Vous êtes ici : Accueil / Articles scientifiques / Dossiers thématiques / Les espaces littoraux : gestion, protection, aménagement / Formats courts / L’embouchure du Var, une aire protégée littorale dans un espace méditerranéen anthropisé

L’embouchure du Var, une aire protégée littorale dans un espace méditerranéen anthropisé

Publié le 17/12/2025
Auteur(s) : Clara Loïzzo, professeure en classes préparatoires aux grandes écoles - lycée Masséna, Nice

Mode zen PDF

Dans le contexte d'un littoral méditerranéen très largement aménagé et urbanisé, le paysage des embouchures fluviales tranche par son caractère moins transformé. Celle du Var est néanmoins assez anthropisée, selon différentes logiques, et soumise à une forte pression urbaine.

Bibliographie | mots-clésciter cet article

depuis la rive droite vue sur l aéroport

Document 1. L’embouchure du Var depuis la rive droite. Au premier plan, les roselières de la zone humide. Au deuxième plan, le lit du Var avec ses gravières et son lit mineur. On voit nettement à l’arrière-plan les bâtiments tout proches de l’aéroport de Nice, troisième aéroport français pour le trafic passager derrière Roissy et Orly. Cliché de Paul Martin, décembre 2025.

Les embouchures des fleuves côtiers méditerranéens font partie des rares portions moins urbanisées de la Côte d'Azur, laquelle se caractérise plutôt par un fort degré d'artificialisation. Le plus important de ces fleuves, le Var, prend sa source à Estenc (commune d’Entraunes) à 1 790 mètres d’altitude, dans l’arrière-pays méditerranéen. Après avoir parcouru 114 kilomètres, il se jette dans la mer à l’ouest de l’agglomération niçoise, entre Nice et Saint-Laurent-du-Var, deux villes longtemps séparées par une frontière mais aujourd’hui réunies dans la continuité de la conurbation azuréenne.

Son débit contrasté de fleuve méditerranéen lui donne un tracé pour partie anastomosé, même si celui-ci a été profondément modifié par les aménagements, notamment dans sa partie aval (endiguement, barrages, gravières). L’important volume de sédiments qu’il transporte s’illustre par les nombreux bancs de galets visibles sur le document 1, fréquemment remaniés en fonction des variations de débit (étiage estival, crues liées aux fortes pluies d’automne et à la fonte printanière des neiges).

Cette zone humide est un écosystème dynamique en recomposition permanente, support d’une biodiversité remarquable notamment du point de vue de l’avifaune, justifiant le classement de la partie aval (de la confluence avec la Vésubie jusqu’à la mer) en zone Natura 2000 sur 840 hectares répartis sur 15 communes riveraines. Les roselières et la ripisylve offrent aussi bien un site de passage pour les migrateurs que de reproduction pour certaines espèces comme la Sterne piegarrin. Le SMIAGE (syndicat mixte pour les inondations, l’aménagement et la gestion de l’eau) qui anime ce site a relevé la fréquentation de 220 espèces d’oiseaux différentes.

Document 2. Vue de l’embouchure en rive droite. Cliché de Paul Martin, décembre 2025.

Avion sur le tarmac de l’aéroport de Nice, construit en terre-plein sur la mer.

Document 3. Avion sur le tarmac de l’aéroport de Nice, construit en terre-plein sur la mer. Paul Martin, décembre 2025.

Vue de la digue principale en rive droite, surmontée par la promenade piétonne

Document 4. Vue de la digue principale en rive droite, surmontée par la promenade piétonne. Clara Loïzzo, mars 2025.

Panneau explicatif en rive droite, tourné vers le fleuve.

Document 5. Panneau explicatif en rive droite, tourné vers le fleuve. « La nature et le fleuve Var ». À l’arrière-plan, en rive gauche, les camions citernes et les bâtiments de la zone carburant de l’aéroport. Les commentaires du panneau mentionnent la ripisylve, les îlots de galets et la roselière ou phragmitaie. Clara Loïzzo, mars 2025.

L’espace de sensibilisation au public en surplomb de la digue

Document 6. L’espace de sensibilisation au public, en surplomb de la digue. Cliché de Clara Loïzzo, mars 2025.

Mais l’aspect « naturel » du paysage dissimule en réalité des interventions humaines. L’écoulement du fleuve a été fortement affecté par le prélèvement de matériaux de construction (sable, gravier) jusqu’en 1996 à l’origine d’un surcreusement de son lit, ainsi que par l’aménagement de seuils destinés à réguler son débit. Ces seuils perturbent l’alluvionnement, d’où les travaux récents destinés à les abaisser, dans une optique de restauration du faciès méditerranéen du fleuve. En outre, de nombreuses opérations menées par le département des Alpes-Maritimes, la métropole de Nice et le SMIAGE visent à améliorer le fonctionnement et la protection du site, telles que le débroussaillage, l’entretien des roselières ou encore la création de mares temporaires. Certaines relèvent de la gestion des risques, comme la surveillance et l’entretien des digues bien visibles sur les photographies, pour ce fleuve au débit contrasté dont les fortes crues ont eu des effets dévastateurs, à l’image de l’inondation de 1994 qui sert de référence (débit estimé à 3 000 m3/s). Or les enjeux sont ici importants, car l’embouchure du Var voisine avec un territoire littoral fortement aménagé. La rive droite (à l’ouest), depuis laquelle est prise la photographie principale, abrite le vaste centre commercial Cap 3000, tandis que la rive gauche héberge l’aéroport Nice-Côte d’Azur dont on distingue certaines installations (terminal 2, parkings, zones logistiques). L’aéroport est d’ailleurs pour partie construit sur le delta sous-marin du Var, et des travaux menés en 1979 avaient conduit à sa déstabilisation, entrainant un tsunami dans la Baie des Anges.

Ces aménagements contribuent aux pressions qui s’exercent sur cet espace fragile. Outre les pollutions (de l’eau, aux plastiques, lumineuse), la simple fréquentation du site risque de déstabiliser cet écosystème. En dépit de l’interdiction formulée dans l’arrêté préfectoral de protection de biotope (qui a une partie terrestre et une partie marine), le site reste fréquenté par des pêcheurs et des promeneurs, avec des effets environnementaux négatifs, mettant en évidence la difficile protection d’un espace « naturel » périurbain sous pression. L’aménagement à proximité du centre commercial d’un point d’observation, doté de pancartes explicatives, participe d’une logique de sensibilisation de la population à ces questions de protection.

Panneau du parc naturel départemental des Rives du Var

Document 7. Panneau du parc naturel départemental des Rives du Var : « En raison des intempéries et des crues qui ont déstabilisé les berges, le parc naturel départemental des Rives du Var est fermé à 1 km, jusqu’à nouvel ordre. Demi-tour obligatoire. ». Paul Martin, décembre 2025.

Les habitations sont construites au-dessus d’une deuxième digue

Document 8. Rive gauche, les bâtiments de l'hôtel de département des Alpes-Maritimes sont construits au-dessus d’une deuxième digue, en arrière. Clichés de Paul Martin, décembre 2025.

carte d’état-major carte topographique de l’IGN

Document 9. L’embouchure du Var sur la carte d’état-major (IId empire) et sur la carte topographique de l’IGN (actuelle). Source : IGN Géoportail, adapté par Géoconfluences, 2025.

Affiche du SMIAGE

Document 10. Affiche du SMIAGE : « Restauration du faciès méditerranéen du Var » (ci-dessus), et extraits du texte (ci-contre).

« Le faciès méditerranéen représente le profil du fleuve Var avant la construction des seuils. Il est caractérisé par des écoulements en tresses, un lit de galets et une végétation rare, constituant une mosaïque de milieux naturels, précieuse pour le maintien de la biodiversité. (...)

« Au total, plus de 50 millions de m3 de matériaux ont été extraits en 50 ans, représentant 150 années d'apports naturels. Cette surexploitation a entraîné le creusement du lit et la baisse du niveau de la nappe souterraine, provoquant lors de l'été 1967 l'assèchement de nombreux puits agricoles. Face à la menace pesant sur l'alimentation en eau potable, onze seuils (petits barrages de 5 mètres de chute) ont été aménagés en travers du lit du fleuve entre 1971 et 1986.

« Mais ces seuils ont transformé la morphologie du Var. Passant d'un torrent de montagne aux écoulements en tresses (galets, végétations rares) à une succession de plans d'eau (favorisant le développement de végétaux).

« Après l'arrêt des extractions en 1996, les fortes crues des années 1990 ont favorisé le retour des alluvions (matériaux drainés par les eaux) qui ont été piégées par les premiers seuils. Le niveau du lit du fleuve s'est élevé à l'amont, augmentant le risque d'inondation, alors qu'à l'aval, il s'est creusé, déstabilisant les digues. »

 

 


Pour compléter avec Géoconfluences
Pour trouver d’autres documents sur cette étude de cas

Mots-clés

Retrouvez les mots-clés de cet article dans le glossaire : artificialisation | biodiversité | crue | digue | écosystème | enjeu | Natura 2000 | ripisylve | zone humide.

 

Clara LOÏZZO

Professeure en classes préparatoires aux grandes écoles, lycée Masséna, Nice

 

Édition et mise en web : Jean-Benoît Bouron

Pour citer cet article :  

Clara Loïzzo, « L’embouchure du Var, une aire protégée littorale dans un espace méditerranéen anthropisé », Géoconfluences, décembre 2025.
https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/les-espaces-littoraux-gestion-protection-amenagement/formats-courts/embouchure-du-var-une-aire-protegee-littorale