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Fragmentation

Publié le 02/07/2024
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La fragmentation d’un espace est la perte de cohésion des unités plus petites qui le composent.

La fragmentation peut être le premier stade d’une décomposition, c’est-à-dire la destruction du lien qui unissait les unités spatiales inférieures, pouvant aboutir à leur autonomie et à la disparition de l’ensemble décomposé. À l’échelle des États, la balkanisation en est un exemple, le mot étant forgé sur le morcellement des entités composant l’ancienne Yougoslavie depuis 1989.  

Dans un article de 2005, Bernard Bret oppose la fragmentation à l’intégration, comme deux antonymes. Il s’appuie sur l’exemple latino-américain pour opposer l’intégration, sous l’effet des regroupements interétatiques, à la fragmentation territoriale, imposée par la sélection entre les lieux opérée par la mondialisation, aux échelles plus fines (plus locales).

La fragmentation a beaucoup été étudiée dans le champ des études urbaines, où elle signifie une coupure plus ou moins franche entre les différentes parties de la ville. >>> Voir : fragmentation urbaine.

Fragmentation sociospatiale

La fragmentation sociospatiale est la séparation croissante des classes sociales dans l’espace à une échelle donnée, généralement une échelle intermédiaire (celle d’une agglomération par exemple). Aux échelles plus fines (« grandes échelles »), par exemple à l’échelle du quartier, cela peut se traduire par une plus grande homogénéité. L’exemple le plus extrême de fragmentation sociospatiale est le régime d’apartheid, comme celui qui a eu cours en Afrique du Sud de 1948 à 1991. Mais des exemples frappants de ségrégation sociospatiale peuvent aussi être repérés dans des espaces où la ségrégation raciale est officiellement abolie. Dans les villes étatsuniennes, par exemple Los Angeles qui, de Mike Davis (1990) à Renaud Le Goix (2016), a été très étudiée par les géographes, la fragmentation sociospatiale est très forte entre différentes communautés (communities) : on distingue nettement des quartiers riches ou pauvres d’une part, et des quartiers blancs ou noirs d’autres part.

Fragmentation rurale

Il n’y a pas à proprement parler de processus de fragmentation rurale à l’échelle mondiale, dans la mesure où les espaces ruraux et urbains ont toujours été reliés par des échanges et des circulations. Les dynamiques d’étalement urbain à l’œuvre depuis le début du XXe siècle ont, tout au plus, abouti à des fronts d’urbanisation et au brouillage des limites morphologiques entre le rural et l’urbain. La notion d’espace périurbain recouvre l’ensemble des espaces intermédiaires marqués par les mobilités quotidiennes et reliant les espaces marqués par un fort degré d’urbanité et ceux marqués par un fort de degré de ruralité.

Plus qu’un phénomène de fragmentation rurale, il existe des trajectoires différenciées entre les espaces ruraux bien insérés dans la mondialisation (campagnes productives, présentielles et touristiques, industrielles, innovantes…) et les espaces ruraux en marge (campagnes enclavées, en friche, en déclin, désindustrialisées, confrontées aux changements climatiques).

C’est surtout à l’échelle locale et micro-locale qu’on peut observer des phénomènes de fragmentation : paysagère, par les coupures introduites par de nouveaux aménagements, morphologique, lorsque les nouvelles constructions s’intercalent sans cohérence dans le parcellaire agricole (mitage), foncière, lorsqu’il y a appropriation d’espaces communs en vue de les privatiser (enclosure). >>> voir : fragmentation écologique.

(JBB) janvier 2019. Dernières modifications : novembre 2022, janvier 2024.


Références citées
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