Planétarisation
La planétarisation désigne le phénomène de prise de conscience, à l’échelle de l’humanité, de la dépendance commune à un lieu de vie, la planète Terre, comme condition d’existence de l’humanité. Le terme est complémentaire de la mondialisation, procession historique de mise en relation des lieux du monde par les échanges de toute nature, et de la globalisation, l’extension de l’écoumène et à presque tous les espaces du globe. La planétarisation est un processus cognitif : si la planète existe en elle-même et en dehors de l’humanité, elle n’est devenue que récemment une échelle pertinente pour penser le cadre de l’action des humains. On pourrait dire que la planétarisation est le versant environnemental de la mondialisation : on est passé de problèmes et de réponses locaux, nationaux ou, plus rarement, continentaux, à des problèmes et des réponses nécessairement planétaires. La planétarisation, écrit Magali Reghezza, « réintègre l’humanité dans la sphère des non-humains qui peuplent la Terre. Elle rappelle à l’homme son statut d’espèce animale, mortelle et non nécessaire, et réinterroge le partage entre l’humain et le reste du vivant » (Reghezza, 2015, citée in Capdepuy, 2023, p. 105).
L’une des grandes étapes de la planétarisation a été l’explosion des bombes atomiques américaines sur Hiroshima et Nagasaki en 1945, suivie de la course à l’armement nucléaire, qui a fait craindre à toute l’humanité une guerre nucléaire aboutissant sa propre destruction et à celle de la planète Terre. Dans les années 1970, les premières photographies de la Terre vue depuis l’espace extra-atmosphérique donnent à l’humanité entière une image concrète de la fragilité de son lieu de vie, isolé dans l’immensité de l’espace (The Blue Marble, 1972). Une autre étape fut la découverte du trou dans la couche d’ozone, qui a abouti à une première réussite en matière de réponse planétaire à un problème global : le protocole de Montréal (1987) qui interdit l’usage de certains gaz, notamment les chlorofluorocarbures (CFC) contenus dans les produits du quotidien (réfrigérateurs, aérosols). Les grandes conventions internationales sur l’environnement ont ainsi contribué à la planétarisation : Convention de Washington (CITES), Convention de Ramsar (1971), CCNUCC signée lors du sommet de la Terre de 1992 et débouchant sur le protocole de Kyoto (1997), Accord de Paris (2015), traité de la haute mer (2023)… parmi les plus de 500 traités internationaux signés sous l’égide de l’ONU.
(JBB), février 2026.
Références citées
- Capdepuy Vincent (2023), Le Monde ou rien. Histoire d’un concept géographique, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 173 p.
- Reghezza Magali (2015). De l'avènement du Monde à celui de la planète : le basculement de la société du risque à la société de l'incertitude. Mémoire d'habilitation à diriger les recherches, volume inédit. Géographie. Université Paris 1- Panthéon Sorbonne, 2015 ⟨tel-01255031⟩.
Pour compléter avec Géoconfluences
- Magali Reghezza-Zitt, « Sociétés humaines et territoires dans un climat qui change. Du réchauffement climatique global aux politiques climatiques », Géoconfluences, avril 2023.







