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Autochtonie

Publié le 17/05/2024
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L’autochtonie désigne, en géographie, le fait d’appartenir à une population présente sur un territoire avant la colonisation par une puissance extérieure. Alors que le terme était jugé péjoratif par Joël Bonnemaison en 1993, il coexiste aujourd’hui avec celui d’indigène comme terme neutre dans la littérature scientifique. On parle aussi de « premières nations » en Amérique du Nord, d’Amérindiens, sur le continent américain, d'Índios au Brésil et encore d’Aborigènes en Australie. Christian Grataloup (2023, p. 122) note que si « la réalité est très ancienne, la reconnaissance [est] toute récente : c’est en 1987 qu’a été créée la sous-commission des droits de l’homme de l’ONU consacrée aux peuples autochtones ou premiers et en 2007 que l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution sur les droits des peuples autochtones ».

Au sens large, en langue française, l’autochtone est le local, celui qui est « du pays », par opposition à l’étranger (allochtone). Cette acception n’est pas très opérante en géographie, puisque « à la lettre, il n’existe pas d’autochtone : la notion est toute relative » (Bonnemaison, 1993). Toutefois, l’histoire, et en particulier celle de la colonisation, a engendré une différence de statut entre les récents arrivés et les populations présentes avant, entre les colons et les autochtones, à commencer par la dépossession et la mise en réserve, voire l’extermination. Pour les survivants et leurs descendants, une série d’inégalités sociales, économiques et politiques découle de cette différence institutionnelle au sein des sociétés coloniales.

Le fait d’être ou pas un ou une autochtone pose les mêmes questions que toutes les autres assignations (raciale, ethnique…) : puisqu’il n’est d’autochtone qu’au regard de la présence d’allochtones, l’autochtonie et les marqueurs identitaires qui lui sont attribués le sont généralement de l’extérieur, non sans caricature puisqu’il s’agissait souvent de justifier la colonisation par l’infériorité supposée des colonisés. Bien des noms attribués à ces peuples sont au départ exogènes et péjoratifs, comme Eskimos pour les Inuits ou Lapons pour les Sames

Ces marqueurs identitaires peuvent devenir absurdes lorsque la colonisation a pu aboutir à des situations de métissage et de créolisation qui ont affaibli l’opposition entre des groupes sociaux se voyant eux-mêmes comme très différents. Ainsi, si les religions autochtones ont évolué sous l’influence des religions coloniales, la réciproque est vraie, ce dont témoignent les exemples de syncrétisme entre religions indigènes et catholicisme au Mexique (Clauzel et Vega, 2016 ; Varnier, 2016) ou au Venezuela (Varnier, 2016).

En situation post-coloniale, l’autochtonie est donc avant tout un statut légal, qui sanctionne l’appartenance à un groupe social (par exemple selon des critères culturels : linguistiques, religieux) reconnu comme autochtone. Ce statut peut donner droit à une représentation (par exemple les peuples autochtones siégeant au Conseil de l’Arctique), à des formes d’autonomie (le Nunavut au Canada depuis 1999) à des droits territoriaux (les réserves aux États-Unis ou au Brésil, les resguardos en Colombie), ou d’usage (versements aux communautés autochtones pour l’exploitation des ressources, par exemple pour le lithium dans les salars du Cône Sud), ou encore à des dérogations (droits de pratiquer la chasse traditionnelle, ou encore autorisation des jeux d’argent dans les réserves étatsuniennes).

(JBB) octobre 2022. Dernière modification : mai 2024.


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