion à travers
un ensemble de procédures, de controverses,
d'expertises. Un risque
est considéré comme acceptable
(ou tolérable) par une personne
ou une collectivité lorsqu'elle
peut en supporter les conséquences,
les dommages, au regard de sa probabilité
d’occurrence (aléa).
De fait, l'acceptabilité
est variable dans le temps et dans l'espace.
Les législations et les réglementations,
en fixant des normes,
des seuils, des compensations, témoignent
de ces évolutions et de cette variabilité
spatiale et temporelle. Des jeux d'acteurs
se nouent autour des enquêtes d'utilité
publique, des décisions d'aménagements
du territoire, entre associations, décideurs,
entrepreneurs, assureurs.
Dans les sociétés contemporaines
développées, les catastrophes
sont de moins en moins bien acceptées,
d'autant plus qu'elles semblent échapper
au contrôle des spécialistes
et des experts. Le passage à des
sociétés plus individualistes
a pu favoriser le développement
de sentiments d'insécurité,
rendant plus intolérable
la réalisation du risque (Beck,
2001*).
Une déclinaison économique
de cette notion consiste à déterminer
le montant maximal que les sociétés
sont prêtes à payer pour
bénéficier d'une protection
contre les risques (consentement à
payer - "willingness to pay"
ou WTP) ou, sinon, le montant minimal
que ces mêmes sociétés
sont prêtes à recevoir en
compensation de préjudices subis
("willingness to accept"
ou WTA). Le consentement à
payer peut être mesuré grâce
à la méthode d’évaluation
contingente. Elle s’appuie sur la
réalisation de sondages censés
cerner la propension à payer des
individus.
Des analyses coût-avantage
ou coût-bénéfice sont
généralement un préalable
à l’évaluation du
consentement à payer. Elles permettent
de chiffrer le coût d’un ouvrage
de protection (calibré pour un
aléa d’une intensité
donnée) et les bénéfices
qu’il induit (indemnisation moindre
car les dégâts sont moindres).
Ces analyses permettent de trouver le
juste calibrage des ouvrages de protection
comparativement aux bénéfices
escomptés.
- Beck U. -
La société du risque
- Aubier - 2001
Mise
à jour : mai 2005
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| Accident
L'accident survient
dans la temporalité quotidienne,
son caractère peut paraître
banal. À la différence de
la catastrophe, il s'inscrit
dans une continuité relative avec
le passé et le futur. Il ne
bouleverse pas les choix de société,
il n'implique pas une rupture irréversible
ni une perte irrémédiable
de repères, à un niveau collectif
du moins.
L'événement accidentel porte
atteinte à la "normalité"
et entraîne une situation perturbée.
Dans ce cas, des fonctions spécialisées
sont mises en oeuvre pour aider au retour
à la normale. Mais ceci n'est valable
que pour l'accident "classique",
celui qui reste dans le champ de validité
des capacités de régulation
d'urgence et de résilience.
Au-delà de certaines limites, lorsque
l'événement initiateur devient
un "accident majeur", ou, lorsque
le système ou son cadre général
sont déjà fortement marqués
par le déséquilibre, on entre
dans le domaine de la crise.
Mise
à jour : mai 2005 |
Aléa
L'aléa
(hazard en anglais) est un phénomène
résultant de facteurs ou de processus
qui échappent, au moins en partie,
au contrôle de l'homme : inondation,
cyclone, glissement de terrain, éruption
volcanique, séisme, tsunami. L'aléa
ne devient un risque
qu'en présence d'enjeux
humains, économiques et environnementaux,
possédant une certaine vulnérabilité
(fragilité). Par exemple : un typhon
sur un atoll désert de l'océan
Pacifique n'est pas un risque, mais un
cyclone sur des secteurs habités
de l'île de La Réunion devient
un risque majeur et peut provoquer des
dommages considérables.
Sur un espace donné, un aléa
est plus ou moins probable
et comporte une large part d'incertitude
quant à son déroulement
(moment, circonstances). L’analyse
scientifique de l’aléa comporte
la description de la nature du phénomène,
de son intensité et de sa probabilité
d’occurrence. En l'état actuel
des connaissances, les accidents climatiques,
par exemple, s'inscrivent dans des cycles,
obéissent à des modèles,
qui peuvent les rendre prévisibles.
C'est beaucoup plus difficile dans le
cas de l'aléa sismique.
Un article de Christopher Gomez, Franck Lavigne, Raphaël Paris et Sylviane Tabarly : Séisme et tsunami à Sumatra, 2004 - 2010 :
de la catastrophe environnementale et humaine à la reconstruction
Mise
à jour : mai 2005 |
Aménagement
du territoire et gestion des risques
La politique d’aménagement
du territoire participe aux politiques de prévention dont
le but est d’anticiper la manifestation
éventuelle d’un risque en limitant
ses effets destructeurs. On peut citer Rousseau
qui, en réponse à Voltaire
voyant dans le tremblement de terre de Lisbonne
en 1755 (plus de 40 000 morts) une
pure fatalité, lui répondit,
dans une lettre datée du 18 août
1756, que "la nature n'avait point
rassemblé là 20 000 maisons
de 6 ou 7 étages, et que si les habitants
de cette grande ville eussent été
dispersés plus également et
plus légèrement logés,
le dégât eût été
beaucoup moindre, et peut-être nul".
De nos jours, différents types de
documents législatifs et réglementaires
fixent des cadres à la prévention,
et imposent des zonages qui orienteront
les choix d'aménagement des territoires
: voir en rubrique
"savoir faire"
Penser le risque en termes d'aménagement
du territoire consiste à passer d'une
logique de probabilité surtout temporelle à une logique
de probabilité spatiale. C'est une
approche indispensable à la gestion
territoriale du risque. Elle pose certains
problèmes dont :
- celui des arbitrages entre le caractère
relativement continu des phénomènes
spatiaux liés aux risques (variable
selon le risque considéré
cependant) et le caractère discontinu
de leur gestion territoriale : délimitation
de zones réglementées, protégées
; délimitation des zones aidées,
des aires déclarées en "catastrophe
naturelle", etc.
- celle de la nécessaire prise en
compte des emboîtements d'échelle
et de responsabilités,
qui, selon le risque concerné, pourront
aller du local au global.
Diverses échelles peuvent être
prises en considération, par exemple
:
- certaines unités naturelles : vallées
et bassins versants par exemple pour les
risques d'inondation, d'éboulements
et de glissements de terrain, d'avalanches,
etc.
- des aires urbaines, des bassins industriels
et des axes de transport pour les risques
technologiques,
- des échelles souvent transfrontalières
pour les risques biologiques, chimiques,
et nucléaires majeurs et pour certaines
catégories de risques naturels (climatiques
notamment).
Les situations à risques peuvent
être localisées de manière
très variée, voire atomisée
selon qu'elles se situent à des niveaux
collectifs ou individuels : risques urbains,
risques de la mobilité (accidents
de la route), risques liés à
la santé et au travail (infection
par le VIH, effets de l'amiante ...). Les
maillages administratifs ne seront donc
pas toujours pertinents et devront souvent
être transgressés pour permettre
une gestion adaptée du risque.
Pour prolonger :
- Mégapoles et risques en milieu urbain. L'exemple d'Istanbul
Mise
à jour : novembre 2010
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Assureurs
et réassureurs
Le risque,
en tant qu’objet d’assurance,
se définit par la probabilité
de survenance d’un sinistre,
c’est-à-dire d’un élément
déclenchant la garantie d’un
contrat. Le monde de l'assurance
et de la réassurance (l'assurance
des assureurs) est directement concerné
par les incertitudes et
les risques du monde contemporain.
La vulnérabilité
croissante face aux aléas
naturels est une réalité.
Les assureurs constatent à travers
le monde que le coût des dommages
causés par ces phénomènes
augmente plus vite que la croissance économique
et peut exploser brutalement au gré
de phénomènes paroxysmiques.
C'est le résultat de la densification
des installations humaines dans des zones
à aléas, de leur sophistication
croissante, de la demande sociale de sécurité
et de la prise en compte du "droit
des victimes", alors
que les États s'efforcent de réduire
leurs charges budgétaires.
- Voir en corpus documentaire : Les
coûts du risque
Mise
à jour : mai 2005 |
Catastrophe
La catastrophe est la réalisation d'un risque, c'est un risque devenu réalité qui, sur un territoire
donné, par l’ampleur et le
coût des dommages causés, provoque
une grave interruption du fonctionnement
d'une société. Dans la pratique, la catastrophe est bien souvent révélatrice du risque. Dans le cas d'une catastrophe, les pertes
humaines, matérielles ou environnementales
ne peuvent être surmontées
par les seules ressources de la
société affectée.
Différente par son ampleur, la catastrophe
se distingue de l'accident
en ce qu'elle désigne, étymologiquement,
l'idée d'un renversement (d'une bifurcation
dans le cadre de la théorie des systèmes),
c'est à dire d'un "après"
qui ne sera jamais plus comme "avant".
Inimaginables, impensables, voilà
bien les aspects fondamentaux de ces événements
qui semblent échapper à l'entendement.
De ce point de vue, les différents
génocides, les bombardements nucléaires
sur le Japon, Tchernobyl, les attentats
sur les tours jumelles de New York, sont
incontestablement des catastrophes.
Le séisme de Lisbonne en 1755, les
séismes et tsunamis d'Asie en 2004
et 2005, le séisme d'Haïti en janvier 2010, sont des catastrophes, généralement
qualifiées de "naturelles",
produits de l'aléa
et de la vulnérabilité.
Elles mettent à l'épreuve
les capacités des États à
y faire face, mais elles ne provoquent pas
toujours de rupture dans la gestion et la
culture du risque des sociétés
affectées. Certaines sociétés,
plus fatalistes ou plus démunies
que d'autres, ne modifient pas radicalement
leurs comportements à la suite d'une
catastrophe d'origine naturelle qui ne joue pas forcément le rôle
heuristique qu'on pourrait parfois espérer. Certaines sociétés peuvent être durablement affaiblies par une catastrophe.
Au fil du temps, la mémoire des catastrophes
peut s'estomper plus ou moins rapidement et les capacités de résilience des sociétés sont variées.
Mais les situations de catastrophe naturelle peuvent avoir, par les dynamiques de solidarité
induites, des effets politiques à
différentes échelles. Par
exemple, l'éboulement d'Elm de septembre
1881 en Suisse avait constitué un
tournant pour le tout le jeune État
fédéral, né en 1848
: l'assistance venue de tous les cantons
avait contribué à forger l'identité
nationale. Des politiques de reconstruction bien conduites après une catastrophe peuvent apporter des réponses durables pour faire face à une situation comparable.
Notons enfin, d'une part, que la catastrophe
"naturelle" fournit le prototype des risques
involontaires, bien plus insupportables
que des risques volontaires, mille fois
plus dommageables pourtant et que, d'autre
part, la catastrophe "naturelle"
a, dans son déclenchement, un caractère
de soudaineté qui la distingue d'autres
catastrophes aux temporalités plus
étirées (épidémie
du VIH-Sida par exemple).
De l'accident à la catastrophe majeure, on a pu chercher à établir une classification des catastrophes en fonction de leur degré de gravité en termes humains, financiers, voire écologiques.
- Voir les
articles scientifiques associés au
dossier
- en rubrique "savoir faire", Saisir l'actualité pour enseigner.
Deux exemples pour l'année 2010 : la tempête Xynthia et le séisme à Haïti
-
Journal du CNRS, Catastrophes naturelles : la Terre sous surveillance, octobre 2006
www2.cnrs.fr/presse/journal/3045.htm
Mise
à jour : mars 2010
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Catastrophe
et mémoire
La liste des menaces
et des catastrophes livrées par l'actualité
médiatique est longue : inondations,
séismes, incendies, accidents technologiques,
industriels et sanitaires alimentent des
approches catastrophistes de l'information
du public. Inversement, les pouvoirs publics
peuvent, à l'occasion et pour ne
pas effrayer l'opinion publique, être
tentés par l'attitude, tout aussi
discutable, du secret ou du "tout va
très bien". Ces deux principes
conjugués aboutissent à de
la désinformation citoyenne, s'opposent
à une culture du risque
maîtrisée et peuvent compliquer
l'adoption de politiques de prévention
rationnelles.
L'apparition de la modernité avait
coïncidé avec l'atténuation
d'une conception religieuse de la catastrophe
et la question, au XVIIIe siècle,
était de savoir comment concevoir
le mal une fois privé de références
divines. Les idéologies du progrès
des XIXe et XXe siècles y avaient
répondu. Mais, après l'irruption
de formes nouvelles et impensables du mal,
elles paraissent ébranlées
en ce début du XXIe siècle.
La résurgence de l'imaginaire catastrophique
dans nos sociétés contemporaines,
ne redevient-il pas, comme au XVIIIe, un
moyen d'adaptation à une nouvelle
condition humaine ?
Certains (Jeudy, 1990 *) voient dans la
fascination dont témoignent nos contemporains
pour le risque un projet de maîtrise
de la catastrophe. L'égrenage des
menaces et des catastrophes parvient à
saturer l'espace social d'incertitudes
toujours plus fortes, entretenant ainsi
une inquiétude généralisée,
elle-même génératrice
d'une demande de sécurité
et de protection. Ce qui finit par constituer,
tout à la fois, un cercle vicieux
et un paradoxe, les sentiments d'inquiétude
alimentant le besoin de sécurité.
L'incertitude, vécue négativement,
remplace alors "l'indétermination"
positive des trajectoires et des choix collectifs
et/ou individuels. (Dobré in Y. Dupont,
2003*).
Gaëlle Clavandier* repère dans
le discours politique autour de la catastrophe
un autre passage obligé qui vise
à surmonter la perte de maîtrise
occasionnée par la crise. L’accent
mis sur la recherche des causes et des responsabilités
montre ainsi une reprise en main. Le consensus
politique est de mise pour signifier un
resserrement de la communauté nationale
face à la catastrophe, tandis que
la solidarité autour des victimes
est soulignée par des déplacements
sur les lieux. On s’attache aussi
à mettre en évidence tous
les comportements emblématiques de
cette solidarité, les dons, les secours
portés aux victimes par la population
: il s'agit d’affirmer la pérennité
d’une cohésion sociale menacée
par la catastrophe. Par son ampleur, par
sa violence, la catastrophe suscite des
difficultés particulières
liées à l’état
des cadavres, aux problèmes d’identification
de ces morts qui ne peuvent pas recevoir
le traitement prescrit et ouvrent le champ
à un imaginaire social du cadavre
errant. Les rites funéraires de substitution
dans ces cas de mort collective ont un caractère
extrêmement codifié (chapelle
ardente, cérémonie collective)
et sont placés sous la responsabilité
des pouvoirs publics. À l’issue
de ces rituels se construit une mémoire
collective, à la croisée de
deux mémoires distinctes. D'abord
une mémoire officielle, commémorative,
qui a la particularité de permettre
de circonscrire le souvenir de la catastrophe
dans le temps et dans l’espace, en
construisant une délimitation entre
le lieu du drame et le reste du territoire.
Cette mémoire évacue rituellement
le souvenir et permet l’oubli. Ensuite
une mémoire qualifiée d’événementielle,
qui s’appuie autant sur des faits
avérés que sur une représentation
imaginaire collective de la catastrophe.
- Patrick Baudry et Henri-Pierre Jeudy -
Le deuil impossible : fenêtre
sur la mort - Éditions Eshel
- 2001
- Gaëlle Clavandier - La mort collective.
Pour une sociologie des catastrophes,
(CNRS Éditions, 2004). Autour du
tsunami, sur le site DESCO en SES :
http://ses.ens-lsh.fr/index.php?arc=in02
- Yves Dupont (dir.) - Dictionnaire
des risques - A. Colin - 2003
- Henri-Pierre Jeudy - Le Désir
de catastrophe - Aubier - 1990
Mise
à jour : mai 2005
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Cindynique
Science des risques
et du danger, la cindynique
propose "d’échapper à
l’illusion de la fatalité"
suscitée par les catastrophes.
Elle relève d'une approche globale
des risques largement fondée sur
la théorie des systèmes complexes
et elle en propose une approche transversale,
quelle que soit leur nature (technologique,
géopolitique, naturelle, etc.). Les
cindyniciens, spécialistes de la
gestion des risques et souvent ingénieurs
de formation, peuvent avoir leur place dans
les entreprises ou les organisations, ils
sont souvent invités à jouer
le rôle d'experts
dans l'évaluation du risque et du
danger.
- Pôle Cindyniques de l'École
des mines de Paris : www.cindy.ensmp.fr/fr/index.html
- L'Institut pour la maîtrise des risques
(IMdR) : www.imdr.eu
Mise
à jour : mai 2005 |
Conflit, conflictualité
Parmi les risques auxquels l'humanité peut être confrontée, ceux qui sont liés à des conflits armés interétatiques ou internes (guerres civiles) peuvent être les plus meurtriers. Ces conflits peuvent avoir pour causes des questions politiques au sens large (idéologies, choix de société, religions) bien entendu mais ils ont aussi bien souvent comme motifs implicites ou explicites l'accès aux ressources territoriales.
Dans une étude publiée en 2003, Briser la trappe à conflit, guerre civile et politique de développement, la Banque mondiale avait établi un lien très fort entre pauvreté et risque de guerre. Par ailleurs, plus la croissance des États est faible, plus leur dépendance à l'égard des matières premières est forte. Or, dans un monde aux ressources limitées, l’accès à ces dernières est un enjeu suffisamment important pour que l’on décide de prendre les armes. La polémologie (science de la guerre) souligne le rôle crucial que l’accès aux ressources joue dans le déclenchement et la perduration des conflits. On notera en effet que ce sont certaines régions riches en ressources naturelles (hydrocarbures, minerais rares par exemple) qui ont les potentiels de conflictualité les plus intenses (delta du Niger, République démocratique du Congo, Caucase, par exemple).
L'accès aux ressources en eau est également un thème récurrent de conflictualité. Ainsi, au Moyen-Orient, l’eau qui alimentait les guerres mésopotamiennes est aujourd’hui une des composantes clé du contentieux sur le Golan concernant la Syrie, Israël, la Jordanie et les territoires palestiniens.
En Afrique, la frange sahélo-saharienne connaît une conflictualité assez bien corrélée aux courbes de pluviométrie : compétitions pour les pâturages en zone pastorale et, plus au sud, confrontations entre agriculteurs et peuples pastoraux. En Somalie, la guerre des clans garde encore bien des caractéristiques des guerres pour l’eau et les points d’eau.
L'accès à la terre, les questions foncières, sont des éléments de conflictualité récurrents dans le monde (voir notre dossier "Afrique, territoires et conflits").
Dans les pays en développement, les situations de conflit sont une entrave aux progrès de la démocratie et des droits de l'Homme, ils compromettent les performances économiques des États, une équitable redistribution des richesses et les efforts pour lutter contre la pauvreté.
- Un dossier : Afrique subsaharienne, territoires et conflits
- "Guerre et paix au XXIe siècle",
un rapport du Human Security Center de l'Université de Colombie Britannique
à Vancouver au Canada ( 2005 Human
Security Report: War and Peace in the 21st
Century) : www.humansecurityreport.info/index.php?option=content&task=view&id=134
Mise
à jour : septembre 2010 |
Crise
et gestion de crise
Accidents,
catastrophes et situations
de crise sont souvent
associés dans la perception qu'en
a le "grand public". Le mot
est souvent suremployé par les
médias mais sa signification scientifique
est floue. Dans la médecine hippocratique,
le terme de crise désignait le
moment où la maladie touchait à
son terme. La crise n’était
donc pas un signe de maladie, mais plutôt
de résistance à la maladie. Dans la tragédie
grecque, la crise est le moment de vérité
où le passé est révélé.
Edgar Morin note qu'on en arrive aujourd'hui
à des retournements complets de
sens. Ce qui désignait à
l'origine "décision, moment
décisif d'un processus incertain",
en arrive à pointer son contraire
: "crise signifie indécision
: c'est le moment où, en même
temps qu'une perturbation, surgissent
les incertitudes".
Dans le cadre de la cybernétique
(théorie des systèmes),
la crise s'accompagne d'une bifurcation,
d'un changement radical de direction,
la crise caractérisant les systèmes
en mutation. Aux évolutions lentes,
sur le long terme, succèdent des
évolutions très brutales
sur des échelles de temps très
courtes.
Les catastrophes peuvent
être les révélateurs
des états de crise, ce qui ne sera
alors pas sans conséquences dans
l'évolution des systèmes
socio-spatiaux (organisation de l'espace,
gestion du territoire).
Pour apprécier les comportements
humains en situation de crise, des recherches
pluri-disciplinaires (cindyniciens,
psycho-ethnologues, anthropologues, sociologues,
ergonomes, etc.) ont été
menées. Il convient de distinguer
ce qui est à la source de la crise
et ce qui permet de la gérer. Dans
le premier cas, Jean-Louis Nicolet (1989)*
repère sept catégories d'erreurs
humaines à l'origine des accidents
et des catastrophes de nature technologique
: erreurs de perception ; de décodage
; de représentation ; de communication
homme-homme ; de non-respect d'une procédure
; de décisions prises trop tard ;
d'actions mal séquencées
ou mal dosées. Différents
scénarios décisionnels peuvent
conduire à des situations de crises
génératrices d'accidents
ou catastrophes : erreurs de raisonnement,
aveuglements collectifs, perte de sens.
Au niveau de la gestion de la crise par
les décideurs, P. Lagadec* analyse
les problèmes de la relation avec
les experts (élus,
monde de l'entreprise) en ces termes :
"Les
difficultés du travail entre
experts se doublent de problèmes
d'interface avec les décideurs
(politiques, entreprises), d'autant
plus vrai que l'expert auquel on
s'adresse est de culture universitaire.
Tout d'abord, les experts auxquels
on a recours n'ont pas toujours
une habitude de la situation dans
laquelle ils vont être plongés
: l'urgence, des
enjeux de grande
envergure, une forte visibilité
médiatique, un travail en
relation directe avec de hauts responsables,
etc. (...) Le décideur, de
son côté, a tendance
à rechercher des certitudes
lorsqu'il sollicite l'expert. Or,
la science vit de non-certitudes,
et on ne saurait lui faire dire
plus qu'elle ne peut dire. Quand
on réunit des scientifiques,
on ne recueille que des paroles
non décisionnelles. Ce ne
seront que des avis multiples, chacun
sur un aspect limité du problème,
et toujours profondément
marqués par le doute. Le
décideur attend une parole
discriminante, le scientifique va
toujours répondre "oui,
mais, ça dépend…!"
(...) Le décideur risque
fort d'exercer une pression insupportable
sur l'expert pour obtenir ses résultats
le plus vite possible. On le comprend
: il lui faut agir et annoncer quelque
chose. (...) Les tensions en seront
d'autant plus fortes et pourront
aller jusqu'à des ruptures
fracassantes, ayant les médias
pour témoins (...) Fondamentalement,
le décideur doit bien comprendre
que les experts scientifiques ne
pourront pas lui apporter ce qu'il
cherche vraiment. (...) Il aura
des avis produit par produit, institution
par institution, milieu par milieu…
quand son problème est de
nature globale. (...) Entre le savoir
mono-disciplinaire éclaté
et le savoir opérationnel
nécessaire, il y a un gouffre.
(...) La tentation est forte aussi
pour le décideur de transférer
son rôle sur l'expert en lui
abandonnant la responsabilité
de la décision. (...) il
en arrive à lui demander
brutalement : "Alors, docteur,
est-ce que j'évacue ?".
(...)" |
- Lagadec P. - La gestion des crises
; outils de réflexion à
l'usage des décideurs - Texte
téléchargeable de 300 pages
et 2 Mo environ : www.patricklagadec.net/fr/pdf/integral_livre1.pdf
et d'autres productions de l'auteur accessibles
en ligne : www.patricklagadec.net/fr
- Nicolet J.-L., Carnino A., Wanner J.-C.
- Catastrophes ? Non, merci ! La prévention
des risques technologiques et humains
- Masson - 1989
- Congrès de la Conférence
des Grandes Écoles - Systèmes
et risques, quelles nouvelles approches
pédagogiques ? : www.cge.asso.fr/nouveau/colloque2002
Mise
à jour : mai 2005 |
Culture
et représentation du risque
Modes de connaissance
et/ou de communication du risque par ses
principaux acteurs : décideurs
économiques et politiques, formateurs,
associations, simples citoyens, etc. Ce
qui implique la connaissance rationnelle
: de l’incertitude
liée au phénomène ;
de la gravité de ses conséquences
; des mesures de prévention
existantes (information,
réaction en cas d’alerte, secours)
; de la répartition des responsabilités.
Les différences dans les représentations
individuelles ou collectives du risque induisent
des comportements variés en matière
de prévention et d'acceptabilité.
Certains groupes sociaux ont des attitudes
plus fatalistes que d'autres à l'égard
des catastrophes qui les
frappent et qu'elles attribuent à
la fatalité ou à des punitions
divines. On constate très souvent
que des catastrophes similaires ont des
impacts très inégaux selon
les groupes socio-spatiaux qui y sont confrontés.
Ces différences, aux facteurs socio-économiques
et technologiques, s'expliquent aussi par
les différences de "culture
du risque".
Le décalage entre "risques perçus"
et "risques réels" par
le public est, en partie, la conséquence
de défauts de sensibilisation, d'information
et de communication. Il influe sur les degrés
d'acceptabilité
du risque.
Mise
à jour : mai 2005
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Danger
Le danger est une menace sur la sûreté
ou l’existence des personnes, des
biens, des activités et des milieux.
Il provoque un état ou une situation
comportant une potentialité de dommages
jugés inacceptables.
En France, la loi du 19 juillet 1976 (et
son décret d'application du 21 septembre
1977) sur les Installations Classées
pour la Protection de l’Environnement
(ICPE), oblige l’exploitant à
réaliser une "étude de
dangers", document de référence
soumis à la DRIRE. Elle
va permettre d’apprécier l’extension
des conséquences d’accidents,
les mesures de prévention et les
zones de protection ( ou zones de sécurité
: protection rapprochée ou protection
éloignée). C’est donc
un document fondamental qui vise à
réduire la vulnérabilité
ainsi qu’à élaborer
des plans de secours et à maîtriser
l’urbanisation.
Les ingénieurs cindyniciens
évaluent parfois les risques
et le danger sur une échelle
de criticité de 0 à
16 selon le calcul : criticité =
occurrence du risque x gravité du
risque. Cette évaluation permet de
sélectionner les risques les plus
critiques qui nécessitent un traitement
prioritaire.
- Jacques
Donze, Les
bassins du risque industriel
Mise
à jour : mai 2005 |
Développement
durable
La prise en compte du risque, à la
fois social et environnemental, est au cœur
des démarches dites de "développement
durable".
Voir le dossier Le
développement durable, approches
géographiques sur Géoconfluences.
Mise
à jour : mai 2005 |
Diffusion
et gradient
Nuages toxiques et létaux,
souffles explosifs, épidémies
et pandémies, secousses sismiques
ou tsunamis sont des objets aréolaires
dont l'intensité décroît
à partir d'un centre ou suivant une
direction. Ils se diffusent dans l'espace
selon des logiques spatiales qui leur sont
propres, leur propagation étant rarement
anisotrope. Ainsi, la circulation atmosphérique
oriente la propagation des nuages toxiques.
L'onde d'un tsunami peut être amplifiée
ou, au contraire, amortie par la configuration
topographique des océans. Des effets
de barrière sont discernables :
dans le cas de la diffusion des maladies,
par exemple, certaines populations ont pu
bénéficier de politiques de
vaccination systématique faisant
ainsi apparaître des frontières
dans leur mode de propagation.
Les géographes ont identifié
quatre formes de diffusion : linéaire
(canaux de circulation) ; par contagion,
à partir d'un ou plusieurs foyers
; hiérarchique, passant, par exemple,
de métropole en métropole
; au hasard mais dans le sens probabiliste
du terme : sur les lignes de chevauchement
entre plaques continentales ou sur les aires
de trajectoire cycloniques par exemple.
Dans les faits, les diffusions combinent
souvent plusieurs de ces modes d'autant
plus que les catastrophes ont fréquemment
des effets dominos.
Mise
à jour : mai 2005
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Dommages, endommagement
Les dommages sont les
conséquences péjoratives d’un
phénomène (accident, catastrophe)
sur les biens (dégâts), les
activités (perturbations) et les
personnes (préjudices). En règle
générale, ils sont quantifiés
économiquement afin d'être
pris en compte par les assurances et dans
le cadre de procédures juridiques
destinées, entre autre, à
établir les responsabilités
et les réparations.
On distingue, entre autres :
- les dommages directs (destruction corporelle
ou matérielle) et indirects (coûts
de remise en état, d’intervention
et de perte d’exploitation), selon
que les effets dommageables sont imputables
directement à l’action physique
du phénomène ou provoqués
par ses conséquences.
- les dommages tangibles (pertes dont la
compensation est rendue possible par réparation,
substitution ou contrepartie financière)
et intangibles (pertes irremplaçables),
selon que les effets dommageables sont directement
chiffrables ou qu’ils ne peuvent être
intégrés dans un calcul économique.
Le degré d'endommagement est un indicateur
représentatif de la détérioration
matérielle et des perturbations fonctionnelles
d’un bien consécutivement à
l’action physique d’un phénomène.
Classiquement, le degré d’endommagement
est évalué selon une échelle
de valeur. Les
économistes distinguent deux grands
types de valeur : la valeur d’usage
et la valeur d’existence.
Parmi les valeurs d’usage, il existe
la valeur marchande et non marchande (pour
le temps présent), la valeur d’option
(pour une utilisation future ou pour la
génération présente)
et la valeur de legs (pour les générations
futures). Les valeurs d’existence
accordent une valeur intrinsèque
aux choses, non liée à leur
usage passé, présent ou futur.
On peut accorder une valeur à la
vie dans un environnement sécurisé.
Mise
à jour : mai 2005 |
Éducation
à la prévention des risques
majeurs
En France, l’article L125-2 du code
de l’Environnement stipule que "les
citoyens ont droit à l’information sur les risques majeurs auxquels ils sont
soumis dans certaines zones du territoire
et sur les mesures de sauvegarde qui les
concernent. Ce droit s’applique
aux risques technologiques et aux risques
naturels prévisibles". Cette
exigence de transparence et d’accès
facile à l’information environnementale
est reprise par les dispositions adoptées
par l'UE (convention faisant suite à
une directive de 1998, entrée en
vigueur en octobre 2001, ratifiée
en France par une loi en 2002) en juin
1998 à Aarhus (Danemark). La loi
de modernisation de la sécurité
civile du 13 août 2004 indique,
à travers ses articles 4 et 5,
que toute personne concourt par son comportement
à la sécurité civile
et que tout élève bénéficie,
dans le cadre de sa scolarité,
d’une sensibilisation à la
prévention des risques et aux missions
des services de secours, ainsi que d’un
apprentissage des gestes élémentaires
de premier secours.
L’éducation
à la prévention des risques
majeurs est une composante de l'éducation
au développement durable"
(EDD). Elle se prête aux croisements
des disciplines. L'étude du territoire
proche est le lieu privilégié
de cette éducation.
- Voir en rubrique 'Programmes' (nouvelle fenêtre)
- en rubrique "savoir faire", Saisir l'actualité pour enseigner.
Deux exemples pour l'année 2010 : la tempête Xynthia et le séisme à Haïti
- Le site portail de la Direction de la
prévention des pollutions et des
risques du Ministère de l’écologie
et du développement durable donne
accès à l’information
préventive : www.prim.net.
Mise
à jour : mars 2010 |
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Effet
dominos
On distingue habituellement les impacts
directs et les impacts indirects d'un accident
ou d'une catastrophe. Les
victimes de nombreux séismes
sont ensevelies par l'effondrement des habitations
ou des infrastructures, mais sont aussi
causées par les incendies ou les
inondations (ruptures de digues, de barrages)
qui en résultent. Les grandes concentrations
industrielles et urbaines sont plus vulnérables,
davantage exposées à de tels
effets dominos, une catastrophe "naturelle"
pouvant entraîner en chaîne
une série de catastrophes technologiques.
Mise
à jour : mai 2005 |
Enjeux
Personnes, biens, équipements, environnement,
susceptibles d'être affectés
par un phénomène d'origine
naturelle et/ou anthropique et de subir
des préjudices ou des dommages.
Les enjeux ne sont étudiés
que dans la mesure où ils présentent
une certaine vulnérabilité
face aux aléas.
La plupart du temps, les enjeux sont englobés
dans le terme vulnérabilité
qui désigne alors des objets caractérisés
par une valeur et une capacité de
résistance physique à l’aléa.
Les PPR distinguent nettement les enjeux
(valeurs) de la vulnérabilité
(fragilité).
Mise
à jour : mai 2005
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Entreprises
et risques
La prise en compte
des risques sociaux (maladies et accidents
du travail) et environnementaux (pollution,
accidents, catastrophes) entre dans ce qu'on
appelle la "Responsabilité sociale
et environnementale" (RSE) de l'entreprise.
Le principe de la responsabilité
des entreprises dans les accidents
et catastrophes que leur
activité peut provoquer est donc
posé. Mais ces responsabilités
sont parfois difficiles à établir
et à faire reconnaître. Dans
le domaine des catastrophes maritimes, de
nombreux exemples montrent qu'il est toujours
complexe de démêler l'écheveau
des responsabilités emboîtées
entre armateurs, propriétaires de
la marchandise, affréteurs. Sur le
dossier des effets sanitaires de l'inhalation
de poussières d'amiante, les délais
entre exposition et manifestation de la
maladie rendent aussi difficiles l'établissement
des responsabilités pénales.
De leur côté, les entreprises
ont une sensibilité très particulière
à l'égard des aléas
: stocks sensibles, installations en zones
inondables, contraintes réglementaires,
etc.
- Voir les pages "Géographie
vivante" :
> de ce dossier :
Responsabilités et action collective,
le cas de l'amiante
> du dossier consacré au développement
durable :
Assureurs
et réassureurs confrontés
aux risques et incertitudes
Mise
à jour : mai 2005 |
Expertise
scientifique et risque
La réflexion et la prise de décision
concernant les conditions d'application
du principe de précaution,
l'appréciation de l' incertitude,
impliquent nécessairement le recours
à des expertises scientifiques. Ces
expertises produisent des connaissances
au service de la décision et de l'action.
Mais on peut légitimement s'interroger
sur la manière dont elles sont conduites,
dans une société donnée,
sur un sujet, à un moment donnés.
En situation de gestion de crise
(accident ou catastrophe), décideurs
et médias également font largement
appel aux experts, pour aider à la
prise de décision pour les uns, pour
cautionner leurs discours et annonces pour
les autres.
Tout concourt donc à une utilisation
croissante des experts, par ailleurs alimentée
par la possible inculture scientifique des
citoyens et des médias, par la complexité
des systèmes en jeu, par la sophistication
des techniques.
Des affaires récentes (ESB, amiante
par exemple) ont plus particulièrement
conduit à réinterroger les
rapports entre la science et la décision
publique et à poser la question de
l'indépendance des experts à
l'égard de certains lobbies. Elles
ont introduit le doute quant à l'indépendance
des comités d'experts vis-à-vis
des tutelles administratives et des pouvoirs
économiques.
Ces crises ont incité à renforcer
le principe de la séparation entre
les activités d'évaluation
des risques et celles de leur gestion, tant
à l'échelle française
(Agence française pour la sécurité
sanitaire des aliments – Afssa –
par exemple) qu'européenne (Autorité
européenne de sécurité
des aliments).
Par ailleurs, l'introduction du principe
de précaution dans certaines législations
suppose, qu'en situation d'incertitude,
la décision ne soit pas uniquement
fondée sur la preuve scientifique.
D'autres critères peuvent alors intervenir
: socio-économiques, éthiques,
politiques.
Scientifiques et experts interviennent également
au niveau de la fixation des normes,
des limites et autres seuils. Ils s'appuient
alors sur des mesures empiriques, sur des
modèles probabilistes
ou déterministes.
- Dans le corpus documentaire
:
Incertitudes
et précaution, la planète
des Organismes génétiquement
modifiés (OGM)
- En rubrique "Géographie vivante
" :
La gestion du risque sanitaire de l'amiante
- L'organisation officielle du débat public en France : www.debatpublic.fr
- L'Académie des sciences, ses débats et rapports : www.academie-sciences.fr/index.htm et
www.academie-sciences.fr/publications/rapports/liste_rapports_RST.htm
- Le Centre de Sociologie de l'Innovation
de l'École Nationale Supérieure
des Mines de Paris accueille, entre autre,
le cours "Description de controverses"
du sociologue Bruno Latour :
http://controverses.ensmp.fr/ et www.bruno-latour.fr/cours/index.html
Mise
à jour : mai 2005
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Impact, étude d'impact
Terme qui recouvre l’ensemble
des effets d’un phénomène
: dégâts, préjudices,
désordres, perturbations, dommages,
nuisances, etc..
L'étude d'impact, associée
aux grands projets d'aménagements,
permet d'identifier les risques qu'ils peuvent
induire. Elle
est un préalable à leur réalisation
et elle a un rôle d'aide à
la conception du projet, à la prise
de décision et à l'information
du public. En France, elle est exigée,
depuis la loi du 10 juillet 1976, pour "les
travaux entrepris par les collectivités
publiques ou qui nécessitent une
autorisation" dès qu'ils dépassent
un certain coût ou qu'ils correspondent
à certains travaux précis :
lignes haute tension, barrages, mines, ouvrages
d'art, etc. L'étude d'impact est
incluse dans le dossier d'enquête
d'utilité publique (DUP) lorsqu'il
y en a une.
Mise
à jour : mai 2005 |
Incertitudes,
certitudes
L'incertitude peut
être définie comme la difficulté,
voire l'impossibilité, de se représenter
l'avenir dans les limites du savoir scientifique
disponible. Elle peut être due :
- à un manque d’informations
ou à un désaccord sur ce qui
est connu (erreurs, approximations au niveau
des données), voire sur ce qui ne
peut pas être connu, l'incertitude
absolue étant de ne pas savoir qu'on
ne sait pas ;
- à des projections du comportement
humain difficiles à anticiper.
L’incertitude peut être représentée
par des mesures quantitatives (calculées
par divers modèles
par exemple) ou par des énoncés
qualitatifs reflétant l’opinion
d’un groupe d’experts.
On peut constater l'incrédulité
des sociétés confrontées
à l'incertitude, lorsque les conséquences
prévisibles du risque dépassent
l'entendement. La non prise en compte d'un
risque relève parfois d'un "déni
de réalité" collectif,
souvent conséquence de la rareté
de certains phénomènes naturels
ou anthropiques. L'impréparation
de la plupart des sociétés
riveraines de l'océan Indien à
l'égard du risque de tsunami peut
en être un exemple. Dans l'ordre des
risques de nature politique et géopolitique,
les exemples ne manquent pas également
: aveuglements collectifs à la veille
de la survenue de régimes d'expansion
militaire, par exemple. Or, les sociétés
technoscientifiques doivent de plus en plus
s'entraîner à gérer
l'inconcevable (Lagadec, 2000*), à
faire face à l'incertitude.
Rappelons enfin que la prise en compte de
l'incertitude est au cœur de la réflexion
sur le principe de précaution,
tant au niveau international qu'en France.
Ainsi, le risque climatique, à la
temporalité différée,
pourrait être un méta-risque
ignoré au nom des incertitudes le
concernant. Mais les sociétés s'interrogent aussi beaucoup sur les risques qui pourraient être liés à l'introduction généralisée des Organismes génétiquement modifiés, des nano-particules, par exemple. Les débats sont ouverts et souvent houleux.
Pour prolonger, en corpus documentaire :
- Mégapoles et risques en milieu urbain. L'exemple d'Istanbul
- Incertitudes
et précaution, la planète
des Organismes génétiquement
modifiés (OGM)
- Commission particulière du débat public sur les nanotechnologies (débat public du 15 octobre 2009 au 24 février 2010), www.debatpublic-nano.org/index.html
- Autres débats publics : www.debatpublic.fr
- Patrick Lagadec - Ruptures créatrices
- Éditions d'Organisation - 2000
et le site personnel de l'auteur :
www.patricklagadec.net/fr
- L'Académie des sciences, ses débats et rapports : www.academie-sciences.fr/index.htm et
www.academie-sciences.fr/publications/rapports/liste_rapports_RST.htm
- Le Centre de Sociologie de l'Innovation
de l'École Nationale Supérieure
des Mines de Paris accueille, entre autre,
le cours "Description de controverses"
du sociologue Bruno Latour :
http://controverses.ensmp.fr/ et www.bruno-latour.fr/cours/index.html
Mise
à jour : novembre 2010 |
Information
et alerte
Les systèmes d'information sont essentiels
au bon fonctionnement et à l'efficacité
des politiques de prévention. Pour
faire face aux situations de crise,
ils comportent des procédures d'alerte
à diffuser auprès des populations
vulnérables. Des insuffisances ou
des défaillances des systèmes
d'alerte peuvent être à l'origine
d'accidents ou de catastrophes majeures.
L'information est également au cœur
de l'exigence démocratique et de
bonne gouvernance. Les termes du débat
ayant suivi, en France, les dysfonctionnements
de l'information autour de la catastrophe
de Tchernobyl sont, sur ce plan, révélateurs.
- Voir en rubrique "Savoir faire"
: S'informer
sur les risques
-
Journal du CNRS, Catastrophes naturelles : la Terre sous surveillance, octobre 2006
www2.cnrs.fr/presse/journal/3045.htm
Mise
à jour : mai 2005
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Mesures et modèle
Les études
portant sur les risques
et les catastrophes sont
souvent de type idiographique, mais certaines
recherches s'orientent dans la voie de
la modélisation. Par ailleurs,
pour établir des seuils et des normes d'exposition aux
risques, experts, scientifiques
et décideurs peuvent s'appuyer
sur des modèles.
On distingue deux principaux types d'approche
de la modélisation : l'approche
déterministe, souvent privilégiée
en France et l'approche probabiliste,
davantage privilégiée dans
le monde anglo-saxon et dans celui de
l'industrie. L’approche déterministe
se sert d’une estimation ponctuelle
tirée d’un ensemble de données
(la valeur maximale ou la moyenne, par
exemple) pour représenter une variable
d’entrée dans le modèle
d’exposition utilisé. Cette
approche ignore la gamme des expositions
que peuvent potentiellement subir les
membres d’une population, et n’indique
pas la probabilité (ou le potentiel) d’exposition des
individus qui composent la population
visée. L’approche déterministe
produit plutôt une valeur qui, selon
la méthode utilisée pour
obtenir l’estimation ponctuelle,
peut représenter la tendance générale,
la fourchette supérieure ou le
seuil maximal. L’approche probabiliste,
par contre, exploite toutes les données
disponibles et permet d’obtenir
la distribution fine des valeurs d’exposition
au risque.
Les catastrophes naturelles et technologiques
peuvent être assez facilement modélisées.
Par exemple, la modélisation météorologique
est désormais d'une bonne fiabilité
à court terme : quelques heures
à quelques jours avec probabilités
de réalisation. On peut aussi modéliser
en 2D ou 3D la propagation, la diffusion
de nuages toxiques.
Mais il n'en est pas de même pour
les catastrophes purement anthropiques
et parfois très complexes, telles
que, par exemple, les attentats du 11
septembre 2001 aux États-Unis.
Complexes dans leurs causes : facteurs
géopolitiques, imprévisibilité,
problèmes de gouvernance, etc.
Complexes par leurs effets, leurs impacts
: aux effets directs (victimes, impacts
économiques directs). Il faut ajouter
les effets indirects ou différés
( effet dominos) : coût
des politiques sécuritaires à
échelle nationale et internationale ;
coût et engrenages des guerres consécutives
au 11 septembre ; évolutions de
l'ordre international. Modéliser
ce type de risque relève sans doute,
pour l'instant, de la gageure.
Pour prolonger, en corpus documentaire :
- Mégapoles et risques en milieu urbain. L'exemple d'Istanbul
Mise
à jour : mai 2005
|
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Mitigation
et protection
Le terme de mitigation
est un mot français qui signifie
atténuation. Il vient du latin mitigare (atténuer, adoucir). Ce terme est
traditionnellement utilisé en droit,
plus particulièrement prise en compte
dans le monde de l'assurance.
En ce qui concerne les risques naturels
et anthropiques, on l'utilise pour désigner
les actions qui consistent à atténuer
les dommages : réduction de l'intensité
des aléas et/ou
de la vulnérabilité.
Les mesures de mitigation peuvent consister,
par exemple, en équipements spécifiques
des domiciles (filtrations d'air, constructions
anti-sismiques, clapets anti-cyclones) ou
en dispositifs spécifiques d'aménagement
du territoire : digues, pare-avalanches,
par exemple.
Mise
à jour : mai 2005 |
Normes
La mesure du
risque permet d'établir
des normes : parasismiques, ouvrages de
protection (hauteurs de digues par exemple),
etc. Les normes sont des outils de gestion
des risques et contribuent à en fixer
les seuils d' acceptabilité : leur respect est assimilé à
l'absence de danger, et
rend le risque acceptable. Leurs conséquences
territoriales et économiques sont
considérables, aussi leur établissement
peut donner lieu à des "batailles
d' experts", à
des pressions lobbyistes, d'une manière
générale à des jeux
d'acteurs révélateurs d' enjeux.
Notons que les normes prises en compte en
France sont de plus ou plus souvent des
normes qui s'imposent à l'échelle
de l'UE.
- L'Association française de Normalisation
: www.afnor.org
- Les Dossiers de l'Institut national de
recherche et de sécurité (INRS)
: www.inrs.fr
- L'Organisation internationale de normalisation
(ISO) : www.iso.org/iso/fr/ISOOnline.frontpage
Mise
à jour : mai 2005 |
Précaution
/ principe de précaution
Alors que la prévention correspond à des risques connus pouvant
être plus ou moins réduits,
la précaution se situe dans un domaine
où subsiste d'importantes incertitudes quant à l'existence et à l'ampleur d'un risque
dont les effets
pourraient être graves et irréversibles,
ce qui rend difficile, voire impossible,
l'estimation de ses enjeux.
La précaution s'impose donc comme
attitude de prudence autorisant la prise
de décision en attente d'informations
supplémentaires sur la prise de risque
à gérer.
La montée en puissance des préoccupations
liées aux risques (environnementaux, alimentaires, sanitaires)
a fait émerger le principe de précaution
comme nouvelle norme sociale et juridique,
à l'échelle mondiale (Rio)
et en Europe.
Ce principe n'est cependant
pas universellement admis, d'autant que
son libellé et son acception juridique
varient selon les pays. Des conflits ont
opposé l'Europe aux États-Unis,
au Brésil, à l'Inde et à
d'autres pays en développement à
propos de la reconnaissance du principe
de précaution et de ses modalités
d'application. Des pays, hostiles ou réticents,
principalement des pays du Sud, y voient
la source possible pour de nouvelles barrières
non tarifaires. Une adoption très
hétérogène du principe
de précaution par les législations
des différents pays de la planète
pourrait aboutir à des effets de
barrière et de désavantages
comparatifs.
En France, une Charte de l'environnement fut inscrite, le 28 février 2005,
dans le préambule de la Constitution
de la Ve république révisée
pour la première fois depuis 1958.
La principale innovation du texte, mais
aussi la plus controversée, a porté
sur l'inscription du principe de
précaution.
L'application du principe de précaution
suppose des procédures d' expertise et de contre-expertise à la fois
indépendantes et transparentes. Un Comité de la prévention et de la précaution (CPP) composé de scientifiques est chargé d'éclairer les dédideurs politiques. Entre
rationalités (scientifiques, économiques)
et subjectivités, des arbitrages
sont indispensables pour définir
des politiques de raison autour des grands
enjeux scientifiques d'aujourd'hui et de
demain : génie génétique,
politiques énergétiques, nano-matériaux, etc. La prise en compte du rapport "coûts-bénéfices" de l'application du principe de précaution pourrait être favorisée.
- En corpus documentaire :
Incertitudes
et précaution, la planète
des Organismes génétiquement
modifiés (OGM)
- L'organisation officielle du débat public en France : www.debatpublic.fr
- Principe de précaution : mieux encadrer sa mise en œuvre (évaluation des politiques publiques, 2010) : www.vie-publique.fr/politiques-publiques/evaluation/...encadrer-mise-oeuvre.html
- L'Académie des sciences, ses débats et rapports : www.academie-sciences.fr/index.htm et
www.academie-sciences.fr/publications/rapports/liste_rapports_RST.htm
- Le Centre de Sociologie de l'Innovation
de l'École Nationale Supérieure
des Mines de Paris accueille, entre autre,
le cours "Description de controverses"
du sociologue Bruno Latour :
http://controverses.ensmp.fr/ et www.bruno-latour.fr/cours/index.html
- Créé en mai 2006 par le philosophe François Ewald, l’Observatoire du principe de précaution (OPP) a l’ambition d’étudier le développement de la notion de précaution dans toutes ses composantes politiques, juridiques, économiques, sociales, médicales, médiatiques et philosophiques. Il vise à éclairer les situations d’incertitude du risque et les décisions de précaution que nous pouvons prendre (en évitant le principe d’indécision) face au réchauffement climatique, à l’industrie nucléaire, aux OGM, aux ondes électromagnétiques sur la santé, aux nanotechnologies, à la sécurité alimentaire...
www.o-p-p.fr.
Mise
à jour : septembre 2010
|
Prévention
La prévention
a pour but d’anticiper la manifestation
éventuelle d’un risque en limitant ses effets destructeurs. Elle
relève surtout de la sensibilisation,
de l’information et de l’éducation
de la population (prévention routière,
par exemple). La prévention est encadrée
par la succession de plusieurs dispositions
législatives en France.
La différence entre précaution (présomption de risques graves et
irréversibles mais incertains, ce
sont des risques potentiels) et prévention
(risque identifié) est importante,
car les deux situations conduisent à
des décisions qui ne sont pas de
même nature.
Au sens strict, la prévention correspond
à des risques connus dont on connaît
le périmètre et les effets
potentiels (ils sont appelés risques
avérés). Ce qui impose un
travail scientifique de prévision
pour estimer la probabilité de survenue et les caractéristiques
(date, intensité, localisation) du
risque. La prévention peut intervenir
à partir du moment où l'observation
des faits, et la connaissance des mécanismes
en jeu, permettent d'estimer les dommages (financiers ou non), et de proposer une
action qui proportionne les mesures d'évitement
aux coûts estimés.
- Christopher Gomez : Les grands barrages au Japon, enjeux sociétaux et environnementaux
- Global Facility for Disaster Reduction and Recovery (GFDRR), www.gfdrr.org/gfdrr
Mise
à jour : mars 2010 |
Prévision,
prédiction
La prévision
a pour but de mieux connaître les
aléas, leur fréquence,
leur intensité et les lieux où
ils sont susceptibles de se manifester.
La prévision est une représentation
précise d'un événement
futur qui sera le résultat de causes
déjà agissantes. Cet aspect
de la gestion des risques
mobilise fortement la communauté
scientifique. Cette prévision peut
alors inciter à adopter une politique
de prévention pour
les zones et les populations vulnérables.
Il est possible d'identifier trois types
de prévision : empirique, déterministe
et probabiliste. La prévision empirique
mobilise principalement l'histoire, et parfois
les sciences de la nature. La recherche
historique révèle très
souvent deux points essentiels. À
l'opposé de la prévision empirique,
la prévision déterministe
semble mieux adaptée. Elle part de
lois causales et permet de fixer la date
et le lieu d'un événement
catastrophique, il s'agit alors de prédiction.
La qualité de la prévision
déterministe dépend de l'intervalle
de temps considéré : pratiquement
impossible à moyen terme, au-delà
de quelques jours pour les cyclones, elle
devient possible dans les jours et les heures
qui précédent la catastrophe
(cyclones, tsunamis) et son efficacité
repose sur les qualités des systèmes
d'information.
La prévision probabiliste est une
pratique fréquente. On détermine
la probabilité d'occurrence
d'un phénomène qui le plus
souvent traduite en durée de retour.
Prévision ou prédiction ?
Pour parler de l’avenir, ces deux
mots se différencient en termes de
probabilité. Le premier, étayé
par un faisceau concordant d’indicateurs
fiables et modélisables,
concerne souvent un futur proche, par exemple
en météorologie. Les sismologues
emploient préférentiellement
le second.
- Voir dans ce dossier :
> Vincent Clément
et Emmanuel Jaurand :
Risques "naturels" et territoires
en France
> les pages du corpus
documentaire
> les pages
"savoir
faire"
-
Journal du CNRS, Catastrophes naturelles : la Terre sous surveillance, octobre 2006
www2.cnrs.fr/presse/journal/3045.htm
- Charles-Pierre Péguy -
Les risques naturels majeurs, in Encyclopédie
de Géographie - Economica -
1995
Mise
à jour : mars 2010 |
Probabilité
d'un événement
Mesurer et quantifier le risque
permet d'établir des normes
de protection et donc d'influer sur le degré
d'acceptabilité
de ce risque. Par exemple, quelle doit être
la hauteur d'une digue de protection contre
les crues ? De telles mesures peuvent prendre
appui sur des techniques probabilistes.
La théorie des probabilités
offre un cadre mathématique rigoureux
pour établir ces normes. Elle s'articule
en deux étapes. Dans un premier temps,
elle décrit un ensemble d'états
possibles. Dans un second temps, elle affecte
à chaque état une pondération
qui décrit sa probabilité
de réalisation. Si cette méthode
est immédiate pour décrire
le lancer d'un dé sur une table de
jeu, sa mise en œuvre rencontre de
nombreux obstacles lorsqu'il s'agit de rendre
compte d'autres phénomènes.
Dans le domaine de l'hydrologie, par exemple,
l'objectif est d'estimer la fréquence
d'une crue de hauteur donnée, sur
une période aussi longue que possible.
Si cette crue se produit dix fois en un
siècle, sa probabilité d'occurrence
est de 10/100, soit 1/10. L'inverse de cette
probabilité est appelé "durée
de retour" (ou périodicité
de retour). Dans le cas précédent,
la durée de retour est de 10. Il
s'agit alors d'une crue décennale.
On définit de la même façon
des crues centennales, etc.
Cependant la notion de durée de retour
doit être manipulée avec précaution.
Il ne s'agit pas ici de régularité
ou de cycle. Par exemple, en deux siècles,
on verra se produire une vingtaine de crues
décennales (durée de retour
de 10 ans). Mais ces crues peuvent être
regroupées sur un seul de ces siècles.
De même, pour une durée de
retour d'un siècle, le phénomène
en question est à redouter dix fois
en un millénaire, la plupart des
événements pouvant être
concentrés sur un seul siècle,
voire sur quelques années consécutives.
Ainsi, la Loire a subi, au XIXe siècle,
trois crues centennales, en 1846, 1856 et
1866, en vingt ans seulement.
Ces techniques d'analyse demandent de longues
séries d'observation et un recul
très important, ce qui en limite
l'emploi. Leur interprétation est
plus difficile en cas d'évolution
hydroclimatique brutale, la fréquence
de certains phénomènes pouvant
alors varier rapidement. La prévision
probabiliste ne fournit pas de date précise
et n'a donc pas de valeur vraiment prédictive.
De plus ces méthodes sont beaucoup
plus difficiles à appliquer dans
le domaine de la lithosphère (prévision
sismique, volcanisme) que dans celui de
l'hydrosphère.
Pour prolonger, en corpus documentaire :
- Mégapoles et risques en milieu urbain. L'exemple d'Istanbul
Mise
à jour :novembre 2010
|
Reconstruction
Face à une situation de catastrophe et à la réalisation d'un risque, les médias, l'opinion publique, le monde politique se mobilisent, les financements affluent. Mais, l'émotion et l'élan passent, à un séisme majeur succède une inondation dévastatrice, l'oubli fait son œuvre, la mémoire s'estompe. Or, le redressement durable d'une zone sinistrée nécessite un effort de cinq à dix ans. Par ailleurs, les capacités de reconstruction, de renaissance d'une société, sont très variables et ne mettent pas en jeu de simples questions financières mais aussi des problèmes de gouvernance essentiels.
De ce point de vue, l'exemple de la reconstruction de la province d'Aceh et de l'île voisine de Nias, en Indonésie, à la suite du tsunami du 26 décembre 2004, peut paraître exemplaire. Le gouvernement, à l'époque, mit aussitôt en place un organisme central chargé de coordonner les programmes humanitaires : l'Agence de réhabilitation et de reconstruction (BRR) qui concentrait les pouvoirs de plusieurs ministères, disposait d'un rôle de commandement et pilotait les projets de restauration des zones sinistrées. Début 2010, les traces de la catastrophe sont pour l'essentiel effacées et l'économie de la région a été dopée par la réhabilitation des terres agricoles et les travaux engagés.
Le processus de reconstruction peut aussi présenter des opportunités pour penser l'avenir autrement, en faisant mieux et en conduisant une réflexion préventive à la reproduction possible de la catastrophe.
- Christopher Gomez, Franck Lavigne, Raphaël Paris et Sylviane Tabarly : Séisme et tsunami à Sumatra, 2004 - 2010 :
de la catastrophe environnementale et humaine à la reconstruction
- La Banque mondiale, un acteur de la reconstruction post-séisme à Haïti en 2010 évoque ces questions : http://go.worldbank.org/SQZ462N640
Mise
à jour : mars 2010 |
Résilience
Retour à l'état initial à
l'issue d'une perturbation, la résilience
exprime la capacité de récupération
et de régénération
d'un milieu, d'une société,
d'un système socio-spatial.
Encore faut-il que le système retrouve
son état initial, que son comportement
soit réversible, ce qui n'est pas
toujours le cas dans le cadre de catastrophes.
Dans le cadre de l'analyse spatiale, la
résilience désigne la capacité
d’un système à assimiler,
voire à tirer profit, d’une
perturbation extérieure. Dans ce
cas, il s'agit plus de capacités
d'adaptation, plus que de retour à
un état initial, telles qu'elles
permettront au système spatial de
fonctionner après un désastre.
- Christopher Gomez, Franck Lavigne, Raphaël Paris et Sylviane Tabarly : Séisme et tsunami à Sumatra, 2004 - 2010 :
de la catastrophe environnementale et humaine à la reconstruction
Mise
à jour : septembre 2010 |
Responsabilité
et indemnisation
Dans les sociétés
contemporaines, le retour à l’ordre
et la résilience,
à la suite de la catastrophe ou
de l'accident, supposent d'en établir
les responsabilités pour permettre
sa réparation matérielle
et morale. La sociologue Gaëlle Clavandier*
fait référence à
la célèbre controverse entre
Voltaire et Rousseau à propos du
tremblement de terre de Lisbonne en 1755.
Alors que Voltaire voit dans ce drame
la manifestation d’une "nature
muette", qui résiste à
l’analyse, Rousseau rejette le caractère
naturel de la catastrophe et met en évidence
les responsabilités humaines :
constructions trop denses, obstination
à protéger les biens matériels
plutôt qu'à sauver les vies.
Rousseau pose ainsi le principe de responsabilité.
L'établissement des responsabilités
devient parfois problématique du
fait de l’évolution du droit
et des pratiques. Alors qu’au départ
un lien juridique nécessaire existe
entre dommage et faute, une seule logique
d’indemnisation tend parfois à
prévaloir de nos jours sans que
les responsabilités soient toujours
établies, au risque d'une réparation
incomplète aux yeux des victimes.
La responsabilité civile consiste en l'obligation légale,
pour toute personne physique ou morale,
de réparer les dommages causés à autrui. En France,
le Code civil (art. 1382 à 1386)
définit les cas de responsabilité
: dommages causés par son fait,
par sa négligence, son imprudence
... Le loi du 10 juillet 2000 (loi relative
aux délits non intentionnels dite
loi Fauchon) précise qu'une personne
est déclarée responsable
s'il est établi qu'elle a "soit
violé de façon manifestement
délibérée une obligation
particulière de prudence ou de
sécurité prévue par
la loi ou le règlement", soit
"commis une faute caractérisée
et qui exposait autrui à un risque
d'une particulière gravité
qu'elle ne pouvait ignorer" (article
121-3 du code pénal). Notons que
l'absence de faute pénale non intentionnelle
n'empêche pas d'obtenir une réparation
au civil. D'autres cas de responsabilité
sont également définis par
la loi, en particulier pour les professionnels
(dans le domaine de la construction notamment).
- Dans la rubrique "géographie
vivante" du dossier, le cas de
l'amiante.
- Le Journal des accidents et des catastrophes
(JAC) du Centre européen de recherche
sur le droit des accidents collectifs
et des catastrophes (Cerdacc) de l'IUT
de Colmar :
www.iutcolmar.uha.fr/internet/Recherche/JCERDACC.nsf
Mise
à jour : mai 2005 |
Risque(s), risques naturels, risques majeurs
Le risque (risk
en anglais) peut être défini
comme la probabilité d’occurrence
de dommage compte tenu des interactions
entre facteurs d’endommagement
(aléas) et facteurs
de vulnérabilité
(peuplement, répartition des biens).
La notion de risque recouvre à la
fois le danger potentiel de catastrophe
et la perception qu'en a la société,
l’endommagement potentiel, comme celle
de l’endommagement effectif. Un risque
peut être d'origine naturelle ou peut
avoir des causes purement anthropiques (risques
technologiques, risques géopolitiques
par exemple).
Les risques "naturels" se rapportent
à des aléas qui font intervenir
des processus naturels variés :
atmosphériques, hydrologiques, géologiques
ou géomorphologiques. Le risque naturel
se situe à la croisée entre,
d'une part, un ou plusieurs aléas,
et, d'autre part, la vulnérabilité
d'une société et/ou d'un territoire
qu'elle occupe. L'aléa ne devient
un risque qu'en présence d'enjeux
humains, économiques et environnementaux.
Par exemple : un typhon sur un atoll désert
de l'océan Pacifique n'est pas un
risque, mais un cyclone sur les îles
densément habitées des Caraïbes
devient un risque majeur et provoque des
dommages considérables.
La question des risques naturels permet
ainsi de revisiter un vieux paradigme de
la géographie, celui des rapports
entre la société et la nature.
Le risque, d'origine naturelle ou technologique,
est dit majeur lorsqu'il peut faire de très
nombreuses victimes et
occasionner des dommages
considérables, dépassant les
capacités de réaction des
instances concernées (États,
sociétés civiles), à
l'échelle de la zone touchée.
Le risque majeur est caractérisé
conjointement par une faible probabilité
d’occurrence (faible fréquence)
et d'énormes impacts,
il peut alors devenir une catastrophe
perturbant durablement les équilibres
naturels et sociaux à divers niveaux
d'échelle. Les conséquences,
pour la population, sont dans tous les cas
tragiques en raison du déséquilibre
brutal entre besoins et moyens de secours
disponibles.
Le risque s'entend également au sens
de la prise de risque. Il est au cœur
des problématiques du principe
de précaution et de la gestion
de l'incertitude. On peut
distinguer le risque – situation pour
laquelle une liste de toutes les éventualités
et de leur probabilité
de réalisation peut être établie
– de l'incertitude, situation pour
laquelle l'une ou l'autre de ces deux conditions
n'est pas vérifiée.
Le niveau des risques "naturels" pourrait se voir amplifié par les impacts des évolutions climatiques, aggravées par la croissance démographique mondiale et par la pression sur les ressources. Des communautés entières sont d’ores et déjà chassées, provisoirement ou définitivement, de leur habitat par différentes crises environnementales parfois meurtrières : sécheresses, inondations, séismes, etc. Or, dans le droit juridique international, aucune protection ne s’applique aux victimes de catastrophes naturelles qui ne peuvent prétendre au statut de réfugié et qui, le plus souvent, sont déplacées à l’intérieur de leur propre pays.
- Christopher Gomez, Franck Lavigne, Raphaël Paris et Sylviane Tabarly : Séisme et tsunami à Sumatra, 2004 - 2010 :
de la catastrophe environnementale et humaine à la reconstruction
- Christopher Gomez : Les grands barrages au Japon, enjeux sociétaux et environnementaux
-
Vincent Clément et
Emmanuel Jaurand : Risques "naturels" et territoires
en France
Mise
à jour : septembre 2010
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Santé
et risques
Un risque sanitaire
correspond à la menace que représentent
les épidémies et pandémies,
virales ou bactériologiques, sur
les populations humaines et animales, mais
aussi aux effets de divers facteurs pathogènes
: alimentation, conditions de travail, qualités
de l'environnement. La prise en compte du
risque sanitaire concerne non seulement
l’étude des mécanismes
d’apparition et de propagation de
la maladie, mais également la perception
sociale du risque dont l'état explique
en partie les processus de contamination,
de transmission et de prévention.
De ce point de vue, la situation des pays
développés diffère
très sensiblement de celle des pays
en développement car leurs niveaux
de vulnérabilité
sont très différents. Et,
à l'intérieur même des
pays développés, la situation
diffère d'un groupe socio-spatial
à l'autre.
Dans les pays du Nord, comme la France,
alors que la qualité de l'air, de
l'eau, se sont considérablement améliorées
depuis le début du XXe siècle,
on observe une inquiétude croissante
du public à l'égard des risques
pour la santé. Un certain catastrophisme,
parfois très médiatisé,
amplifie certains risques, réels
mais aux portées collectives limitées.
Au demeurant, les risques environnementaux
sur la santé sont en partie mal évalués.
Par contre, la situation sanitaire de certaines
populations des pays du Sud est alarmante.
Les risques de diffusion non contrôlée
de certains virus y sont réels :
fièvres hémorragiques de Lassa
et de Marburg, virus du SRAS (pneumonie
atypique), virus Ebola, etc. Et bien entendu,
l'épidémie de sida (virus
HIV) qui paraît hors de contrôle
dans certains pays, africains notamment.
L'analyse géographique épidémiologique
peut s'appuyer sur l'étude de modèles
de diffusion permettant
d'en dégager certaines logiques spatiales.
Pour prolonger, dans ce dossier :
- Un article de Jeanne-Marie Amat-Roze :
L’infection
à VIH/sida, image de la fracture
Nord-sud ?
- La page "géographie vivante"
du dossier :
La gestion du risque sanitaire de l'amiante
: une comparaison France / États-Unis
- Certaines pages du dossier
sur le développement durable
Et aussi :
- Le Journal du CNRS, Sur la piste des
"nouveaux virus", n° 170
171, mars/avril 2004 :
www2.cnrs.fr/presse/journal/1339.htm
- Pasteur, Le Mag', Sur la piste des virus émergents, octobre 2008,
www.pasteur.fr/ip/easysite/action/WebdriveActionEvent/oid/01s-000029-00f
- Les différents rapports sur la
santé dans le monde de l'OMS : www.who.int/whr/fr
et les "thèmes de santé"
: www.who.int/health_topics/fr
Mise
à jour : novembre 2008 |
Sécurité,
sûreté / Insécurité
Parmi les "droits
naturels, inaliénables et sacrés
de l'homme", la déclaration
des droits de l'Homme de 1789 reconnaissait
le droit la sûreté (article
2). Mais il s'agissait alors de protéger
les individus de l'arbitraire. Aujourd'hui,
la notion de sûreté prend un
nouveau sens : il s'agit de mieux assurer
la sécurité des citoyens au
quotidien. À l'égard du risque,
sûreté et sécurité
traduisent un état de confiance,
individuel ou collectif, et le sentiment
que les dangers encourus sont acceptables.
La revendication de sécurité
est souvent au cœur de débats
de nature sociale et politique. De l'insécurité
des individus on passe à celle de
la cité, jusqu'à celle d'ordre
international. État d'alerte et d'inquiétude
de la société face au risque,
l'insécurité correspond à
un sentiment anxiogène qu'il peut
être tentant d'instrumentaliser politiquement
mais qui peut conduire à des comportements
irrationnels de tout ou partie d'une société.
Du niveau local (quartier, ville ...) au
niveau global ("concert des nations"
ou phénomènes planétaires),
les approches et la gestion de l'insécurité
relèvent d'outils diversifiés
de la vie politique et géopolitique.
Ainsi, à un niveau planétaire,
le Conseil de sécurité de
l'ONU a pour mission de maintenir la paix
et la sécurité internationales.
Si sa réussite est inégale,
le système est néanmoins parvenu,
jusqu'au début du XXIe siècle,
à contenir l'emploi des armes de
destruction massives (ADM).
- Voir dans le corpus documentaire : Les
armes de destruction massive (ADM)
- Dans la rubrique
"savoir faire" : Connaître
les réglementations et les outils
de l'alerte, de la protection et de la prévention
- Des dossiers de La documentation française :
> Armement et désarmement nucléaires (juillet 2007)
www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/nucleaire/index.shtml
>
Le maintien de la paix dans le monde (juillet 2008)
:
www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/maintien-paix/index.shtml
Mise
à jour : novembre 2008 |
Sinistre
Événement
fortuit (incendie, explosion, cataclysme
naturel, etc.) consécutif à
un phénomène extérieur
involontaire ayant occasionné l’endommagement
ou la destruction d’un bien. Le code
des assurances définit
le sinistre comme la réalisation
du risque garanti et, pour les assureurs
de responsabilité
civile, il n'y a sinistre que si la victime
réclame un dédommagement au
responsable assuré.
Mise
à jour : mai 2005 |
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Systèmes
et risques systémiques
La théorie
des systèmes (cybernétique)
ou la théorie des catastrophes peuvent
servir de guide pour appréhender
des phénomènes transdisciplinaires.
La théorie des systèmes cherche
à rendre compte des fonctionnements
et des dysfonctionnements des systèmes,
générateurs de crises
et de risques. Yacov Haimes
(1998)* propose ainsi des méthodes
d'analyse des risques technologiques construites
sur la théorie des systèmes.
La cindynique est largement
fondée sur l'étude des systèmes
complexes dont la complexité est
accentuée par la multiplicité
des interactions qui unissent les différentes
composantes d'une catastrophe. Dans le cadre
de la "théorie des catastrophes",
il y a catastrophe lorsqu'une variation
continue des causes entraîne une variation
discontinue des effets, les catastrophes
se préparent donc de façon
continue sur une longue durée avant
d'éclater brutalement. Pour l'un
de ses théoriciens, le mathématicien
René Thom, "La théorie
des catastrophes consiste à dire
qu'un phénomène discontinu
peut émerger en quelque sorte spontanément
à partir d'un milieu continu".
Il s'agit de formaliser les discontinuités,
les ruptures dans l'évolution des
systèmes. Notons que les discontinuités
ainsi analysées et modélisées
par les mathématiciens ne sont pas
forcément des "catastrophes"
provoquant des victimes et des dommages,
au sens où nous l'entendons dans
ce dossier.
Ces théories ont pu être appliquées
à certains phénomènes
de diffusion (formation
de nuées de criquets, situations
révolutionnaires par exemple).
La notion de "risque systémique",
quant à elle, s'emploie principalement
dans les domaines économiques et
financiers (systèmes de règlements
et de paiements internationaux) et elle
désigne alors le dysfonctionnement
du système économique provenant
de sa structure, elle-même conduisant
les agents, individuellement rationnels,
à des comportements préjudiciables
à l’ensemble. Par exemple,
la spéculation financière,
se nourrissant de ses anticipations autoréalisatrices,
conduit à la formation de bulles
puis à des crises. Généralisable,
une telle acception de la notion est aussi
transposée et transposable, dans
les domaines de la santé, de l'industrie
par exemple.
- Yacov Haimes - Risk modeling, Assessment
and Management - Wiley, New York -
1998
Mise
à jour : mai 2005 |
Typologie
des risques et catastrophes
Il est possible de proposer
une typologie selon l'origine de l'aléa
qui conduit à identifier les catégories
suivantes :
- technique et industrielle (production
d'énergie, chimie, mobilité,
etc.)
- naturelle (atmosphériques et hydrologiques
; lithosphériques ; biosphériques)
- biologique et sanitaire (épidémies
et pandémies, risques alimentaires,
risques domestiques, risques liés
au travail)
- sociale et politique (guerres civiles,
génocides, ethnocides, risques de
sociétés)
La typologie des risques et catastrophes
peut aussi s'appuyer sur les spécificités
des milieux où s'exerce l'aléa
: milieux littoraux, montagnards, milieu
urbain, mais les spatialisations peuvent
être complexes.
Mise
à jour : mai 2005 |
Urgence
et ONG
La catastrophe, instant de rupture, introduit
une temporalité de l’urgence
dont les médias se font l’écho
avec une dramaturgie rituelle (éditions
spéciales, flashs, appels à
la solidarité, etc.). La spatialisation
du drame a également son importance
: le territoire où se produit la
catastrophe participe à la mise en
scène. La prévention
du risque comporte en général
les scénarios de l'urgence sous différentes
formes.
Les Organisations non gouvernementales (ONG)
ont acquis une place de premier ordre dans
les situations d'urgence humanitaire liées
aux catastrophes et elles sont désormais
des acteurs essentiels dans ce qui constitue
un début de société
civile internationale. Elles sont importantes
par leur nombre (environ 30 000 dans
le monde selon le Conseil économique
et social de l'ONU, mais le PNUD en recense
plus de 200 000), par les fonds qu'elles
drainent et mobilisent (elles redistribuent
plus de 10 milliards de dollars), par leur
professionnalisme, leurs savoirs-faire géopolitiques,
logistiques et techniques dans les domaines
de la santé et de l'urgence médicale.
Alors que l'aide au développement
stagne ou diminue, l'assistance humanitaire
et les opérations d'urgence des ONG
ne cessent d'augmenter car leur action est
plus visible et spectaculaire pour les médias
et plus facile à quantifier.
Apparues , pour la plupart,
après 1945, les ONG avaient alors
une vision rédemptrice de leur action
(racheter les fautes de l’Occident
colonialiste). Dans les années 1970
- 1980, les French Doctors mondialisent
l’image de la victime dont
les photographies emblématiques sont
celles des enfants pris
dans la tourmente de la guerre du Biafra
(1967). Leurs actions se médiatisent
et s'insèrent dans des logiques géopolitiques
mondiales, les situations d'urgence où
elles interviennent concernent divers types
de catastrophes : Kurdistan en 1991, Restore
Hope pour la Somalie en 1992, la Bosnie
en 1993, le génocide au Rwanda suivi
de l’épisode de Goma puis,
en 1996, des centaines de milliers de disparus
de la forêt de Kivu, les victimes
de l’ouragan Mitch en 1998, le Kosovo
en 1999 (première grande opération
militaro-humanitaire), la sécheresse
de l’Ogaden en Éthiopie en
2000, l’Afghanistan en 2001. Au fil
de ces expériences, les ONG se sont
professionnalisées.
De nos jours, leurs équipes font
preuve d'un haut niveau de technicité
dans les domaines logistique, médical,
de la nutrition. Elles ont su inciter à
l'adoption de nouvelles règles internationales
dans le domaine économique et ont
mis en place des programmes régionaux
de reconstruction et de développement en élargissant
leurs premières missions de traitement
de l'urgence. Nombre d'entre elles ont reçu
des mandats de la communauté nationale
ou internationale qui fondent leur légitimité.
Mais elles ont parfois des difficultés
pour positionner leurs actions, pour définir
leurs relations avec les pouvoirs en place
ou avec les forces militaires dans les pays
où elles interviennent. Elles doivent
aussi arbitrer entre aide d'urgence et aide
au développement et à la prévention
sur le plus long terme. Alors que Jean-Hervé
Bradol, président de Médecins
sans frontières (MSF), venait d'annoncer
qu'il allait désormais refuser les
dons, trop importants, au seul profit de
l'Asie touchée par le tsunami du
26 décembre 2004, dans une communication
au quotidien Le Monde intitulée " Merci
à Médecins sans frontières"
(Rubrique Horizons Débats du 6 janvier
2005), Sylvie Brunel (géographe et
ancienne présidente d'Action contre
la faim) faisait observer :
"Tout
se passe comme si le cœur avait
peu à peu pris le pas sur
la raison, comme si la générosité
s'alimentait d'elle-même (...).
Désormais, États,
entreprises, ONG, particuliers,
collectivités locales rivalisent
dans la course aux dons, cravachés
par les médias qui donnent
le sentiment de s'alimenter et d'alimenter
ce qui est en train de devenir une
sorte d'hystérie collective
de la générosité
affichée. (...) Quand le
président de MSF rappelle
que le travail à effectuer
sur place est circonscrit, d'une
part par les capacités opérationnelles
réelles des ONG, d'autre
part par les limites physiques en
termes d'infrastructures qui condamnent
une partie de l'aide internationale
à s'amonceler dans les ports
et les aéroports sans pouvoir
être distribuée, il
ne fait que rappeler une vérité
dictée par l'expérience". |
- Un article de Christopher Gomez, Franck Lavigne, Raphaël Paris et Sylviane Tabarly : Séisme et tsunami à Sumatra, 2004 - 2010 :
de la catastrophe environnementale et humaine à la reconstruction
-
Dans la rubrique "Savoir
faire" : L’alerte des populations
et l'organisation des secours
- ReliefWeb, portail du Bureau de
coordination des affaires humanitaires de
l'ONU ( UN Office for the Coordination
of Humanitarian Affairs - OCHA), spécialisé
dans les opérations humanitaires
en cas d'urgence et de désastre propose
de nombreux documents, notamment cartographiques
:
www.reliefweb.int
- Le Haut Commissariat aux réfugiés
de l'ONU (UN - HCR) : www.unhcr.fr
- AlertNet, site de la fondation Reuters
pour les situations d'urgence humanitaire
: www.alertnet.org
- Les images satellitales permettent parfois
d'assurer un suivi spatial en urgence de
certaines grandes catastrophes. Par exemple
:
> à partir du portail Visible
Earth de la Nasa : http://visibleearth.nasa.gov
> certaines pages du site de l'Agence
spatiale européenne (ASE / ESA) à
rechercher par mots clefs :
www.esa.int/esaCP/index.html
- Dans "Cultures & Conflits",
différents articles sur les questions
de l'action humanitaire, à retrouver
par le moteur de recherche : www.conflits.org
Mise
à jour : mai 2005
|
Victime
Placée au cœur des situations
d 'urgence humanitaire
lors des grandes catastrophes,
la victime cristallise la compassion,
motive les dons, devient emblème,
icône. Par ailleurs, les diverses
associations de victimes sont des acteurs
essentiels dans les sociétés
civiles des démocraties des pays
développés.
Certains dénoncent une sacralisation
de la victime, placée au cœur
de la médiatisation du risque,
aux dépens parfois de son analyse
rationnelle. Thierry Lévy* remarqu e,
qu'en termes juridiques, la qualité
de victime ne peut se décréter
au nom d'un "droit des victimes"
: elle ne peut résulter que d'un
jugement départageant un plaignant
et un accusé. Il remarque aussi
que "l'idée d'un bouclier
possible contre tous les dangers et tous
les malheurs a miroité sous nos
yeux, et nous avons payé le prix
de cette chimère en abdiquant encore
un peu le faible pouvoir laissé
à la part congrue de notre liberté".
De son côté, Jean-Hervé
Bradol, président de MSF, (Le Monde
du 6 janvier 2005) expliquait l'ampleur
de la mobilisation suscitée par
le tsunami en Asie (autour de 10 milliards
d'USD d'aide soit le 1/7e de l'aide annuelle
internationale au développement)
par, entre autre, la nature de la victime :
"Elle n'est absolument pas polémique,
elle n'est pas impliquée dans une
guerre, elle n'a pas elle-même commis
des atrocités : c'est la victime
pure". D'où des victimes plus
"célèbres" et
surtout mieux aidées ou indemnisées
que d'autres. Ainsi
les années de baisse des dons pour
les causes humanitaires comme 1995 ou
1998 sont celles où il y a moins
de victimes médiatiques.
On estime aussi que 75% des victimes de
catastrophes naturelles habitent dans
les pays les plus pauvres, 23% dans les
pays à revenus intermédiaires
et 2% dans les pays riches.
Si le dommage est couvert par une assurance
de responsabilité civile, la victime peut être indemnisée
du préjudice dont son client est
déclaré responsable. Cette
indemnité et cette responsabilité
reposent sur trois éléments
: la nature du préjudice subi (blessure,
privation d'usage, etc.) ; l'engagement
de responsabilité de l'auteur du
dommage (faute, maladresse, autre) ; un
rapport de cause à effet entre
le préjudice et le fait dommageable.
- Une étude de cas sur les victimes
dans les dossiers de l'amiante, dans la
rubrique "Géographie
vivante"
- Thierry Lévy
- Eloge de la barbarie judiciaire
- Odile Jacob - 2004
- Le Journal international de victimologie
(JIV) : www.jidv.com/njidv/index.php/archives/jidv
Mise
à jour : mai 2005
|
Vulnérabilité
La vulnérabilité
exprime le niveau d'effet prévisible
d'un phénomène naturel (aléa)
sur des enjeux (l'homme
et ses activités). Elle est traduite
en anglais par les termes vulnerability
ou sensitivity. Elle évalue
dans quelle mesure un système socio-spatial
risque d’être affecté
par les effets néfastes des aléas.
Les approches en termes de vulnérabilité
sont assez récentes, elles datent
des années 1960 - 1970 dans le monde
anglo-saxon, des années 1980 en France.
La vulnérabilité, en englobant
les enjeux, exprime un degré d’exposition
à l’aléa qui peut être
évalué par le niveau d’endommagement
constaté ou prévu.
La vulnérabilité humaine évalue
d’abord les préjudices potentiels
aux personnes dans leur intégrité
physique (décès, blessés,
etc.). La vulnérabilité économique
traduit généralement le degré
de perte ou d’endommagement des biens
et des activités exposés au
phénomène.
L’analyse de la vulnérabilité
s’appuie sur une description de l’impact
du dommage selon différents critères :
sensibilité au dommage ; degré
de dépendance ; la transférabilité,
qui mesure la capacité d'adaptation
; la résilience, qui mesure la capacité
de cicatrisation après l’événement.
Les principaux facteurs
socio-spatiaux de la vulnérabilité
sont, pour la plupart, liés à
la pauvreté. C'est elle qui pousse
les populations démunies des grandes
villes des pays du Sud à s'installer
sur des zones à risques d'éboulement
et d'inondation (Mexico, Quito, Guatemala
City, etc.). C'est elle qui, en intensifiant
la dégradation écologique
de l'environnement (déforestation
notamment), aggrave les conséquences
de l'aléa naturel. Ainsi, rapportés à la population, les chiffres sont éloquents : sur 1 million d'habitants, le risque annuel de mort par séisme est de 92 en Arménie, 41 au Turkménistan, 29 en Iran et 25 au Pérou, alors qu'il n'est que de 0,6 en Californie, pour prendre des localisations à forte sismicité.
Les défauts de
perception de la vulnérabilité
s’expliquent en partie par les défauts
de perception de la part de responsabilité
des individus et des sociétés
dans la catastrophe qu’il est relativement
difficile d’accepter ses propres fragilités.
Percevoir la vulnérabilité,
implique d’accepter le fait que les
risques sont aussi le résultat de
facteurs internes aux sociétés,
et pas seulement le fruit du hasard (aléa).
Cette faible perception génère
(autant que l’absence de perception
d’un aléa) une sous-estimation
du risque.
Pour prolonger, en corpus documentaire :
- Mégapoles et risques en milieu urbain. L'exemple d'Istanbul
Mise
à jour : novembre 2010 |
Principales sources du glossaire : ensemble du dossier, dossiers de presse et divers médias, ouvrages ci-dessous.
- Dauphiné A. - Risques
et catastrophes. Observer, spatialiser, comprendre,
gérer, A. Colin, 2003
- Dupont Y. (dir.) - Dictionnaire des risques, A. Colin, 2003
- Veyret Y. et Meschinet de Richemond N., Géographie
des risques naturels en France. De l'aléa
à la gestion, Hatier, 2004
- Veyret Y. (dir.) - Les
risques - Dossiers des Images Économiques
du Monde, SEDES, Paris, 2003
- Veyret-Mekdjian Y. - Géographie des risques naturels, La Documentation française, 2001
Glossaire
proposé par Sylviane Tabarly (Dgesco, ENS
de Lyon)

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| Mise
à jour partielle : 10-10-2010
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