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Patrimoine

Publié le 08/07/2021

Le patrimoine désigne les héritages du passé existant aujourd'hui et jugés dignes d'être conservés en l'état pour l'avenir, dans une société donnée et à une époque donnée. Étymologiquement, le terme désigne ce qui est hérité du père (patrimonium). La notion découle de celle de monument historique datant du XIXe siècle, mais il faut attendre les années 1970 pour voir apparaître l’idée que des biens communs à tous doivent être transmis aux générations futures du fait de leur valeur (Deschepper, 2021). À l'échelle mondiale, l'acteur principal de la mise en œuvre de cette idée est l'UNESCO avec sa liste du patrimoine mondial de l'humanité.

Le patrimoine culturel concerne les monuments, constructions et sites avec des valeurs historiques, esthétiques, archéologiques, scientifiques, ethnologiques ou anthropologiques. Le patrimoine naturel concerne les formations physiques, biologiques et géologiques remarquables, les habitats d'espèces animales et végétales menacées et les aires d'une valeur exceptionnelle du point de vue de la science, de l'environnement ou de la beauté naturelle. Les sites mixtes sont une association des deux. La dualité du patrimoine, culturel ou naturel, est d’ailleurs discutable. Le contenu de la notion de patrimoine a connu une réelle inflation ces dernières années. Il regroupe en effet tout à la fois du patrimoine désigné comme matériel (mobilier, monuments, ruines…) ou immatériel (arts du spectacle, rituels, par exemple, récemment, le "repas gastronomique à la française") mais aussi des paysages ou des formations géologiques. Le patrimoine n'est pas quelque chose de figé, il s'adapte au fil du temps.

Le changement d’échelle, d’un patrimoine privé domestique à un patrimoine public mondial, dénote d’un rapport complexe à un temps vécu comme linéaire et menaçant, car associé à la mort et à la destruction de ressources. Cette conception commande des mesures spécifiques de protection, faisant du même coup de l’ancienneté un gage d’"authenticité", en témoignent les multiples contraintes pesant sur d’éventuels travaux résultant d’un classement patrimonial.

Cette notion sous-tend la responsabilisation à l'égard de l'environnement et la réparation des dommages qui lui sont portés. Les sites inscrits au patrimoine mondial peuvent être menacés par des phénomènes naturels (activité volcanique ou sismique, dégâts des eaux, phénomènes de submersion, etc.) ou humains (pillages, conflits, déterriorations volontaires ou involontaires) justifiant des opérations de préservation et de sauvetage. En droit international, elle est mentionnée, explicitement ou implicitement, dans plusieurs domaines : le droit international de la mer, divers domaines relatifs à la culture, les conventions de protection des espèces et des habitats (CITES, biodiversité, RAMSAR).

En cela, la protection du patrimoine s’inscrit dans les grands principes édictés par le développement durable, où l’empreinte humaine est redoutée tant sur la "nature" que sur la "culture". C’est sûrement là qu’il faut chercher le lien entre tourisme et patrimoine : un goût thanatocratique pour ce qui n’est plus, une altérité procurée par un voyage dans le temps, qu’il s’agisse d’un passé glorieux mais révolu dont témoignent quelques vestiges anciens, ou d’un état de nature précédant l’action humaine plus ou moins idéalisé.

La dimension idéologique du patrimoine est évidente, la sélection et la désignation relevant forcément d’un regard situé dont l’universalité en matière d’esthétisme et d’exception sera toujours discutable. Être reconnu comme patrimoine procède forcément d’un désir de reconnaissance voire d’intégration à la communauté internationale. La protection revêt de ce fait nécessairement une dimension politique et économique, servant tout autant des revendications identitaires de populations minorées dans leur propre pays, la constitution de labels touristiquement rentables (entrant alors en conflit avec les objectifs initialement affichés de protection) ou l’appui à des opérations immobilières de gentrification (cas du Marais à Paris).

L'inscription sur la liste du patrimoine mondial est un enjeu fort pour les territoires, en termes de notoriété, de marketing territorial. Certaines études font état d'une progression sensible de la fréquentation touristique à la suite de cette labellisation. La patrimonialisation, les politiques de conservation, sont légitimes mais entrent parfois en contradiction avec certains projets de développement. Des arbitrages délicats sont nécessaires. Face aux limites de la patrimonialisation, un courant des études de patrimoine, les études critiques de patrimoine, commencent à suggérer la possibilité d'un processus de dépatrimonialisation.

En France, le Conservatoire de l'espace littoral et des espaces lacustres (Conservatoire du littoral) est un établissement public de l'État à caractère administratif créé en 1975. Il a reçu, au terme de l'art. L.243-1 du Code rural, "la mission de mener, après avis des conseils municipaux intéressés, une politique foncière de sauvegarde de l'espace littoral, de respect des sites naturels et de l'équilibre écologique (...)." Les pouvoirs publics ont été conduits à envisager une politique d'acquisition des sols pour préserver quelques uns des espaces littoraux les plus fragiles ou les plus menacés, l'appropriation publique pouvant être un ultime barrage face à la bétonisation. Une part significative du budget du Conservatoire est consacrée à la réalisation de travaux d'aménagement ou à l'entretien du patrimoine. Son action peut être confrontée aux habituelles contradictions entre "conserver" et "aménager".

(ST) ; dernières modifications (MCD) avril 2016 et (JBB) mars 2021.


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