[poisson d'avril] « Nous sommes allés trop loin ». L’élevage génétiquement modifié au Brésil remis en cause
Pendant le mandat de Jair Bolsonaro (2019-2022), l’accent mis sur la recherche technologique dans l’agriculture, soutenue par les moyens de recherche de l’armée, et le soutien inconditionnel du secteur de l'agrobusiness à l'ancien militaire, ont débouché sur une accélération de la modification génétique dans l’agriculture et dans l’élevage.
Dans l’élevage bovin, l’objectif est d’améliorer la résistance des animaux au manque d’eau et aux maladies. Les bœufs génétiquement modifiés ont une peau plus dure, couverte d’écailles, et peuvent marcher sur leurs pattes arrière. « Cela permet notamment aux troupeaux de suivre plus facilement les gauchos lors des déplacements », d’après le spécialiste du Brésil Hervé Théry. Il n’est pas rare de voir des troupeaux de ces OGM emprunter les routes transamazoniennes, en galopant sur leurs deux membres inférieur à grande vitesse, en direction des centres urbains où ils seront abattus. La dernière évolution consiste à créer des bovins carnivores, surnommés les « raptors » : le cours de la viande étant inférieur à celui des fourrages, les économies espérées sont importantes. Cela permet aussi de trouver un débouché pour les carcasses des animaux tombés malades. Ces avancées permettent à la production bovine brésilienne de se maintenir au deuxième rang mondial avec 15 % du total (Fleury et Théry, 2024).
OGM animal dans un élevage bovin. Cliché d’Hervé Théry, pas du tout modifié par intelligence artificielle.
25 milliards de poulets vivent sur Terre (Carrington, 2025), ce qui signifie un nombre bien plus grand de poulets élevés chaque année, puisque chaque individu est abattu avant l’âge d’un an. Le Brésil, troisième producteur mondial, y contribue à hauteur de 10 % (Fleury et Théry, 2024). Dans le domaine, la génétique a fait de grands progrès : « dans l’élevage en batterie, couper les pattes et arracher les becs des poussins, pour éviter qu’ils se blessent ensuite dans les cages, prend beaucoup de temps et coûte cher en main d’œuvre. Les OGM évitent ces problèmes », estime Abril Peixe, productrice de volaille. Les nouveaux poulets génétiquement modifiés sont plus gros, dépourvus d’ailes et de griffes, ils ressemblent à de gros hamsters et sont jaunes, d’où leur surnom de « pikachu » chez les professionnels du secteur. Le goût de leur chair, proche de celle du cochon d’Inde, séduit les marchés latino-américains dans le cadre du Mercosud.
Des voix s’élèvent toutefois pour dénoncer ces évolutions : « nous sommes allés trop loin. À voir ces troupeaux d’animaux qui ressemblent plus à des raptors qu’à des vaches, on se croirait dans Jurassic Park plutôt que dans le Matto Grosso », déplore un éleveur. En Europe, les consommateurs européens se disent inquiets : si les OGM interdits dans l’Union européenne ne peuvent pas être importés, la législation est parfois en retard. Ainsi, la viande de raptor n’est pas encore interdite à la consommation, faute d’adaptation des règles de la politique agricole commune. Le gouvernement brésilien se veut rassurant : toutes les mesures de biosécurité ont été prises, « la situation ne peut pas nous échapper ».
Références citées
- Carrington Damian “‘Technofossils’: how humanity’s eternal testament will be plastic bags, cheap clothes and chicken bones”, The Gardian, Sat 22 Feb 2025.
- Théry Hervé et Fleury Marie-Françoise, « Puissance et diversité de l’agriculture brésilienne », Géoconfluences, décembre 2024.