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Archipel

Publié le 07/01/2026
Auteur(s) : Jean-Benoît Bouron, agrégé de géographie, responsable éditorial de Géoconfluences - DGESCO, ENS de Lyon.
Vincent Capdepuy, docteur en géographie, professeur d'histoire-géographie - académie de La Réunion

Un archipel est un ensemble d’îles proches les unes des autres et semblant former un groupe. Le mot vient de l’expression qui désignait, chez les Grecs antiques, la mer Égée (aigaion pélagos). Il s’est ensuite appliqué, par antonomase, à d’autres espaces maritimes parsemés d’îles, puis a fini par désigner tout groupement d’îles (Capdepuy, 2026). Cette proximité peut s’expliquer par une formation géologique commune, comme dans le cas des chapelets d’îles d’origine volcanique (Aléoutiennes, Antilles, Hawaï…). Par les effets d’éclatement qu’il induit (on parle aussi de sur-insularité), l’archipélagisme peut accentuer les contraintes de l’insularité. À l’inverse, il peut être un atout : la multiplicité d’espaces insulaires proches les uns des autres, et leur complémentarité, peut faciliter les échanges entre leurs habitants et contribuer à une proximité culturelle. Cette dernière peut aboutir à une intégration politique, mais pas toujours.

Le terme d’archipel est aussi utilisé de façon métaphorique en géographie et dans d’autres sciences sociales pour désigner des lieux parsemés dans un espace dont ils paraissent isolés, et ayant des liens entre eux. La notion d’archipel métropolitain mondial désigne ainsi le fonctionnement mondialisé des grandes métropoles, reliées entre elles par des flux intenses et de toute nature (Dollfus, 1994). Olivier Dollfus le désignait même comme un « archipel d’archipels » (ibid.). L’archipel du Goulag en URSS ou le Laogaï en Chine sont d’autres exemples d’emploi métaphorique du concept.

Depuis les années 1990, les travaux de géographes comme Joël Bonnemaison ou d’anthropologues comme Epeli Hauʻofa tendent à remettre en question l’idée que la rupture domine la continuité au sein de l’archipel. Bons connaisseurs du fonctionnement des sociétés du Pacifique, ils ont tous les deux insisté pour redonner de l’importance, dans la notion d’archipel, à ce qui se trouve entre les îles, c’est-à-dire aux espaces maritimes, qui sont mentalement intégrés au territoire (ou au merritoire) des habitants des archipels (Capdepuy, 2026). « Pour les îliens, la mer n’est pas une clôture, mais une route qui crée des effets d’archipels. Aucune île n'est alors vraiment isolée, chacune est l'interface d'une autre », écrivait ainsi Joël Bonnemaison (1990). L’intérêt croissant porté par les États aux espaces maritimes et aux zones économiques exclusives tend à confirmer cette vision des espaces archipélagiques, même si pour Epeli Hauʻofa le rôle culturel et symbolique de la mer est plus important que sa rentabilité économique.

(JBB) et Vincent Capdepuy, janvier 2026.


Références citées
  • Bonnemaison Joël (1990). « Vivre dans l'île ». L'Espace géographique, tome 19–20, n° 2, 1990. p. 119–125.
  • Capdepuy Vincent (2026), à paraître dans Géoconfluences
  • Dollfus Olivier (1994), « Chapitre I. L’espace Monde, un espace géographique », in Olivier Dollfus (dir.), L'Espace Monde. Paris, Economica (programme ReLIRE), « Géo-poche », p. 15–34.
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