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De l’enfermement aux migrations internationales, les mobilités des travailleuses domestiques boliviennes

Publié le 06/05/2019
Auteur(s) : Sophie Blanchard, maîtresse de conférences en géographie - Université Paris-Est Créteil

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En Bolivie, de nombreux ménages, y compris dans les classes moyennes, ont recours à des travailleuses domestiques. En tant que femmes d'origine populaire, rurale, et souvent indigène, celles-ci sont à l'intersection de plusieurs formes de domination. Leurs conditions de travail sont souvent très difficiles, et leurs mobilités restreintes. L'article montre qu'elles ont pourtant accès à des formes de mobilités à plusieurs échelles spatiales et temporelles.

Bibliographie | citer cet article | allemand | français

Lorsqu’en janvier 2006 Evo Morales, premier président indigène de la république de Bolivie, annonce la composition de son gouvernement, le nom de la ministre de la justice suscite de nombreux commentaires. Elle s’appelle Casimira Rodriguez Romero (figure 1) : c’est une femme, indigène, qui vient d’une famille quechua des environs de Cochabamba. Elle n’est pas, contrairement à ses prédécesseurs, avocate : elle a travaillé pendant vingt ans comme employée de maison, et a longtemps été à la tête du syndicat des travailleuses domestiques. L’arrivée au ministère de la justice d’une représentante des femmes invisibles des classes laborieuses, et les réactions qu’elle a provoquées, sont significatives des enjeux de la place des travailleuses domestiques en Bolivie, du bas de l’échelle sociale au sommet de l’État((Voir l’article de Alice Campaignolle, Irene Escudero et Carlos Heras publié en 2017 par sur le site de TV5 Monde, avec une interview de Casimira Rodriguez, https://information.tv5monde.com/terriennes/en-bolivie-les-femmes-font-elles-la-loi-202726.)).

Cet article a pour objectif d’analyser les mobilités des travailleuses domestiques en Bolivie (on considère ici la mobilité, au sens large, comme un ensemble de déplacements à différentes échelles, en prenant en compte les conditions matérielles et symboliques de ces déplacements, les migrations internationales étant une forme de mobilité)((Ce texte s’appuie sur les résultats de deux enquêtes de terrain. La première, réalisée entre 2002 et 2004 au sein du syndicat des travailleuses domestiques de Santa Cruz de la Sierra, combine une observation participante et des entretiens menés avec une quinzaine de membres du syndicat. La seconde, menée en 2013 à La Paz, se fonde sur des entretiens auprès de six membres des syndicats de travailleuses domestiques de La Paz et de onze gérants ou employés d’agences d’emploi situées dans le centre de La Paz et dans les quartiers résidentiels de la zone sud en 2013.)). Ces femmes issues des classes populaires sont le plus souvent d’origine indigène ; l’emploi qu’elles exercent les confine au domicile de leurs employeurs et les place au bas de l’échelle sociale. Pourtant, en Bolivie comme dans beaucoup de pays du Sud, les travailleuses domestiques sont des actrices importantes des migrations féminines, et leurs trajectoires migratoires sont souvent complexes. C’est tout le paradoxe d’un métier de service cantonné au domicile des employeurs qui est pourtant exercé par des femmes très mobiles à plusieurs échelles. Leurs mobilités de travail peuvent être interrégionales, de la campagne à la ville (Blanchard, 2014b ; Gill, 1994 ; Stephenson, 1999), des Andes aux basses terres (Blanchard, 2014a), mais aussi internationales, vers les pays émergents voisins (Argentine, Brésil et Chili) et vers l’Europe, l’Espagne et l’Italie surtout (Baby-Collin et Perraudin, 2016). Mais des mobilités intra-urbaines, exceptionnelles ou régulières se dessinent aussi. Le dimanche, jour de repos des travailleuses domestiques, est propice aux mobilités de loisirs et d’études ; c’est également le jour où se tiennent les réunions des syndicats de travailleuses domestiques((Il existe une quinzaine de syndicats, dispersés dans les grandes villes boliviennes, regroupés au sein de la Fédération nationale des travailleuses domestiques de Bolivie, FENATRAHOB.)). Enfin, le marché de l’emploi domestique se caractérise par une forte demande ; sa fluidité permet aux employées de changer de patrons et de quartier.

Figure 1. Casimira Rodriguez Romero, ancienne ministre de la justice

Casimira Rodriguez Romero

L’ancienne ministre de la justice présente, à Cochabamba, ses mémoires parues sous le titre Camila: Memorias de la militancia política en el trabajo asalariado del hogar.

Source : Gobierno autonomo departamental de Cochabamba, 2015.

Les travailleuses domestiques sont donc mobiles à différentes échelles et à différents degrés. La mobilité constitue pour elles une ressource, les migrations internes ou internationales étant une condition de l’accès à l’emploi ; pour autant, leur statut conditionne et limite tant leurs mobilités quotidiennes que leurs possibilités de mobilité sociale. Leurs circulations et leurs trajectoires seront interrogées au prisme des rapports de domination et des stratégies familiales et professionnelles.

 

1. Situation et statut des travailleuses domestiques en Bolivie

Les travailleuses domestiques sont nombreuses dans les grandes villes. Souvent citadines de fraîche date, elles expérimentent un statut subordonné au sein d’une société urbaine très hiérarchisée.

1.1. Une demande urbaine de travail domestique féminin

La population bolivienne croît rapidement et s’urbanise. La Bolivie comptait 6,4 millions d’habitants en 1992, 8,3 millions en 2001 et 10 millions au recensement de 2012. La population, en majorité rurale jusqu’au début des années 1980, était aux deux tiers urbaine en 2012 avec 67,3 % de citadins (INE, recensement de 2012). La demande d’emploi domestique est concentrée, comme dans le reste de l’Amérique latine, dans les grandes villes où se regroupent classes moyennes et élites (figure 2) : sur les 72 000 travailleurs domestiques recensés en 2012, près de la moitié exerçaient dans les deux plus grandes agglomérations du pays. « L’axe central », qui court de La Paz à Santa Cruz en passant par Cochabamba (figure 3), structure le territoire bolivien et polarise la main d’œuvre domestique (figure 2).

 
Figure 2. Les aires métropolitaines polarisent l’emploi domestique
  Population en 2012 Part du total national Nombre de travailleuses domestiques en 2012 Part du total national
Aire métropolitaine de La Paz/El Alto 1,77 million 17,7 % 13 818 19,2 %
Aire métropolitaine de Santa Cruz de la Sierra 1,75 million 17,5 % 21 268 29,5 %
Total 2 aires métropolitaines 3,52 millions 35,2 % 35 086 48,7 %
Total national 10 millions 100 % 72 000 100 %

Source : INE, résultats du recensement de 2012.

 

Figure 3. La Bolivie, carte générale

Sophie Blanchard — carte Bolivie

Source des données sur la population des agglomérations : Recensement de 2012. La délimitation des régions métropolitaines de La Paz/El Alto (municipes d’El Alto, La Paz, Viacha, Laja, Achocalla, Palca et Mecapaca), Santa Cruz (municipes de Santa Cruz, Warnes, La Guardia, El Torno, Cotoca et Porongo) et Cochabamba (municipes de Cochabamba, Sacaba, Quillacollo, Tiquipaya, Vinto, Colcapirhua et Sipe Sipe) est extraite du rapport de 2015 du PNUD (Bacarreza Victor Hugo et Pérez de Rada, Ernesto (dir.), 2015. El nuevo rostro de Bolivia. Transformación social y metropolización. Informe Nacional sobre Desarrollo Humano en Bolivia, PNUD, 286 p.

 

Cette main d’œuvre est en quasi-totalité féminine : on trouve 97 % de femmes parmi les domestiques recensés (ces chiffres sont cependant à nuancer du fait d’une sous-déclaration chronique de l’emploi domestique, notamment de la part d’employeurs fraudeurs). L’âge des travailleuses domestiques varie : 17 % d’entre elles ont moins de 20 ans, 7,4 % ont plus de 60 ans (INE, recensement de 2012). Une partie des emplois domestiques est donc occupée par de jeunes femmes mineures, bien que l’âge moyen des travailleuses domestiques tende à augmenter du fait de la progression de la scolarisation en milieu urbain. Le travail des enfants est fréquent et légal en Bolivie à partir de 14 ans((La promulgation, en 2014, d’une loi autorisant le travail des enfants à leur propre compte dès 10 ans et pour un employeur dès 12 ans, présentée comme une façon de donner un cadre légal au travail infantile informel, avait suscité de vives critiques des ONG et des institutions internationales. Cette loi a été révisée en 2018 par le Sénat car elle contrevenait aux traités internationaux sur la protection des enfants.)), alors que la majorité est fixée à 18 ans. Quel que soit leur âge, les travailleuses domestiques occupent une place subordonnée au sein des foyers qui les emploient.

1.2. La place subordonnée des travailleuses domestiques dans la société bolivienne

Quelle est la « place des bonnes » (Martin-Fugier, 1979) dans les familles boliviennes ? La société bolivienne est marquée par de fortes inégalités, qui tendent cependant à se réduire depuis le début des années 2000((L’indice de Gini qui mesure les inégalités, supérieur à 0,6 en Bolivie au début des années 2000, a fortement baissé et n’est plus que de 0,44 en 2017 (Source : Banque mondiale). Des tendances comparables quoique moins prononcées ont été observées dans le reste de l’Amérique du Sud.)). La forte croissance économique, couplée aux politiques de lutte contre la pauvreté – via l’accroissement du salaire minimum notamment – menées par les gouvernements d’Evo Morales, ont permis une amélioration du niveau de vie des Boliviens.

Les travailleuses domestiques, femmes des classes populaires, travaillent au service de familles de niveaux socio-économiques divers. Dans l’agglomération de La Paz, très étalée en altitude et caractérisée par une forme de ségrégation socio-spatiale altitudinale, la demande de main d’œuvre pour le travail domestique prend des visages divers selon les quartiers. Le centre historique, situé dans une cuvette à 3 600 m d’altitude, et ses abords populaires, sur les flancs de la cuvette où se niche la ville, abritent à la fois des familles de la petite et moyenne bourgeoisie et beaucoup de familles modestes de commerçants et d’artisans biactifs qui ont besoin d’une domestique à temps plein. C’est également le cas des quartiers populaires d’El Alto, doublon pauvre de La Paz qui domine la ville depuis le haut plateau andin, à 4 200 m d’altitude, où s’étendent d’immenses marchés. En effet, les ménages de commerçants, qui ont de longues heures de travail sur les routes et sur les marchés, recherchent des femmes pour assurer l’entretien quotidien du foyer et la garde des enfants. Dans la plupart des établissements scolaires boliviens, comme dans beaucoup de pays du Sud, les enfants ne restent à l’école que quelques heures par jour. Les crèches et les garderies se sont multipliées depuis une dizaine d’années, mais jusqu’au début des années 2000 elles étaient peu nombreuses et réservées aux élites. Dans les quartiers résidentiels plus fortunés de la zone sud, qui s’étendent dans les vallées en contrebas du centre-ville, jusqu’à 3000 m d’altitude, résident aussi des familles plus fortunées, membres des élites économiques ou « expatriés » étrangers, qui habitent de grandes maisons et emploient une main d’œuvre domestique nombreuse et variée : gardes d’enfants, cuisinières, femmes de ménage et jardiniers.

Ainsi, comme l’explique Mario, employé d’une boutique de petites annonces : « tout le monde a besoin d’une domestique, la classe moyenne aussi, car souvent les deux parents travaillent, même à El Alto. Les commerçantes des marchés aussi, elles en ont encore plus besoin, car elles voyagent. C’est devenu nécessaire d’avoir une employée » (entretien, La Paz, août 2013).

Les travailleuses domestiques peuvent être logées dans la maison de leurs employeurs. Cette résidence conjointe, qui était la norme jusqu’aux années 1990, tend à reculer au profit de la résidence séparée, comme cela a été le cas dès les années 1980 au Brésil (Vidal, 2009). Elles occupent une place à part au sein des foyers, dans une logique de division des espaces domestiques. Dans les appartements de standing et les maisons, des dépendances de services de taille variable sont prévues : chambre de bonne (le plus souvent située près de l’entrée de service, loin des chambres des employeurs), buanderie, débarras, remise... La circulation des travailleuses dans l’espace domestique est très codifiée : les espaces de service sont réservés aux employées, qui mangent et travaillent dans la cuisine, occupent la buanderie, et ne font que passer dans les pièces occupées par la famille (Stephenson, 1999). Leur présence dans les chambres, les salons et les salles à manger (pour le ménage, le soin des enfants et le service) est ponctuelle et limitée dans le temps, comme l’illustre le dessin de la figure 4.

Figure 4. Représentations des travailleuses domestiques dans les bulletins syndicaux
Sophie Blanchard — bulletins syndicaux Sophie Blanchard — bulletins syndicaux

Les illustrations du bulletin mettent en scène les domestiques au travail, dans la cuisine ou avec les enfants. Le tablier qu’elles portent les distingue de la femme, probablement une employeuse, qui travaille devant l’ordinateur.

Source : bulletin édité par la Fédération nationale des travailleuses domestiques de Bolivie (FENATRAHOB) Equidad y justicia n°5, mars 2004 (à gauche) et n°3, septembre 2003 (à droite).

La confusion entre lieu de résidence et espace de travail brouille les relations de travail et accentue les relations de domination entre employeurs et employées (Destremeau et Lautier, 2002). Les travailleuses domestiques se trouvent à l’intersection de plusieurs rapports de domination : femmes dans une société patriarcale, elles subissent les rapports de classe, l’emploi domestique étant l’un des plus dévalorisés sur l’échelle des métiers, et sont catégorisées comme indigènes dans une société fortement marquée, comme dans le reste de l’Amérique latine, par les hiérarchies ethno-raciales. Ces rapports de domination se retrouvent tant au Mexique, où Séverine Durin (2014), dans une étude sur la ville de Monterrey, estime que la « domesticité à demeure est une niche ethnique », qu’au Pérou (Bunster et Chaney, 1985) ou encore au Brésil où la majorité des domestiques sont des femmes noires ou métisses (Vidal, 2009). L’extrait de BD ci-dessous (figure 5) donne à voir cette intersection des rapports de domination. De surcroît, le statut des domestiques est longtemps resté du domaine de l’emploi l’informel. La loi qui réglemente le travail domestique n’a été adoptée qu’en 2003. Depuis lors, les normes légales d’emploi s’imposent progressivement : les travailleuses bénéficient d’un salaire minimum, d’un jour de congé hebdomadaire et de primes. Néanmoins, la méconnaissance de la loi dont font preuve les jeunes migrantes récemment arrivées des campagnes les rend vulnérables vis-à-vis d’employeurs parfois peu respectueux de la loi (Peñaranda et al., 2006).

Figure 5 : Les discriminations subies par les travailleuses domestiques

Discriminations intersectionnelles : sufrimos discriminacion por muchas razones : ser migrante, de pollera, trabajadora del hogar, condicion social, forma de expresarte, mujeres...

« Nous subissons des discriminations pour plusieurs raisons : le fait d’être migrante, de porter la pollera, d’être travailleuse domestique, la condition sociale, la façon de parler. Nous sommes 96 % de femmes. Bien qu’il n’y ait pas de chiffres précis, nous sommes en majorité indigènes ».

Source : El Camino Hacia la ciudad. Las historias verdaderas de la migración de las trabajadoras de Bolivia, BD réalisée en décembre 2014 à La Paz par Rosa Druker, publiée sur le site de la Fédération nationale des travailleuses domestiques de Bolivie (FENATRAHOB).

 
 
Encadré 1. La place des peuples indigènes en Bolivie

La Bolivie est souvent présentée comme un des pays les plus indigènes – et les plus pauvres – des Amériques. Plusieurs éléments permettent de mesurer la place des peuples autochtones.

  • Cette place est d’abord officielle : la Bolivie est depuis 2009 un État plurinational qui compte 37 langues officielles, l’espagnol et les langues des 36 « nations et peuples indigènes ou originaires » reconnus dans la constitution (le quechua et l’aymara étaient déjà langues officielles avec l’espagnol depuis 1977, et en 2000 un décret avait reconnu comme langues officielles l’espagnol et 34 langues indigènes).
  • Les peuples indigènes sont recensés sur la base de l’auto-déclaration : en 2001, 62 % des plus de quinze ans déclaraient « appartenir à un peuple indigène », et en 2012, 41 % des habitants déclaraient « appartenir à une nation ou un peuple indigène ou originaire ». Les deux groupes qui rassemblent le plus de personnes, les Quechuas (1,84 million de personnes en 2012, soit 18,3 % de la population) et les Aymaras (1,6 million en 2012, soit 15,9 % de la population), sont issus de peuples de paysans sédentaires des hautes terres andines et se retrouvent dans les pays andins voisins. Les autres nations indigènes sont composées en majorité de groupes très réduits, dispersés dans les basses terres, à l’exception de quelques peuples comme les Chiquitanos (146 000 personnes en 2012) et les Guaranis (97 000 en 2012) que l’on retrouve au Paraguay voisin. La baisse relative de l’auto-identification à un peuple indigène entre 2001 et 2012 a suscité de nombreuses hypothèses, d’autant plus que si les résultats préliminaires du recensement annonçaient que seuls 31 % des plus de 15 ans s’identifiaient à un peuple indigène, les résultats finaux faisaient état de 41 % d’indigènes dans la population totale. Cette évolution a notamment été interprétée comme un refus, par une partie de la population, de la mise en avant des thématiques indigènes par le gouvernement et comme une tendance à la diminution de l’auto-identification chez les citadins, dont certains se revendiquent comme métis, catégorie absente du recensement de 2012.
  • Un autre critère utilisé pour mesurer l’importance des peuples indigènes est celui de la langue maternelle : en 2012, parmi les personnes de plus de 4 ans recensées, 17,2 % avaient pour langue maternelle le quechua et 10,4 % l’aymara. La part des personnes dont la langue maternelle n’est pas l’espagnol ne cesse de diminuer mais reste plus élevée dans les campagnes, où les taux de pauvreté sont plus importants qu’en ville. Dans un pays qui en dépit des progrès récents reste un des plus pauvres d’Amérique du Sud (l’IDH bolivien était en 2015 de 0,674, plaçant le pays au 118e rang mondial), les plus pauvres se retrouvent pour beaucoup dans les zones rurales indigènes.

Pour aller plus loin : Lavaud, Jean-Pierre, et Lestage, Françoise, 2005. « Compter les indiens. (Bolivie, Mexique, États-Unis) », L'Année sociologique, vol. 55, p. 487-517.

 

2. Échelles et temporalités des migrations des travailleuses domestiques

Les migrations des travailleuses domestiques impliquent des allers-retours et des étapes multiples au sein d’itinéraires non linéaires. Elles dessinent des circulations qui se déroulent non seulement à plusieurs échelles spatiales, mais également à plusieurs échelles temporelles.

2.1. Des femmes qui quittent les campagnes pour travailler en ville

La plupart des travailleuses domestiques boliviennes viennent des campagnes andines de l’ouest du pays (figure 3), où les densités de population sont plus fortes que dans les basses terres, amazoniennes notamment (Blanchard, 2014a). Ces migrantes rurales sont en grande majorité des femmes indigènes quechuas et aymaras (Stephenson, 1999) ; celles qui portent des habits « traditionnels », un corsage, un gilet, des jupes bouffantes appelées pollera, des ballerines et un chapeau (chapeau melon, feutre ou chapeau de paille selon les régions) sont appelées en Bolivie les cholitas (figure 6).

Figure 6. Cholitas à La Paz

Sophie Blanchard — photographie cholitas à La Paz

Les deux femmes au premier plan, qui regardent en famille passer un défilé dans les rues de La Paz en 2013, portent les vêtements caractéristiques des cholitas : un corsage, un châle, des jupes bouffantes appelées pollera, des ballerines et un chapeau melon. Inspiré des paysannes andines, ces vêtements ont été réappropriés par les migrantes aymaras et quechuas installées en ville. Cliché : Sophie Blanchard, 2013.

 

Pour les jeunes migrantes rurales ayant peu de bagage scolaire((Parmi les jeunes générations, la plupart n’ont pas complété, voire pas commencé l’éducation secondaire mais ont fréquenté l’école primaire ; les femmes les plus âgées ne sont allées à l’école qu’un an ou deux, voire pas du tout pour les migrantes originaires des villages les plus isolés.)), l’emploi domestique est un secteur porteur pour s’insérer en ville : la demande est forte, les qualifications exigées sont souvent minimales, et le logement chez l’employeur constitue un atout, car les femmes seules sans emploi ont difficilement accès au marché du logement. Certaines ont des contacts susceptibles de les loger en ville, en s’appuyant sur des réseaux familiaux multilocalisés, supports de pratiques circulatoires à cheval sur les villes et les campagnes (Cortes, 2002). Mais ces contacts habitent souvent dans des quartiers populaires très excentrées, ce qui suppose de longs trajets domicile-travail dans des agglomérations chroniquement embouteillées, singulièrement à La Paz et à Santa Cruz. Beaucoup d’employeurs préfèrent employer des domestiques à demeure car celles-ci sont plus disponibles (ce qui ouvre la porte à de nombreux abus) et bien moins souvent absentes ou en retard au travail.

Les modalités du départ en ville varient : alors que les plus jeunes femmes sont souvent confiées par leurs parents à des membres de la famille ou à des relations pour lesquelles elles vont travailler, d’autres sont en rupture familiale et fuient les mauvais traitements ou la perspective d’une union non désirée. Certaines femmes planifient une migration temporaire en ville pour gagner de l’argent en lien avec un projet matrimonial ou professionnel, telle que l’ouverture d’un magasin au village : il s’agit alors de « partir pour rester » (Cortes, 2000). Mais il ne s’agit bien souvent que d’une première étape. La figure 7 résume deux trajectoires migratoires de deux femmes, reconstituées à partir d’entretiens au syndicat des travailleuses domestiques de Santa Cruz en 2003/2004. Bartolina, originaire d’un village de l’Altiplano, a été placée très jeune chez une tante commerçante résidant à La Paz. Elle est ensuite revenue au village, puis s’est enfuie jusqu’à la frontière brésilienne, avant de venir travailler à Santa Cruz où elle est allée de place en place en améliorant progressivement ses conditions de travail. Albertina, par contre, a quitté le village à l’âge de 18 ans, de sa propre initiative, pour travailler à La Paz, puis à Arequipa, au Pérou. Toutes deux ont effectué des allers et retours entre leur village et les villes où elles ont travaillé, signe des temporalités variables des migrations de travail. Ces deux femmes ont aussi en commun d’avoir travaillé à Buenos Aires, en Argentine : les migrations des travailleuses domestiques participent en effet du marché international du travail.

Figure 7. Deux parcours migratoires de travailleuses domestiques
Sophie Blanchard — carte parcours migratoires  

2.2. L’emploi domestique, un marché international au cœur de l’économie du care

Les logiques du marché du travail domestique sont internationales. Comme Bartolina et Albertina, les travailleuses domestiques s’inscrivent dans des migrations internationales de proximité qui jouent sur le différentiel de salaire entre la Bolivie et les pays émergents voisins, le Brésil et l’Argentine. Les migrantes se dirigent aussi vers les pays du Nord où la demande de travail domestique est croissante : les Boliviennes se sont d’abord tournées vers les États-Unis dès les années 1970-80. À partir de 2001, les restrictions des attributions de visas pour les États-Unis (Baby-Collin, 2015) ont contribué au développement de nouveaux champs migratoires en Europe du Sud, vers l’Espagne (où les Boliviens pouvaient entrer sans visa jusqu’en 2007) et l’Italie. Ce marché de l’emploi évolue très rapidement : alors que la crise argentine du début des années 2000 avait entraîné une redirection des migrations vers l’Europe, la crise qui touche en Espagne de plein fouet en 2008 a incité les femmes à reporter leurs recherches vers l’Argentine.

 
Encadré 2. La Bolivie, pays d’émigration

Comme le reste des pays d’Amérique andine, la Bolivie connaît d’importants flux d’émigration depuis plusieurs décennies. Selon l’Office international des migrations, on comptait 821 000 émigrés boliviens dans le monde en 2017, soit environ 7 % de la population du pays. Ces émigrés sont très concentrés dans quelques pays : l’Argentine (435 000 émigrés), l’Espagne (152 000), les États-Unis (85 000), le Brésil (46 000) et le Chili (39 000). Les autres pays de destination, en Europe et dans les Amériques, ne rassemblent que quelques milliers voire quelques centaines de personnes.

La part des femmes parmi les émigrés varie selon les destinations mais elle est difficile à quantifier précisément : les données du recensement bolivien concernant les émigrés sont incomplètes, elles portent sur 490 000 migrants recensés seulement et comptabilisent surtout les émigrés récents,  mais elles donnent une idée de la répartition des migrants par sexe et par pays de destination. On compte 51 % de femmes parmi les migrants recensés mais si elles sont minoritaires en Argentine (46 %) et au Brésil (44 %), elles sont aussi nombreuses que les hommes aux États-Unis (50 %) et largement majoritaires en Espagne (61 %).

 

Les femmes qui migrent vers les pays du Nord sont fréquemment les initiatrices de migrations familiales, beaucoup sont âgées d’une trentaine ou d’une quarantaine d’années et ont des charges de famille. Migrer vers l’Europe ou les États-Unis implique, dans un premier temps, de laisser leurs enfants au pays à la garde de leur famille. Cela entraîne une multiplication des familles transnationales (Baby-Collin et Perraudin, 2016 ; Cortès, 2011 ; Yepez et al., 2011) dont les revenus sont assurés par les transferts d’argent des femmes qui travaillent à l’étranger.

Ces migrations participent de ce qu’Arlie R. Hoschchild a appelé les « chaînes globales du care » (Ehrenreich et Hoschchild, 2003). Le terme anglais care renvoie au soin apporté aux autres, dans ses dimensions matérielles et affectives. Ce travail de soin peut avoir une dimension marchande, à travers la garde d’enfants et le soin aux personnes âgées, souvent laissé aux femmes des classes populaires les plus vulnérables, issues notamment des minorités ethniques (Molinier et al., 2009). Ce marché mondial du care a été beaucoup étudié aux États-Unis, où les migrations de femmes philippines travaillant en tant que gardes d’enfants peuvent être assimilées à une « fuite du care » ou care drain, à l’instar du brain drain (Ehrenreich et Hoschchild, 2003). Le travail des sentiments, à travers la marchandisation de l’amour maternel, « nouvel or du monde » (Ehrenreich et Hoschchild, 2003), transforme le care en « marchandise mondialisée » (Molinier et al., 2009, p. 44). En Espagne où la demande individuelle de main d’œuvre pour le soin aux personnes âgées est forte, le secteur domestique constitue également le principal secteur d’entrée sur le marché du travail pour les migrantes latino-américaines (Oso Casas, 2007).

Les trajectoires migratoires des travailleuses domestiques se composent donc d’une succession d’étapes, de la migration du village vers les grandes villes boliviennes jusqu’aux migrations de longue distance vers les pays du Nord. Les multiples difficultés que rencontrent ces travailleuses au long de parcours semés d’embûches peuvent être l’occasion d’une prise de conscience politique des contraintes et des injustices de la condition domestique. Cela amène certaines femmes à revendiquer une amélioration de leur statut au sein des syndicats de travailleuses domestiques, qui militent notamment pour une plus grande liberté de circulation.

 

3. Les mobilités des travailleuses domestiques dans la ville, entre enfermement et fluidité

Les travailleuses domestiques sont cantonnées à l’espace restreint du domicile de l’employeur par la nature de leur activité. Néanmoins, des mobilités, variables selon les situations individuelles, existent à d’autres échelles.

3.1. Enfermement et esclavage domestique

La condition domestique engendre pour les travailleuses de fortes restrictions de la liberté de circulation. La résidence chez l’employeur, les longues heures de travail et le contrôle moral exercé par les patrons – ou le plus souvent, par les patronnes (Rollins, 1990) – sont autant de freins aux mobilités quotidiennes. Les conditions du travail domestique s’apparentent parfois à la servitude, voire à l’esclavage. Dans ses mémoires, Casimira Rodriguez Romero qualifie ainsi ses premières années de travail à Cochabamba d’« esclavage moderne »((Casimira Rodriguez Romero, 2015, Camila: Memorias de la militancia política en el trabajo asalariado del hogar, Cochabamba, Kipus, 513 p.)). Les très jeunes filles isolées de leur famille, celles qui se sont enfuies de chez elles notamment, sont parfois la proie d’employeurs peu scrupuleux, comme le relate Yolanda du syndicat Max Paredes, dans le centre populaire de La Paz, en 2013.

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« Je suis partie travailler dans une maison à La Paz en 2007, avenue Costañera, à Villa Copacabana. La femme m’avait dit, viens travailler chez moi, tu seras bien, tu vas étudier. Je suis partie avec elle, et la première année, elle était plutôt gentille, elle me traitait bien. Au bout d’un an, elle a commencé à ne plus me payer, elle me disait qu’elle allait me payer dans trois mois, ou bien que mon argent était à la banque, et qu’elle allait m’augmenter, et moi je la croyais. Je devais me lever très tôt, je commençais à travailler à 7 heures, je préparais le petit-déjeuner, et je faisais le ménage, et il fallait que je m’occupe de ses filles, qui se sont mariées, qui ont leur propre famille, que je leur fasse à manger, que je m’occupe des petits-enfants, toute la journée, je me suis occupée de toute la famille. Je faisais la cuisine pour les enfants, je m’occupais des chiens, je lavais leurs couvertures. J’étais enfermée dans la maison, je n’avais pas le droit de sortir, je travaillais du matin au soir. Et ils m’empêchaient de communiquer avec ma famille, mes parents pensaient que j’étais partie en Italie, parce que je devais partir là-bas, et ensuite ils m’ont cherchée, ils ont cru que j’étais morte. Je ne pouvais pas sortir, quand ils sortaient de la maison ils m’enfermaient à clé. »

Témoignage de Yolanda recueilli en 2013.

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Les cas de domestiques recluses au domicile de leurs employeurs sont légion : « L’histoire de la camarade Beatriz » relatée dans la bande dessinée de la figure 8 en offre un autre exemple. Des faits similaires reviennent encore plus souvent dans les récits de vie du dernier quart du XXe siècle (Blanchard, 2014-1), avant la diffusion des téléphones mobiles et d’internet, alors que la plupart des villages n’étaient pas reliés au réseau téléphonique. Les relations entre les travailleuses domestiques et leurs familles rurales étaient alors très difficiles à maintenir et reposaient essentiellement sur les visites des parents ou de connaissances en ville ou sur les visites des travailleuses au village. Les jeunes domestiques en situation de rupture familiale se retrouvaient par conséquent très vulnérables face aux situations de maltraitance allant du logement indigne (sur un matelas dans la cuisine par exemple) aux abus sexuels (Drouilleau, 2009). Depuis la loi de 2003, réglementant l’emploi domestique, les syndicats de travailleuses domestiques mettent au premier plan la lutte contre de tels abus, n’hésitant pas à porter les affaires en justice comme cela est fréquent au Brésil (Vidal, 2009). Leurs principales revendications portent sur les rémunérations (respect du salaire minimum, versement des étrennes et des primes de départ en cas de licenciement), la gestion du temps de travail et l’accès à la formation.

Figure 8. « L’histoire de la camarade Beatriz » qui est partie travailler à Sucre à l’âge de 12 ans, après la mort de son père

Histoire de la camarade Beatriz

Histoire de la camarade Beatriz

« C’est pour ça que je suis partie travailler à Sucre. Je travaillais pour une dame mais elle m’exploitait beaucoup. Un jour je me suis enfuie. La dame m’a trouvée dans la rue. Elle m’a emmenée à La Paz pour que je travaille chez sa sœur ».

Source : El Camino Hacia la ciudad. Las historias verdaderas de la migración de las trabajadoras de Bolivia, BD réalisée en décembre 2014 à La Paz par Rosa Druker, publiée sur le site de la Fédération nacionale des employées de maison de Bolivie (FENATRAHOB)

 

3.2. Mobilités de loisir et d’étude

Dans la loi de 2003 sur l’emploi domestique figurent le droit à un jour de repos hebdomadaire (le dimanche en général), le droit de se syndiquer et l’accès à la scolarisation. Plus qu’un droit au repos, le jour de congé est la condition des mobilités de loisir en ville. C’est le jour où sont organisées les réunions des syndicats ainsi que les activités sportives et culturelles. Les syndicats organisent des cours de formation qui permettent aux travailleuses d’acquérir de nouvelles compétences pour prétendre à des postes mieux rémunérés, des cours de cuisine et de puériculture par exemple. Via les syndicats mais aussi par le biais de cours privés, qui se multiplient à El Alto, certaines travailleuses domestiques reprennent même des études afin de changer de métier. Longtemps rêve impossible, l’accès à la formation semble dans les dernières années être un peu plus facile.

Le dimanche est aussi un jour réservé aux activités de loisirs, qui sont autant d’occasions de découvrir la ville. Le football, très prisé en Bolivie comme dans le reste de l’Amérique latine, est pratiqué par les femmes des classes populaires, en ville comme dans les campagnes ; il se joue aussi sous forme de futsal (football en intérieur, dans un gymnase, ou sur un terrain de taille réduite, joué par des équipes de 5 personnes au lieu de 11). En 2011, un championnat de futsal a été organisé par les syndicats de Cochabamba, Pando, Sucre, Tarija et Trinidad (bulletin Equidad y Justicia n°26, septembre 2011). La participation à des groupes de danse folklorique (figure 9) est aussi un loisir populaire, qui permet aux femmes de nouer des contacts avec d’autres personnes originaires des départements andins, comme dans le cas de la fête de La Paz. Les vêtements de sport et les costumes de danse peuvent être stockés dans le local du syndicat, dont l’une des fonctions est de laisser aux femmes la possibilité de mettre en sécurité les affaires auxquelles elles tiennent : ce lieu joue une fonction symbolique de refuge, pour des femmes logées chez leurs employeurs et dont l’intimité est fragile.

Figure 9. Femmes du syndicat des travailleuses domestiques de Santa Cruz en costume de danse

Sophie Blanchard — Morenada à la Fête de La Paz

Morenada à la Fête de La Paz. Cliché : Sophie Blanchard, 2004.

Sophie Blanchard — Costumes de morenada

Essayage de costumes devant le local du syndicat. Les costumes des danseuses de morenada sont coûteux et doivent être renouvelés chaque année, car la couleur de la jupe et du châle change. Pour participer au défilé du 16 juillet, jour de la fête de La Paz, danseuses et danseurs s’entraînent plusieurs mois. Cliché : Sophie Blanchard, 2004.

Les mobilités quotidiennes des travailleuses domestiques connaissent donc un rythme particulier, avec une alternance entre des mobilités liées au travail du lundi au samedi (pour faire les courses, aller chercher les enfants à l’école ou les emmener au parc), et des mobilités de loisir concentrées, sauf exception, le dimanche. Cette coupure du week-end, qui n’a rien d’exceptionnel, a la spécificité de coïncider avec une coupure entre mobilités contraintes et mobilités de loisir.

3.3. Spécialisation des emplois domestiques et opportunités de mobilité professionnelle

Les cours de formation suivis par les travailleuses domestiques s’inscrivent dans des logiques de mobilité professionnelle au sein de l’emploi domestique. Les emplois de cuisinière ou de garde d’enfants sont plus valorisés que ceux de bonne à tout faire : ils sont souvent mieux payés, certains employeurs n’hésitant pas à aller très au-delà du salaire minimum pour une bonne cuisinière ou une « nounou » de confiance ; en outre, la charge de travail chez les particuliers qui emploient plusieurs domestiques est souvent moins importante. Il existe donc une hiérarchie des emplois, qui se combine avec une hiérarchie des quartiers et des employeurs, favorisant les quartiers chics (Equipetrol à Santa Cruz, la zone sud à La Paz) et les employeurs fortunés, notamment les expatriés (Blanchard, 2014b).

La mobilité professionnelle à l’intérieur de l’emploi domestique est facilitée par un marché du travail très flexible et une demande soutenue. Des agences d’emploi mettent en contact les employeurs à la recherche d’une domestique et les jeunes femmes qui cherchent un travail (figure 10) : situées le plus souvent à proximité des marchés des quartiers populaires, elles constituent une ressource pour les travailleuses qui vont de place en place sur un marché concurrentiel et hiérarchisé. Ces agences travaillent à l’échelle de la ville, elles proposent surtout des postes dans le quartier où elles sont implantées. Comme on peut le voir sur les annonces de la figure 10, une partie des employeurs préfère embaucher des cholitas plutôt que des femmes portant des vêtements occidentalisés (Peñaranda et al., 2006). Les périodes où les femmes cherchent une place les amènent à être plus mobiles et à explorer l’espace urbain en quête d’un nouvel emploi.

Figure 10. La devanture de l’agence d’emploi K-Sandra, qui propose des emplois de service (travailleuses domestiques, vendeuses, serveuses)

Sophie Blanchard — Agence K Sandra emploi

Détail de l’annonce en haut à droite : « Zone d’Achachicala, emploi. Besoin d’une employée de maison, non logée (cholita), plus de 18 ans. Salaire 1 200 bolivianos ». Détail des annonces en bas à droite : « On recherche une employée de maison pour s’occuper d’une personne âgée. Salaire 800 bolivianos ». « Cholita ou jeune femme, logée, URGENT, pour garde d’enfants. Pour débuter salaire de 1000 bolivianos ».

Source : Sophie Blanchard, 2013.

Sophie Blanchard — Annonces
Sophie Blanchard — Annonces

Conclusion

La mobilité apparaît ainsi comme une ressource, voire une nécessité, pour les travailleuses domestiques. En dépit des rapports de domination qu’elles subissent, elles peuvent grâce à leur capacité à aller de place en place, notamment à travers le recours aux migrations internationales, développer des stratégies et ménager des marges de négociation dans le cadre étroit des relations professionnelles. Le statut des travailleuses domestiques évolue lentement vers plus d’autonomie : sous l’effet de l’urbanisation et du ralentissement des migrations rurales, les normes de résidence changent. De plus en plus de femmes accèdent à une résidence séparée de celle de leurs employeurs. Mais les effets de ce changement sont ambigus : alors que le contrôle des employeurs s’amoindrit, les déplacements domicile-travail s’allongent, dans le contexte de métropoles comme La Paz et Santa Cruz, caractérisées par une forte ségrégation socio-spatiale, un étalement urbain croissant et un engorgement des transports. La possibilité pour les domestiques d’avoir une vie familiale passe donc bien souvent par le développement des mobilités contraintes.

 


Bibliographie

Sitographie

 

 

Sophie Blanchard
Maîtresse de conférences en Géographie, Université Paris-Est Créteil, Lab’Urba
 

Mise en web : Jean-Benoît Bouron

 

Pour citer cet article :

Sophie Blanchard, « De l’enfermement aux migrations internationales, les mobilités des travailleuses domestiques boliviennes », Géoconfluences, avril 2019.
URL : https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/mobilites-flux-et-transports/articles-scientifiques/mobilites-travailleuses-domestiques-bolivie

 

Pour citer cet article :  

Sophie Blanchard, « De l’enfermement aux migrations internationales, les mobilités des travailleuses domestiques boliviennes », Géoconfluences, mai 2019.
https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/mobilites-flux-et-transports/articles-scientifiques/mobilites-travailleuses-domestiques-bolivie