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Mégaprojet, grand projet, grand projet urbain

Publié le 29/03/2022

Les mégaprojets sont des projets d’aménagement à vaste échelle impliquant à la fois des constructions d’infrastructures (voirie, terminaux portuaires, canaux, gares…), et du bâti (industriel, commercial, résidentiel, touristique, de bureaux, de loisirs…). Les mégaprojets peuvent se penser soit à l’échelle intra-urbaine (complexe touristique, industrialo-portuaire, ville nouvelle), soit à l’échelle interurbaine (corridor de transport). Le mot peut s'appliquer à des projets de nature industrielle, minière, portuaire, ou encore énergétique, mais aussi à des projets liés aux services (tourisme et hôtellerie, centres commerciaux, parcs d'attraction, grands musées...), avec comme dénominateur commun le gigantisme et les conséquences importantes, positives et négatives. Dans le cas des mégaprojets culturels et notamment des grands musées, l'une des motivations explicite ou non peut être de rechercher un « effet Bilbao », qui n'est pas toujours au rendez-vous à l'arrivée.

L’impulsion de départ est presque toujours publique, le plus souvent étatique, plus rarement régionale, en raison de la planification nécessaire, des éventuelles expropriations à prévoir, et de la longueur des échéances temporelles. Mais dans le contexte de la ville néolibérale et de l’urbanisme de projet, et contrairement aux grands projets publics du XXe siècle (grands barrages, aéroports, nouveaux réseaux à grande vitesse, villes nouvelles), les mégraprojets du XXIe siècle sont presque toujours des montages public-privé, le lien étant fort entre les pouvoirs publics et les grandes entreprises, en particulier les multinationales du bâtiment et des travaux publics. Dans certains pays, l’intrication entre pouvoir politique et économique est telle qu’on parle d’un « capitalisme de connivence ».

Les mégaprojets caractérisent particulièrement aujourd’hui les pays émergents et les pays en développement, souvent en partenariat avec la Chine, notamment dans le cadre des nouvelles routes de la soie, jalonnées de nombreux chantiers de ce type. Ces pays réunissent souvent les conditions à leur multiplication : nécessité de rattraper ce qui est perçu comme un retard de développement, capacité à attirer les investissements étrangers dans le contexte de fortes perspectives de croissance économique, et régimes autoritaires s’embarrassant peu des oppositions locales. On retrouve des exemples de ce types de projets en Afrique orientale (D’Alessandro, 2017), aux Émirats arabes unis (Semple, 2017) ou encore au Vietnam (Tran, 2021).

Là où l'expression d'un débat public est possible, les mégaprojets rencontrent fréquemment des oppositions locales structurées, en particulier en raison de leurs conséquences environnementales telles que l’artificialisation des sols ou la destructions d’habitats écologiques. Surnommés en France « grands projets inutiles » par leurs opposants, ils peuvent cristalliser les opposition sous forme d’une « zone à défendre ». Les grands projets sont souvent à l'origine de conflits environnementaux, opposant classiquement les arguments économiques (croissance et emplois) aux arguments environnementaux et sociaux (défense d'un autre projet de société).

(JBB) octobre 2021. Dernière modification : mars 2022.


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