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Frontières

Publié le 10/04/2013

Frontières en Europe / de l'Europe | Frontières méditerranéennes | Frontières russes | Frontières chinoises | Frontières africaines

Si l'on considère ici avant tout les frontières d'État, la frontière comme enveloppe externe d'un territoire est une ligne continue qui a caractérisé l'apparition des États modernes. L'effort d'assignation de leurs limites a été rendu possible par le progrès des techniques de localisations géographiques et de cartographie. Auparavant, en l'absence de murailles ou autres fortifications, la frontière était une périphérie incertaine de "marches" plus ou moins vides.
Limites séparant deux entités territoriales différentes, les frontières, coupures et/ou coutures, peuvent être plus ou moins fermées, plus ou moins perméables. De fait, tout organisme – individuel ou collectif – sécrète de la frontière, toute culture a ses limites : frontières et limites sont alors des instruments de régulation et de délimitation des systèmes socio-territoriaux. Les frontières s'accompagnent de discontinuités, d'effets de seuils (statistiques par exemple), de gradients plus ou moins accentués qui en sont tout à la fois la cause et la conséquence.
Une frontière ne saurait être "naturelle" en soi. Elle est conventionnelle, produite par les sociétés humaines qui font d'éléments morphologiques de simples supports physiques destinés à en conserver le tracé. Les frontières, si elles sont lieux de risques, d'incertitudes, de confrontation, peuvent être aussi des interfaces actives de stimulation et de compétition fécondées par la présence de l'autre, par ses différences.
Enfin, relevons que l'anglais établit une distinction entre d'une part boundary line / borderline, au sens de frontière comme limite administrative et d'autre part frontier, qui se rapproche de la notion de front pionnier. C'est J.F. Turner qui, en 1893, a théorisé le premier la notion de frontier, front pionnier de la conquête de l’Ouest américain et modèle de la construction du territoire des États-Unis. Il s'agit alors d'une frontière intérieure à un État. Cette limite, mobile dans le temps et dans l’espace, répond à deux objectifs souvent concomitants. Le premier consiste à faire coïncider les limites administratives d’un État avec celles de sa maîtrise et de sa mise en valeur spatiale effectives. Dans le second cas, il s’agit de décharger d’autres espaces infranationaux de pressions, essentiellement démographiques. Sous l’effet d’une impulsion politique ou d’initiatives spontanées, l’avancée du peuplement et la valorisation économique traduisent l’intégration progressive dans le territoire national d’espaces considérés comme neufs, au détriment parfois des populations autochtones préexistantes au mouvement.

Pour compléter :
- l'article d'Hélène Velasco-Graciet : Des frontières et des géographes

Sur le même thème, voir le glossaire La frontière : discontinuités et dynamiques


Frontières en Europe / de l'Europe


Les frontières en Europe/de l'Europe résultent d'évolutions de temps long transformées par le processus récent de la construction communautaire. Elles voient leurs fonctionnalités changer du fait des mutations politiques, sociales, économiques à différents niveaux d'échelle, locaux, régionaux, nationaux, transnationaux. Mais, malgré la réduction des différences de niveaux de vie entre pays, les frontières internes de l'Union européenne résistent à l'isotropie et les différences de réglementations, de fiscalités, de pratiques culturelles, etc. sont encore prégnantes. Si la progression intégratrice de l'Union entraîne une dévaluation des frontières internes elle est loin de signifier leur effacement pur et simple.
Quant aux frontières périphériques de l'Europe, elles sont de nature diverses. Sur son flanc Sud, la frontière de l'Europe est davantage historique et socio-culturelle que physique. Au temps de l'empire romain, la Méditerranée unifiait plus qu'elle ne séparait. Mais aujourd'hui, les échanges trans-méditerranéens ne sont pas à la mesure de leur potentiel. À l'Est, l'Oural constitue une limite arbitraire et discutée. Les marges sont incertaines et l'on voit s'y mêler influences et héritages de l'Orient et de l'Occident, des diverses chrétientés, de l'Islam. Au Sud-Est, à l'articulation entre ces deux interfaces, il y a des territoires flous, au devenir et aux appartenances incertaines et dont la Turquie (et Chypre) est un symbole.
À l'Ouest de l'Europe aussi, on relève des situations particulières et des tropismes diversifiés. Ainsi, les îles Féroé, l’île de Man et les îles Anglo-normandes ne font pas partie de l’UE. La question des relations transatlantiques, au centre de la réflexion géopolitique des pays de l'UE, contribue à les diviser, nonobstant leur appartenance commune à l'OTAN. La Grande-Bretagne garde un partenariat privilégié avec les États-Unis. L'Espagne, ainsi que le Portugal, offrent des ponts économiques et culturels dans les relations avec l'ensemble du monde hispanique et lusitanien d'outre-atlantique.
On relève aussi que les héritages coloniaux confèrent à des territoires fort éloignés le statut de Régions ultra-périphériques (RUP).

Pour compléter :
- Le site de ressources sur la coopération transfrontalière, alimenté par la Mission opérationnelle transfrontalière (MOT) : www.espaces-transfrontaliers.org/indexsite.php 

Mise à jour : décembre 2010


Frontières méditerranéennes


Les frontières entre les États riverains du pourtour méditerranéen ont été remaniées à maintes reprises au gré de l'écroulement des grands empires (dernier quart du XIXe et premier quart du XXe), des deux guerres mondiales, des conflits plus récents des Balkans, du Proche-Orient, de la situation de fait à Chypre par exemple. Le statut de certaines frontières peut être encore incertain.
On peut ainsi songer aux remises en cause récurrentes, au fil des situations géopolitiques du moment, d'"enclaves" telles que celles de Gibraltar (dont les habitants doivent se prononcer, le 7 novembre 2004, pour ou contre une souveraineté partagée de l'Espagne et de la Grande-Bretagne sur leur territoire), de Ceuta et Melilla par exemple. Les tensions peuvent brutalement rejaillir. Ainsi, en 2002, Rabat "occupe" militairement l’îlot de Persil (Perejil pour les espagnols ou Lela pour les marocains). Cet îlot, désert, est revendiqué par Madrid qui a alors reçu l'appui de l’Union européenne et de l’OTAN.
Par ailleurs, frontières et espaces frontaliers, peuvent être plus ou moins perméables, être plutôt des barrières ou plutôt des synapses d'échanges et de contact. Les frontières des États intégrés à l'UE tendent à se dissoudre dans l'entité communautaire et à se déplacer vers des frontières différentes : celles de l'espace Schengen, de la zone euro, etc. Par contre, au Proche-Orient, les frontières se "durcissent" dans le contexte conflictuel régional du début du XXIe siècle : la construction, controversée, d'un mur de partage des territoires en témoigne.
Les frontières qui partagent l'espace maritime de la Méditerranée sont, elles aussi, sujettes à contestations et à revendications. Compte tenu de l'étroitesse relative du bassin méditerranéen et de la fragmentation politique en de nombreux États, la règle internationale des "200 milles" nautiques délimitant des Zones d'exclusivité économique (ZEE) ne peut s'appliquer. La seule règle applicable à ce jour est celle des 12 milles nautiques qui définissent les eaux territoriales de chaque pays. En mer Égée, du fait de la proximité immédiate entre les îles grecques et les rivages turcs, la délimitation des eaux territoriales a été ramenée à 6 milles. Mais les questions relatives aux droits d'exploitation économiques des ressources halieutiques ou des richesses potentielles ou prouvées des fonds sous-marins alimentent largement les tensions gréco-turques.

Pour compléter
- dans le dossier "La frontière, discontinuités et dynamiques" :
> Jeux de frontières à Chypre : quels impacts sur les flux migratoires en Méditerranée orientale ? (Olivier Clochard)
> en corpus documentaire : L'Europe, une "forteresse" ? La gestion des politiques migratoires et le rôle de l'agence Frontex
- sur le web, un dossier de la BBC : http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/2131636.stm


Frontières russes


L’éclatement de l’URSS s’est accompagné d’une formidable ouverture sur le monde. En effet, pendant soixante-dix ans de fermeture des frontières externes de l’URSS, les régions frontalières n’étaient pas des espaces d’échange et de contact, mais se trouvaient au contraire au "bout du monde soviétique". Elles regardaient moins vers le monde extérieur tout proche, que vers Moscou qui était, d’une certaine façon, la seule véritable ville-frontière de l’URSS, non seulement par l’intensité des liaisons aériennes qui la reliaient au reste de la planète, mais également parce que la capitale soviétique était le passage obligé pour l’obtention d’un précieux et souvent inaccessible visa. Mais en réalité, la Russie a hérité de deux types de frontières.
D’un côté, les frontières qui avaient déjà le statut de frontières internationales sous l’URSS et qui n’ont pas posé de problème d’appropriation de la part de la société russe, tant elles lui étaient familières en tant que frontières "extérieures".
De l’autre, les frontières avec les républiques ex-soviétiques qui faisaient figure de simples limites administratives sous l’URSS. Ainsi, l'ouverture sur le monde lointain s’est paradoxalement accompagnée d’une fermeture sur le monde proche du fait de l’apparition de nouvelles frontières internationales au sein de l’espace ex-soviétique. Ce qui était hier le centre urbain le plus proche devient une ville étrangère de l’autre côté de la frontière. Ce qui était division administrative invisible devient frontière internationale plus ou moins difficile à franchir. La circulation des hommes et surtout des marchandises se fait plus difficile, l’outil industriel est éclaté entre les différentes républiques qui ont hérité de tout ce qui se trouvait sur leur territoires respectifs.
Dans ce contexte, les frontières de la nouvelle Russie, puissance héritière de l’URSS, ne correspondent ni à un précédent historique (pas de retour à une quelconque situation pré-soviétique), ni à la répartition de la population russe au sein de l’ex-URSS. Des régions majoritairement peuplées de Russes appartiennent désormais à des États indépendants (Crimée, régions septentrionales du Kazakhstan…) et la Russie inclut d’importantes régions non-russes (Nord-Caucase…). En 1991, environ 25 millions de Russes se retrouvent en dehors des frontières de la Fédération de Russie, tandis que les minorités ethniques forment environ 20% de la population totale du nouvel État.

Pour aller plus loin :
- dans le dossier Russie, des territoires en recomposition, un article de D. Teurtrie, Les frontières russes entre effets d'héritages et nouvelles polarités
- dans le cadre du dossier "La frontière, discontinuités et dynamiques" (nouvelle fenêtre), Océan Arctique : des frontières maritimes à l'épreuve d'une nouvelle donne climatique

Mise à jour : septembre 2009

 

Frontières chinoises


Sur la base d'une typologie simplifiée, on peut distinguer les "frontières glacis", qui tendent parfois à s'ouvrir, des frontières largement ouvertes aux flux de la mondialisation.
Parmi les premières, les confins périphériques occidentaux et septentrionaux : espaces de l'Heilongjang et du Jilin frontaliers de la Corée du Nord, espaces des provinces turco-musulmanes du Gansu et du Qinghaï, Tibet (Xizang en chinois), espace tampon avec l'Inde, etc. Ils affichent des paramètres originaux en termes de production, d'urbanisation, d'une manière générale, de niveau de développement. Les stratégies d'aménagement et de mise en valeur adoptées répondent aux intérêts économiques et politiques du pouvoir. La politique de mise en valeur de la "nouvelle frontière" de l'ouest (kaifa xibu) est une cause nationale répétée dans les discours officiels. Elle se traduit par l'engagement de travaux de grande ampleur : gazoduc de 4 200 km reliant le bassin du Tarim au delta du Yangzi ; ligne de chemin de fer dite ligne "Qing-Zang" entre Golmud, ville de la province du Qinghaï et Lhassa, capitale de la "Région autonome du Tibet" qui doit entrer en service en 2007, etc.
Parallèlement, point de passage terrestre entre la Chine et l'Inde sur une des anciennes "Routes de la soie", la route de Nathu La Pass ("la passe de l'oreille qui écoute") a été remise en service en 2006. Fermée une première fois en 1959 après la répression sanglante des Tibétains à Lhassa elle le fut définitivement en 1962 à la suite de la guerre entre l'Inde et la Chine, guerre frontalière, Delhi refusant de reconnaître l'annexion du Tibet par la Chine et Pékin réclamant le Sikkim, qui sera finalement rattaché à l'Inde en 1974 après référendum.
En 2006, les échanges commerciaux par voie terrestre entre l'Inde et la Chine représentent 100 millions d'USD par an, mais les trafics de contrebande règnent. Le reste du transit se fait par mer ou par avion et atteindrait, au total, 20 milliards de dollars par an. D'ici 2015, la valeur des échanges officiels par cette route, qui resteront très encadrés et limités, pourrait peser 3 milliards de dollars par an selon certains responsables. Le symbole politique de cette réouverture est important et pourrait marquer le début d'une ère d'amélioration des relations entre les deux pays dans la mesure où leurs rivalités pour la maîtrise de leurs approvisionnements, en ressources énergétiques principalement, ne s'y opposeront pas. En attendant, la région restera lourdement armée, avec plusieurs dizaines de milliers d'hommes basés dans les environs. Notons aussi qu'il s'agit, pour la Chine, de redynamiser ses échanges par voie terrestre et continentale afin de ne pas dépendre trop exclusivement des voies maritimes et aériennes.
Ainsi, d'une manière générale, ces "frontières glacis" pourraient s'ouvrir progressivement, la Chine cherchant à diversifier ses approvisionnements en ressources par les voies continentales.
À l'est, sur la façade maritime de la Chine, les frontières apparaissent largement ouvertes aux échanges économiques mais à travers des espaces précis (voir l'article ouverture économique). Certains espaces maritimes riverains de la Chine sont particulièrement sensibles et (ou) disputés : détroit de Formose séparant la Chine continentale de Taiwan, mer de Chine du sud où la RPC revendique deux archipels, les Paracels au nord et les Spratleys au sud, ainsi que 80% de l'espace maritime. Cette revendication de souveraineté est fortement contestée par le Vietnam et les Philippines.

Pour prolonger, compléter :
- un article de Stéphane Corcuff, Taiwan, naissance des frontières d'une démocratie insulaire
- parmi les cartes du Monde diplomatique : www.monde-diplomatique.fr/cartes
> une cartographie du Monde diplomatique, "Appétits rivaux en mer de Chine":  www.monde-diplomatique.fr/cartes/spratlymdv1997
- Sur RFI, la frontière sino-indienne, avec un audio de Pierre Gentelle : www.rfi.fr/actufr/articles/079/article_44933.asp

Mise à jour :  septembre 2006

 

Frontières africaines


voir l'entrée Découpage frontalier


Corrélats :

Découpage frontalier / Discontinuités / État / Façade / Interface / Maillage / Pouvoir / Puissance / Territoire /