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Paysage

Publié le 09/06/2022

Le paysage est l'étendue d'un pays s'offrant à l'observateur. Derrière cette définition qui peut paraître simpliste se cache une notion qui a donné lieu à une abondante bibliographie et à de multiples approches. En France, les géographes ont d'abord étudié le paysage de façon segmentée (paysages urbains, ruraux, industriels, etc.). Trois écoles en ont renouvelé l'approche dans un sens systémique et historique : celle de Toulouse représentée par Georges Bertrand ; celle de Paris illustrée par les publications de Jean-Robert Pitte ; celle de Besançon autour de Jean-Claude Wieber. Une synthèse de ces différents courants et leur mise en perspective internationale (recherches anglophones, allemandes, russes) a été réalisée par Gabriel Rougerie et Nicolas Beroutchachvili (1991).

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« Le plus simple et le plus banal des paysages est à la fois social et naturel, subjectif et objectif, spatial et temporel, production matérielle et culturelle, réel et symbolique. Le paysage est un système qui chevauche le naturel et le social. Il est une interprétation sociale de la nature. »

Georges Bertrand

« Le paysage est l'expression observable par les sens à la surface de la Terre de la combinaison entre la nature, les techniques et la culture des hommes. Il est essentiellement changeant et ne peut être appréhendé que dans sa dynamique, c'est-à-dire dans le cadre de l'Histoire qui lui restitue sa quatrième dimension. Le paysage est acte de liberté. »

Jean Robert Pitte

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Au sens figuré, le paysage peut désigner l'ensemble des acteurs en présence dans un espace ou une filière, comme le langage courant parle du paysage audiovisuel. Un paysage touristique est un paysage au sens propre, support d'une activité touristique, alors que le paysage touristique désigne au sens figuré l'ensemble des acteurs du secteur.

Depuis sa création au XVIe siècle pour désigner l'arrière-plan des tableaux, la signification du terme paysage a beaucoup évolué, jusqu'à devenir complexe. Aujourd'hui, la notion de paysage prend en compte à la fois des aspects objectifs (d'ordre fonctionnel, technique et scientifique) et des aspects subjectifs (qui relèvent de la sensibilité, de la perception de chacun). Il faut penser le paysage comme un système complexe de relations (approche systémique) articulant au moins trois composantes interdépendantes : le paysage espace-support qui est une portion d'espace soumis à la vue, remplie d'objets, appropriée par différents groupes sociaux ; le paysage espace-visible ; le paysage-représentation ou espace vécu (les individus perçoivent le paysage selon leur propre sensibilité) (Clément, 1997).

 

 Jean-Baptiste Corot (1796–1875) Forêt de Fontainebleau 1834

L'école de Barbizon : Jean-Baptiste Corot (1796–1875), Forêt de Fontainebleau, 1834. 175,6 cm x 242,6 cm. National Gallery of Art, Washington. Œuvre libre de droit. Source : Wikimedia Commons.

 

Le paysage est constitué par l'ensemble des éléments observables à partir d'un lieu précis. Il ne se confond pas avec le milieu géographique, qui comprend des éléments invisibles. C'est l'aspect visible de l'espace géographique. Le paysage est un lieu privilégié d'intégrations, de synthèses des diverses « couches » de l'information géographique : héritages historiques (paysage « palimpseste »), aménagements et diverses formes d'exploitation anthropiques, nature géomorphologique et bio-pédologique, effets climatiques etc... C’est la superposition et l’intégration de ces multiples couches qui façonnent le paysage et en font un construit social. Il renvoie aux cinq usages de l'espace : approprier, exploiter, communiquer, habiter, gérer (d'après Jean Maréchal).

Certaines sociétés, plus que d‘autres, lui confèrent une valeur esthétique, à tel point que, selon Augustin Berque, on peut parler de civilisations paysagères, notamment pour l’Asie orientale dès l’Antiquité et pour l’Europe à partir de la Renaissance. Il s’agirait de civilisations possédant, plus que d’autres, des représentations linguistiques, littéraires orales ou écrites, picturales, et jardinières (traduisant une représentation esthétique de la nature).

Augustin Berque reprend ainsi les travaux du philosophe japonais Watsuji Tetsurô (1899-1960), pour qui il existe un « milieu humain », le Fûdosei, terme que Berque a traduit par médiance, qui correspond à la relation particulière de l’être au milieu. Cette médiance passe par un processus, la trajection paysagère, qui agit entre le sujet et l’objet, entre la nature et la culture, entre l’individu et le groupe social. Il s’agit d’un processus historique et géographique qui fonctionne de manière réflexive : la société se représente son environnement, mais elle tend également à l’aménager en fonction de ses représentations.

L'étude géographique du « paysage » est toujours délicate à mener : partant du visible, elle recouvre à la fois des faits objectifs et subjectifs. Elle ne doit pas être réservée aux seuls espaces perçus comme « naturels » (montagne, littoraux, espaces ruraux ou espaces extrêmes à faible présence humaine, etc.) car les espaces industriels, urbains offrent aussi des paysages dont l'analyse mérite d'être faite. Elle doit surtout prendre en compte les dynamiques, les évolutions passées mais aussi à venir pour faire du paysage un objet d'étude vivant dont l'approche ne soit pas muséifiée, fossilisée à l'excès.

(ST) 2003, plusieurs fois remanié. Dernières modifications (JBB), décembre 2021 et (SB et CB), avril 2022.


Références citées
  • Berque Augustin (2016), La pensée paysagère. Éditions Éoliennes.
  • Berque Augustin (2000). Médiance, de milieux en paysages. Belin-Reclus (1re éd. 1990).
  • Clément, Vincent (1997), Pays et paysages de Vieille Castille, thèse de doctorat, université de Lille.
  • Rougerie, Gabriel et Beroutchachvili, Nicolas (1991) Géosystème et paysages. Bilans et méthodes. Paris, Armand Colin (coll. « U Géographie »), 305 p.
Pour compléter avec Géoconfluences

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