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Espace rural, espaces ruraux

Publié le 28/05/2019

Les espaces ruraux sont des espaces anthropisés, profondément modifiés par les sociétés, sans être pour autant entièrement artificialisés. Ils se distinguent des espaces dits « naturels », peu anthropisés, et des espaces urbains, dont la majorité des sols ont été artificialisés.

Il est difficile de définir les espaces ruraux. Alors que la ville ou la campagne correspondent à des évidences paysagères pour le langage courant (évidences qui ne sont qu’apparentes), les notions d’espaces ruraux et d’espaces urbains témoignent d’une volonté des sciences sociales de s’extraire des intuitions pour définir ces deux catégories d’espace. En réalité, les statistiques ont souvent défini les espaces ruraux en creux, comme le négatif de la ville : sont ruraux tous les espaces qui ne sont pas urbains. Or, la définition de l’urbain étant très variable d’un État à l’autre, il en va nécessairement de même pour la définition en creux de l’espace rural. En outre, les espaces périurbains, selon les approches, sont parfois intégrés aux espaces urbains, parfois considérés comme ruraux, ou bien ils peuvent former une catégorie distincte.

Si la ville est l’association de la densité et de la diversité, ces deux critères ne sont pas discriminants, car il existe aussi de très fortes densités rurales (en Asie du Sud-Est, dans la région des Grands Lacs africains, dans la plaine indo-gangétique, dans certains espaces périurbains…). Par ailleurs les espaces ruraux sont loin d’être homogènes, ni sur le plan socio-ethnique (par exemple avec la cohabitation, parfois conflictuelle, entre bergers orma, wardei et somali et agriculteurs pokomo dans le delta du Tana au Kenya), ni sur le plan professionnel et social, ni sur le plan générationnel.

La définition des espaces ruraux par leur fonction nourricière a pu longtemps être opérationnelle, l’espace rural se caractérisant par la production d’excédent alimentaire, et la ville par sa structure déficitaire. Mais alors que la majorité des ruraux des pays riches travaillent soit en ville, soit dans l’industrie ou les services ruraux, et que beaucoup d’urbains des pays pauvres produisent de la nourriture en ville (jardinage urbain, petit élevage…), cette distinction a perdu du sens. La multifonctionnalité des espaces ruraux, caractéristique ancienne (ils n’ont jamais été uniquement agricoles), ne permet pas non plus de les différencier de la ville.

Plus que des catégories d’espaces, l’urbain et le rural relèvent plutôt aujourd’hui de pratiques spatiales, ce qui poussent des auteurs à parler plutôt d’urbanité ou de ruralité, ces notions désignant des rapports à l’espace différents ou des « modes d’habiter ». Un néorural, dont les pratiques sont urbaines mais qui habite (au sens géographique d’habiter) l’espace rural, peut se définir lui-même comme un rural, de même qu’un périurbain (une personne résident à la campagne mais travaillant en ville) qui pourtant « habite » en ville pendant toutes les heures de travail et une partie de ses déplacements.

(JBB) mai 2019