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Mobilité

Publié le 02/07/2024
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Dans son acception la plus générale, la mobilité désigne un changement de lieu accompli par une ou des personnes. Les individus et les groupes humains sont confrontés à l'exigence de maîtrise de la distance par la mobilité (Lévy et Lussault, 2003). Celle-ci ne se limite pas au déplacement physique effectif et aux techniques de transport, à l'accessibilité, mais elle embrasse les idéologies et les technologies du mouvement en cours dans une société. Elle rassemble donc à la fois : un ensemble de valeurs sociales ; une série de conditions géographiques ; un dispositif technologique et son arsenal de techniques et d'acteurs. Chaque acteur (individu, groupe social) dispose, du fait de ses compétences et de son insertion spatiale, d'un capital de mobilité, qui est un exemple de capital spatial et qui structure et régule son propre « système de mobilité ». La circulation des personnes est à la source de processus d'échange et de diffusion (de valeurs, d’idées, de technologies, etc.), moteurs essentiels du développement de l'humanité.

Parmi les grands types de mobilités, on distingue les mobilités définitives ou de longue durée, appelées migrations (internationales si une frontière est franchie, intérieures sinon), des mobilités plus temporaires comme le tourisme ou l’excursionnisme. Un troisième grand champ de l’étude des mobilités sont les mobilités quotidiennes, qui sont liées aux deux précédentes, soit parce qu’elles relèvent des loisirs, soit parce qu’elles relient domicile et travail et qu’elles dépendent donc du choix du lieu de résidence, donc d’une migration (ou mobilité résidentielle) accomplie dans le passé.

Toute création d'une nouvelle offre de transport transforme les mobilités. Tout d'abord par des effets de détournement : le chemin de fer détourna à son profit une part du trafic fluvial, le trafic routier une part du ferroviaire, le TGV une part de l'avion, etc. Mais aussi en générant un trafic induit révélant des déplacements latents qui ne pouvaient se faire en raison de leur durée excessive : grâce aux innovations techniques, il devient possible de faire des déplacements qui n'étaient pas envisageables auparavant.

Depuis le milieu du XIXe siècle, les sociétés industrielles, entrées dans un processus continu d'accroissement des mobilités, ont pu modifier radicalement les conditions de vitesse de leurs déplacements. Plus récemment, avec l’essor de l’aviation civile, l’extension exponentielle du réseau autoroutier mondial, et les trains à grande vitesse, on assiste à l‘avènement de la grande vitesse. L'espace des sociétés contemporaines hypermobiles est relatif, relationnel, marqué par la cospatialité. Les micro-échelles, où se déploient les pratiques télécommunicationnelles, méritent l'intérêt. La course à la vitesse des déplacements n'est pas terminée. Ces évolutions, loin de produire des conditions généralisées d'isotropie, produisent des organisations de l'espace, des spatialités et des interactions spatiales inédites.

La mobilité est l'expression d'un besoin et d'une nécessité, elle peut être choisie ou subie. Une mobilité élevée est caractéristique des sociétés développées. On observe depuis plusieurs années une stabilisation du temps consacré aux déplacements et de leur nombre dans ces sociétés. Par contre, la vitesse et donc les accessibilités ont considérablement augmenté. L’avènement des télécommunications permet aussi de nouvelles formes de mobilités professionnelles ou résidentielles avec le télétravail et des formes de travail émietté dans les interstices temporels (par exemple avec l’accès permanent à une messagerie professionnelle sur le téléphone).

L'aménagement des territoires doit prendre en compte ces données en distinguant la mobilité choisie par les individus et les entreprises, qui est l'exercice de la liberté, et la mobilité subie du fait de l'organisation de l'espace et des activités. La mobilité peut aussi être une injonction ou une valeur, dont le contraire est l'ancrage : mais ancrage et mobilité de n'opposent pas, ils se combinent en chaque individu et sont constitutifs de son identité.

L'accès à un plus juste niveau de développement de populations très nombreuses comme en Asie (Inde, Chine notamment) va provoquer, si elle se confirme, une croissance de la demande de mobilité sans précédent dans l'histoire. On l’observe déjà à l’occasion par exemple du Nouvel an chinois, réputé la plus grande mobilité régulière du monde avec 2 milliards de déplacements en moins d’un mois. Pour le développement durable, les défis sont essentiels. Comment satisfaire ces aspirations en matière d'approvisionnements énergétiques ? Comment assurer les approvisionnements en matières premières ? La pression sur les ressources terrestres ne peut qu'augmenter, l'humanité devra se mobiliser et s'organiser pour y faire face. Les mobilités douces sont une solution mais qui ne sera pas suffisante et qui n'est pas exempte de fausses bonnes idées.

Pour les géographes, la mobilité se décline de différentes façons : mobilité sociale, mobilité professionnelle, mobilité de travail, s'inscrivant ainsi clairement dans le champ de la géographie sociale.

(ST), 2004. Dernières modifications (JBB), mars 2022 et février 2023.


Références citées
  • Jacques Lévy et Michel Lussault (dir.), Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés. Belin, 2003 (rééd. 2013).
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