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L’Inde, championne du solaire et des énergies renouvelables ?

Publié le 27/01/2026
Auteur(s) : Clara Loïzzo, professeure en classes préparatoires aux grandes écoles - lycée Masséna, Nice

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En 2025, l’Inde annonce que 50 % de sa capacité de production d’électricité est d’origine renouvelable. Ce chiffre symbolique, résultant du déploiement massif de l’éolien et du solaire, s’inscrit dans une stratégie aux objectifs multiples, entre impératifs économiques, géopolitiques et environnementaux. Mais dans les faits, la production électrique reste encore dominée par les énergies fossiles, notamment le charbon.

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En août 2025, l’Inde annonce que la moitié de sa capacité de production d’électricité est désormais d’origine renouvelable, avec cinq ans d’avance sur ses objectifs fixés lors de l’accord de Paris. Le pays mène en effet depuis une dizaine d’années une ambitieuse politique de développement des énergies renouvelables. Il a quasiment sextuplé ses capacités installées entre 2015 et 2025 (de 35 GW à 207 GW, hors grands barrages, source MNRE 2026), cette croissance étant en grande partie tirée par l’essor très rapide de l’énergie solaire. La centrale de Khavda, au Gujarat, devrait devenir la centrale électrique la plus puissante au monde avec ses 60 millions de panneaux photovoltaïques et ses 770 éoliennes.

Une transition énergétique accélérée face à des besoins accrus

L’accélération de la transition énergétique a été rendue indispensable face à l’augmentation rapide de la consommation d’énergie. L’approvisionnement du pays le plus peuplé du monde (1,450 milliard d’habitants en 2024, d’après la Banque mondiale) est un défi de taille, qui est accentué par les dynamiques démographiques (poursuite de la croissance, même ralentie, et urbanisation rapide), et démultiplié par l’émergence et en particulier l’industrialisation, associées à des besoins croissants. La consommation d’énergie indienne a ainsi plus que doublé entre 2000 et 2021 (AIE, 2021) faisant du pays le troisième consommateur mondial d’énergie derrière la Chine et les États-Unis (source), et cette croissance va se poursuivre à un rythme soutenu, jouant un rôle majeur dans la croissance de la demande énergétique mondiale d’ici 2035 (IBEF, 2025). Le pays émergent a déployé de nombreuses stratégies pour répondre à cette demande croissante : augmentation de la production d’énergie nucléaire (21 réacteurs actifs en 2025), accroissement des importations de pétrole notamment auprès de la Russie qui lui ont valu des tensions avec les États-Unis, nouveaux stocks stratégiques d’hydrocarbures (Reuters, 2025), en plus de l’essor des énergies renouvelables.

Document 1. Le raccourci électrotechnique indien, le détour fossile étatsunien

Le raccourci indien

Graphique ternaire représentant la contribution relative dans la consommation finale de trois grandes sources d’énergies agrégées : fossils, biomasse et autre, et électrique (la source en anglais utilise le mot « electrons », électrons). Source : Kingsmill Bond et Sumant Sinha, “India’s electrotech fast-track: where China built on coal, India is building on sun”, Ember, 22 janvier 2026. Traduction et adaptation : Géoconfluences

Entre impératifs géopolitiques et environnementaux

Mais au-delà de l’impératif économique, cette stratégie relève aussi de logiques géopolitiques. Comme la Chine, qui est confrontée à des défis similaires, l’Inde s’efforce de diversifier ses fournisseurs et de réduire sa dépendance extérieure. En effet, elle est contrainte d’importer plus de 87 % de sa consommation de pétrole, principalement depuis l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. L’essor des énergies nucléaire et renouvelables est le gage d’une plus grande autonomie énergétique. Lancée par Narendra Modi en 2015, l’Alliance solaire internationale (ASI), plateforme regroupant aujourd’hui 121 pays pour promouvoir le développement de cette énergie, entre aussi dans la stratégie géopolitique d’une Inde qui cherche à développer son influence et plus largement son soft power.

Le développement massif des énergies décarbonées s’inscrit enfin dans une logique environnementale et sanitaire. La consommation de charbon par les centrales thermiques contribue à des niveaux très élevés de pollution atmosphérique. Combinée à la combustion des résidus agricoles à la fin de la récolte et à l’inversion thermique hivernale, elle génère de nombreux épisodes de smog sur la plaine indo-gangétique. En 2024, parmi les 50 villes les plus touchées par la pollution de l’air, 35 étaient indiennes, et 9 pakistanaises (IQAir, 2026), Delhi occupant la 2e place du classement derrière Byrnihat, dans l’État du Meghalaya, la ville « la plus polluée du monde ». 3,8 à 16,6 millions d’Indiens seraient morts de la pollution aux particules fines entre 2009 et 2019. L’Inde est également l’un des pays au monde les plus exposés au dérèglement climatique (111e rang mondial au ND-Gain Index, UND 2026), et affiche des objectifs élevés en matière de lutte avec une baisse de 45 % de ses émissions de carbone d’ici 2030 et une neutralité carbone d’ici 2070. Le pays est actuellement le 3e émetteur mondial, mais seulement le 129e émetteur par habitant, avec des émissions très nettement inférieures à la moyenne mondiale (2,2 contre 4,7 tonnes de CO₂ par personne et par an, Global Carbon Atlas, 2024).

Document 2. L’Inde se passe plus vite du charbon que la Chine, surtout relativement à son PIB par habitant

Solaire Charbon Inde Chine

Comparaison des trajectoires indiennes et chinoises dans la production d’énergie solaire et de charbon rapportée à la population et au PIB en parité de pouvoir d’achat. Attention toutefois, une partie du charbon produit par la Chine est consommé... dans les centrales thermiques indiennes. Source : Kingsmill Bond et Sumant Sinha, “India’s electrotech fast-track: where China built on coal, India is building on sun”, Ember, 22 janvier 2026. Traduction et adaptation : Géoconfluences. 

Un chiffre en trompe-l’œil ?

Cette stratégie présente pourtant un certain nombre de limites. Tout d’abord, 50 % de capacité installée ne signifie pas 50 % de la production issue des énergies renouvelables, en raison de l’intermittence du solaire et de l’éolien, et des investissements insuffisants dans le secteur du stockage. Ensuite, le déploiement du solaire repose sur une dépendance forte à la Chine dont proviennent plus de la moitié des composants des panneaux photovoltaïques (Angel One, 2025). Enfin, parce que les énergies renouvelables ne suffiront pas à répondre à court terme à la hausse attendue de la demande, condamnant l’Inde à une dépendance prolongée aux énergies fossiles, et repoussant probablement à 2040 le pic de consommation de charbon (DG Trésor, 2023) qui fournit encore 70 % de la demande d’électricité (Landrin, 2025), bien que la consommation indienne demeure très inférieure à celle de la Chine (Efendioglu, 2024). Coal India, l’entreprise publique de charbonnage, a d’ailleurs projeté l’ouverture ou la réouverture de dizaines de mines pour répondre à cette demande (Financial Times).


Bibliographie

Références citées
Pour aller plus loin

 

Clara LOÏZZO

Professeure en classes préparatoires aux grandes écoles, lycée Masséna, Nice

 

 

Édition et mise en web : Jean-Benoît Bouron

Pour citer cette brève :

Clara Loïzzo, « L’Inde, championne du solaire et des énergies renouvelables ? », Géoconfluences, janvier 2026.
URL : geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/veille/breves/inde-championne-du-solaire-et-des-energies-renouvelables