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Réguler les fronts agricoles sud-américains ? Expériences et négociations environnementales en Argentine, en Uruguay et au Brésil

Publié le 03/01/2022
Auteur(s) : Pierre Gautreau, professeur des universités - université Paris 1 – Panthéon Sorbonne
Lorenzo Langbehn - Université de Santiago del Estero
Marie Gisclard, chercheuse - INRAe, centre de Corse, Laboratoire de recherche sur le développement de l'élevage - systèmes d'élevage méditerranéens et tropicaux
Gabrielle Marquis-Dupont - Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne
L'article étudie l'effet de trois mesures agroenvironnementales visant à réguler la déforestation et l'usage des sols dans le Nord de l'Argentine, en Uruguay et dans l'État du Rio Grande do Sul au Brésil. Si ces lois témoignent d'une prise en compte croissante des conséquences écologiques des fronts agricoles, elles sont tributaires d'un jeu d'acteurs locaux et nationaux, et notamment de l'influence des grandes entreprises agricoles et sylvicoles.

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Les années 2000 ont été marquées par la conjonction d’une forte avancée des fronts agricoles sud-américains et de l’essor de mesures originales de protection de l’environnement visant à réguler cette avancée. Alors que dans les années 1980 et 1990, c’est la création d’aires protégées qui régulait environnementalement les activités agricoles ou sylvicoles (Zimmerer 2011), les normes des années 2000 concernent directement les agrosystèmes et les pratiques qui s’y développent. Là où on cherchait prioritairement à protéger des zones perçues comme environnementalement stratégiques, les nouvelles normes cherchent plutôt à encadrer ces activités et à les restreindre de façon variable dans l’espace, marquant ainsi un tournant dans la régulation environnementale.

Cet article, extrait d’un chapitre publié en portugais mais inédit en français, s’intéresse à trois mesures, la « loi forestière » argentine (2007), le décret régulant l’usage agricole des sols en Uruguay (2008) et le « zonage environnemental de la sylviculture » d’espèces exotiques dans le Rio Grande do Sul  au Brésil (2009). Entre 1998 et 2002, plus de 700 000 hectares de forêts (Dirección de bosques, 2013) disparaissent sous l’effet de l’expansion agricole au nord de l’Argentine, dans les provinces de Chaco, Córdoba, Formosa, Salta, Santa Fe et Santiago del Estero. Entre 2002 et 2006, ce sont 1,2 million d’hectares additionnels qui sont coupés. Dans le Rio Grande do Sul et en Uruguay, ce sont cette fois les couverts herbacés natifs qui reculent sous les effets conjoints de l’avancée des cultures et de la sylviculture. Entre 1990 et 2000, leurs surfaces reculent de 8 % en Uruguay et de 12 % dans le Rio Grande do Sul, et ce processus s’est accéléré encore au cours de la décennie 2000. En Argentine, Uruguay et au Rio Grande do Sul, l’expansion des surfaces agricoles se réalise en partie au détriment de l’élevage extensif. Celui-ci migre alors aux marges des principaux agrosystèmes, ravivant l’intérêt pour des terres auparavant considérées comme marginales. Les décennies 1990-2000 ne sont donc pas uniquement caractérisées par une nouvelle pulsation agricole au détriment des couverts végétaux, mais également par une intensification agraire – agricole, sylvicole, pastorale. Celle-ci implique un usage croissant d’intrants, l’installation de cultures plus consommatrices d’eau (sylviculture), la disparition progressive des surfaces en herbe dans les rotations culturales, induisant un risque érosif accru.

Grands biomes déforestation Amérique latine Argentine Brésil Uruguay

Document 1. Localisation des espaces concernés par les mesures étudiées dans l'article.

 

Ces nouvelles mesures de régulation sont en première analyse paradoxales. D’une part, leur adoption semble a priori contraire aux intérêts des gouvernements de centre-gauche arrivés au pouvoir au tournant du siècle dans ces pays. Ceux-ci ont assis leur légitimité par la redistribution partielle des gains liés à l’exportation des grains ou du bois qui finance en bonne part leurs politiques de lutte contre la pauvreté. On peut alors s’interroger sur les finalités qui les poussent à prendre des mesures qui indirectement freinent la croissance de la production. On pourrait y percevoir une volonté de réaction des États face à une dégradation de plus en plus patente des ressources naturelles, si de multiples signes des limites de la portée de ces mesures n’étaient perceptibles. Nous faisons l’hypothèse ici que les nouvelles formes de régulation des activités agraires sont révélatrices de la redéfinition des comportements des acteurs agricoles dominants et de l’État quant à l’utilisation des ressources. Mais, également, de la redéfinition de la place que les sociétés sud-américaines assignent à l’agriculture, principale actrice de l’expansion agricole, dans leurs modèles de développement. Nous considérerons ici essentiellement les acteurs dominants, agriculteurs ou entrepreneuriaux, tournés prioritairement vers l’exportation, fortement connectés aux circuits financiers internationaux, et possédant une forte influence sur les décisions politiques, notamment grâce à leurs relais dans les instances parlementaires et gouvernementales.

 
Encadré 1. Les acteurs en présence dans les conflits liés à la mise en place de nouvelles normes environnementales

L’État est loin d’être une entité monolithique, et il est plus ouvert aujourd’hui qu’il y a une décennie aux questions environnementales. De même, l’hétérogénéité des acteurs agricoles témoigne de l’éclatement des formes d’organisations sociales et économiques en agriculture (Gisclard et Guibert, 2014 ; Guibert et al., 2011). Ils sont soumis à des sollicitations souvent contradictoires, rendant complexe la lecture de leurs logiques d’action : opportunités liées aux dynamiques du marché global ; multiplication de conflits environnementaux locaux ou transfrontaliers liés aux pollutions générées par leurs activités ; conflits territoriaux avec d’autres usagers des ressources que l'agriculture entrepreneuriale concentre de plus en plus (autochtones, petits producteurs ou paysans « sans terre ») ; volonté de certains secteurs de l’État d’instaurer des capacités de régulation de l’usage des ressources naturelles; besoins de certification environnementale de  produits destinés à l’exportation. Il est donc difficile de démêler les rôles respectifs de « l’État » et des acteurs agricoles dominants dans les dynamiques d’adoption de ces nouvelles mesures de régulation. Ce d’autant plus que, fréquemment, ces acteurs participent activement à la conception de ces normes (Fouilleux, 2013).

Les gouvernements de la région maintiennent des liens forts de connivence vis-à-vis des acteurs agricoles dominants. Pour les représentants de l’agriculture entrepreneuriale, ces « frontières agricoles néolibérales » (Brannstrom 2009) sont le lieu où État et entreprises collaborent pour une gestion toujours plus efficiente des ressources naturelles. L’arrivée de grandes corporations transnationales, enclines à améliorer leurs standards environnementaux et sociaux afin de répondre aux sollicitations du marché (Nepstad, Stickler et Almeida 2006), serait à terme bénéfique, car dans leur optique, l’intensification agricole est associée à une utilisation plus « efficiente » des actifs environnementaux que celles pratiquées dans les systèmes extensifs. Ce courant porté par des auteurs comme Grau et Aide (2008) perçoit la mondialisation agricole comme un moyen d’optimiser l’assignation des ressources (terres, irrigation…) et analyse les nouvelles régulations comme des actions volontaristes d’accompagnement de la croissance du secteur agricole par l’État.

En tenant compte de l’hétérogénéité des acteurs en présence, différentes interprétations peuvent être formulées pour expliquer les modalités d’adoption de ces mesures. Si on considère l’État comme un ensemble hétérogène d’institutions perméables à une diversité de pressions, la question est de comprendre comment de telles mesures réussissent à émerger en son sein. Les théoriciens du greenwashing voient dans cette démarche de l’État sa complicité dans un « maquillage vert » de l’action des entreprises agricoles : en faisant adopter des normes faibles et sans portée réelle que les entreprises pourront suivre sans modifier radicalement leur forme de production, l’État « certifie » environnementalement leur action (Acselrad 2004). Une autre explication, sociopolitique celle-ci, met l’accent sur l’évolution des États de la région dans la décennie 2000, et sur leur ouverture croissante à des groupes favorables à une meilleure prise en compte de l’environnement. Enfin, une troisième explication consiste à y voir l’expression d’une préoccupation de fond de l’administration publique pour la durabilité des facteurs de production, et sa capacité à assurer leur pérennité, dans un contexte où les pressions du marché l’inciteraient au contraire à assouplir le contrôle environnemental.

Du point de vue des acteurs entrepreneuriaux, il faut également s’interroger sur les effets de la conjoncture économique des années 2000 pour comprendre leur attitude face aux nouvelles dispositions. On peut penser que le contexte de prix élevés des commodités agricoles (matières premières et biens de consommation de base) durant cette décennie a favorisé leur tolérance à des contraintes plus fortes, dans la mesure où les bénéfices engendrés alors ne leur ont pas fait percevoir cette plus forte régulation comme une menace. Une théorie alternative consisterait à affirmer qu’en contexte d’expansion des possibilités de production et de bénéfices, les acteurs agricoles dominants ont au contraire cherché à faire sauter les verrous pouvant réduire leurs gains, profitant d’un large consensus social sur le caractère secondaire des effets environnementaux de ce processus. Leur attitude peu hostile face à un apparent regain de régulation étatique serait alors à interpréter comme une tentative d’affaiblir de l’intérieur ces nouveaux outils.


 

Nous présenterons tout d’abord les trois mesures de politiques publiques, puis les facteurs qui ont permis leur adoption. Nous décrirons ensuite l’attitude des acteurs agraires dominants et de l’influence qu’ils ont eue au moment de leur mise en œuvre avant de discuter des limites de leur portée. Cette discussion montre que si ces mesures entérinent une nouvelle conception des relations entre conservation et production agricole, leur faible impact témoigne également de la faiblesse des institutions environnementales et a contrario de la capacité des acteurs agricoles dominants à contourner ou à mobiliser les normes à leur profit.

 

1. Une nouvelle génération de mesures de régulation agroenvironnementale

Les trois mesures étudiées ici sont synthétisées dans le tableau ci-dessous.

Document 2. Comparaison des mesures de régulation environnementale étudiées

  Plans d’usage du sol Loi forestière Zonage sylvicole
État Uruguay Argentine Rio Grande do Sul (Brésil)
Objet protégé Sols Forêts Écosystèmes
Année 2008 (application en 2013) 2007 (application en 2010) 2009
Activité régulée Agriculture Toute activité pouvant affecter les forêts Sylviculture à base d’espèces exotiques (eucalyptus, pins…)
Acteurs concernés Exploitants agricoles en faire-valoir direct ou indirect Propriétaires ou occupants de terres forestières Sylviculteurs
Principe de régulation Réduire la vulnérabilité des sols à l’érosion physique due à l’agriculture Réduction du taux de déforestation Réduire la vulnérabilité des écosystèmes face à l’activité sylvicole
Méthode de régulation Établissement par les exploitants de plans pluriannuels d’usage agricole du sol Établissement de zonages fixant la déforestation autorisée Établissement de seuils de surface et d’espacement pour les massifs sylvicoles
Logique régulatoire Contrôle post-cultural et suivi par l’État du respect des plans Préservation de zones stratégiques et paiements pour services environnementaux Contrôle a priori, par autorisation des projets sylvicoles
Échelle d’application Exploitation rurale Province Unité de paysage et bassin hydrographique
Information utilisée Cartes des sols dominants au 1/20 000 (années 1970) Cartographie des couverts forestiers (années 1990) Données géomorphologiques et de biodiversité (années 2000)
  Texte   Decreto 405/008 Ley 26331 de Presupuestos  mínimos de protección ambiental de los bosques nativos Résolutions du Conseil Environnemental de l’État du Rio Grande do Sul (n° 187/2008 &227/2009)
 

En Uruguay, un décret instaure en 2008 l’obligation pour tout exploitant agricole de dresser des plans pluriannuels d’usage des sols, en suivant des rotations de cultures qui assurent une protection maximum contre l’érosion hydrique. Des méthodes informatisées permettent à chaque exploitant de calculer et d’ajuster les cultures prévues au degré de tolérance du sol de ses parcelles à l’érosion hydrique. Il peut ainsi théoriquement élaborer des cycles agricoles à moyen terme qui garantissent le maintien des caractéristiques de ses sols. L’État, par l’intermédiaire d’une administration décentralisée, vérifie ensuite, année après année, le respect des engagements pris dans chaque « plan d’usage du sol » (Marquis Dupont, 2014).

En Argentine (document 3), une loi forestière de 2007 impose depuis 2010 à chaque province de mettre en place un zonage de ses forêts, selon trois catégories : en « rouge » les zones ne pouvant faire objet d’aucune déforestation ; en « jaune » celles où seules les activités ne mettant pas en péril la couverture forestière sont autorisées (sylvopastoralisme…) ; en « vert » les zones pouvant faire l’objet de déboisement. La réalisation de ce zonage conditionne l’attribution aux provinces d’un financement permettant d’une part de renforcer leur capacité de gestion et de contrôle forestier et, d’autre part, de rémunérer les activités considérées comme durables et protégeant les forêts au nom des services environnementaux qu’elles apportent.

foret déforestation argentine

Document 3. Zonages établis dans le cadre de la loi forestière argentine, dans les provinces du nord : situation en 2015. Réalisation : Pierre Gautreau.

 

 

Dans le Rio Grande do Sul (document 4), au Brésil, est élaboré entre 2004 et 2010 un « zonage environnemental pour la sylviculture », qui établit des critères précis pour la plantation de massifs d’eucalyptus et de pins sur les prairies de la région par de grandes entreprises productrices de bois et de pâte à papier (Gautreau et Vélez, 2011). Ce zonage constitue un outil d’accompagnement à l’autorisation d’activités sylvicoles par l’administration environnementale de l’État (« licençamento ambiental »).

Ces nouvelles mesures ont plusieurs caractéristiques communes. Toutes présentées comme des réponses à l’intensification agricole et à l’extension des surfaces cultivées des années 1990-2000 ; elles ciblent avant tout les agro-systèmes et non plus les aires protégées. On observe à cette occasion un changement de paradigme écologique (Gautreau et Hinnewinkel 2013), dans une région où la conservation n’a longtemps concerné que des écosystèmes perçus comme « vierges » ou « naturels ». Ces nouvelles mesures assument que les formations végétales constituant le support d’activités productives, notamment de l’élevage, méritent aussi des mesures de conservation : les formations herbacées du Rio Grande do Sul (« campos »), ou encore les forêts sèches du Chaco. Est ainsi consacré l’extension de la régulation environnementale à l’ensemble du territoire national concerné par l’activité agricole.

rio grande do sul

Document 4. Restrictions à la sylviculture sur prairie établies par le zonage environnemental du Rio Grande do Sul. Réalisation : Pierre Gautreau.

 

L’adoption de ces nouvelles formes de régulation s’inscrit, au début de ce siècle, dans un contexte de volonté de retour de l’État comme médiateur des relations de production, qui inclut désormais l’environnement comme un des facteurs clé de détermination de ces relations. L’arrivée au pouvoir de gouvernements de centre gauche n’est pas étrangère à ce mouvement, puisque les nouvelles équipes ont généralement été élues sur un programme de distanciation avec le modèle néolibéral qui a dominé dans la région durant les années 1990, fondé sur la dérégulation des modes d’accès et de gestion des ressources... Au-delà de leurs objectifs immédiats, les nouvelles normes mises en place sont investies de fonctions économiques et environnementales plus larges : prévoir les changements d’usage du sol pour l’État et les entreprises, permettant de planifier l’occupation du sol ; diffuser au sein des entreprises la notion de durabilité des pratiques ; amorcer des logiques vertueuses de production de connaissances écologiques, permettant de rendre plus efficaces les outils instaurés, comme le précisent les organismes chargés de l’application de ces normes.

Plus largement, l’adoption de ces outils s’inscrit dans un discours gouvernemental selon lequel les effets environnementaux de l’expansion agricole et sylvicole récente sont gérables (Gautreau, 2014) la région ne bradant pas ses actifs environnementaux en approfondissant son insertion dans la mondialisation. On a là une des explications du fait que ces mesures sont généralement présentées et perçues comme essentiellement destinées à encadrer l’action des très grandes entreprises, en désignant comme cible de leur action des entreprises de plus en plus critiquées par une partie de l’opinion publique et des ONGE (ONG de défense de l’environnement) ou de l’agriculture familiale pour leur caractère prédateur des ressources.

Cependant, de multiples signes démontrent que ces normes s’appliquent de façon incomplète, ou qu’elles n’atteignent que très partiellement leur objectif. Toutes trois ont été mises en place de façon tardive, après que les processus qu’elles cherchent à contrôler ont été enclenchés, qu’il s’agisse de la déforestation dans le Chaco, de l’érosion laminaire ((Érosion laminaire : érosion des sols par formation de nombreuses rigoles parallèles.)) dans les champs de soja en Uruguay, ou de la substitution des campos par la sylviculture dans le Rio Grande do Sul. Des études récentes démontrent que la mise en place de la loi forestière argentine ne s’est pas traduite par une réduction perceptible des taux de déforestation (Montenegro et al., 2012 ; REDAF, 2012), et en Uruguay, le mode de calcul des rotations culturales semble laisser une très grande marge de manœuvre aux exploitants, réduisant fortement le caractère contraignant de la mesure.

 

2. Les facteurs d’adoption des nouvelles mesures de régulation environnementale de l’agriculture

L’hétérogénéité du monde agricole constitue un facteur essentiel pour comprendre l’adoption de ces nouvelles mesures. La domination du secteur du bois par de très grandes entreprises, exposées aux pressions du marché en termes d’image, a été décisive pour l’adoption du zonage dans le Rio Grande do Sul. Ce sont, dans ce cas, les entreprises elles-mêmes qui sont à l’initiative : fortement critiquées suites à des conflits avec des communautés rurales et indigènes des zones tropicales du Brésil, elles ont choisi d’accompagner leur migration vers l’extrême sud du pays par la mise en place d’instruments environnementaux qui puissent certifier le caractère durable de leurs investissements. Dans la mesure où ces outils n’existaient pas encore dans le Rio Grande do Sul, il s’agissait donc de les créer (Gautreau, 2014). Plus généralement, l’accroissement de la taille et l’inscription dans des marchés internationaux des entreprises de la région les rend plus sensibles aux effets de réputation, et les incite donc à adopter des attitudes plus conciliantes avec les mesures de régulation nationales. Cette attitude est nette pour les entreprises dont les investissements dans des actifs difficilement délocalisables sont importants (Hommel 2006), comme dans le cas des entreprises sylvicoles. Mais on commence à observer également la structuration d’initiatives de « responsabilité sociale et environnementale » parmi les grands acteurs de l’agriculture argentine.

Les effets de la taille du pays et du fédéralisme ont pu jouer également un rôle en Argentine, créant des disjonctions d’intérêts entre différents groupes d’agriculteurs en fonction de leur localisation sur le territoire. Là, la loi forestière a pu passer au parlement national dans la mesure où les plus puissants lobbies agricoles du pays ne l’ont pas perçue comme menaçante pour leur activité, puisque leur région d’ancrage – La Pampa – n’est pas concernée par la déforestation du nord du pays. Bien que fortement opposés à la loi, les lobbies et les gouvernements provinciaux du nord du pays n’ont ainsi pas pu bloquer son adoption à l’échelon fédéral.

Dans le cas de l’Uruguay, l’adoption du décret de conservation des sols pourrait avoir correspondu également au besoin du gouvernement de démontrer sa volonté de contrôler la concentration des terres agricoles et l’augmentation de la part des étrangers parmi les propriétaires au cours des années 2000. Critiqué sur sa gauche pour avoir maintenu des conditions économiques très libérales, le gouvernement a tenté au cours de l’année 2013 de prendre des mesures décourageant la formation de très grandes propriétés. Sa décision d’adopter le décret aurait, elle, été amorcée par une demande de coopératives agricoles uruguayennes. Le décret concernant au premier chef la culture du soja, largement pratiquée par des entreprises de production agricole d’origine argentine, les coopératives auraient vu dans cette mesure une façon de réduire l’activité d’acteurs concurrents.

Tant au Rio Grande do Sul qu’en Argentine, l’action d’ONG conservationnistes ou sensibles aux questions environnementales a été décisive, en particulier durant la phase de conception et de vote des nouvelles normes en participant aux tractations et débats préalables à leur adoption. En comparaison, le décret uruguayen de conservation des sols apparaît comme tout à fait original, dans la mesure où le gouvernement semble quasiment seul à l’initiative de sa mise en application, aucun débat public national ne s’étant formé lors de sa genèse.

Enfin, l’incidence du contexte international joue un rôle important, mais relatif selon les pays. En Argentine, c’est à l’issue d’une campagne de Greenpeace Argentine qu’a été amorcé le mouvement en faveur de la loi forestière. Ont également joué dans les discours en faveur de la loi la mise en place des inventaires forestiers de la fin des années 1990, financés par la Banque Mondiale, qui met en évidence les taux de déforestation du pays (Secretaría de Ambiente y Desarrollo Sustentable de la Nación 2007). En Uruguay, c’est aussi la Banque Mondiale qui, à travers un prêt global pour renforcer les capacités de gestion des ressources naturelles du pays, a facilité la mise en place de mesures pour les sols. Dans ce contexte, le zonage sylvicole du Rio Grande do Sul apparaît comme une exception, car impulsé prioritairement par des acteurs de l’État, et non pas des niveaux fédéral ou international.

 

3. Attitudes et stratégies des acteurs agraires dominants face aux nouvelles normes

L’intervention active des acteurs agricoles dans l’élaboration des normes puis dans leur application s’explique d’abord par des changements dans l’institutionnalisation de la question environnementale dans la région. L’Argentine et le Brésil se sont dotés de conseils de l’environnement où le secteur entrepreneurial est représenté, lui permettant de peser sur le choix et la portée des instruments de régulation. Dans le Rio Grande do Sul, le zonage final a ainsi été élaboré à partir d’une méthodologie conçue par les techniciens des principales entreprises du bois de l’État (Gautreau et Vélez, 2011). Cette influence institutionnelle vient renforcer une incidence politique puissante, les liens entre représentants parlementaires et entreprises étant notoires. Adoptée au niveau fédéral, la loi forestière argentine a connu une mise en application problématique dans les provinces du nord du pays, précisément en raison de la connivence entre intérêts agricoles et politiques au sein des instances décisionnelles. Dans des provinces telles que le Chaco, Salta, Formosa, ou Santiago del Estero, les lobbies agricoles ont fortement pesé pour que le zonage ne freine pas l’extension des surfaces cultivées (Langbehn, 2014). Dans les provinces les plus conflictuelles (Salta et Córdoba), ils ont pu faire passer des projets législatifs concurrents de ceux proposés par les agences de l’environnement, qui jouissaient cependant d’une forte légitimité grâce aux processus participatifs de formulation des zonages provinciaux (Schmidt, 2010 ; Silvetti et al., 2013). À Santiago ou Formosa, la loi forestière provinciale a été calquée sur des zonages à visée agronomique. Ainsi, les zonages provinciaux ne font que consolider le front agricole, tout en lui ménageant une marge d’expansion. Les secteurs de forêt les plus protégés sont, de fait, situés dans des zones à faible potentiel agricole et non convoités pour l’avancée du front (Adámoli, Ginzburg, et Torrella, 2011). Aussi, entre 2007 et 2013, 1,9 millions d’hectares ont été déboisés essentiellement au nord du pays (Aranda, 2015).

déforestation en Amérique latine

Document 5. Extraction des racines des arbres, après déboisement d'une parcelle de cerrado. État du Piauí, Brésil. Cliché : Ève Anne Bühler et Valter Oliveira, 2016.

Déforestation au Brésil agriculture

Document 6. Ferme d'élevage bovin dans l'état du Piauí, Brésil. À l'arrière-plan, végétation de cerrado maintenue dans les vallées. Cliché : Ève Anne Bühler et Valter Oliveira, 2016.

Au Rio Grande do Sul, l’appui officiel du gouvernement de Yeda Cruzius aux grandes entreprises du bois s’est traduit par une offensive de déstabilisation des fonctionnaires de l’administration environnementale, dans le but d’assouplir au maximum les contraintes du zonage sylvicole (Gautreau, 2014). En Uruguay enfin, l’influence des grands acteurs de l’agriculture sur la formulation du décret est plus difficile à décrypter. La responsable de l’administration chargée de cette formulation et de l’application du décret revendique son passé dans le secteur agricole privé comme un facteur décisif pour son acceptation parmi les exploitants du pays. On peut penser par ailleurs que l’inclusion généralisée de clauses d’actualisation périodique des mesures a également été une demande du monde entrepreneurial, désireux de laisser en place des mécanismes simples où les contraintes de régulations puissent être remises en cause.

Une fois les mesures adoptées, les secteurs agraires dominants exercent une pression en faveur de leur assouplissement, mais sans toutefois démontrer une opposition frontale aux textes. En Argentine, la possibilité de développer l’élevage sous forêt a été finalement acceptée dans les zones classées en jaune (où seules les activités assurant la durabilité de la forêt sont autorisées), ce qui n’était initialement pas prévu. Cette évolution favorise les intérêts de l’agriculture permettant ainsi l’avancée du front, en marginalisant la volonté initiale de l’administration forestière nationale de favoriser la sylviculture en forêts natives. De façon paradoxale, les fonds prévus par la loi à destination des exploitants, censés les inciter à rechercher des alternatives à la coupe, représentent souvent pour eux une opportunité financière pour ouvrir le couvert forestier. Dans des zones à faible potentiel agricole mais à potentiel sylvopastoral, la loi finance ainsi souvent la construction d’enclos et de voies de pénétration du bétail (Gisclard, Gautreau, Langbehn, 2014).

Les difficultés pour appliquer la loi forestière argentine selon ses objectifs initiaux tient au fait qu’au niveau provincial, les acteurs qui dénoncent la poursuite de la déforestation (organisations indigènes et paysannes et les acteurs qui les accompagnent) sont en position de faiblesse par rapport aux acteurs dominants de l’agriculture et de la politique locale. Dans le Rio Grande do Sul, les attaques postérieures à l’adoption du zonage sont d’abord passées par des tentatives de modifications de normes latérales, visant à la vider de son sens. On a par exemple tenté d’éliminer l’exigence administrative d’autorisation environnementale des projets sylvicoles, pour l’instant sans succès.

Plus largement, on peut noter une absence de protestation ouverte et d’offensive marquée des secteurs agraires dominants contre ces nouvelles mesures, une fois adoptées. Peut-être pour la simple raison qu’elles sont si peu contraignantes qu’elles ne sont pas ou plus perçues comme une menace réelle aux projets agricoles et sylvicoles. Dans tous les cas de figure, il semble que ce soit principalement durant leur genèse que les tentatives d’assouplissement sont les plus fortes, et non pas durant leur phase de mise en application.

Plantation d'acacias et soja au Brésil

Document 7. Plantations d'acacias sur les versants de la Serra Gaucha. Au premier plan, soja. Rio Grande do Sul, Brésil. Cliché : Pierre Gautreau, 2010.

prairie labourée Uruguay

Document 8. Prairie labourée en attente de plantation d'eucalyptus pour production de pâte à papier. Treinta-y-Tres, Uruguay. Cliché : Pierre Gautreau, 2009.

4. Vers une nouvelle conception de la relation agriculture-développement dans le Cône Sud américain ?

Par rapport aux politiques de création d’aires protégées qui ont dominé durant les années 1990, les mesures étudiées témoignent d’un changement de paradigme de la protection environnementale. Elles partagent toutes, à des degrés divers, une logique de différenciation du degré de contrainte en fonction des acteurs concernés. Les contrôles de l’application du décret uruguayen ne concerneraient dans une première phase que les plus grands exploitants du pays ; dans sa version initiale, le zonage sylvicole du Rio Grande do Sul restreignait la possibilité de planter des arbres de façon inversement proportionnelle à la taille de la propriété concernée ; la loi forestière argentine affiche parmi ses objectifs la subsistance des populations rurales vivant « de » et « dans » la forêt, généralement les exploitants les plus petits ou en situation de précarité de la tenure de la terre.

S’il faut souligner la dimension nouvelle de promotion d’une équité sociale et d’une justice environnementale dans l’application de normes de régulation agricole, leur application montre toutefois qu’elles peinent à remplir cet objectif. En Uruguay, des agriculteurs évoquent le fait que le respect des plans de rotation des cultures est d’autant plus complexe que la surface exploitée est petite. Plus la surface est grande, et plus il est aisé d’inclure dans les plans des cultures de restitution de la fertilité ou favorisant le repos du sol sans grever le budget de l’exploitation. En Argentine, les conditions pour pouvoir bénéficier d’un financement au titre des services environnementaux apportés par la protection de la forêt excluent souvent les populations rurales les plus fragiles. Elles ne possèdent en effet souvent pas de titres de propriété ou d’occupation de la terre et sont exclues des réseaux de techniciens qui formulent et mettent en œuvre les plans de protection et demandent des honoraires pour produire les documents administratifs exigés (inventaires forestiers, plans de rotation des cultures, études d’impact écologique etc.). Leur mise en œuvre est donc d’autant plus difficile que l’exploitant est faiblement doté financièrement ou possède un capital social réduit, autant de faiblesses qui nécessiteraient une révision des critères et des modalités d’application pour répondre aux objectifs affichés et atteindre les populations visées.

Par ailleurs, ces mesures témoignent d‘une transformation des représentations du rapport entre activités productives et conservation des ressources dans la région. Peu prises en compte encore récemment, les nouvelles normes ne conçoivent plus ces termes comme antagonistes : correctement gérés, la sylviculture, l’agriculture ou l’élevage pourraient exister au sein d’écosystèmes de qualité. Même si on n’observe pas de transformation radicale des pratiques avec l’application de ces mesures, le renouvellement des conceptions régionales de l’écologie constitue un élément de leur « productivité » sociale, dont les effets à long terme sont encore inconnus. La formalisation des pratiques sylvopastorales autorisées en forêt lors d’ateliers d’accompagnement de la loi forestière, ou encore l’inscription dans la loi de la nécessité de conserver les pâturages du Rio Grande do Sul, constituent une valorisation de pratiques ou d’écosystèmes considérées jusqu’à il y a peu comme sans importance écologique. D’une part ces mesures entérinent officiellement la reconnaissance du fait que la biodiversité de ces systèmes mérite l’attention, alors qu’elle était encore récemment perçue uniquement comme « dégradée » et trop éloignée d’hypothétiques écosystèmes « originaux » car fortement anthropisés. De l’autre, elle contribue à sortir de l’ombre des écosystèmes jusque-là négligés du fait de la focalisation internationale et régionale de la conservation sur les forêts tropicales humides (Gautreau 2014 ; Hecht 2005). La valorisation des forêts sèches du Chaco ou des campos du Rio Grande do Sul ou de l’Uruguay s’inscrit dans un processus similaire à celui qui touche les Cerrados brésiliens depuis la fin des années 1990 (Aubertin et Pinton, 2013).

Ces évolutions ne peuvent cependant masquer le maintien d’une disjonction forte entre les agendas environnementaux et productifs des États de la région. L’Argentine représente sans aucun doute le cas le plus emblématique : les autorités fédérales formulant actuellement des objectifs de développement agricole tablent sur une extension des surfaces agricoles dans les années à venir. Les marges de progression se trouvent essentiellement dans la hausse des rendements et la mise en culture de nouvelles terres à potentiel agricole disponibles pour l’essentiel sous les forêts du Chaco. Les dynamiques croisées d’augmentation et de réduction de la régulation observables dans la région indiquent également que l’institutionnalisation des politiques environnementales n’est pas un processus linéaire et cumulatif. Le Brésil, pourtant connu pour la légitimité et l’ancienneté relative de ses institutions environnementales, a affaibli leur pouvoir régulatoire en redistribuant certaines de leurs compétences au sein de l’État, au profit d’administrations favorables à l’agriculture entrepreneuriale. En Argentine, où persiste au contraire une faible institutionnalisation des questions environnementales, la mise en place de la loi forestière n’a pas encore permis de construire des capacités administratives dans le domaine. Au niveau provincial, son suivi est souvent attribué à des administrations chargées de la production, sans expérience ni formation aux enjeux environnementaux, qui vont appliquer la mesure avec des référents agronomiques. En Uruguay enfin, l’administration environnementale n’a toujours qu’un rôle secondaire dans l’évaluation des effets des activités sylvicoles ou agricoles, qui reste essentiellement du ressort du Ministère de l’élevage, de l’agriculture et de la pêche.

champ de soja déboisement de la forêt sèche

Document 9. Champs de soja remplaçant la forêt sèche du Chaco à l'ouest de la province de Salta, Argentine. En arrière-plan, les premières croupes du piémont andin. Cliché : Pierre Gautreau, 2014.

Paysage rural dans un secteur non déboisé du Chaco

Document 10. Paysage rural dans un secteur non déboisé du Chaco, Santiago del Estero, Argentine. Cliché : Pierre Gautreau, 2017.

Conclusion

L’émergence des mesures étudiées ici montre simultanément une situation largement favorable à la poursuite d’une croissance agricole non régulée, pilotée par une agriculture entrepreneuriale ouverte au marché mondial, et l’amorce de tendances infléchissant l’autonomie de ces mêmes acteurs dans le champ environnemental. La « survie » de ces mesures tient pour une bonne part au fait qu’elles ne contraignent que marginalement les acteurs agricoles dominants. La récente remise en cause du Code Forestier brésilien de 1968, en 2012, montre ainsi que lorsque cette contrainte est perçue comme insupportable par l’entreprenariat agricole, les mesures de régulation sont cassées, et mollement défendues par l’État. Les tenants d’une régulation agroenvironnementale en Amérique du sud se retrouvent dans les faits dans une position inconfortable, réussissant à modifier à la marge certains comportements entrepreneuriaux, mais incapables d’altérer des changements importants d’usage des sols (Brannstrom 2009).

Face à des mesures peu contraignantes ou mal appliquées, il est tentant de les interpréter, ainsi qu’évoqué en introduction, comme des mesures de « maquillage vert » au service de politiques « néo-développementalistes » (Massuh, 2012, Svampa, 2013) centrées sur la croissance agricole. De telles stratégies dépendent fortement du type de processus que l’on cherche à réguler, de l’information qui est produite sur celui-ci, et du degré de familiarité de l’opinion publique avec le « problème » qu’il représente. L’évaluation précise de l’application du décret uruguayen d’usage de sols, ou du zonage sylvicole au Rio Grande do Sul, ne peut être menée que par l’État lui-même, au vu de la complexité des formes de mesures, et de la quantité d’information à collecter à l’échelle des exploitations. D’autre part, le niveau de connaissances des acteurs concernant les phénomènes d’érosion ou la biodiversité des campos est très réduite. La maîtrise de la production et de la diffusion de l’information environnementale reste aux mains de l’administration. Il est donc aisé, dans ces cas-là de développer un discours officiel sur la durabilité des politiques publiques d’accompagnement de la croissance agricole, à la différence du cas argentin. Là, l’existence de méthodes standardisées de mesure de la déforestation, réalisables à des coûts relativement bas et par un grand nombre d’acteurs non-étatiques, rend délicate l’occultation des chiffres qui viendraient remettre en question les discours officiels.

Ceci étant, des mutations de fond sont perceptibles également. Ces mesures constituent les premières à aborder de front la régulation d’activités productives qui ont toujours constitué le moteur de l’économie de ces trois pays. Elles tranchent tardivement, mais fortement, avec les politiques de conservation des années 1990. Elles associent de façon formelle et institutionnalisée les acteurs agricoles à leur conception et application. Enfin, elles supposent la construction d’appareils publics de collecte et de traitement de l’information environnementale, créant des capacités inédites de pilotage par l’Etat. La « productivité » sociale de ces mesures, soit l’ensemble des effets non prévus par leurs concepteurs dans des champs multiples du politique et de la gestion des territoires ruraux, devra donc faire l’objet d’une suivi attentif durant les décennies à venir.

 


Bibliographie

Mots-clés

Retrouvez les mots-clés de cet article dans le glossaire : acteursagriculture familiale | agrobusiness | aires protégées | agriculture | Cerrados | conflits environnementaux | lobbies | ONGE | paysans « sans terre » | sols | sylviculture | verdissement.

 

 

Pierre GAUTREAU
Professeur des universités, université Paris 1 – Panthéon Sorbonne

Lorenzo LANGBEHN
Université de Santiago del Estero

Marie GISCLARD
Chercheuse, INRAe, centre de Corse, Laboratoire de recherche sur le développement de l'élevage - systèmes d'élevage méditerranéens et tropicaux

Gabrielle MARQUIS-DUPONT
Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne

 

 

Édition et mise en web : Jean-Benoît Bouron

Pour citer cet article :

Pierre Gautreau, Lorenzo Langbehn, Marie Gisclard, Gabrielle Marquis-Dupont, « Réguler les fronts agricoles sud-américains ? Expériences et négociations environnementales en Argentine, en Uruguay et au Brésil », Géoconfluences, janvier 2022.
URL : https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/le-bresil-ferme-du-monde/articles-scientifiques/fronts-agricoles-amerique-latine

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