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Urbanisme et planification urbaine

Publié le 29/05/2020

L’urbanisme est la réflexion théorique sur les formes urbaines et l’application pratique de cette réflexion dans l’espace. La planification urbaine est le contrôle de l’urbanisation par le pouvoir politique, urbanisation étant entendue au sens ici de la croissance des villes.

La tension entre l’urbanisation spontanée sans plan préétabli et la volonté par le pouvoir d’encadrer la croissance urbaine est très ancienne. Les villes les plus antiques portent dans leur morphologie les traces successives de croissance spontanée et de planification. Ces traces sont lisibles dans le plan des rues : des rues tortueuses signalent une croissance progressive, selon un réseau de chemins préexistant ; c’est le cas des médinas nord-africaines ou les noyaux médiévaux des villes européennes, mais aussi de Broadway à New York, qui suit l'ancien tracé d’une piste amérindienne. À l’inverse, un plan géométrique voire hippodamien (orthogonal) signale plutôt une volonté planificatrice. Les villes coloniales, les villes nouvelles, ou les capitales post-coloniales (Brasilia) fondées ex-nihilo relèvent du deuxième cas. En forçant le trait, on pourrait dire que dans un cas l’habitat engendre la rue, dans l’autre on trace des rues qui appellent l’habitat.

La planification urbaine peut s’appliquer à l’échelle de toute une agglomération comme à l’échelle d’un quartier. À une échelle plus petite, celle de l’armature urbaine d’un territoire national par exemple, on parlera plutôt de politiques de rééquilibrage ou d’aménagement du territoire.

La planification urbaine sert toujours un projet politique et n’est jamais neutre sur le plan idéologique. La cité antique reflète une conception de la citoyenneté ; la ville coloniale une négation de toute culture préexistante. Au XXe siècle, la planification urbaine a pu servir le projet post-colonial de certains États, par exemple en se dotant d’une nouvelle capitale ex-nihilo. Elle est souvent une façon, pour le pouvoir politique, de reprendre le contrôle sur des entités urbaines jugées indociles ; l’exemple haussmanien dans le Paris du Second Empire en est un archétype. La prise en main par la Chine des villes tibétaines visant tant à les siniser qu’à s’en assurer le contrôle militaire en serait une version contemporaine exacerbée.

Depuis les dernières décennies du XXe siècle, la planification urbaine sert souvent le projet politique et économique de la ville néolibérale. S’appuyant sur un urbanisme de projet, faisant appel à des partenariats public-privé, elle vise à améliorer la compétitivité des villes dans la compétition internationale pour attirer les investissements et les touristes. Elle se fait souvent au détriment des populations jugées indésirables : selon le contexte, sans-abri, habitants précaires, pauvres, minorités ethniques ou racisées, électeurs des bastions politiques d’opposition, ces catégories se recoupant parfois. On retrouve le processus aussi bien dans les États émergents à économie dirigée (Samarcande en Ouzbékistan, Hô Chi Minh-Ville et Hanoï au Vietnam, Shanghai en Chine…) que dans les États à économie libérale (Manille aux Philippines, Lomé au Togo), y compris, quoique souvent de façon moins visible, en Europe et en Amérique du Nord.

(JBB) mai 2020.


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