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Empowerment (autonomisation)

Publié le 03/05/2024
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Le mot anglais « empowerment », traduit en français par autonomisation, désigne la capacité des individus et des collectifs à s'impliquer dans les décisions qui les concernent, en particulier pour sortir des situations de précarité ou de pauvreté. La traduction en français n'est pas complètement stabilisée, et on lit parfois « empouvoirement » (par exemple in Desvallées, 2022), de même que la littérature espagnole utilise « empoderamiento » (ibid.). Le terme est apparu dans les milieux militants étatsuniens de la lutte pour les droits des femmes ou des personnes racisées dans les années 1960 et 1970, avant de se diffuser dans les institutions internationales et nationales du monde entier (Calvès, 2009).

La Banque mondiale, à partir du milieu des années 1980, importe le terme d’abord dans le discours sur les femmes, le genre et le développement humain, puis dans le champ du développement international et de la lutte contre la pauvreté dans le monde, en s’appuyant sur les travaux d’Amartya Sen pour les valider. Partant de l’échec du modèle de développement orthodoxe top down, on fait appel à la rhétorique participative et aux modèles bottom-up pour prôner un développement dont le moteur est l'autonomisation des personnes pauvres et des communautés plutôt que l’État et le marché.

Les mécanismes d’aide et l’action humanitaire peuvent, en effet, avoir des effets pervers ou indésirables, notamment en plaçant ceux qui en bénéficient dans une position d’infériorisation, voire d’infantilisation. L’empouvoirement décrit un mécanisme d’aide qui ne soit pas une charité mais une montée en capacité de la personne aidée à sortir de la précarité ou de la pauvreté. Dans le domaine du développement, l’autonomisation des communautés (villageoises, autochtones…) est une stratégie visant à leur permettre de subvenir durablement à leurs besoins pour ne pas dépendre de l’aide extérieure, par exemple par l’accès au microcrédit. Il s’agit d’éviter les postures d’« éducation » des populations locales qui consistent en fait à leur distribuer des bons points, comme dans les situations décrites par Judicaëlle Dietrich à propos de l’accès à l’eau à Jarkata (2020, voir la partie 3.2).

Le terme peut s’appliquer à tous les domaines sociaux, notamment l’accès à la ressource (eau, énergie), les conditions de vie (logement, hygiène, alimentation…), l’accès à l’éducation et à la formation, ou encore la santé. L’autonomisation du patient est ainsi un terme reconnu par l’État en France, comme traduction du mot « empowerment » dans le domaine médical (JORF 2019, cité par ministère de la Culture). Il est aussi utilisé dans la lutte contre les discriminations (de genre, d’assignation raciale ou ethnique, etc.) pour encourager les minorités à être actrices de leur intégration sociale.

Si elle permet d’envisager l’aide comme une relation égalitaire et constructive et d’éviter l’ingérence et la condescendance, la notion présente des limites. Elle peut donner à croire que le sort des individus et des groupes ne relèverait que de leur propre volonté, et qu’il suffit de le vouloir pour parvenir à sortir de la difficulté. Ce serait oublier que les politiques publiques d’aide sociale et des services publics efficaces et suffisamment dotés sont la condition indispensable et première du développement et de la justice sociale. L’empouvoirement ne peut être que l’une des dimensions de l’aide. Il ne doit pas non plus se réduire à des formules ou à une forme de « développement personnel » ou de « coaching » appliqué à des groupes sociaux, mais s’accompagner d’efforts volontaristes de lutte contre les mécanismes à l’origine des inégalités sociales.

(MCD et JBB), 2015, janvier 2022. Dernière mise à jour : mars 2024.


Références citées
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